Bienheureuse Vierge Marie de Fatima

6ème Semaine du Temps Pascal — Mercredi 13 mai 2026 · Année A · blanc

🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée

🕯️ Entrer dans la prière

Nous sommes en plein cœur du temps pascal, ce long chemin qui nous mène de la Résurrection à la Pentecôte. Le Christ est ressuscité, mais il prépare ses disciples à un autre mode de présence : celui de l’Esprit. Aujourd’hui, deux scènes se font écho de manière saisissante. À Athènes, Paul cherche les mots pour parler du « Dieu inconnu » à des hommes cultivés, sceptiques, occupés ailleurs. Et Jésus, dans le discours d’adieu, promet « l’Esprit de vérité » qui « conduira dans la vérité tout entière ». Entre les deux : la même question — comment Dieu se fait-il connaître à ceux qui le cherchent à tâtons ? Tu peux commencer par te laisser saisir par l’humilité de Paul devant les Athéniens, puis te tourner vers la promesse de Jésus. Et entre les deux, laisser monter ta propre soif. Pose ton corps. Respire. Tais-toi un peu avant de lire.

📖 1ère lecture — Ac 17, 15.22 – 18, 1

Lire le texte — Ac 17, 15.22 – 18, 1

En ces jours-là, ceux qui escortaient Paul le conduisirent jusqu’à Athènes. Puis ils s’en retournèrent, porteurs d’un message, avec l’ordre, pour Silas et Timothée, de rejoindre Paul le plus tôt possible. Alors Paul, debout au milieu de l’Aréopage, fit ce discours : « Athéniens, je peux observer que vous êtes, en toutes choses, des hommes particulièrement religieux. En effet, en me promenant et en observant vos monuments sacrés, j’ai même trouvé un autel avec cette inscription : “Au dieu inconnu.” Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer. Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qu’il contient, lui qui est Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas des sanctuaires faits de main d’homme ; il n’est pas non plus servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie, le souffle et tout le nécessaire. À partir d’un seul homme, il a fait tous les peuples pour qu’ils habitent sur toute la surface de la terre, fixant les moments de leur histoire et les limites de leur habitat ; Dieu les a faits pour qu’ils le cherchent et, si possible, l’atteignent et le trouvent, lui qui, en fait, n’est pas loin de chacun de nous. Car c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être. Ainsi l’ont également dit certains de vos poètes :Nous sommes de sa descendance. Si donc nous sommes de la descendance de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité est pareille à une statue d’or, d’argent ou de pierre sculptée par l’art et l’imagination de l’homme. Et voici que Dieu, sans tenir compte des temps où les hommes l’ont ignoré, leur enjoint maintenant de se convertir, tous et partout. En effet, il a fixé le jour où il va juger la terre avec justice, par un homme qu’il a établi pour cela, quand il l’a accrédité auprès de tous en le ressuscitant d’entre les morts. » Quand ils entendirent parler de résurrection des morts, les uns se moquaient, et les autres déclarèrent : « Là-dessus nous t’écouterons une autre fois. » C’est ainsi que Paul, se retirant du milieu d’eux, s’en alla. Cependant quelques hommes s’attachèrent à lui et devinrent croyants. Parmi eux, il y avait Denys, membre de l’Aréopage, et une femme nommée Damaris, ainsi que d’autres avec eux. Après cela, Paul s’éloigna d’Athènes et se rendit à Corinthe. – Parole du Seigneur.

📘 Comprendre

Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain

Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42). Une deuxième grande partie nous relate la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée, après le martyre d’Etienne, par les Héllénistes Juifs devenus chrétiens), puis, après la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre (au cours de laquelle il convertit le premier païen), suivie, en terre païenne, avec la fondation de la grande Eglise d’Antioche, par le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35). La dernière partie du Livre nous fait vivre le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après ses voyages missionnaires successifs en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).

Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 31).

Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 3, qui se déploie en 4 scènes : 1er voyage missionnaire de Paul (13, 1 - 14, 28), L’Assemblée apostolique de Jérusalem (15, 1 - 35), 2ème voyage missionnaire de Paul (15, 36 - 18, 23), 3ème voyage missionnaire de Paul (18, 24 - 21, 16).

Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, notre passage se trouve dans la dernière partie des Actes (15, 36 - 28, 31), qu’on pourrait, selon cette division du Livre, intituler “le chemin de Paul jusqu’à Rome”. En effet, désormais, il n’y sera plus question que de Paul, que nous allons suivre dans son 2ème et son 3ème grands voyages missionnaires, sa captivité en Palestine, et son voyage maritime de prisonnier jusque Rome. Si bien que tout cet ensemble constitue ce qu’on appelle les Actes de Paul.

Nous le rejoignons ici au cours de son 2ème grand voyage missionnaire, pour lequel il a pris Silas comme compagnon, car il s’est querellé avec Barnabé, qui voulait emmener avec eux Jean-Marc, qui n’avait pas su les accompagner jusqu’au bout de leur premier voyage commun. Paul a donc pris un chemin différent de celui de Barnabé, et c’est par la terre, et en sens inverse, qu’il s’en est allé, avec l’intention de rendre visite aux communautés fondées lors de sa première mission. Sa première étape a, de ce fait, été Derbé.

