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Les femmes dans l'Église

🎓 Enseignement · Ac 16, 13-15 ; Ga 3, 28

Émilie et Raymonde Richard · Enseignements et témoignages · diffusé en mars 2021

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📖 Ce texte à la messe : Samedi 10 octobre 2026 · samedi, 27ᵉ sem. ordinaire (paire)

En bref : vous suivez l'échange d'Émilie et de Raymonde Richard autour de la place des femmes dans l'Église. À partir de la nomination de Sœur Nathalie Becquart au secrétariat du Synode, elles reviennent sur les souvenirs du Concile, les figures féminines de l'Évangile et les saintes docteurs de l'Église. Elles nomment aussi bien les avancées que les pesanteurs héritées de la société.

Une femme au secrétariat du Synode

Émilie. Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans ce nouveau numéro de l'émission « Foi, chemin de liberté », aux côtés de Raymonde Richard. Bonjour Raymonde.

Raymonde. Bonjour, bonjour Émilie, bonjour à tout le monde. Pour cette émission, à l'occasion de la nomination de Nathalie Becquart comme sous-secrétaire du Synode, je me suis dit : « femme dans l'Église », voilà un thème qui m'intéresse. D'abord parce que, moi, je suis femme. Et puis parce que, vu mon âge canonique, j'en ai vu des vertes et des pas mûres par le fait d'être femme. Et je me réjouis de cette transformation.

Émilie. En fait, tu as assez de recul pour voir une certaine évolution de la place des femmes dans l'Église.

Souvenirs : les femmes et la préparation du Concile

Raymonde. Oui, et c'est drôle, parce que là je fais appel à des souvenirs personnels. Au moment de la préparation du Concile, il y avait des propositions pour aller réfléchir à ce qu'allait être un concile. Et je me souviens que, pour les femmes, il y avait la prière des psaumes ; et pour les hommes, il y avait une réflexion, justement, sur ce qu'était un concile, sur ce qui était en jeu dans ces préparatifs. Et je me suis dit : quand même, moi, ça m'intéresse de savoir ce qui est en jeu. Donc je me suis pointée à la réunion des hommes. Et, par chance, il y avait un monsieur qui était venu avec sa fille. Je me suis dit : bon, ça va, on est deux, et on ne nous a pas virées.

Émilie. Ça prouve quand même que cette question des femmes dans l'Église se pose depuis un certain temps, et que, même si les choses évoluent, les femmes ont pu parfois, comme tu dis, en voir des vertes et des pas mûres à l'intérieur de l'Église. Ce qui me paraît intéressant, c'est que là, une femme y entre, mais pas comme auditrice.

Raymonde. Oui. Louise Monnet, la sœur de Jean Monnet, avait été appelée — elle était responsable de l'Action catholique des milieux indépendants féminins, et de ce fait elle travaillait avec le père Rambur, qui a été le fondateur de notre radio. Elle a été la première femme auditrice au Concile. On s'en réjouissait ; je me souviens que l'abbé Rambur en avait parlé, et je me disais : ah bon, quand même, il y a des choses qui s'ouvrent. Mais entre une femme auditrice, qui écoute et ne parle pas...

Émilie. Elle écoute.

Raymonde. ...et une femme placée dans les instances décisionnelles de l'Église, au niveau de la préparation des synodes, c'est quand même autre chose.

Émilie. Parce qu'elle pourra aussi voter aux synodes.

Raymonde. Oui, elle a un droit de vote. Sa parole va compter, elle peut prendre la parole, elle a une grosse expérience, et on peut l'écouter. Donc là, je trouve que c'est important.

Le lectorat et l'acolytat ouverts aux femmes

Raymonde. Et je me suis dit : est-ce que c'est seulement un truc pour la façade ? Mais il se trouve qu'il y a un mois à peu près, le pape a pris une disposition qui accordait le lectorat et l'acolytat aux femmes et aux filles.

Émilie. En préparant l'émission, tu me disais que, pour toi, c'était un peu...

Raymonde. Pour moi, c'était déjà le cas. Il y a des femmes qui lisaient ; et l'acolytat, finalement, c'est préparer les choses autour de l'autel. Je les avais vues préparer les bouquets, faire un certain nombre de choses, quelquefois un peu subalternes. Mais c'est vrai aussi que la lecture, c'est important : c'est la parole de Dieu, on lit la parole de Dieu. Et j'ai découvert que, dans certains lieux, il y avait eu une régression assez importante depuis le Concile : les servantes étaient servantes de l'assemblée, mais pas de l'autel, parce que l'autel s'était réservé aux petits mecs. Alors je me suis dit : finalement, il a peut-être raison, ce pape, d'instituer un ministère. Un ministère institué, ça veut dire que des gens pourront être nommés là. J'avoue qu'en passer par là au début du troisième millénaire, ça me paraît quand même un peu gros.

