de la férie
6ème Semaine du Temps Pascal — Vendredi 15 mai 2026 · Année A · blanc
🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée
📖 1ère lecture — Ac 18, 9-18 ↗
Lire le texte — Ac 18, 9-18
À Corinthe, une nuit, le Seigneur dit à Paul dans une vision : « Sois sans crainte : parle, ne garde pas le silence. Je suis avec toi, et personne ne s’en prendra à toi pour te maltraiter, car dans cette ville j’ai pour moi un peuple nombreux. » Paul y séjourna un an et demi et il enseignait parmi les Corinthiens la parole de Dieu. Sous le proconsulat de Gallion en Grèce, les Juifs, unanimes, se dressèrent contre Paul et l’amenèrent devant le tribunal, en disant : « La manière dont cet individu incite les gens à adorer le Dieu unique est contraire à la loi. » Au moment où Paul allait ouvrir la bouche, Gallion déclara aux Juifs : « S’il s’agissait d’un délit ou d’un méfait grave, je recevrais votre plainte à vous, Juifs, comme il se doit. Mais s’il s’agit de débats sur des mots, sur des noms et sur la Loi qui vous est propre, cela vous regarde. Être juge en ces affaires, moi je m’y refuse. » Et il les chassa du tribunal. Tous alors se saisirent de Sosthène, chef de synagogue, et se mirent à le frapper devant le tribunal, tandis que Gallion restait complètement indifférent. Paul demeura encore assez longtemps à Corinthe. Puis il fit ses adieux aux frères et s’embarqua pour la Syrie, accompagné de Priscille et d’Aquilas. À Cencrées, il s’était fait raser la tête, car le vœu qui le liait avait pris fin. – Parole du Seigneur.
- 🎙️ PAUL À ATHÈNES (J332 · matin)
- 🎙️ Éphèse, le feu de l’Esprit au cœur du paganisme (J342 · matin)
📘 Comprendre
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42). Une deuxième grande partie nous relate la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée, après le martyre d’Etienne, par les Héllénistes Juifs devenus chrétiens), puis, après la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre (au cours de laquelle il convertit le premier païen), suivie, en terre païenne, avec la fondation de la grande Eglise d’Antioche, par le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35). La dernière partie du Livre nous fait vivre le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après ses voyages missionnaires successifs en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).
Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 31).
Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 3, qui se déploie en 4 scènes : 1er voyage missionnaire de Paul (13, 1 - 14, 28), L’Assemblée apostolique de Jérusalem (15, 1 - 35), 2ème voyage missionnaire de Paul (15, 36 - 18, 23), 3ème voyage missionnaire de Paul (18, 24 - 21, 16).
Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage, nous continuons de progresser dans la dernière longue partie des Actes des Apôtres, comportant 12 chapitres consacrés uniquement aux missions de Paul, depuis son retour de l’Assemblée de Jérusalem jusqu’à son arrivée à Rome (15, 36 - 28, 31). Si bien que tout cet ensemble constitue ce qu’on appelle les Actes de Paul.
Nous le rejoignons ici vers la fin de son 2ème grand voyage missionnaire, au cours duquel, accompagné de Silas, puis de Timothée, et détourné plusieurs fois de son itinéraire initialement prévu, par suite de ciorconstances adverses, il est passé par Derbé, le pays des Galates, avant de se rendre en Macédoine, suite à une vision, et de passer ainsi en Europe : après s’être arrêté à Philippes, Thessalonique, Bérée, où il a créé de nouvelles communautés, mais rencontré de nombreux obstacles suscités par des Juifs hostiles à toute proclamation de la Bonne Nouvelle de Jésus, il est enfin parvenu à Athènes. Là, invité à présenter son message devant l’Aréopage, il n’a pas, semble-t-il, rencontré grand succès, l’idée que Jésus ait pu ressusciter des morts n’ayant pas été admise, compte tenu des idées philosophiques courantes. Du coup, Paul a continué sa route jusqu’à Corinthe, où il a exercé une bien plus longue mission de fondation et de consolidation d’une grande communauté de croyants.
Message
Corinthe est l’une des villes où Paul est resté le plus longtemps, et où il a fondé et accompagné une communauté importante. Nous savons par ses lettres aux Corinthiens que cette communauté était d’un genre dynamique et turbulent, et posant de nombreuses questions à l’apôtre sur les principaux secteurs de la vie chrétienne.
Comme en beaucoup d’autres occasions au cours de ses missions et voyages successifs, Paul est, une fois de plus, poursuivi par des Juifs hostiles à l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus, qui, ici, organisent une manifestation de masse pour se saisir de Paul et le traduire devant le tribunal du Proconsul Gallion.
Toutefois, Gallion s’estimant incompétent face à l’accusation portée devant lui contre Paul, et concernant le culte de Dieu en Israël et la pratique de la Loi, aucun jugement n’est exercé à l’encontre de Paul, dont il déboute les adversaires.
