de la férie

4ème Semaine du Temps Pascal — Lundi 27 avril 2026 · Année A · blanc

🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée

🕯️ Entrer dans la prière

Prends un instant de silence. Lis les lectures de ce jour et laisse-toi rejoindre par la Parole.

📖 1ère lecture — Ac 11, 1-18

Lire le texte — Ac 11, 1-18

En ces jours-là, les Apôtres et les frères qui étaient en Judée avaient appris que les nations, elles aussi, avaient reçu la parole de Dieu. Lorsque Pierre fut de retour à Jérusalem, ceux qui étaient juifs d’origine le prirent à partie, en disant : « Tu es entré chez des hommes qui ne sont pas circoncis, et tu as mangé avec eux ! » Alors Pierre reprit l’affaire depuis le commencement et leur exposa tout dans l’ordre, en disant : « J’étais dans la ville de Jaffa, en train de prier, et voici la vision que j’ai eue dans une extase : c’était un objet qui descendait. On aurait dit une grande toile tenue aux quatre coins ; venant du ciel, elle se posa près de moi. Fixant les yeux sur elle, je l’examinai et je vis les quadrupèdes de la terre, les bêtes sauvages, les reptiles et les oiseaux du ciel. J’entendis une voix qui me disait : “Debout, Pierre, offre-les en sacrifice, et mange !” Je répondis : “Certainement pas, Seigneur ! Jamais aucun aliment interdit ou impur n’est entré dans ma bouche.” Une deuxième fois, du haut du ciel la voix répondit : “Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le déclare pas interdit.” Cela se produisit par trois fois, puis tout fut remonté au ciel. Et voici qu’à l’instant même, devant la maison où j’étais, survinrent trois hommes qui m’étaient envoyés de Césarée. L’Esprit me dit d’aller avec eux sans hésiter. Les six frères qui sont ici m’ont accompagné, et nous sommes entrés chez le centurion Corneille. Il nous raconta comment il avait vu l’ange se tenir dans sa maison et dire : “Envoie quelqu’un à Jaffa pour chercher Simon surnommé Pierre. Celui-ci t’adressera des paroles par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison.” Au moment où je prenais la parole, l’Esprit Saint descendit sur ceux qui étaient là, comme il était descendu sur nous au commencement. Alors je me suis rappelé la parole que le Seigneur avait dite : “Jean a baptisé avec l’eau, mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés.” Et si Dieu leur a fait le même don qu’à nous, parce qu’ils ont cru au Seigneur Jésus Christ, qui étais-je, moi, pour empêcher l’action de Dieu ? » En entendant ces paroles, ils se calmèrent et ils rendirent gloire à Dieu, en disant : « Ainsi donc, même aux nations, Dieu a donné la conversion qui fait entrer dans la vie ! » – Parole du Seigneur.

📘 Comprendre

Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain

Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).

Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, “l’affaire Jésus continue”. Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l’Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d’extension à toute l’humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre, selon l’ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le “lieu” de la présence et de l’action de Jésus.

Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 35).

Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 2, qui se déploie en 4 scènes : Samarie et Gaza (8, 1 - 40), Damas (9, 1 - 31), Césarée (9, 32 - 11, 18), Antioche et Jérusalem (11, 19 - 12, 25).

Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage se continue la grande partie des Actes, traitant de la mission qui se déroule hors de Jérusalem (6, 1 - 15, 35), où il est question successivement des chrétiens d’origine Juive et de langue grecque, incluant le martyre d’Etienne, la persécution de ces disciples Héllénistes et leur dispersion, avec, comme conséquence, la prédication en Samarie de la Bonne Nouvelle de Jésus par Philippe (6, 1 - 8, 40). de la conversion de Saül (Paul) (9, 1 - 31), d’une mission de Pierre, incluant la première conversion d’un païen (9, 32 - 11, 18), la fondation de l’Eglise d’Antioche, suivie de la 1ère mission de Paul, et de l’Assemblée de Jérusalem, où seront abordées des questions nées de cette mission parmi les païens (11, 19 - 15, 35).

Avec la conversion de Saül (Paul) , mis à part par le Seigneur pour porter son Nom auprès des païens (9, 1 - 20), une nouvelle étape se dessine. Mais, le Seigneur lui-même a décidé de préparer l’Eglise à cette nouvelle extension, en envoyant Pierre convertir le 1er païen, le centurion Corneille, Pierre que nous rejoignons actuellement au moment où il rend compte, à la communauté de Jérusalem, de cette 1ère conversion d’un païen.

Message

Ce passage constitue la phase finale de tout un ensemble qui a commencé avec la vision qu’a eue le centurion Corneille à Césarée, dans laquelle il est invité à envoyer chercher Simon-Pierre, et à le faire venir chez lui (10, 1 - 8), puis a continué par la vision qu’a eue Pierre lui-même à Joppé, lui demandant de ne plus considérer comme impurs certains aliments, et suite à laquelle il accompagne les émissaires de Corneille (10, 9 - 23). Pierre arrive ainsi chez le païen Corneille, pour s’entendre dire la vision qu’a eue ce dernier, y proclamer la Bonne Nouvelle de Jésus, constater la descente de l’Esprit sur tous ces païens, et procéder ensuite au baptême de Corneille et des siens. La nouvelle de cette conversion étant parvenue à la communauté de Jérusalem, Pierre est appelé à en rendre compte, ce qu’il fait, dans le détail, en rappelant toutes les étapes de cet événement.

En effet, en rentrant dans la maison d’un païen, et en y résidant quelques jours, Pierre, comme il l’avait d’ailleurs déclaré lui-même à son arrivée chez Corneille, commettait une faute grave selon la Loi Juive.