Cependant, Paul va être empêché, à plusieurs reprises, de suivre son itinéraire prévu, difficultés qu’il interprète positivement comme des appels de l’Esprit de Jésus. Il a ainsi traversé le pays des Galates, et suite à une vision, il a décidé de passer en Macédoine, c’est-à-dire en Europe, et s’est successivement arrêté à Philippes, où il a fondé deux communautés domestiques, puis à Thessalonique et Bérée, où il a effectué de nombreuses conversions à Jésus, mais qu’il a dû quitter rapidement, sous la pression de Juifs hostiles au message concernant Jésus.

Et c’est ainsi qu’il est parvenu à Athènes, où nous le retrouvons, après qu’il ait visité la ville et parlé non seulement à la synagogue, mais à beaucoup de personnes sur la place publique, où son enseignement a été remarqué comme sortant de l’ordinaire. Le voici donc conduit devant l’Aréopage, grand conseil académique et religieux d’Athènes, où on l’invite à s’expliquer sur les idées qu’il propose.

Message

Déjà à Lystres,au cours de son premier voyage avec Barnabé (14, 15 - 17), Paul avait dû s’adresser à des païens idolâtres, qui les prenaient pour des dieux. Cette fois, devant l’Aréopage d’Athènes, Paul reprend, certes, le même type d’argumentation, mais de façon beaucoup plus élaborée, si bien que cette page que nous lisons représente une manière-type d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus à des auditoires païens, mais à partir d’une réflexion sur le mystère de la création du monde par le Dieu unique et au-delà de tout.

Les points importants du discours de Paul sont donc les suivants : D’abord, il faut répudier toute forme d’idolâtrie, pour se tourner vers l’unique Dieu Vivant, dont dépend tout l’univers créé, et qui est proche de nous, puisque nous sommes de sa race (versets 24 à 28). Après cette présentation de Dieu ainsi situé par rapport à l’humanité, Paul se présente comme celui qui annonce un Dernier Jour de cet univers dans lequel nous existons, Dernier Jour où un jugement de toute l’humanité sera exercé, au nom du Dieu unique par un homme que Dieu a choisi (Jésus le Christ), et qu’il a authentifié, en le ressuscitant d’entre les morts (verset 31). C’est donc dans cette perspective que tous les hommes ont à se convertir selon le message de Paul (c’est-à-dire l’Evangile de Jésus, dont Paul ne parle pas davantage ici, mais dont on pressent très bien que ce sera ensuite le menu important de sa prédication, après cette “ouverture”).

Les courants de pensée grecque pouvant difficilement admettre l’idée d’une “résurrection” des morts, puisqu’ils affirmaient une immortalité de l’âme ou de l’esprit, dans le cadre de réincarnations successives, Paul est donc interrompu dans son développement et renvoyé de l’Aréopage, mais non sans avoir cependant convaincu quelques personnes qui sont devenues croyantes.

Decouvertes

Les Actes ne nous parlant plus par la suite d’une communauté chrétienne d’Athènes, que Paul aurait revisitée, il est clair que sa prédication aux païens n’a pas connu là un grand succès.

Mise à part la référence à Jésus le Christ, le discours de Paul à l’Aréopage se situe bien dans la tradition des Juifs de la diaspora, qui estimaient que le monde païen était porteur d’un péché d’idolâtrie, en refusant de reconnaître le Dieu Vivant, unique et créateur (versets 24 - 28), qui n’habite pas dans des temples construits de la main des hommes (vereset 24), et ne peut être représenté sous la forme d’images religieuses élaborées par les hommes, fût-ce avec le plus grand art et les meilleurs matériaux (verset 29).

D’autre part, comme les Juifs de son temps, Paul essaye de se trouver un “terrain” commun avec son auditoire : sa découverte d’un autel “Au dieu inconnu” lui permet de partir de là pour annoncer le Dieu unique qui soutient l’univers.

Autre point de rencontre, certains courants dans la philosophie grecque s’orientaient vers une forme de “monothéisme” de la divinité : Paul peut ainsi, tout-à-fait à propos, citer un vers d’un poète stoïcien, Aratus (verset 28), l’intérprétant dans le sens Biblique, mais sans le dire, que l’homme est créé à “l’image” de Dieu.

Dans ce discours d’Athènes, non achevé, puisque interrompu, Jésus n’est pas nommé, et pas la moindre allusion n’est faite à sa passion, ni à sa mort comme crucifié. On a été ainsi amené à constater des différences entre ce que l’auteur des Actes des Apôtres fait dire à Paul en ce discours, et ce que Paul lui-même écrit dans ses lettres sur ces différents points, en particulier dans Romains, 1 - 3 sur l’attitude religieuse des païens, et en 1 Corinthiens, 1 - 2 sur le Christ crucifié, “scandale pour les Juifs, folie pour les païens (1 Corinthiens, 1, 23).

Prolongement

Quelques textes de Paul sur les mêmes thèmes :

18 En effet, la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes, qui tiennent la vérité captive dans l’injustice ;

19 car ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste : Dieu en effet le leur a manifesté.

20 Ce qu’il a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu’ils sont inexcusables ;

21 puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s’est enténébré :

9 On raconte là-bas comment nous sommes venus chez vous, et comment vous vous êtes tournés vers Dieu, abandonnant les idoles pour servir le Dieu vivant et véritable,

10 dans l’attente de son Fils qui viendra des cieux, qu’il a ressuscité des morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient.