Paul finit par quitter Corinthe, emmenant avec lui des amis et collègues de métier, Priscille et Aquila, Juifs convertis à Jésus, et dont Paul parle à plusieurs reprises dans ses lettres.
Bien que défenseur de l’inutilité de la Loi Juive pour être sauvé, Paul n’en continue pas moins de se comporter comme un Judéo-chrétien, qui demeure pratiquant de la religion Juive, dont il suit encore les rites, comme ici, à propos d’un voeu qu’il avait fait.
Decouvertes
L’accusation portée par les Juifs de Corinthe contre Paul va bien dans le sens de sa prédication. Ce n’est plus par la Loi de Moïse que l’on est sauvé, ni par les sacrifices de l’ancienne Alliance, mais par la foi au Christ Jésus, qui s’est offert pour nous, une fois pour toutes (même si Paul n’emploie pas ici exactement ce langage).
Gallion a été Proconsul de Grèce en 52, d’après une inscription découverte dans la ville grecque de Delphes. Et c’est à partir de cette date qu’on reconstitue le parcours historique de Paul, et que l’on arrive à situer ainsi avec précision les principales étapes de son ministère, cette date étant également une des dates-clés pour la chronologie du Nouveau Testament.
Même si cette dispute d’ordre religieux ne le concerne pas, Gallion constate le drame des relations, difficiles déjà, entre Juifs et chrétiens, que ces derniers soient d’origine Juive ou païenne : entre Jésus et l’Ancien Testament, il y a, à la fois, continuité et rupture : Jésus accomplit le passé sans l’abolir, mais avec un dépassement qui en change radicalement la nature.
Prolongement
Quelques textes de Paul sur sa mission et son Evangile offert aux païens autant qu’aux Juifs :
24 Ainsi la Loi nous servit-elle de pédagogue jusqu’au Christ, pour que nous obtenions de la foi notre justification.
25 Mais la foi venue, nous ne sommes plus sous un pédagogue.
26 Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans le Christ Jésus.
27 Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ :
28 il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus.
29 Mais si vous appartenez au Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse.
21 Mais maintenant, sans la Loi, la justice de Dieu s’est manifestée, attestée par la Loi et les Prophètes,
22 justice de Dieu par la foi en Jésus Christ, à l’adresse de tous ceux qui croient - car il n’y a pas de différence :
23 tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu -
24 et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus :
25 Dieu l’a exposé, instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi ; il voulait montrer sa justice, du fait qu’il avait passé condamnation sur les péchés commis jadis
26 au temps de la patience de Dieu ; il voulait montrer sa justice au temps présent, afin d’être juste et de justifier celui qui se réclame de la foi en Jésus.
27 Où donc est le droit de se glorifier ? Il est exclu. Par quel genre de loi ? Celle des œuvres ? Non, par une loi de foi.
28 Car nous estimons que l’homme est justifié par la foi sans la pratique de la Loi.
29 Ou alors Dieu est-il le Dieu des Juifs seulement, et non point des païens ? Certes, également des païens ;
4 à me lire, vous pouvez vous rendre compte de l’intelligence que j’ai du Mystère du Christ.
5 Ce Mystère n’avait pas été communiqué aux hommes des temps passés comme il vient d’être révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes, dans l’Esprit :
6 les païens sont admis au même héritage, membres du même Corps, bénéficiaires de la même Promesse, dans le Christ Jésus, par le moyen de l’Évangile.
7 Et de cet Évangile je suis devenu ministre par le don de la grâce que Dieu m’a confiée en y déployant sa puissance :
8 à moi, le moindre de tous les saints, a été confiée cette grâce-là, d’annoncer aux païens l’insondable richesse du Christ
9 et de mettre en pleine lumière la dispensation du Mystère : il a été tenu caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses,
🙏 *Seigneur Jésus, comme tu l’as fait avec Paul, ton disciple, tu nous encourages à annoncer ton message à temps et à contretemps, quelles que puissent être les difficultés rencontrées, de façon à ce que, de plus en plus de nos frères et soeurs parviennent à te découvrir, toi, le seul Sauveur de toute l’humanité : augmente en moi le souci et le sens de ta mission, au service de laquelle tu nous appelles dès que nous croyons en toi, donne-moi de ne jamais oublier que tous mes comportements sont porteurs d’une image que je présente de ta vie et de ta Parole, et que, de la qualité de mon obéissance au Père, et de l’imitation de tes gestes et paroles dans ma docilité à ton Esprit Saint, dépend la visibilité authentique de ton appel à travers mon témoignage. AMEN.
10.05.02.*
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Ce passage des Actes (Ac 18, 9-18) appartient au deuxième voyage missionnaire de Paul (vers 50-52 après J.-C.) et constitue l’un des rares épisodes que l’archéologie permet de dater avec précision. L’inscription de Delphes mentionnant le proconsul Gallion — frère du philosophe Sénèque — situe son mandat en Achaïe entre l’été 51 et l’été 52. Luc compose ici un diptyque caractéristique de sa théologie : une vision nocturne consolatrice (v. 9-10) suivie de sa vérification dans l’histoire (v. 12-17). Corinthe, ville cosmopolite refondée par César en 44 av. J.-C., capitale de la province sénatoriale d’Achaïe, abritait une importante diaspora juive et constituait un carrefour commercial où la prédication paulinienne pouvait essaimer largement.