Il se trouve donc dans l’obligation de raconter sa vision, lui ordonnant de manger des animaux considérés impurs par les Juifs, ainsi que l’ordre que lui a donné l’Esprit d’aller à Césarée chez Corneille, mais sans repréciser ce qu’avait été sa réelle découverte : l’interdiction qu’il avait eue, dans sa vision, d’appeler quoi que ce soit impur, ne concernait pas d’abord telle ou telle nourriture, mais les personnes que l’on rencontre et auxquelles on s’associe.

En rapportant la descente de l’Esprit sur toute l’Assemblée de Césarée, y compris les païens, Pierre en conclut qu’on n’avait pas le droit d’empêcher Dieu d’agir ainsi, en refusant à ces païens le baptême au Nom de Jésus, associé qu’il est au don de l’Esprit Saint.

Cette avancée dans la mission, et dans le développement de l’Eglise, a donc, comme tout ce qui s’est passé depuis la Pentecôte, été initiée par Dieu, avec le Christ ressuscité, dans l’Esprit Saint.

Decouvertes

Les disciples de la communauté de Jérusalem réagissent d’abord comme Pierre lui-même l’avait fait au cours de sa vision, en Actes, 10, 14, et l’interpellent sur le fait qu’il a mangé avec et chez des paîens incirconcis.

Pierre avait du mal à comprendre sa vision, rapportée en Actes, 10, 9 - 16, et il avait fallu que l’Esprit lui-même lui dise de ne pas hésiter à accompagner les envoyés de Corneille, et à aller chez lui.

En racontant ce que lui avait rapporté Corneille de sa propre vision (Actes, 10, 30 - 33), Pierre souligne l’ampleur de l’initiative du Seigneur, qui est intervenu au niveau de chacun des acteurs de cette rencontre. C’est bien Jésus ressuscité qui mène le jeu.

Alors que, chez Corneille, Pierre a expliqué, dans un grand discours, les enjeux de l’événement qu’a été la mission de Jésus, et cela préalablement à la descente de l’Esprit, il déclare maintenant que la descente de l’Esprit à Césarée s’est produite dès le début de son discours.

Malgré l’accueil positif fait au compte-rendu de Pierre, la suite des Actes des Apôtres nous montre les difficultés du partage des repas entre chrétiens d’origine Juive et d’origine païenne (voir l’Assemblée de Jérusalem, 15, 1 - 35, et les remarques de Paul aux Galates, 2, 11 - 14).

Prolongement

La dernière phrase de notre page nous invite à partager l’action de grâces des auditeurs de Pierre. Dans le salut de Dieu offert à tous les hommes, la Vie véritable et la conversation sont un don de Dieu.

A quatre reprises Paul précise la fin de toute discrimination en Eglise :

27 Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ :

28 il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus.

29 Mais si vous appartenez au Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse.

(Voir aussi Colossiens, 3, 11; 1 Corinthiens, 12, 13; Romains, 10, 12)

La diifficulté et le défi d’une telle unité nous sont bien soulignés par Paul dans l’importance qu’il accorde à cette découverte de cet élément fondamental du “mystère” de Dieu :

4 à me lire, vous pouvez vous rendre compte de l’intelligence que j’ai du Mystère du Christ.

5 Ce Mystère n’avait pas été communiqué aux hommes des temps passés comme il vient d’être révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes, dans l’Esprit :

6 les païens sont admis au même héritage, membres du même Corps, bénéficiaires de la même Promesse, dans le Christ Jésus, par le moyen de l’Évangile.

7 Et de cet Évangile je suis devenu ministre par le don de la grâce que Dieu m’a confiée en y déployant sa puissance :

8 à moi, le moindre de tous les saints, a été confiée cette grâce-là, d’annoncer aux païens l’insondable richesse du Christ

9 et de mettre en pleine lumière la dispensation du Mystère : il a été tenu caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses

(Voir aussi Ephésiens, 2, 11 - 22)

🙏 Seigneur Jésus, depuis l’Heure de ton passage au Père, tout homme et toute femme sont désormais un frère et une soeur pour qui tu es mort, et dont tu as fait ton ami(e), dans le refus de toute discrimination que ce soit dans ton Eglise : apprends-moi à vivre concrètement cette diversité entre tous ceux qui croient en ton Nom, avec un esprit d’accueil, de respect et de tolérance, afin qu’en demeurant fidèle à ta vérité, je demeure, en même temps, témoin de l’ouverture infinie de ta miséricorde. AMEN.

Éclairage exégétique — Synthèse IA

Le passage d’Ac 11, 1-18 constitue un récit rétrospectif — Pierre raconte à la communauté de Jérusalem ce qui s’est déjà produit au chapitre 10 chez le centurion Corneille à Césarée. Cette technique narrative de la répétition, fréquente chez Luc (on la retrouve pour la conversion de Paul, racontée trois fois dans les Actes), n’est pas une redondance maladroite : elle souligne l’importance capitale de l’événement et opère un déplacement de perspective. Au chapitre 10, le lecteur assistait à la scène ; ici, c’est l’Église de Jérusalem qui doit l’entendre, la recevoir et en tirer les conséquences. Le genre littéraire est celui de l’apologie judiciaire : Pierre est mis en accusation (diekrinonto pros auton, « ils lui cherchaient querelle ») et il présente sa défense (expositio rerum) dans un ordre chronologique rigoureux — Luc emploie l’expression kathexēs (« dans l’ordre »), terme qu’il utilise aussi dans son prologue évangélique (Lc 1, 3), signalant la fiabilité du témoignage.