15 Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature,

16 car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui.

17 Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui.

18 Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église : Il est le Principe, Premier-né d’entre les morts, il fallait qu’il obtînt en tout la primauté ,

19 car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude

20 et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.

🙏 Seigneur Jésus, nous sommes toujours tentés de nous fabriquer des images de Dieu quand nous essayons d’entrer en contact avec lui par notre prière, en oubliant que toi seul est l’image visible du Dieu invisible, et, qu’en te voyant, homme parmi nous, et en te croyant inséparable de la Parole de Dieu qui se communique à travers toi, nous voyons le Père avec nos yeux d’homme ou de femme, sûrs qu’en toi Dieu se donne à rencontrer au coeur de notre histoire : apprends-moi à te contempler, toi qui entraînes le cosmos tout entier dans ta création nouvelle, aide-moi à croire que, dans cet univers appelé à la transfiguration, nous avons, nous tes disciples, à manifester concrètement à quel point nous avons été nous-mêmes totalement transformés dans l’inauguration en nous de ta vie de ressuscité, à laquelle nous avons part dans l’Esprit Saint que tu nous as donné. AMEN.

Éclairage exégétique — Synthèse IA

Le discours de Paul à l’Aréopage constitue l’un des sommets rhétoriques des Actes des Apôtres et le paradigme luc­anien de la rencontre entre l’Évangile et la culture grecque. Luc, qui écrit probablement dans les années 80, compose ce discours selon les règles de la rhétorique antique : exorde captatio benevolentiae (« vous êtes particulièrement religieux »), narratio sur l’autel inconnu, propositio théologique sur le Dieu créateur, probatio appuyée sur les poètes grecs, et peroratio sur la résurrection. L’Aréopage (Areios Pagos, « colline d’Arès ») n’est plus à cette époque un tribunal pénal, mais un conseil chargé notamment des questions religieuses et éducatives ; Paul n’y est pas jugé au sens strict, mais sommé d’expliquer cette « doctrine étrangère » qu’il prêche.

L’inscription « Au dieu inconnu » (Agnōstō Theō) pose un problème d’attestation : Pausanias et Philostrate mentionnent des autels « aux dieux inconnus » au pluriel, mais aucune épigraphie n’a confirmé la formule au singulier. Plusieurs exégètes (Dibelius, Conzelmann) y voient une adaptation rhétorique de Luc ; d’autres (Hemer) défendent une attestation possible. Quoi qu’il en soit, Paul opère un retournement audacieux : il transforme un aveu d’ignorance polythéiste en point d’appui pour annoncer le Dieu unique. Le verbe katangéllō (« j’annonce ») est performatif : ce que les Athéniens vénéraient agnoountes (« sans connaître »), Paul le rend gnōston (« connaissable »).

L’argumentation déploie une véritable théologie naturelle, articulée autour de la création, de la providence et de la quête religieuse universelle. La citation « en lui nous avons la vie, le mouvement et l’être » provient probablement d’Épiménide de Crète, et « nous sommes de sa descendance » d’Aratos de Soles (Phénomènes, 5). Paul mobilise la sagesse stoïcienne sur l’immanence divine et le logos cosmique, mais la rebaptise dans la foi biblique en un Dieu créateur personnel. Cette stratégie d’inculturation a fait débat : certains exégètes (Vielhauer) y voient une trahison de la théologie paulinienne de la croix attestée en 1 Co 1-2 ; d’autres (Gärtner, Marguerat) montrent qu’elle prolonge cohéremment Rm 1, 18-23 sur la connaissance naturelle de Dieu.

Augustin, dans la Cité de Dieu (VIII, 10), s’empare de cette citation paulinienne pour montrer que les meilleurs philosophes païens — il pense aux platoniciens — ont entrevu l’existence et la transcendance du vrai Dieu, sans pouvoir parvenir au mystère du Christ médiateur. « En lui nous avons la vie, le mouvement et l’être » devient pour lui la formule clé d’une métaphysique de la participation : Dieu n’est pas une chose parmi les choses, mais ce par quoi tout est. Jean Chrysostome, dans son Homélie 38 sur les Actes, admire la synkatabasis (condescendance) pédagogique de Paul : il loue l’apôtre de ne pas commencer par accuser ses auditeurs d’idolâtrie mais de partir de leur propre piété, méthode qu’il recommande à tout prédicateur.

Le tournant du discours arrive avec l’appel à la metanoia (conversion) et l’annonce du jugement par « un homme accrédité » : la christologie est étonnamment voilée — Jésus n’est pas nommé — mais la résurrection (anastasis) y est centrale. C’est précisément ce mot qui provoque le rejet : pour les Grecs, l’âme cherche à s’évader du corps, et l’idée d’une résurrection corporelle paraît grossière. Certains se moquent (echleuazon), d’autres temporisent poliment. Luc relativise toutefois l’apparent échec : Denys, membre de l’Aréopage (que la tradition identifiera plus tard, à tort, au Pseudo-Denys mystique du Ve siècle), et Damaris se convertissent — fait notable que Luc nomme une femme parmi les premiers fruits.