La parole du Seigneur à Paul reprend le langage des théophanies de vocation prophétique : « Mè phobou, lalei kai mè siôpèsès » (« Sois sans crainte, parle et ne te tais pas »). On entend en arrière-plan Jr 1, 7-8 (« Ne dis pas : je suis trop jeune… car je suis avec toi pour te délivrer »), Is 41, 10 et Ez 2, 6. La formule « j’ai pour moi un peuple nombreux (laos polys) dans cette ville » est théologiquement audacieuse : le terme laos, réservé dans la Septante au peuple élu d’Israël, est appliqué ici à une communauté encore largement païenne de Corinthe. Luc affirme par là que l’élection s’élargit aux nations sans rupture : la Parole crée son peuple avant même que la mission ne soit accomplie, ce qui motive la persévérance de Paul.
Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur les Actes (Hom. 39), souligne avec finesse que Dieu ne supprime pas l’épreuve mais en change le sens : « Il ne dit pas : “personne ne s’élèvera contre toi”, mais : “personne ne pourra te maltraiter”. Il y aura des attaques, mais elles n’aboutiront pas. » Le Chrysostome insiste sur la pédagogie divine : la peur de Paul, attestée par cette vision, n’est pas un défaut de foi mais la condition humaine de l’apôtre, que Dieu rejoint dans sa fragilité. Bède le Vénérable, dans son Commentaire sur les Actes, lit le « peuple nombreux » comme une prophétie ecclésiologique : Corinthe deviendra l’une des Églises majeures de l’Empire, et la promesse divine anticipe la moisson.
L’épisode du tribunal de Gallion possède une portée juridique considérable. La sentence du proconsul (« cela vous regarde, je refuse d’être juge en ces affaires ») établit, de fait, un précédent : le christianisme est traité comme une querelle interne au judaïsme, donc protégé par le statut de religio licita dont jouissaient les Juifs dans l’Empire. Luc, attentif à montrer la légitimité civique du christianisme face à Rome (apologétique constante des Actes), souligne cette neutralité bienveillante. Le détail — « tous se saisirent de Sosthène et le frappèrent » — pose une énigme : ce Sosthène est-il celui que Paul mentionne en 1 Co 1, 1 comme « notre frère » ? La tradition (déjà chez Eusèbe) tend à identifier les deux, faisant du chef de synagogue battu un futur converti.
Augustin, dans le Sermon 167 et plus largement dans son commentaire des actions divines à travers les puissances séculières (De civitate Dei), voit dans Gallion un instrument inconscient de la providence : l’indifférence du magistrat romain devient le bouclier de l’Évangile. Origène, lui, dans le Contre Celse (III, 8), évoque ces moments où la persécution est bridée par Dieu lui-même afin que l’Église ait le temps de croître : c’est précisément la fonction du « dix-huit mois » de Corinthe, durée inhabituellement longue qui permet l’enracinement.
Le voeu de Cencrées (v. 18) demeure l’un des points les plus discutés. Le texte grec est ambigu : keiramenos tèn kephalèn, eiche gar euchèn — « s’étant rasé la tête, car il avait un voeu ». S’agit-il d’un voeu de naziréat (Nb 6, 1-21), normalement accompli au Temple de Jérusalem ? Pourquoi alors le tonsurer à Cencrées, port oriental de Corinthe ? Certains exégètes (Haenchen) y voient une incohérence rédactionnelle ; d’autres (Fitzmyer, Barrett) un voeu privé de gratitude pour la protection accordée. Jérôme, dans sa Lettre 75 à Augustin, en tire un argument sur la liberté paulinienne : Paul, libéré de la Loi quant à la justification, en garde la pratique comme témoignage de continuité avec Israël. Le geste révèle ainsi un Paul fidèle aux racines, dont la mission aux nations ne renie jamais le judaïsme natif.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Seigneur, donne-moi d’entendre, dans la nuit que je traverse, ta voix qui me dit : « Sois sans crainte, je suis avec toi. »
Composition de lieu — Imagine Paul dans une chambre étroite à Corinthe. C’est la nuit. La ville est immense, païenne, marchande — un port grouillant où l’on parle toutes les langues, où les cultes se côtoient, où l’on se moque des prédicateurs ambulants. Paul est peut-être assis sur sa natte, fatigué du travail des tentes qu’il fait de ses mains. Dehors, on entend encore des bruits, des rires, peut-être une dispute. Il a déjà été rejeté plusieurs fois, battu, chassé. Et voici qu’au milieu de cette nuit, le Seigneur vient. Pas dans le tonnerre. Dans une vision intime, presque chuchotée.