Le grief formulé par les judéo-chrétiens est précis et révélateur : « Tu es entré chez des incirconcis et tu as mangé avec eux. » Ce n’est pas d’abord une question doctrinale abstraite sur le salut des païens, mais une question de pureté rituelle et de commensalité. Dans le judaïsme du Second Temple, partager la table impliquait une communion de vie ; manger avec des incirconcis rendait impur. La halakha pharisienne était stricte sur ce point. Le reproche touche donc à l’identité même du groupe : si Pierre mange avec des païens, la frontière entre Israël et les nations s’effondre. C’est exactement ce que Luc veut montrer — l’Esprit Saint abolit cette frontière non par décision humaine, mais par irruption divine.

La vision de la nappe (skeuos, littéralement « récipient » ou « objet ») descendant du ciel avec toutes sortes d’animaux reprend la classification de Lv 11 et Dt 14 sur les animaux purs et impurs. L’ordre divin « Offre en sacrifice et mange » (thuson kai phage) est doublement transgressif : il commande à la fois l’abattage sacrificiel et la consommation d’animaux interdits par la Torah. La réponse de Pierre — « Jamais rien d’impur (koinon) ou d’interdit (akatharton) n’est entré dans ma bouche » — fait écho à Ézéchiel (Ez 4, 14), qui protestait de manière similaire devant Dieu. Le parallèle est significatif : comme Ézéchiel, Pierre est un prophète résistant à un ordre divin qui semble contredire la Loi. Mais la réponse divine tranche : « Ce que Dieu a purifié (ekatharisen), toi, ne le déclare pas impur. » Le verbe katharizō est au parfait, indiquant une action accomplie dont les effets demeurent — la purification est définitive.

Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur les Actes des Apôtres (homélie 24), insiste sur la pédagogie divine à l’œuvre dans cette triple répétition de la vision : Dieu ne brusque pas Pierre mais le prépare progressivement, sachant combien l’abandon des catégories de pur et d’impur coûte à un juif pieux. Chrysostome note aussi que Pierre ne s’appuie pas sur son autorité apostolique pour répondre aux critiques, mais sur le récit des faits et sur l’action manifeste de l’Esprit — modèle d’humilité ecclésiale. Augustin, dans le Contra Faustum (XII, 9), lit cette vision comme la preuve que la distinction entre purs et impurs dans la Loi ancienne était une figure prophétique (figura) de la séparation entre Israël et les nations, destinée à être dépassée quand viendrait le temps de l’Église universelle. Pour Augustin, la nappe aux quatre coins représente les quatre points cardinaux — l’universalité du salut.

L’argument décisif de Pierre n’est ni exégétique ni juridique : c’est le fait accompli de l’Esprit Saint. « L’Esprit Saint descendit sur eux comme sur nous au commencement » — la référence à la Pentecôte est explicite. Luc établit un strict parallèle structurel entre Ac 2 (Pentecôte juive) et Ac 10 (Pentecôte païenne) : même effusion, mêmes signes, même don. La question rhétorique de Pierre — « Qui étais-je, moi, pour empêcher Dieu ? » (kōlysai ton theon) — est théologiquement lourde. Le verbe kōlyō (empêcher, faire obstacle) est un terme technique du baptême dans le christianisme primitif (cf. Ac 8, 36 : « Qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? »). Pierre affirme que résister à l’inclusion des païens reviendrait à s’opposer à Dieu lui-même. C’est un renversement radical : ce n’est plus l’homme qui décide qui est pur, c’est Dieu qui a déjà décidé.

La conclusion du passage — « Ainsi donc, même aux nations, Dieu a donné la conversion (metanoia) qui mène à la vie » — marque un tournant ecclésiologique majeur dans la narration lucanienne. Le terme metanoia (conversion, retournement intérieur) est ici compris non comme un effort humain mais comme un don divin (edōken, « il a donné »). L’intertextualité avec l’Évangile du jour est féconde : les « autres brebis qui ne sont pas de cet enclos » (Jn 10, 16) trouvent dans l’épisode de Corneille leur réalisation historique concrète. Ce que Jésus annonçait prophétiquement dans le discours du Bon Pasteur, l’Esprit l’accomplit dans l’histoire de l’Église naissante. Le débat exégétique reste ouvert sur la question de savoir si Luc présente ici une abolition complète des lois alimentaires juives ou seulement leur relativisation dans le contexte de la mission. Le concile de Jérusalem (Ac 15) montrera que la question n’était pas entièrement résolue par cet épisode.

Il faut enfin noter la dimension ecclésiologique du processus décrit par Luc : Pierre ne décide pas seul. Il rend compte devant la communauté, il argumente, il convainc. La réception communautaire — « ils se calmèrent (hēsychasan) et rendirent gloire à Dieu » — est essentielle. Le silence qui succède à la dispute est un silence de reconnaissance : l’Église discerne ensemble ce que l’Esprit fait. Ce modèle synodal avant la lettre, où l’autorité apostolique s’exerce dans le dialogue et la reddition de comptes, a nourri la réflexion ecclésiologique catholique contemporaine, notamment dans les travaux du théologien Yves Congar sur la réception des décisions dans l’Église.

🕊️ Psaume — Ps 41 (42), 2, 3 ; 42 (43), 3, 4

Lire le texte — Ps 41 (42), 2, 3 ; 42 (43), 3, 4

Comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche toi, mon Dieu. Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant ; quand pourrai-je m’avancer, paraître face à Dieu ? Envoie ta lumière et ta vérité : qu’elles guident mes pas et me conduisent à ta montagne sainte, jusqu’en ta demeure. J’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu, vers Dieu qui est toute ma joie ; je te rendrai grâce avec ma harpe, Dieu, mon Dieu.