Les enjeux théologiques sont considérables. Le texte fonde une praeparatio evangelica : la quête religieuse de toute culture est déjà mystérieusement ordonnée au Dieu unique, qui « n’est pas loin de chacun de nous ». Vatican II, dans Nostra Aetate et Lumen Gentium 16, s’inscrit dans cette ligne. Mais l’épisode rappelle aussi la limite de la théologie naturelle : sans le scandale de la résurrection, la sagesse demeure inachevée. Athènes annonce ainsi paradoxalement Corinthe, où Paul décidera, comme il le dit en 1 Co 2, 2, de « ne plus rien savoir, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié ».

🔥 Contempler

Grâce à demander : Seigneur, donne-moi de te chercher là où je ne te connais pas encore, et de reconnaître que tu n’es « pas loin de chacun de nous ».

Composition de lieu — Athènes, milieu du Ier siècle. Les marches de l’Aréopage, ce tribunal à ciel ouvert sur une colline rocheuse face à l’Acropole. Le soleil cogne sur le marbre. Tout autour, des statues, des temples, des autels — la ville déborde de divinités. Des hommes en toge écoutent, bras croisés, sceptiques. L’air sent la pierre chaude, la poussière, l’encens de quelque sacrifice voisin. Paul est là, debout, seul, sans Silas ni Timothée. Une voix juive au milieu des philosophes grecs. Imagine son trac. Imagine son audace.

Méditation — Paul ne commence pas par condamner. Il commence par regarder. « En me promenant et en observant vos monuments sacrés… » Il a marché dans la ville, il a pris le temps. Et il a trouvé cet autel étrange : « Au dieu inconnu. » Voilà son point d’entrée — non pas ce qui manque chez ses interlocuteurs, mais ce qu’ils pressentent déjà sans le savoir. « Ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer. » Quelle délicatesse. Quelle confiance dans le travail secret de Dieu chez ceux qui ne le connaissent pas encore.

Arrête-toi sur cette phrase qui est peut-être au cœur de toute spiritualité : « Il n’est pas loin de chacun de nous. Car c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être. » Pas un Dieu lointain qu’il faudrait atteindre par escalade. Un Dieu dans lequel nous sommes déjà — comme le poisson dans l’eau, qui ignore qu’il nage. Où est, dans ta vie, l’autel « au Dieu inconnu » ? Quelle part de toi cherche sans savoir qu’elle cherche ? Quel désir, quelle inquiétude, quelle beauté qui te traverse — et que tu n’as peut-être pas encore osé nommer Dieu ?

Et puis, à la fin, le scandale : la résurrection. « Les uns se moquaient, et les autres déclarèrent : Là-dessus nous t’écouterons une autre fois. » Beaucoup partent. Mais « quelques hommes s’attachèrent à lui ». Denys. Damaris. Les noms restent. Dieu ne fait pas de masse — il fait des personnes.

Colloque — Seigneur, je voudrais te parler comme Paul aux Athéniens — avec cette confiance que tu n’es pas loin. Mais souvent je te cherche au loin, comme si tu étais ailleurs. Apprends-moi à te reconnaître dans ce qui me fait vivre, bouger, exister. Là où je doute, là où je me moque parfois moi-même de ce que je n’ose pas croire, viens patiemment. Je voudrais être de ceux qui s’attachent.

Question pour la relecture : Quel « autel au dieu inconnu » s’est révélé en moi pendant cette prière ? Qu’est-ce qui, dans ma vie ordinaire, portait déjà ta présence sans que je le sache ?

🕊️ Psaume — 148, 1-2, 11-12, 13.14b

Lire le texte — 148, 1-2, 11-12, 13.14b

Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le dans les hauteurs. Vous, tous ses anges, louez-le, louez-le, tous les univers. Les rois de la terre et tous les peuples, les princes et tous les juges de la terre ; tous les jeunes gens et jeunes filles, les vieillards comme les enfants. Qu’ils louent le nom du Seigneur, le seul au-dessus de tout nom ; sur le ciel et sur la terre, sa splendeur : louange de tous ses fidèles !

✝️ Évangile — Jn 16, 12-15

Lire le texte — Jn 16, 12-15

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. » – Acclamons la Parole de Dieu.

📘 Comprendre

Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut

L’Esprit De Vérité Vous Conduira Dans La Vérité Tout Entière

Avant de nous aventurer dans ce texte de saint Jean, il faut plus que jamais nous « habiller le cœur » (comme disait Saint-Exupéry) : en cette dernière soirée de sa vie terrestre, Jésus n’emploie pas le mot « Trinité » ; il fait beaucoup plus et beaucoup mieux : il nous introduit dans ce grand mystère, dans l’intimité même de la Trinité. Mais pour percevoir ce mystère d’amour et de communion, il faudrait que nous lui soyons accordés, que nous soyons nous-mêmes feu brûlant d’amour et de communion ; or, nous ressemblons plutôt à du bois trop vert mis au contact du feu : bien difficile de le faire « prendre ».

Ce que Jésus nous dit ici, entre autres choses, c’est que l’Esprit de Dieu, le feu, va venir en nous : il va s’installer au cœur du bois vert. Nous sommes encore dans le contexte du dernier repas de Jésus avec ses disciples, au soir du Jeudi saint : Jésus fait ses adieux et prépare ses disciples aux événements qui vont suivre. Il révèle le maximum de son mystère, mais il y a des choses qu’ils ne peuvent pas encore comprendre : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter ».