Méditation — Arrête-toi sur cet ordre étrange : « parle, ne garde pas le silence ». Pourquoi le Seigneur a-t-il besoin de le dire ? Parce que Paul, l’apôtre infatigable, est tenté par le silence. La peur peut nous faire taire — non par lâcheté forcément, mais par épuisement, par découragement, par ce vertige de se demander : « À quoi bon ? » Et le Seigneur ne reproche pas à Paul sa peur. Il lui donne une raison de tenir : « j’ai pour moi un peuple nombreux dans cette ville ». Avant même que Paul ne convertisse qui que ce soit, ce peuple existe déjà dans le regard de Dieu. Dieu voit ce que Paul ne voit pas encore.
Et puis il y a Gallion, ce proconsul romain qui « restait complètement indifférent ». Curieux détail. Le salut de Paul passe par l’indifférence d’un païen ! Dieu se sert de tout — même de la lassitude administrative d’un fonctionnaire — pour protéger les siens. Où, dans ta vie, Dieu a-t-il agi par des moyens que tu n’aurais jamais devinés ? Quelle ville traverses-tu en ce moment où tu as besoin d’entendre : « Je suis avec toi » ?
Note enfin ce détail discret à la fin : Paul se fait raser la tête à Cencrées, « car le vœu qui le liait avait pris fin ». Un homme qui prie avec son corps, qui marque dans sa chair le passage du temps avec Dieu. La foi de Paul n’est pas qu’idée — elle est gestes, vœux, traversées maritimes, compagnons de route (Priscille, Aquilas).
Colloque — Seigneur, tu connais les villes intérieures où je me sens étranger, où ma parole se tarit. Tu sais quand je suis tenté de me taire, par fatigue ou par peur du jugement. Apprends-moi à écouter, dans la nuit, ta voix qui ne reproche pas mais qui relève. Et fais-moi croire, vraiment, que tu as déjà « un peuple nombreux » là où je ne vois rien encore. Donne-moi des Priscille et des Aquilas pour la route.
Question pour la relecture : Quelle est, aujourd’hui, la « ville » où le Seigneur me demande de ne pas garder le silence ? Et qu’est-ce qui me fait peur d’y parler ?
🕊️ Psaume — 46 (47), 2-3, 4-5, 6-7 ↗
Lire le texte — 46 (47), 2-3, 4-5, 6-7
Tous les peuples, battez des mains, acclamez Dieu par vos cris de joie ! Car le Seigneur est le Très-Haut, le redoutable, le grand roi sur toute la terre. Celui qui nous soumet des nations, qui tient des peuples sous nos pieds ; il choisit pour nous l’héritage, fierté de Jacob, son bien-aimé. Dieu s’élève parmi les ovations, le Seigneur, aux éclats du cor. Sonnez pour notre Dieu, sonnez, sonnez pour notre roi, sonnez !
✝️ Évangile — Jn 16, 20-23a ↗
Lire le texte — Jn 16, 20-23a
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, tout heureuse qu’un être humain soit venu au monde. Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera. En ce jour-là, vous ne me poserez plus de questions. » – Acclamons la Parole de Dieu.
🎙️ L’unité, sommet de l’amour (J235 · matin)
📘 Comprendre
Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
L’Esprit De Vérité Vous Conduira Dans La Vérité Tout Entière
Avant de nous aventurer dans ce texte de saint Jean, il faut plus que jamais nous « habiller le cœur » (comme disait Saint-Exupéry) : en cette dernière soirée de sa vie terrestre, Jésus n’emploie pas le mot « Trinité » ; il fait beaucoup plus et beaucoup mieux : il nous introduit dans ce grand mystère, dans l’intimité même de la Trinité. Mais pour percevoir ce mystère d’amour et de communion, il faudrait que nous lui soyons accordés, que nous soyons nous-mêmes feu brûlant d’amour et de communion ; or, nous ressemblons plutôt à du bois trop vert mis au contact du feu : bien difficile de le faire « prendre ».
Ce que Jésus nous dit ici, entre autres choses, c’est que l’Esprit de Dieu, le feu, va venir en nous : il va s’installer au cœur du bois vert. Nous sommes encore dans le contexte du dernier repas de Jésus avec ses disciples, au soir du Jeudi saint : Jésus fait ses adieux et prépare ses disciples aux événements qui vont suivre. Il révèle le maximum de son mystère, mais il y a des choses qu’ils ne peuvent pas encore comprendre : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter ».
L’histoire de l’humanité, comme toute histoire humaine est celle d’un long cheminement. Comme nous, parents ou éducateurs, accompagnons ceux qui nous sont confiés dans leur éveil progressif, Dieu accompagne l’humanité dans sa longue marche. Tout au long de l’histoire biblique, Dieu s’est révélé progressivement à son peuple : ce n’est que peu à peu que le peuple élu a abandonné ses croyances spontanées pour découvrir toujours un peu mieux le vrai visage de Dieu. Mais ce n’est pas fini : la preuve, c’est la difficulté des propres disciples de Jésus à le reconnaître comme le Messie, tellement il était différent du portrait qu’on s’en était fait d’avance.