✝️ Évangile — Jn 10, 11-18

Lire le texte — Jn 10, 11-18

ANNÉE A 2026 En ce temps-là, Jésus déclara : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. » – Acclamons la Parole de Dieu.

📘 Comprendre

Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain

Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :

  • le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
  • la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
  • la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
  • la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
  • la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
  • la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
  • la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).

Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :

  • 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
  • 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
  • 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
  • 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
  • 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).

Dans la 3ème partie du Livre des Signes, après s’être situé, face au Sabbat, suite à sa guérison du paralytique de la piscine de Bethesda, face à la Fête de la Pâque, dans son discours sur le pain de vie après avoir multiplié les pains et rejoint ses disciples en marchant sur la mer, puis face à la Fête des Tentes, en proclamant dans le Temple que lui seul donne l’eau vive et qu’il est la lumière du monde, Jésus nous est maintenant présenté à un moment proche de la Fête de la Dédicace du Temple de Jérusalem, qui a lieu trois mois après la Fête des Tabernacles ou des Tentes, Fête où il va rencontrer de nouveau beaucoup d’opposition à tout ce qu’il propose au nom de Dieu, et à tout ce qu’il déclare de lui-même.

Cette page de l’Evangile de Jean, que nous lisons ce jour, peut-être interprétée comme un “entre-deux” séparant la manifestation de Jésus lors de ces deux Fêtes Juives. Elle se poursuit d’ailleurs jusqu’au verset 21 de ce chapitre 10, où est rappelée la guérison de l’aveugle-né (racontée au chapitre précédent), et elle sera reprise, comme en écho, dans le cadre de la célébration de la Fête de la Dédicace, lorsque Jésus répondra à ses détracteurs qui ne croient pas en lui, “qu’ils ne sont pas de ses brebis” (Jean, 10, 26 - 29).

Message

Faut-il appeler cette parabole la “parabole de la bergerie” ou de “l’enclos du troupeau” (10, 1 - 5), ou bien plutôt y voir deux petites paraboles distinctes et séparées, qui se suivent ?

Dans ce cas, la première, celle de la “porte des brebis” (10, 1 - 3a), établit un contraste dans l’approche du troupeau, entre le voleur et le brigand, d’une part, qui pénètrent dans la bergerie sans passer par la porte, et, d’autre part, le berger des brebis qui, lui, entre vraiment par la porte.

Quant à la seconde, celle du “vrai berger” (10, 3b - 5), elle se concentre sur la relation entre les brebis et le berger : relation de connaissance intime et de fidélité, liée à l’appartenance des brebis au berger, seul maître du troupeau.

Cela dit, Jésus se définit comme “la porte” par laquelle il faut passer, ou entrer, pour être sauvé dans un espace de liberté et de vie, car Jésus précise alors immédiatement qu’il est venu pour que les hommes aient la vie et la vie en abondance.

Puis, plus loin dans le texte, Jésus va se présenter comme le “Bon Pasteur” et le “Vrai Berger”, qui connaît ses brebis, donne sa vie pour elles, et a pour mission, également, de rassembler dans l’unité d’un unique troupeau, les brebis qui n’appartiennent pas à l’enclos de l’actuel Peuple d’Israël.

Decouvertes

Cette (ou ces) parabole(s) est (ou sont) liée(s) à la continuité de tout un contexte biblique.

Dans l’Ancien Testament, Dieu, qui conduit son peuple Israël, confie cette mission de berger à des chefs comme David et les rois qui lui ont succédé. Mais la plupart de ces chefs ne se comportent pas selon le plan de Dieu, et, dans la grand chapitre 34 du Livre du Prophète Ezéchiel,, le Seigneur déclare, d’une part, qu’il est lui-même le Berger de son peuple qu’il va rassembler et mener là où il doit être, et, d’autre part, que, le moment venu, il fera appel à un nouveau David pour le relayer dans sa fonction de Berger.

Dans le Nouveau Testament, en Marc, 6, 35, les foules qui courent vers Jésus sont comparées à des brebis sans pasteur. En Luc, 15, 3 - 7, la parabole de la brebis perdue, que raconte Jésus, répond aux critiques des Pharisiens qui l’accusent de fréquenter les publicains et les pécheurs. En Matthieu, 7, 15, les croyants sont comparés à des brebis qui doivent demeurer sur leur garde au milieu des loups. En Matthieu, 25, 32 - 34, les brebis symbolisent les justes qui sont sauvés lors du jugement final. Voir également, à ce propos, TOB, Jean, 10, 11, note “z”.

A noter que Jésus va devoir, dans un deuxième temps (10, 6 - 18), expliquer ces paraboles en se déclarant successivement la “porte des brebis” (10, 6 - 10) et le “bon pasteur” (10, 11 - 18), et cela, parce qu’il n’a pas été compris. Comme le remarque TOB (Jean, 10, 3, note “r”), il y a deux catégories d’hommes au sein d’Israël, “ceux qui appartiennent effectivement au berger et qui répondent à son appel, et à lui seul, et ceux qui n’y répondent pas parce qu’ils ne lui ont jamais appartenu”.

Il est, de même, facile, compte tenu du contexte immédiat de l’aveugle-né, où Jésus fait comprendre aux Pharisiens qu’ils sont des aveugles même s’ils prétendent voir clair (9, 40 - 41), de déduire que l’image du voleur et du brigand, employée par Jésus dans la première des deux petites paraboles, les vise, et invite ceux qui écoutent Jésus à ne pas les prendre pour maîtres et pour guides.