L’histoire de l’humanité, comme toute histoire humaine est celle d’un long cheminement. Comme nous, parents ou éducateurs, accompagnons ceux qui nous sont confiés dans leur éveil progressif, Dieu accompagne l’humanité dans sa longue marche. Tout au long de l’histoire biblique, Dieu s’est révélé progressivement à son peuple : ce n’est que peu à peu que le peuple élu a abandonné ses croyances spontanées pour découvrir toujours un peu mieux le vrai visage de Dieu. Mais ce n’est pas fini : la preuve, c’est la difficulté des propres disciples de Jésus à le reconnaître comme le Messie, tellement il était différent du portrait qu’on s’en était fait d’avance.

Et ce long chemin de découverte de Dieu n’est pas encore terminé, il n’est jamais terminé : il continuera jusqu’à l’accomplissement du projet de Dieu. Tout au long de ce cheminement, l’Esprit de vérité nous accompagne pour nous guider vers la vérité tout entière… La vérité semble bien être l’un des maîtres-mots de ce texte : à en croire ce que nous lisons, la vérité est un but et non pas un acquis : « L’Esprit de vérité vous guidera vers la vérité tout entière » Cela devrait nous interdire de nous disputer sur des questions de théologie… puisqu’aucun de nous ne peut prétendre posséder la vérité tout entière !

D’autre part, elle n’est pas d’ordre intellectuel, elle n’est pas un savoir ; puisque, dans le même évangile de Jean, Jésus dit « je suis la Vérité ». Alors nous comprenons pourquoi dans le texte d’aujourd’hui, il emploie plusieurs fois le verbe « connaître » : « Ce qui va venir, il vous le fera connaître… il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître ».

Invités À Entrer Dans L’Intimité Même De Dieu

En langage biblique on sait bien que « connaître » désigne une expérience de vie et non pas un savoir. À tel point que ce mot « Connaître », est celui qui est employé pour l’union conjugale. L’expérience de l’amour ne s’explique pas, on peut seulement la vivre et s’en émerveiller.

L’Esprit va habiter en nous, nous pénétrer, nous guider vers le Christ qui est la Vérité… alors, peu à peu, la révélation du mystère de Dieu ne nous sera plus extérieure : nous en aurons la perception intime : là encore, j’entends un écho des promesses des prophètes : « ils me connaîtront tous du plus grand au plus petit ».

Je reviens sur la phrase : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter. » Pourquoi les apôtres n’ont-ils pas « la force de les porter » ? Parce qu’ils n’ont pas encore reçu l’Esprit-Saint, semble-t-il. Cela veut dire que si nous désirons vraiment pénétrer un peu plus dans la connaissance des mystères de Dieu, il nous faut résolument invoquer l’Esprit-Saint.

Dernière remarque : « Ce qui va venir, il vous le fera connaître ». « Ce qui va venir »* :* n’attendons pas des révélations à la manière des voyants… il s’agit de beaucoup plus grand : c’est le grand projet de Dieu qui se réalise dans l’histoire humaine : ce que saint Paul appelle « le dessein bienveillant » et qui est, justement, l’entrée de l’humanité tout entière dans la vie intime de la Trinité. « Il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître »* :* il n’est pas question, là non plus, de nous placer sur un plan intellectuel : ce ne sont pas les idées de Jésus qu’il va nous faire comprendre. C’est l’expérience même de sa vie qu’il va nous faire revivre à notre tour. Le cheminement même de l’homme-Jésus vécu avec l’Esprit-Saint devient le nôtre.

Les Tentations au désert, c’est l’Esprit d’amour qui lui permet de les surmonter ; c’est encore l’Esprit qui le conduit dans toute sa mission, qui inspire ses paroles et ses actes… qui lui donne l’audace des miracles… jusqu’à la dernière audace de l’abandon total à Gethsémani. C’est cela la vérité tout entière du Christ, celle vers laquelle nous cheminons à travers l’expérience de nos vies. C’est cet Esprit qui nous habite désormais et qui nous donne à notre tour toutes les audaces de la mission. On est loin d’un savoir intellectuel ! C’est à l’expérience même de l’intimité de Dieu que nous sommes invités…

Au fond, quand nous célébrons la Fête de la Trinité, nous ne contemplons pas de loin un mystère impénétrable, nous célébrons déjà la grande fête de la fin des temps : celle de l’entrée de l’humanité dans la Maison de Dieu.

Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain

Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.

Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).

A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.

Avec ce passage, nous lisons une partie du Dernier Discours de Jésus. Ce dernier discours, placé par l’Evangéliste au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort, peut se diviser en trois sections : - Section 1 (13, 31 - 14, 31), - Section 2 (15, 1 - 16, 33), - Section 3 (17, 1 - 26). Chacune de ces sections se partage ensuite en sous-sections, certaines de ces sous-sections pouvant, à leur tour, être subdivisées.