Émilie. Et la nomination de Nathalie Becquart, c'est une porte ouverte pour que d'autres, peut-être, prennent une responsabilité. Sachant qu'à Rome — puisqu'on prenait l'exemple du Vatican — au moment du synode, il y avait zéro femme dans les services, et maintenant il y en a près de 600, c'est-à-dire à peu près un quart de l'effectif. Donc ça a changé.

L'Église est-elle misogyne ?

Émilie. Ce qu'on entend souvent, surtout de la part de personnes qui ne sont pas dans l'Église, c'est que l'Église serait une vieille institution misogyne. Est-ce qu'on peut dire que c'est le cas ?

Raymonde. Je suis allée regarder dans les textes d'origine, c'est-à-dire l'Écriture. C'est vrai que, parmi les apôtres, Pierre ne s'adresse à une femme — une servante, dans la cour du grand prêtre — qu'au moment où Jésus est condamné, où Jésus passe et où lui vient de le renier. Elle lui dit : « Mais tu en étais, toi ; tu es galiléen, d'ailleurs tu as l'accent. » Et il rétorque : « Je ne sais pas ce que tu veux dire. » Donc Pierre s'adresse à une servante pour lui dire « je ne sais pas ce que tu veux dire », et nous, nous savons que c'était un parfait mensonge.

Émilie. Et c'est la seule fois où un apôtre s'adresse directement à une femme. Par contre, dans les Évangiles, il y a quand même beaucoup d'histoires de femmes, mais elles ne sont pas toujours dans les bons rôles.

Raymonde. Mais dans les Évangiles, personne n'a le bon rôle. Chacun peut avoir le bon ou le mauvais rôle. Par contre, quand Paul, aux Galates, exprime qu'avec cette voie chrétienne il y a une égalité fondamentale :

Il n'y a ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme.

Donc tout le monde a la même valeur. Et je me suis amusée à regarder : dans les Actes des Apôtres, le même Paul raconte son arrivée à Philippes, au chapitre 16.

Le texte : Actes 16, 13-15

Le jour du sabbat, nous nous rendîmes en dehors de la porte, sur les bords de la rivière, où l'on avait l'habitude de faire la prière. Nous étant assis, nous adressâmes la parole aux femmes qui s'étaient réunies. L'une d'elles, nommée Lydie, nous écoutait. C'était une négociante en pourpre, de la ville de Thyatire. Elle adorait Dieu. Le Seigneur lui ouvrit le cœur, de sorte qu'elle s'attachait aux paroles de Paul. Après avoir été baptisée, ainsi que les siens, elle nous fit cette prière : « Si vous me tenez pour une fidèle du Seigneur, venez demeurer dans ma maison. » Et elle nous y contraignit.

Raymonde. Lydie, c'est une femme, une négociante en pourpre : une femme chef d'entreprise. Elle se fait baptiser ainsi que les siens — et traditionnellement, dans ces familles, quand le chef de famille change, c'est toute la maisonnée qui suit : pas simplement les enfants, mais aussi la domesticité et tout l'entourage. Je ne sais pas de quel ordre était la contrainte ; peut-être des questions matérielles faisaient-elles qu'il était plus facile d'être accueilli que de ne pas l'être. En tout cas, ils n'ont pas discuté.

Émilie. On perçoit que, dans l'Église primitive, il y avait quand même cette place des femmes. Et Jésus, lui, dans les Évangiles ?

Jésus et les femmes

Raymonde. J'allais y venir : même si les apôtres ne s'adressent pas aux femmes, ou très peu, celui qui leur parle beaucoup, c'est Jésus. Il écoute la Cananéenne. Il dialogue avec Marthe avant la résurrection de Lazare, et il n'admet pas qu'elle s'enferme dans la condition domestique — il y a celle qui prépare la soupe, et il y a sa sœur, qui vient l'écouter. À la femme qui l'interpelle en bénissant le ventre qui l'a porté, Jésus répond : « Bienheureux plutôt ceux qui font la volonté de mon Père » — ceux et celles, bien sûr. Il ignore ostensiblement les tabous : il se laisse toucher par la femme hémorroïsse ; il accepte l'hommage de la pécheresse repentante qui vient briser un flacon de parfum dont tous les Évangiles disent qu'il était très riche — alors que Simon le pharisien la dit infréquentable. Mais Jésus rétorque à Simon que, elle, elle le reconnaît. Et puis il demande de l'eau à une Samaritaine : une femme, et en plus Samaritaine, et en plus à midi, quand elle va faire sa provision d'eau au moment où elle ne se montre pas trop dans le village, parce qu'elle est, entre guillemets, infréquentable. Or c'est cette même Samaritaine qui va courir vers les autres et qui ramène le village au pied de Jésus.