Prolongement

Comme il l’avait déjà fait plusieurs fois depuis le discours sur le “pain de vie” (Jean, 6, 35 - 59), Jésus nous dit de lui-même : “Je suis… (ceci ou cela)”, autant d’attributs qu’il se donne (le pain, la lumière du monde, la porte des brebis, le bon berger, la résurrrection et la vie, le chemin, la vérité et la vie, la vigne… etc.) et qui nous montrent à quel point toutes les valeurs que nous apporte le salut de Dieu sont concentrées en lui. Et ce, à un tel point qu’à plusieurs reprises (Jean, 8, 24. 28. 58, et 13, 19), Jésus se présentera comme “JE SUIS” (tout court), nom même de Dieu dans la Bible (Exode, 3, 14 - 16), Source dernière et absolue de tout ce qui existe (Jean, 1, 1 - 3).

Mais, ce qu’il nous dit être, Jésus nous le donne en partage : ce qu’il précise bien ici, dans cette page, lorsqu’il nous affirme “qu’il est venu pour que nous ayons la vie”.

A condition que, dans une attitude de foi, nous nous désappropriions de nous-mêmes pour lui appartenir et recevoir tout de lui.

Notons que la liturgie catholique de ce temps de Pâques nous fait découvrir les différentes approches que l’Evangile de Jean nous présente de Jésus : autant d’aspects de la richesse du Seigneur Ressuscité qui vient à nous en son Esprit Saint.

🙏 Seigneur Jésus, tu es le seul par qui nous devons passer pour aller jusqu’à toi, qui es également le seul qui peut nous conduire au Père en son Royaume, où Dieu nous offre d’avoir part, par toi et en toi, à sa propre vie divine, et déjà tu nous donnes la proximité, l’intimité de ta présence et de ta rencontre, en nous communiquant ce que tu es et vis, dans l’Esprit Saint : rends-moi capable d’avoir toujours les yeux ouverts à la grandeur du mystère que tu nous partages, et par lequel nous sommes configurés à ton image, recevant de toi la dignité de “fils” et “d’enfants de Dieu”, achèvement total de toute notre existence selon le projet de Dieu, qui nous a créés à son image, et nous fait devenir création nouvelle, en toi Ressuscité, et la puissance de son Esprit. AMEN.

Éclairage exégétique — Synthèse IA

Jn 10, 1-10, lu les années B et C, constitue la première partie du discours du Bon Pasteur et présente deux images distinctes que Jésus superpose : celle du berger qui entre par la porte et celle de Jésus lui-même comme porte (thyra). Le passage se situe dans la continuité immédiate de Jn 9, la guérison de l’aveugle-né et l’expulsion de celui-ci hors de la synagogue par les pharisiens. Ce contexte polémique est essentiel : les « voleurs et bandits » (kleptai kai lēstai) ne sont pas des figures abstraites mais visent les dirigeants religieux qui viennent de rejeter un homme guéri par Dieu. Le terme lēstēs (bandit, brigand) est celui que Josèphe utilise pour les zélotes et les faux messies — Jean l’applique aux mauvais bergers d’Israël.

La paroimia (image, parabole johannique — le terme est distinct de parabolē utilisé par les Synoptiques) des versets 1-5 repose sur une scène pastorale familière en Palestine : un enclos commun (aulē) où plusieurs troupeaux passent la nuit sous la garde d’un portier. Au matin, chaque berger vient appeler ses propres brebis, qui reconnaissent sa voix et sortent à sa suite. Le détail « il les appelle chacune par son nom » (kat’ onoma) n’est pas un ornement poétique : dans la culture pastorale du Proche-Orient ancien, les bergers nommaient effectivement leurs brebis. Théologiquement, ce trait exprime l’élection personnelle — chaque croyant est connu individuellement du Christ. L’intertextualité avec Is 43, 1 (« Je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi ») est transparente et renforce la dimension divine de la prétention de Jésus.

Le verset 6 — « ils ne comprirent pas de quoi il leur parlait » — est typique de l’ironie johannique. Les pharisiens, qui se considèrent comme les bergers légitimes d’Israël, ne reconnaissent pas la voix du vrai berger. Leur incompréhension même les identifie comme des « étrangers » (allotrios) dont les brebis fuient la voix. Jean construit ainsi un test herméneutique : comprendre ou ne pas comprendre la parole de Jésus révèle si l’on appartient ou non à son troupeau. C’est un cercle johannique caractéristique — on comprend parce qu’on croit, et on croit parce qu’on est « de Dieu » (cf. Jn 8, 47). Ce thème a suscité un débat exégétique considérable sur le déterminisme apparent de la sotériologie johannique : les brebis sont-elles prédestinées, ou la métaphore décrit-elle simplement l’attitude existentielle de l’accueil ou du refus ?

Jésus reprend alors la parole avec le double Amēn solennel et déplace la métaphore : il n’est plus le berger mais la porte (thyra). Ce glissement a embarrassé certains commentateurs qui y voient une incohérence ; mais la logique johannique procède par accumulation d’images, non par cohérence allégorique stricte (contrairement aux paraboles synoptiques). Être la porte signifie être le lieu de passage obligé — le médiateur unique entre l’extérieur (la perdition) et l’intérieur (le salut), entre l’enclos (la sécurité) et le pâturage (la vie). La formule egō eimi hē thyra est la troisième des sept grandes déclarations « Je suis » de l’évangile johannique, chacune révélant une facette du mystère du Christ. Le « si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé (sōthēsetai) ; il entrera et sortira et trouvera un pâturage » décrit un mouvement de liberté : non l’enfermement dans un enclos, mais la circulation entre sécurité et nourriture — image d’une vie chrétienne qui n’est ni repli craintif ni errance sans attache.