Dans la Section 2 du Dernier Discours de Jésus (15, 1 - 16, 33), suite à la présentation et à l’explication de l’image-comparaison de la vigne et des sarments (sous-section 1 : 15, 1 - 17), ainsi qu’à la constatation de la haine du monde à l’égard de Jésus et de ses disciples (sous-section 2 : 15, 18 - 16, 4a), une dernière sous-section, que nous lisons maintenant, reprend les thèmes déjà abordés lors de la grande 1ère partie de ce discours (Section 1 : 13, 31 - 14, 31).

Message

Dans cette nouvelle partie du Discours, il est d’abord question du départ de Jésus et de la venue du Paraclet (16, 4b - 15) (ici se situe notre passage), avant que Jésus fasse comprendre à ses disciples que son retour “autrement” sera pour eux source de joie et de redécouverte approfondie de sa personne et de son message.

Au moment où commence notre texte, Jésus vient de reparler de son départ pour constater la tristesse qui envahit ses disciples, et leur faire comprendre que c’est bien leur intérêt qu’il s’en aille ainsi, pour qu’il puisse leur envoyer le Paraclet, dans lequel lui-même sera de retour, tout en leur étant présent dans son absence (16, 4b - 7).

Mais à quoi servira cette présence-absence de Jésus en son Paraclet ? Jésus commence par leur répondre sur ce point en évoquant les relations que le Paraclet aura avec le monde :

  • d’abord, il fera la preuve que, Jésus ayant été glorifié en sa résurrection, le péché de ceux qui ne croient pas en lui sera manifesté,
  • ensuite, il fournira la preuve de la justice de Jésus en soulignant qu’il achève sa mission en retournant au Père,
  • enfin, il montrera comment le “monde” de ceux qui s’opposent à Jésus et refusent de le suivre est un “monde” voué à la condamnation, et à l’échec total sur le plan du salut (16, 8 -11).

Dans les quelques lignes de notre passage, nous est maintenant résumé le rôle du Paraclet dans la vie des disciples de Jésus (16, 12 - 15). Ce rôle est d’approfondir la connaissance de Jésus et de son mystère par les disciples. L’Esprit est chargé de les conduire à la Vérité toute entière.

En effet, de même que Jésus renvoie toujours au Père qui l’a envoyé, le Paraclet renverra toujours à Jésus. Aussi, n’ajoutera-t-il rien au message de Jésus dont il éclairera tous les enjeux permanents et dont il manifestera toutes les dimensions “dernières” et ultimes. Ainsi, il mettra en valeur l’accomplissement achevé de la mission de Jésus, qui est de révéler et glorifier le Père en nous conduisant à lui.

Decouvertes

Que veut dire Jésus en affirmant de l’Esprit “qu’il nous communiquera tout ce qui doit venir” ? Jésus n’aurait-il pas déjà tout révélé du projet de Dieu qu’il accomplit ? En fait “communiquer” ou “annoncer” signifie ici “déclarer”, c’est-à-dire “interpréter” pour chaque génération de croyants le véritable sens, pour eux, à leur époque, de tout ce que Jésus a fait et dit lors de sa mission terrestre.

En ce sens, le Paraclet continue l’oeuvre de Jésus en favorisant l’accueil qui doit lui être fait à chaque période de l’histoire des hommes.

Le verset 14 vient renforcer cette explication, car Jésus nous y précise que le Paraclet ne dira rien qui ne vienne de Jésus, et c’est ainsi qu’il le glorifiera.

Pour toutes les générations, l’Esprit rend présent Jésus avec sa Parole, son engagement pour notre salut, ainsi que sa relation au Père dont il a tout reçu. De cette façon, l’Esprit communique tout ce que Jésus a reçu lui-même du Père. Ainsi devenons-nous des témoins de Jésus et manifestons-nous visiblement sa gloire aux hommes et aux femmes de notre temps.

N’oublions pas non plus que le Paraclet nous est présent comme l’envoyé du Père (14, 16. 26). Comme Jésus a tout reçu du Père, le Paraclet, en nous interprétant Jésus, nous fait connaître tout ce que le Père a remis à Jésus. Nous constatons ici à quel point Père, Fils et Esprit sont joints et inséparables dans l’unité et la diversité de leur rôle à notre égard, via Jésus, notre frère en humanité.

Prolongement

Notre rôle n’est que de recevoir et d’accueillir, dans la foi qui anime tous nos engagements d’hommes et de femmes d’aujourd’hui. Jésus nous est donné, ainsi que son interprétation. Si nous sommes, dans la foi, ouverts à cette présence constante de Jésus dans le Paraclet, nous serons de plus en plus conduits à la Vérité toute entière, dont Jésus nous parle, et qu’il nous déclare être lui-même (14, 6 et 18, 37).

Pour nous aujourd’hui, tout le coeur et tout l’essentiel du message de Jésus se trouve dans ce que nous en ont écrit les auteurs du Nouveau Testament, à partir du témoignage de ceux qui ont connu Jésus et l’ont vu ressuscité. Mais, comprendre le message du Nouveau Testament en sa “réalité” profonde n’est possible que dans une ouverture, renouvelée sans cesse dans notre foi, à l’Esprit de Jésus, qui seul nous en fait “saisir” la “sève” divine.

A ce niveau, toute science, toute exégèse, toute recherche intellectuelle, si utiles soient-elles, sont dépassées dans la foi de ceux qui écoutent Jésus et accueillent sa réalité. D’où cette question que nous sommes appelés à nous poser et nous re-poser continuellement : sommes-nous dociles à Jésus, notre seul Maître intérieur, dans son Esprit ?