Et ce long chemin de découverte de Dieu n’est pas encore terminé, il n’est jamais terminé : il continuera jusqu’à l’accomplissement du projet de Dieu. Tout au long de ce cheminement, l’Esprit de vérité nous accompagne pour nous guider vers la vérité tout entière… La vérité semble bien être l’un des maîtres-mots de ce texte : à en croire ce que nous lisons, la vérité est un but et non pas un acquis : « L’Esprit de vérité vous guidera vers la vérité tout entière »… Cela devrait nous interdire de nous disputer sur des questions de théologie… puisqu’aucun de nous ne peut prétendre posséder la vérité tout entière !
D’autre part, elle n’est pas d’ordre intellectuel, elle n’est pas un savoir ; puisque, dans le même évangile de Jean, Jésus dit « je suis la Vérité ». Alors nous comprenons pourquoi dans le texte d’aujourd’hui, il emploie plusieurs fois le verbe « connaître » : « Ce qui va venir, il vous le fera connaître… il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître ».
Invités À Entrer Dans L’Intimité Même De Dieu
En langage biblique on sait bien que « connaître » désigne une expérience de vie et non pas un savoir. À tel point que ce mot « Connaître », est celui qui est employé pour l’union conjugale. L’expérience de l’amour ne s’explique pas, on peut seulement la vivre et s’en émerveiller.
L’Esprit va habiter en nous, nous pénétrer, nous guider vers le Christ qui est la Vérité… alors, peu à peu, la révélation du mystère de Dieu ne nous sera plus extérieure : nous en aurons la perception intime : là encore, j’entends un écho des promesses des prophètes : « ils me connaîtront tous du plus grand au plus petit ».
Je reviens sur la phrase : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter. » Pourquoi les apôtres n’ont-ils pas « la force de les porter » ? Parce qu’ils n’ont pas encore reçu l’Esprit-Saint, semble-t-il. Cela veut dire que si nous désirons vraiment pénétrer un peu plus dans la connaissance des mystères de Dieu, il nous faut résolument invoquer l’Esprit-Saint.
Dernière remarque : « Ce qui va venir, il vous le fera connaître ». « Ce qui va venir »* :* n’attendons pas des révélations à la manière des voyants… il s’agit de beaucoup plus grand : c’est le grand projet de Dieu qui se réalise dans l’histoire humaine : ce que saint Paul appelle « le dessein bienveillant » et qui est, justement, l’entrée de l’humanité tout entière dans la vie intime de la Trinité. « Il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître »* :* il n’est pas question, là non plus, de nous placer sur un plan intellectuel : ce ne sont pas les idées de Jésus qu’il va nous faire comprendre. C’est l’expérience même de sa vie qu’il va nous faire revivre à notre tour. Le cheminement même de l’homme-Jésus vécu avec l’Esprit-Saint devient le nôtre.
Les Tentations au désert, c’est l’Esprit d’amour qui lui permet de les surmonter ; c’est encore l’Esprit qui le conduit dans toute sa mission, qui inspire ses paroles et ses actes… qui lui donne l’audace des miracles… jusqu’à la dernière audace de l’abandon total à Gethsémani. C’est cela la vérité tout entière du Christ, celle vers laquelle nous cheminons à travers l’expérience de nos vies. C’est cet Esprit qui nous habite désormais et qui nous donne à notre tour toutes les audaces de la mission. On est loin d’un savoir intellectuel ! C’est à l’expérience même de l’intimité de Dieu que nous sommes invités…
Au fond, quand nous célébrons la Fête de la Trinité, nous ne contemplons pas de loin un mystère impénétrable, nous célébrons déjà la grande fête de la fin des temps : celle de l’entrée de l’humanité dans la Maison de Dieu.
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.
Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).
A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.
Avec ce passage, nous lisons une partie du Dernier Discours de Jésus. Ce dernier discours, placé par l’Evangéliste au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort, peut se diviser en trois sections : - Section 1 (13, 31 - 14, 31), - Section 2 (15, 1 - 16, 33), - Section 3 (17, 1 - 26). Chacune de ces sections se partage ensuite en sous-sections, certaines de ces sous-sections pouvant, à leur tour, être subdivisées.
Dans la Section 2 du Dernier Discours de Jésus (15, 1 - 16, 33), suite à la présentation et à l’explication de l’image-comparaison de la vigne et des sarments (sous-section 1 : 15, 1 - 17), ainsi qu’à la constatation de la haine du monde à l’égard de Jésus et de ses disciples (sous-section 2 : 15, 18 - 16, 4a), une dernière sous-section, que nous lisons maintenant (16, 4b - 33), reprend les thèmes déjà abordés lors de la grande 1ère partie de ce discours (Section 1 : 13, 31 - 14, 31).
Message
Le passage de Jésus au Père en son “Heure”, c’est-à-dire son départ de ce monde, va être vécu comme une grande épreuve par les disciples de Jésus.