Origène, dans son Commentaire sur Jean (fragment sur le livre X), développe une lecture allégorique riche : la porte est le Logos par lequel on accède à la connaissance du Père ; entrer et sortir, c’est passer de la contemplation (theōria) à l’action (praxis) et inversement, dans un mouvement spirituel unifié. Origène identifie aussi les « voleurs venus avant » non aux prophètes de l’Ancien Testament (interprétation que Jérôme réfutera vigoureusement), mais aux faux docteurs et faux messies qui ont usurpé l’autorité divine. Augustin, dans son Traité 45 sur l’Évangile de Jean, insiste sur l’exclusivité christologique : « Il est la porte ; personne n’entre que par lui, même les patriarches et les prophètes qui l’ont précédé : eux aussi sont entrés par lui, car ils croyaient en celui qui devait venir. » Augustin résout ainsi l’apparente difficulté du verset 8 (« Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs ») en distinguant ceux qui sont venus de la part de Dieu (les prophètes) et ceux qui sont venus à la place de Dieu (les usurpateurs).

Le verset 10 offre la clé théologique du passage : « Je suis venu pour que les brebis aient la vie (zōē), et qu’elles l’aient en abondance (perisson). » Le terme perisson (surabondance, excès) est remarquable — il ne s’agit pas d’une vie minimale, d’un simple salut arrachant à la mort, mais d’un débordement vital. Ce concept de zōē (vie divine, par opposition à bios, vie biologique) est central dans la théologie johannique : c’est la vie éternelle déjà présente, la participation à la vie même de Dieu dès ici-bas. L’opposition avec le voleur qui « vole, égorge et détruit » (klepsē, thysē, apolesē — triade de violence) est frontale. Le verbe thysē (égorger, sacrifier) est ironique : le faux berger sacrifie les brebis pour lui-même, tandis que le vrai berger — comme le dira la suite du discours en 10, 11 — se sacrifie pour elles.

La lecture conjointe avec Ac 11 révèle une convergence profonde : la porte qu’est le Christ est ouverte à tous, y compris aux nations. L’enclos (aulē) n’est pas une prison mais un point de départ ; les brebis en sortent pour trouver des pâturages — image de la mission qui pousse l’Église au-delà de ses frontières initiales. Pierre, dans la maison de Corneille, découvre concrètement ce que signifie « entrer et sortir et trouver un pâturage » : sortir du périmètre de la pureté juive pour trouver la vie là où l’Esprit la fait jaillir. Le temps pascal dans lequel ces textes sont proclamés leur confère leur pleine intelligence : c’est le Christ ressuscité — vivant de la vie surabondante — qui ouvre la porte, appelle par leur nom des brebis que nul n’attendait, et constitue un troupeau unique à partir de la diversité des nations.

✝️ Évangile — Jn 10, 1-10

Lire le texte — Jn 10, 1-10

ANNÉE B (2024) et C (2025) En ce temps-là, Jésus déclara : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. » Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. » – Acclamons la Parole de Dieu.

📘 Comprendre

Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain

Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :

  • le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
  • la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
  • la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
  • la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
  • la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
  • la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
  • la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).

Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :

  • 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
  • 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
  • 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
  • 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
  • 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).

Dans la 3ème partie du Livre des Signes, après s’être situé, face au Sabbat, suite à sa guérison du paralytique de la piscine de Bethesda, face à la Fête de la Pâque, dans son discours sur le pain de vie après avoir multiplié les pains et rejoint ses disciples en marchant sur la mer, puis face à la Fête des Tentes, en proclamant dans le Temple que lui seul donne l’eau vive et qu’il est la lumière du monde, Jésus nous est maintenant présenté à un moment proche de la Fête de la Dédicace du Temple de Jérusalem, qui a lieu trois mois après la Fête des Tabernacles ou des Tentes, Fête où il va rencontrer de nouveau beaucoup d’opposition à tout ce qu’il propose au nom de Dieu, et à tout ce qu’il déclare de lui-même.

Cette page de l’Evangile de Jean, que nous lisons ce jour, peut-être interprétée comme un “entre-deux” séparant la manifestation de Jésus lors de ces deux Fêtes Juives. Elle se poursuit d’ailleurs jusqu’au verset 21 de ce chapitre 10, où est rappelée la guérison de l’aveugle-né (racontée au chapitre précédent), et elle sera reprise, comme en écho, dans le cadre de la célébration de la Fête de la Dédicace, lorsque Jésus répondra à ses détracteurs qui ne croient pas en lui, “qu’ils ne sont pas de ses brebis” (Jean, 10, 26 - 29).

Message

Faut-il appeler cette parabole la “parabole de la bergerie” ou de “l’enclos du troupeau” (10, 1 - 5), ou bien plutôt y voir deux petites paraboles distinctes et séparées, qui se suivent ?

Dans ce cas, la première, celle de la “porte des brebis” (10, 1 - 3a), établit un contraste dans l’approche du troupeau, entre le voleur et le brigand, d’une part, qui pénètrent dans la bergerie sans passer par la porte, et, d’autre part, le berger des brebis qui, lui, entre vraiment par la porte.

Quant à la seconde, celle du “vrai berger” (10, 3b - 5), elle se concentre sur la relation entre les brebis et le berger : relation de connaissance intime et de fidélité, liée à l’appartenance des brebis au berger, seul maître du troupeau.

Cela dit, Jésus se définit comme “la porte” par laquelle il faut passer, ou entrer, pour être sauvé dans un espace de liberté et de vie, car Jésus précise alors immédiatement qu’il est venu pour que les hommes aient la vie et la vie en abondance.