Seigneur Jésus, depuis ta résurrection tu es auprès du Père, mais tu continues de nous accompagner de ta présence vivante, en ton Esprit Saint, sans être cependant visible à nos yeux, mais avec ta capacité nouvelle de nous rejoindre sans cesse tous, là où nous sommes, et de nous faire comprendre intérieurement tout ce que nous ont rapporté de toi, de tes paroles et de tes actions, ceux qui ont partagé ton existence terrestre limitée dans le temps et dans l’espace de la Palestine d’il y a deux mille ans : aide-moi à croire que tu nous apportes et nous donnes aujourd’hui autant de toi-même, de ta Révélation du Père, et de ton message de salut qu’à tes premiers disciples, avec la mission conjointe de te communiquer à notre tour à nos contemporains par un témoignage aussi vivant et engagé que le leur. AMEN.

28.05.2003.

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🙏 Seigneur Jésus, depuis ta résurrection tu es auprès du Père, mais tu continues de nous accompagner de ta présence vivante, en ton Esprit Saint, sans être cependant visible à nos yeux, mais avec ta capacité nouvelle de nous rejoindre sans cesse tous, là où nous sommes, et de nous faire comprendre intérieurement tout ce que nous ont rapporté de toi, de tes paroles et de tes actions, ceux qui ont partagé ton existence terrestre limitée dans le temps et dans l’espace de la Palestine d’il y a deux mille ans : aide-moi à croire que tu nous apportes et nous donnes aujourd’hui autant de toi-même, de ta Révélation du Père, et de ton message de salut qu’à tes premiers disciples, avec la mission conjointe de te communiquer à notre tour à nos contemporains par un témoignage aussi vivant et engagé que le leur. AMEN.

Éclairage exégétique — Synthèse IA

Ce passage appartient au cinquième et dernier discours d’adieu de Jésus dans l’Évangile johannique (Jn 13–17), composé probablement à la fin du Ier siècle dans la communauté éphésienne. Il s’inscrit dans la séquence des cinq « paroles sur le Paraclet » (14, 16-17 ; 14, 26 ; 15, 26 ; 16, 7-11 ; et notre passage 16, 12-15), qui constituent l’enseignement le plus développé du Nouveau Testament sur l’Esprit Saint. Le terme Paraklētos — littéralement « celui qui est appelé auprès » — désigne à la fois le défenseur judiciaire, le consolateur et l’avocat ; il n’apparaît dans le NT que chez Jean. Notre péricope clôt le cycle en explicitant la fonction noétique de l’Esprit : conduire à la vérité totale.

L’expression « j’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter » (bastazein, « porter, supporter ») a nourri une réflexion essentielle sur le développement doctrinal. Le verbe évoque un fardeau, comme on porte une charge ou un enfant : la vérité révélée est pondérale, elle requiert maturité. Origène, dans son Commentaire sur Jean (Livre II), y lit le principe d’une pédagogie divine progressive : la révélation s’adapte à la capacité (chōrein) du disciple, et l’Esprit déploie au fil de l’histoire ce qui était déjà contenu en germe dans la parole du Christ. Cette intuition deviendra centrale chez Newman pour penser le développement homogène du dogme.

L’expression eis tēn alētheian pasan (« dans la vérité tout entière ») a fait l’objet de deux interprétations grammaticales : « il vous conduira vers toute la vérité » (sens directionnel) ou « il vous guidera dans la vérité totale » (sens locatif). La majorité des commentateurs modernes (Brown, Schnackenburg) privilégie le sens d’un cheminement, d’une introduction progressive. La vérité johannique n’est jamais un système d’énoncés mais une Personne : Jésus lui-même est hē alētheia (Jn 14, 6). L’Esprit ne révèle donc rien d’autre que le Christ, mais en déploie l’intelligibilité inépuisable. Cette précision est cruciale contre toute prétention montaniste, gnostique ou illuministe à recevoir une révélation supplémentaire.

Cyrille d’Alexandrie, dans son Commentaire sur Jean (Livre XI), insiste sur la consubstantialité que ce verset implique : « ce qu’il aura entendu, il le dira » — non par subordination, comme un serviteur écoutant un maître, mais par communion d’essence. L’Esprit ne reçoit pas une information extérieure ; il est relation au Père et au Fils. Augustin, dans son Traité 99 sur Jean, médite la formule « tout ce que possède le Père est à moi » comme l’affirmation la plus dense de la divinité du Christ : Jésus s’attribue absolument tout ce qui appartient au Père — toute-puissance, sagesse, éternité —, ce qui serait blasphématoire s’il n’était lui-même Dieu. Augustin en tire un argument trinitaire majeur : l’Esprit procède du Père et du Fils précisément parce que le Fils possède en commun avec le Père tout ce dont l’Esprit procède. Cette lecture nourrira le débat sur le Filioque.