Jésus précise néanmoins que cette épreuve va devenir pour eux une source de très grande joie, liée à une transformation radicale qui va s’opérer dans leur être et dans leur vie.
Cette transformation, évoquée ici dans l’image de la femme qui met au monde un nouvel être humain, dans les douleurs de l’enfantement, ne sera rien moins qu’une nouvelle naissance à un autre type d’existence pour les disciples de Jésus.
Et ce changement qui va ainsi s’opérer en eux sera son oeuvre, son retour intérieur, absolument efficace, bien qu’invisible, au coeur de leur existence, dans l’Esprit Saint qu’il leur donnera lorsqu’il se manifestera lui-même à eux, à la fois comme étant lui-même et tout autre, en leur apparaissant dans sa gloire de Ressuscité.
Ainsi leur demeurera-t-il constamment présent et agissant, en son absence. Ce qui sera pour eux, dans leur foi accueillant l’Esprit de Jésus et se laissant conduire par lui, source d’une joie indéfectible et d’une connaissance intime du mystère de Dieu révélé en Jésus, et inscrit par lui, en eux.
Decouvertes
Dans cette nouvelle partie du Discours, après nous avoir reparlé de son départ et de la venue du Paraclet (16, 4b - 15), Jésus fait comprendre à ses disciples que son retour “autrement” sera pour eux source de joie et de redécouverte approfondie de sa personne et de son message (16, 16 - 23a). Il annoncera ensuite que toutes nos requêtes nous seront alors accordées et que nous serons capables de comprendre vraiment ses paroles et le sens total de sa mission (16, 23b - 33).
On s’est demandé quelle période vise exactement Jésus quand il parle ainsi de son retour. On a débord pensé, comme l’ont fait les Pères de l’Eglise, que Jésus parlait de ses futures apparitions de Ressuscité. Mais Jésus, compte tenu des limites de son authentique humanité, semblable en tous points à la nôtre à l’exception du péché (Hébreux, 2, 17 - 18 et4, 15), pouvait-il de son vivant avoir une prescience aussi exacte de sa future condition de Ressuscité ?
Saint Augustin estime, de son côté, que Jésus parlait ainsi plutôt de son retour en sa qualité de Fils de l’homme en gloire à la fin ultime des temps.
Peut-être Jésus, selon sa foi, unique et totale, en Dieu son Père, partageait-il simplement, dans ce contexte d’adieux de son dernier repas et dernier discours, sa conviction profonde que Dieu validerait sa mission et son témoignage d’obéissance engagée jusqu’au terme, en lui faisant remporter une victoire décisive sur la mort et toutes les formes du mal et du péché, mais sans définir pour autant les données concrètes de cette victoire et de la révélation qu’en auraient ses disciples.
Si bien que ses propos des versets 16 - 23a pourraient viser à la fois la connaissance qu’auraient rapidement ses disciples de cette victoire qu’il attendait, et la manifestation finale qu’en représenterait son retour en gloire comme Fils de l’homme au terme définitif de l’histoire de l’humanité.
Il n’en reste pas moins que, selon tout le contexte de cet Evangile de Jean, ce retour annoncé de Jésus, et le fait que nous sommes appelés ainsi à le voir ou revoir, fait également certainement allusion à la rencontre vivante que nous avons de lui, suite à l’envoi sur nous de son Esprit promis, qui le rend présent et actif en nous, comme en tous ceux qui, au fil des âges, sont devenus ou deviendront ses disciples.
A plusieurs reprises, en ce dernier discours, Jésus lie son départ et son retour à une situation nouvelle qui va leur être donnée : c’est ainsi qu’au chapitre 14, 26 - 27, il leur laisse et leur donne sa paix, avec le don de son Esprit, et qu’ici, dans ce passage, il leur annonce une expérience de joie inamissible, liée toujours au don de son Esprit.
Prolongement
Saint Paul, en ses lettres, nous parle en termes semblables de cette paix et de cette joie liées à la résurrection de Jésus, et au don de l’Esprit qui nous est fait constamment depuis lors, et qui anime notre vie, nous assurant transformation intérieure et découverte du mystère de Dieu révélé en Jésus Christ :
8 Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ,
9 et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi ;
10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort,
11 afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts.
4 Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous.
5 Que votre modération soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche.
6 N’entretenez aucun souci ; mais en tout besoin recourez à l’oraison et à la prière, pénétrées d’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu.
7 Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus.
17 que le Christ habite en vos cœurs par la foi, et que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour.
18 Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur,
19 vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu.