Puis, plus loin dans le texte, Jésus va se présenter comme le “Bon Pasteur” et le “Vrai Berger”, qui connaît ses brebis, donne sa vie pour elles, et a pour mission, également, de rassembler dans l’unité d’un unique troupeau, les brebis qui n’appartiennent pas à l’enclos de l’actuel Peuple d’Israël.

Decouvertes

Cette (ou ces) parabole(s) est (ou sont) liée(s) à la continuité de tout un contexte biblique.

Dans l’Ancien Testament, Dieu, qui conduit son peuple Israël, confie cette mission de berger à des chefs comme David et les rois qui lui ont succédé. Mais la plupart de ces chefs ne se comportent pas selon le plan de Dieu, et, dans la grand chapitre 34 du Livre du Prophète Ezéchiel,, le Seigneur déclare, d’une part, qu’il est lui-même le Berger de son peuple qu’il va rassembler et mener là où il doit être, et, d’autre part, que, le moment venu, il fera appel à un nouveau David pour le relayer dans sa fonction de Berger.

Dans le Nouveau Testament, en Marc, 6, 35, les foules qui courent vers Jésus sont comparées à des brebis sans pasteur. En Luc, 15, 3 - 7, la parabole de la brebis perdue, que raconte Jésus, répond aux critiques des Pharisiens qui l’accusent de fréquenter les publicains et les pécheurs. En Matthieu, 7, 15, les croyants sont comparés à des brebis qui doivent demeurer sur leur garde au milieu des loups. En Matthieu, 25, 32 - 34, les brebis symbolisent les justes qui sont sauvés lors du jugement final. Voir également, à ce propos, TOB, Jean, 10, 11, note “z”.

A noter que Jésus va devoir, dans un deuxième temps (10, 6 - 18), expliquer ces paraboles en se déclarant successivement la “porte des brebis” (10, 6 - 10) et le “bon pasteur” (10, 11 - 18), et cela, parce qu’il n’a pas été compris. Comme le remarque TOB (Jean, 10, 3, note “r”), il y a deux catégories d’hommes au sein d’Israël, “ceux qui appartiennent effectivement au berger et qui répondent à son appel, et à lui seul, et ceux qui n’y répondent pas parce qu’ils ne lui ont jamais appartenu”.

Il est, de même, facile, compte tenu du contexte immédiat de l’aveugle-né, où Jésus fait comprendre aux Pharisiens qu’ils sont des aveugles même s’ils prétendent voir clair (9, 40 - 41), de déduire que l’image du voleur et du brigand, employée par Jésus dans la première des deux petites paraboles, les vise, et invite ceux qui écoutent Jésus à ne pas les prendre pour maîtres et pour guides.

Prolongement

Comme il l’avait déjà fait plusieurs fois depuis le discours sur le “pain de vie” (Jean, 6, 35 - 59), Jésus nous dit de lui-même : “Je suis… (ceci ou cela)”, autant d’attributs qu’il se donne (le pain, la lumière du monde, la porte des brebis, le bon berger, la résurrrection et la vie, le chemin, la vérité et la vie, la vigne… etc.) et qui nous montrent à quel point toutes les valeurs que nous apporte le salut de Dieu sont concentrées en lui. Et ce, à un tel point qu’à plusieurs reprises (Jean, 8, 24. 28. 58, et 13, 19), Jésus se présentera comme “JE SUIS” (tout court), nom même de Dieu dans la Bible (Exode, 3, 14 - 16), Source dernière et absolue de tout ce qui existe (Jean, 1, 1 - 3).

Mais, ce qu’il nous dit être, Jésus nous le donne en partage : ce qu’il précise bien ici, dans cette page, lorsqu’il nous affirme “qu’il est venu pour que nous ayons la vie”.

A condition que, dans une attitude de foi, nous nous désappropriions de nous-mêmes pour lui appartenir et recevoir tout de lui.

Notons que la liturgie catholique de ce temps de Pâques nous fait découvrir les différentes approches que l’Evangile de Jean nous présente de Jésus : autant d’aspects de la richesse du Seigneur Ressuscité qui vient à nous en son Esprit Saint.

🙏 Seigneur Jésus, tu es le seul par qui nous devons passer pour aller jusqu’à toi, qui es également le seul qui peut nous conduire au Père en son Royaume, où Dieu nous offre d’avoir part, par toi et en toi, à sa propre vie divine, et déjà tu nous donnes la proximité, l’intimité de ta présence et de ta rencontre, en nous communiquant ce que tu es et vis, dans l’Esprit Saint : rends-moi capable d’avoir toujours les yeux ouverts à la grandeur du mystère que tu nous partages, et par lequel nous sommes configurés à ton image, recevant de toi la dignité de “fils” et “d’enfants de Dieu”, achèvement total de toute notre existence selon le projet de Dieu, qui nous a créés à son image, et nous fait devenir création nouvelle, en toi Ressuscité, et la puissance de son Esprit. AMEN.

Éclairage exégétique — Synthèse IA

Jn 10, 1-10, lu les années B et C, constitue la première partie du discours du Bon Pasteur et présente deux images distinctes que Jésus superpose : celle du berger qui entre par la porte et celle de Jésus lui-même comme porte (thyra). Le passage se situe dans la continuité immédiate de Jn 9, la guérison de l’aveugle-né et l’expulsion de celui-ci hors de la synagogue par les pharisiens. Ce contexte polémique est essentiel : les « voleurs et bandits » (kleptai kai lēstai) ne sont pas des figures abstraites mais visent les dirigeants religieux qui viennent de rejeter un homme guéri par Dieu. Le terme lēstēs (bandit, brigand) est celui que Josèphe utilise pour les zélotes et les faux messies — Jean l’applique aux mauvais bergers d’Israël.