La fonction de l’Esprit est définie de façon paradoxale : « lui me glorifiera ». L’Esprit n’attire pas l’attention sur lui-même mais sur le Christ ; il est, selon une heureuse formule patristique, le « Dieu discret » dont l’œuvre est de manifester un Autre. Le verbe doxasei renvoie à la doxa johannique, qui culmine paradoxalement dans la croix-glorification (Jn 12, 23-28 ; 17, 1-5). L’Esprit, en faisant comprendre aux disciples le mystère pascal, dévoile que la vraie gloire de Dieu réside dans l’amour livré. C’est ainsi qu’il « annonce ce qui va venir » (ta erchomena) : non par prédiction divinatoire, mais en faisant entrer la communauté dans l’intelligence eschatologique du Christ pascal et de son retour.

Le passage présente une véritable circulation trinitaire : le Père donne tout au Fils, le Fils transmet tout à l’Esprit, l’Esprit communique tout aux disciples. Cette perichōrēsis (mot ultérieur, mais l’intuition est là) fonde une théologie de la connaissance croyante comme participation à la vie même de Dieu. Les exégètes débattent encore du rapport entre cette pneumatologie johannique et celle de Paul ou de Luc : Jean accentue la dimension intérieure, herméneutique et personnelle de l’Esprit, là où Luc met en avant son irruption charismatique et missionnaire.

Le rapprochement avec la première lecture est saisissant : Paul à l’Aréopage tente de « conduire » les Grecs à la vérité du Dieu unique, mais ils ne peuvent pas encore « porter » l’annonce de la résurrection. L’Esprit promis par Jésus est précisément celui qui rend capables de recevoir ce que la sagesse humaine, livrée à elle-même, refuse comme folie. La fête mariale du jour — Notre-Dame de Fatima — résonne par ailleurs avec ces thèmes : Marie, figure de l’Église qui « garde toutes ces choses dans son cœur » (Lc 2, 19), incarne par excellence cette docilité à l’Esprit qui introduit progressivement dans la vérité tout entière.

🔥 Contempler

Grâce à demander : Seigneur Jésus, donne-moi la patience de ne pas tout comprendre tout de suite, et la confiance de me laisser conduire par ton Esprit.

Composition de lieu — Le Cénacle, le soir du Jeudi saint. La table du repas est encore là. Les visages des disciples sont graves, fatigués, inquiets. Jésus parle longuement, comme quelqu’un qui sait qu’il va partir. La lumière des lampes vacille. Dehors, la nuit. Approche-toi. Prends une place parmi eux. Regarde Jésus — son visage tendu vers eux, sa voix qui se voile peut-être. Écoute.

Méditation — « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. » Quelle phrase étonnante dans la bouche de Jésus. Lui qui pourrait tout dire choisit de se taire. Il connaît la mesure de ses disciples. Il sait qu’on ne donne pas la vérité d’un coup — on l’accompagne, on la révèle au rythme du cœur qui peut la recevoir. Cette retenue de Jésus est une caresse. Combien de fois, dans ta vie, Dieu a-t-il tu ce que tu n’aurais pas pu porter ?

Puis vient la promesse : « Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. » Pas « il vous donnera la vérité » comme un objet. Il vous conduira — verbe de mouvement, de chemin, de marche. La vérité chrétienne n’est pas un savoir qu’on possède, c’est un chemin qu’on parcourt. Et l’Esprit ne parle pas de lui-même : « ce qu’il aura entendu, il le dira. » Tout circule entre le Père, le Fils et l’Esprit dans une étonnante humilité divine. « Tout ce que possède le Père est à moi », dit Jésus — et l’Esprit, à son tour, reçoit du Fils pour nous le faire connaître. Dieu est cette circulation de don.

Que veut dire pour toi, aujourd’hui, être « conduit » plutôt que sachant ? Quelle est la part de la vérité que tu ne peux peut-être pas encore porter — et que l’Esprit t’apprendra plus tard, à son rythme, pas au tien ?

Colloque — Jésus, j’aime que tu n’aies pas tout dit d’un coup. J’aime cette patience de toi pour mes petites épaules. Il y a tant de choses dans ma vie que je ne comprends pas — des deuils, des attentes, des silences de Dieu. Apprends-moi à ne pas exiger de tout porter maintenant. Envoie ton Esprit pour me conduire, doucement, jour après jour, dans cette « vérité tout entière » qui est ton visage.

Question pour la relecture : Qu’est-ce que je n’arrive pas encore à porter — et que je peux remettre à l’Esprit, en lui faisant confiance pour le temps qu’il faudra ?

🙏 Prier

Seigneur, Dieu en qui nous avons « la vie, le mouvement et l’être », tu n’es pas loin de moi — c’est moi qui ai parfois la vue courte. Comme Paul devant les Athéniens, donne-moi des yeux pour reconnaître les autels secrets que tu as déjà dressés dans ma vie, les pressentiments, les soifs, les beautés qui sont autant de signes de ta présence cachée.

Jésus, je te rends grâce pour ta patience. Tu n’as pas voulu tout dire en une fois. Tu sais ce que je peux porter aujourd’hui, et ce qui peut attendre. Envoie sur moi ton Esprit de vérité, qu’il me conduise — pas trop vite, pas trop loin — dans la vérité tout entière qui est ton amour.

Que je sois, comme Denys et Damaris, de ceux qui s’attachent et qui croient, au milieu d’un monde qui se moque ou qui remet à plus tard. Amen.

🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée avec l’évangile du jour

La prière personnelle est un trésor. Mais la foi se vit aussi ensemble.