🙏 Seigneur Jésus, puisque nous croyons en toi, nous avons la conviction que ton Esprit Saint, qui te rend présent en nous avec la puissance de ta résurrection et ta révélation unique de Dieu, nous permet de te reconnaître et de te suivre ainsi, avec, en outre, la capacité de t’imiter dans toutes tes démarches de vérité et d’amour : donne-moi de vivre vraiment de ton Esprit et de ta présence qui lui est associée, dans une existence qui témoigne toujours concrètement, visiblement, et de plus en plus, de toi. AMEN.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Ce péricope (Jn 16, 20-23a) s’inscrit dans le grand discours d’adieu (Jn 13-17), au coeur de la dernière section avant la prière sacerdotale. Jésus prépare ses disciples au scandale de la Passion en formulant une parole sur le passage de la peine (lypè) à la joie (chara). Le contexte immédiat (v. 16-19) est dominé par l’énigme du « petit peu » (mikron) : « Encore un peu et vous ne me verrez plus ; encore un peu et vous me verrez. » Cette double mikron structure johannique, reprise jusque dans les Pères, articule Vendredi saint et Pâques, Ascension et Parousie, absence sacramentelle et présence eschatologique — la tradition exégétique a continuellement débattu du ou des référents.
Le verbe « pleurer et se lamenter » (klausete kai thrènèsete) renvoie au vocabulaire des lamentations funèbres juives ; Jésus annonce que sa mort sera vécue comme un deuil. L’antithèse « tandis que le monde se réjouira » réintroduit le dualisme johannique entre le kosmos hostile et la communauté des disciples. Mais le retournement promis n’est pas une simple consolation : « votre peine se changera en joie » (hè lypè eis charan genèsetai). Le verbe ginomai dit une métamorphose, non un remplacement : la peine elle-même devient joie, comme la croix devient gloire dans la théologie johannique de l’« heure ».
L’image centrale est celle de la femme qui enfante. Elle puise dans une riche tradition prophétique : Is 26, 17-19 (où l’enfantement préfigure la résurrection des morts), Is 66, 7-14 (Jérusalem mère qui enfante son peuple dans la joie messianique), Mi 4, 9-10, Os 13, 13. Le terme grec hôra (« heure ») est employé deux fois — pour la femme et, implicitement, pour Jésus — opérant une superposition saisissante : l’heure de la Passion est l’heure de l’enfantement du monde nouveau. Cyrille d’Alexandrie, dans son Commentaire sur Jean (livre XI), développe magnifiquement cette typologie : « Comme la femme oublie ses douleurs en regardant son enfant, ainsi les disciples, voyant le Christ ressuscité, oublieront le scandale de la croix. » Cyrille fait de la Résurrection le « jour de naissance » de l’humanité régénérée.
Augustin, dans son Traité 101 sur l’Évangile de Jean, propose une lecture ecclésiologique : la femme en travail est l’Église elle-même, qui enfante les croyants dans la douleur du temps présent et dont la joie sera consommée dans la vision béatifique. « Cette femme, c’est l’Église, dont les douleurs sont les tribulations par lesquelles elle enfante le Christ dans le coeur des fidèles, jusqu’à ce qu’il y soit pleinement formé » — écho à Ga 4, 19, où Paul lui-même se dit « en travail d’enfantement » jusqu’à ce que le Christ soit formé dans les Galates. Grégoire le Grand, dans les Homélies sur les Évangiles (Hom. 26), élargit l’image à toute existence chrétienne : la vie présente est gestation, la vie éternelle est naissance ; la mort, paradoxalement, est dies natalis.
La promesse « je vous reverrai » (opsomai hymas) pose une question exégétique débattue. S’agit-il (1) des apparitions pascales, (2) du don de l’Esprit à la Pentecôte, (3) de la Parousie, ou (4) d’une expérience mystique de la présence du Ressuscité ? Bultmann privilégie le sens kérygmatique-existentiel ; Brown et Dodd inclinent pour une polyvalence intentionnelle, caractéristique du quatrième évangile, où les événements pascals, pneumatologiques et eschatologiques se télescopent. La précision « votre coeur se réjouira » (charèsetai hymôn hè kardia) évoque directement Is 66, 14 LXX (« vous verrez et votre coeur se réjouira »), confirmant l’arrière-plan prophétique de la consolation messianique.
La phrase finale « personne ne vous enlèvera votre joie » (tèn charan hymôn oudeis airei aph’ hymôn) rappelle la parole sur les brebis (Jn 10, 28-29) : ce qui est donné par le Christ glorifié possède le caractère eschatologique de l’inarrachable. La joie chrétienne n’est pas un sentiment mais une participation à la vie du Ressuscité, donc à l’éternité même de Dieu. Origène, dans son Commentaire sur Jean, distingue à ce sujet la euphrosynè (joie passagère du monde) de la chara (joie pneumatique stable) : seule cette dernière, fruit de l’Esprit (Ga 5, 22), est inaliénable.
L’ultime parole — « en ce jour-là, vous ne me poserez plus de questions » (ouk erôtèsete ouden) — annonce le régime nouveau de la connaissance pascale. Le verbe erôtaô peut signifier « interroger » mais aussi « demander » ; la suite immédiate (v. 23b, hors péricope) bascule vers la prière au Père au nom de Jésus. Jean Chrysostome (Homélies sur Jean, Hom. 79) y discerne le passage d’une foi balbutiante à une intelligence spirituelle plénière : les disciples, illuminés par l’Esprit, n’auront plus besoin d’interroger comme des enfants, car ils connaîtront « en vérité ». Cette promesse ouvre, pour le temps pascal que la liturgie nous fait traverser, l’horizon d’une joie qui n’abolit pas l’épreuve mais la transfigure depuis l’intérieur.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Seigneur, donne-moi de croire que la peine que je porte aujourd’hui peut devenir le lieu d’une joie que personne ne pourra m’enlever.