Émilie. Ces épisodes font partie des plus marquants des Évangiles. Et les femmes ont une place tout à fait à part dans l'annonce de la Résurrection ; elles sont très actives.

Les femmes, premières à l'annonce de la Résurrection

Raymonde. Elles suivent au pied de la croix — on retrouve des femmes, avec Jean. Et le lendemain matin, ce sont elles qui se lèvent de bon matin. La tradition de l'Église l'a repris complètement : les femmes qui viennent servir, s'occuper des malades, et là, s'occuper des rites d'ensevelissement — ça, on le laissait volontiers aux femmes. Mais c'est aussi une femme qui est missionnée pour aller annoncer la Résurrection : « Va dire à mes frères que je suis ressuscité... ne me touche pas. » C'est elle qui vit la mission.

Émilie. Et l'Évangile de Matthieu commence par une généalogie de Jésus dans laquelle les femmes sont extrêmement présentes.

Raymonde. Y compris celles qui sont en situation irrégulière. C'est à souligner.

Marie, les saintes et les docteurs de l'Église

Raymonde. Il y a une place à part pour la Vierge Marie, cette femme révérée, Vierge et Mère. Mais parmi toutes les personnes qui ont été portées sur les autels, qui ont été canonisées, il y a environ 15 % de femmes. Ça ne fait pas beaucoup. Et parmi ces 15 %, il y a seulement dix mères de famille ; et parmi ces dix mères de famille, il y a des reines, ou des mères comme sainte Hélène, la mère de Constantin, ou sainte Monique, la mère de saint Augustin. Il y a quand même quatre femmes docteurs de l'Église : Thérèse d'Avila, Catherine de Sienne, plus récemment Thérèse de Lisieux, et Hildegarde de Bingen, qui vient du Moyen Âge. C'est vrai qu'il n'y en a pas beaucoup.

L'Église marquée par son époque

Raymonde. Finalement, nous sommes très marqués par la société ambiante. Dans cette société, les femmes ont un rôle de second plan, on les considère peu, et l'Église est marquée par son environnement. C'est vrai encore aujourd'hui.

Émilie. C'est ça qu'on peut dire quand certaines personnes affirment que l'Église est misogyne : est-ce que l'Église est plus misogyne que la société dans laquelle elle évolue ?

Raymonde. Non, non. Quand on regardait l'Éducation nationale, il y avait beaucoup de femmes professeurs, mais dès qu'on passait aux responsabilités, il y avait peu de femmes inspecteurs, et dans les services centraux, c'étaient souvent des hommes. Maintenant, il y a un changement. Mais il y avait un concours masculin et un concours féminin. Moi, j'ai passé le concours féminin, et j'étais furieuse, parce que le barème masculin était beaucoup plus large. On avait les mêmes épreuves, on était notés de la même façon puisque c'était anonyme, mais après, le classement se faisait garçons, filles, avec un barème différent, parce qu'on voulait des messieurs dans l'Éducation nationale. Ça, j'avoue que je l'avais eu saumâtre.

Le mot de la fin

Émilie. Aujourd'hui, ce qu'on remarque, c'est qu'il y a beaucoup de femmes engagées dans la mission, y compris dans les services d'Église, au diocèse de Chartres.

Raymonde. Oui. Je pense à Odile Mack, qui a quitté les services centraux de Chartres pour aller au service de la Conférence des évêques de France. Elle est décédée, mais cette propulsion, pour moi, avait été quelque chose d'important : voir qu'elle était compétente, reconnue, et appelée à un service où sa compétence était reconnue. Et, s'il y a encore la place pour le mot de la fin : les femmes prêtres, très honnêtement, ce n'est pas mon truc. Mais que l'on reconnaisse les gens pour leurs compétences, que ce ne soit pas parce que c'est une femme ou parce que c'est un homme que l'on place les gens ; qu'il y ait une habitude de travailler ensemble, de se reconnaître, et finalement de reconnaître l'altérité — l'altérité de l'homme par rapport à la femme, ce que la société civile demande aussi dans les couples. On est en plein au cœur du problème, pas simplement dans l'Église, mais dans la société.

Émilie. Merci beaucoup, Raymonde. C'était effectivement le mot de la fin.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.