La paroimia (image, parabole johannique — le terme est distinct de parabolē utilisé par les Synoptiques) des versets 1-5 repose sur une scène pastorale familière en Palestine : un enclos commun (aulē) où plusieurs troupeaux passent la nuit sous la garde d’un portier. Au matin, chaque berger vient appeler ses propres brebis, qui reconnaissent sa voix et sortent à sa suite. Le détail « il les appelle chacune par son nom » (kat’ onoma) n’est pas un ornement poétique : dans la culture pastorale du Proche-Orient ancien, les bergers nommaient effectivement leurs brebis. Théologiquement, ce trait exprime l’élection personnelle — chaque croyant est connu individuellement du Christ. L’intertextualité avec Is 43, 1 (« Je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi ») est transparente et renforce la dimension divine de la prétention de Jésus.

Le verset 6 — « ils ne comprirent pas de quoi il leur parlait » — est typique de l’ironie johannique. Les pharisiens, qui se considèrent comme les bergers légitimes d’Israël, ne reconnaissent pas la voix du vrai berger. Leur incompréhension même les identifie comme des « étrangers » (allotrios) dont les brebis fuient la voix. Jean construit ainsi un test herméneutique : comprendre ou ne pas comprendre la parole de Jésus révèle si l’on appartient ou non à son troupeau. C’est un cercle johannique caractéristique — on comprend parce qu’on croit, et on croit parce qu’on est « de Dieu » (cf. Jn 8, 47). Ce thème a suscité un débat exégétique considérable sur le déterminisme apparent de la sotériologie johannique : les brebis sont-elles prédestinées, ou la métaphore décrit-elle simplement l’attitude existentielle de l’accueil ou du refus ?

Jésus reprend alors la parole avec le double Amēn solennel et déplace la métaphore : il n’est plus le berger mais la porte (thyra). Ce glissement a embarrassé certains commentateurs qui y voient une incohérence ; mais la logique johannique procède par accumulation d’images, non par cohérence allégorique stricte (contrairement aux paraboles synoptiques). Être la porte signifie être le lieu de passage obligé — le médiateur unique entre l’extérieur (la perdition) et l’intérieur (le salut), entre l’enclos (la sécurité) et le pâturage (la vie). La formule egō eimi hē thyra est la troisième des sept grandes déclarations « Je suis » de l’évangile johannique, chacune révélant une facette du mystère du Christ. Le « si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé (sōthēsetai) ; il entrera et sortira et trouvera un pâturage » décrit un mouvement de liberté : non l’enfermement dans un enclos, mais la circulation entre sécurité et nourriture — image d’une vie chrétienne qui n’est ni repli craintif ni errance sans attache.

Origène, dans son Commentaire sur Jean (fragment sur le livre X), développe une lecture allégorique riche : la porte est le Logos par lequel on accède à la connaissance du Père ; entrer et sortir, c’est passer de la contemplation (theōria) à l’action (praxis) et inversement, dans un mouvement spirituel unifié. Origène identifie aussi les « voleurs venus avant » non aux prophètes de l’Ancien Testament (interprétation que Jérôme réfutera vigoureusement), mais aux faux docteurs et faux messies qui ont usurpé l’autorité divine. Augustin, dans son Traité 45 sur l’Évangile de Jean, insiste sur l’exclusivité christologique : « Il est la porte ; personne n’entre que par lui, même les patriarches et les prophètes qui l’ont précédé : eux aussi sont entrés par lui, car ils croyaient en celui qui devait venir. » Augustin résout ainsi l’apparente difficulté du verset 8 (« Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs ») en distinguant ceux qui sont venus de la part de Dieu (les prophètes) et ceux qui sont venus à la place de Dieu (les usurpateurs).

Le verset 10 offre la clé théologique du passage : « Je suis venu pour que les brebis aient la vie (zōē), et qu’elles l’aient en abondance (perisson). » Le terme perisson (surabondance, excès) est remarquable — il ne s’agit pas d’une vie minimale, d’un simple salut arrachant à la mort, mais d’un débordement vital. Ce concept de zōē (vie divine, par opposition à bios, vie biologique) est central dans la théologie johannique : c’est la vie éternelle déjà présente, la participation à la vie même de Dieu dès ici-bas. L’opposition avec le voleur qui « vole, égorge et détruit » (klepsē, thysē, apolesē — triade de violence) est frontale. Le verbe thysē (égorger, sacrifier) est ironique : le faux berger sacrifie les brebis pour lui-même, tandis que le vrai berger — comme le dira la suite du discours en 10, 11 — se sacrifie pour elles.

La lecture conjointe avec Ac 11 révèle une convergence profonde : la porte qu’est le Christ est ouverte à tous, y compris aux nations. L’enclos (aulē) n’est pas une prison mais un point de départ ; les brebis en sortent pour trouver des pâturages — image de la mission qui pousse l’Église au-delà de ses frontières initiales. Pierre, dans la maison de Corneille, découvre concrètement ce que signifie « entrer et sortir et trouver un pâturage » : sortir du périmètre de la pureté juive pour trouver la vie là où l’Esprit la fait jaillir. Le temps pascal dans lequel ces textes sont proclamés leur confère leur pleine intelligence : c’est le Christ ressuscité — vivant de la vie surabondante — qui ouvre la porte, appelle par leur nom des brebis que nul n’attendait, et constitue un troupeau unique à partir de la diversité des nations.

🙏 Prier

Termine ce temps en parlant au Seigneur avec tes propres mots.

🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée avec l’évangile du jour

La prière personnelle est un trésor. Mais la foi se vit aussi ensemble.