Composition de lieu — Tu es au Cénacle, le soir du Jeudi saint. La salle est éclairée par quelques lampes à huile. Les disciples sont autour de la table, le repas est fini. Jésus parle longuement, doucement, comme on parle à des gens qu’on va quitter. Il y a des silences. Certains disciples baissent les yeux. D’autres le fixent, essayant de comprendre. Tu es là, parmi eux. Tu entends sa voix qui dit : « Vous allez pleurer et vous lamenter ». Quelque chose dans ta poitrine se serre. Et puis cette image étrange qu’il choisit : une femme qui enfante.
Méditation — Jésus ne nie pas la peine. Il ne la minimise pas. Il dit clairement : « vous serez dans la peine ». Mais il refuse d’en faire le dernier mot. Et il prend une image que seules les femmes connaissent vraiment de l’intérieur — l’enfantement. C’est audacieux. La douleur de l’accouchement n’est pas une douleur quelconque : c’est une douleur qui travaille, qui ouvre, qui fait passer quelqu’un d’un côté à l’autre. Une douleur orientée vers la vie.
« Quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance. » Tu peux t’arrêter longtemps sur ce verbe : ne se souvient plus. Pas parce que la douleur n’a pas existé, mais parce que la joie de la rencontre la recouvre, l’absorbe, la transfigure. Quelle douleur, dans ta vie, attendrait ainsi d’être transfigurée ? Quelle peine portes-tu aujourd’hui que tu n’oses même plus nommer ? Jésus ne te demande pas de la nier. Il te dit seulement : ce n’est pas la fin.
Et puis cette promesse extraordinaire : « votre joie, personne ne vous l’enlèvera ». Note le futur, et note l’absolu : personne. Pas les circonstances, pas les échecs, pas même la mort. C’est une joie d’un autre ordre, une joie qui vient de la rencontre — « je vous reverrai ». La joie chrétienne n’est pas un optimisme. C’est la certitude d’un visage retrouvé.
Colloque — Jésus, tu sais ce que je porte en ce moment. Tu vois cette peine que je n’arrive pas toujours à dire. Apprends-moi à la regarder comme un travail d’enfantement, et non comme une impasse. Donne-moi de croire — vraiment, pas seulement avec ma tête — que tu me reverras, que tu me revois déjà. Et que cette joie-là, quoi qu’il arrive, personne ne pourra me l’enlever.
Question pour la relecture : À quel moment de ma prière ai-je senti, même furtivement, que ma peine pouvait être habitée par une promesse ?
🙏 Prier
Seigneur Jésus, tu nous parles dans la nuit comme tu as parlé à Paul, tu nous parles à table comme tu as parlé à tes disciples, et toujours tes paroles sont les mêmes : « Sois sans crainte. Je suis avec toi. Je vous reverrai. »
Apprends-nous à ne pas garder le silence là où tu nous envoies, même quand la ville nous paraît trop grande, même quand les voix hostiles couvrent la nôtre.
Apprends-nous à porter nos peines comme une femme porte son enfant : sans les nier, sans les fuir, mais sachant qu’elles travaillent vers la vie.
Et qu’au cœur de tout cela, nous puissions, comme les peuples du Psaume, battre des mains pour toi, parce que ta joie, déjà, nous est promise — et que personne ne pourra nous l’enlever.
Amen.
🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée avec l’évangile du jour
La prière personnelle est un trésor. Mais la foi se vit aussi ensemble.
🕯️ Entrer dans la prière
Nous sommes au cœur du temps pascal, dans ces jours où l’Église se laisse façonner par les paroles d’adieu du Christ et par les premiers pas de l’Église naissante. Deux scènes nocturnes se répondent aujourd’hui. À Corinthe, Paul est tenté par la peur — une ville hostile, des accusations qui montent — et le Seigneur lui parle dans une vision : « Sois sans crainte. » Au Cénacle, les disciples entendent une autre parole : « Vous allez pleurer », mais « votre peine se changera en joie ». Dans les deux textes, une présence est promise au cœur même de la vulnérabilité : « Je suis avec toi » à Paul, « je vous reverrai » aux disciples. Le Psaume, lui, ouvre déjà la fenêtre sur ce qui vient : les peuples qui battent des mains, la joie des nations.
Prends un temps de silence avant de commencer. Sens où tu en es aujourd’hui — peut-être dans une peur diffuse, peut-être dans une attente, peut-être dans une joie déjà donnée. Commence par Paul à Corinthe, puis laisse Jésus te parler de l’enfantement. Ne te presse pas.