La grâce
👁 Contemplation · Mc 10, 35-45
Sœur Michèle Marchant · Parcours 3 — Pratiquer : la retraite en 6 étapes · diffusé en nov. 2021
🎧 Écouter sur Radio Grand Ciel📖 Ce texte à la messe : Lu récemment : Mercredi 27 mai 2026 · mercredi, 8ᵉ sem. ordinaire (paire)
En bref : Vous découvrez pourquoi la prière ignatienne commence par la demande d'une grâce, ce cadeau que Dieu désire vous faire. Sœur Michèle vous guide ensuite dans une contemplation de la demande des fils de Zébédée. Vous êtes invités à oser demander au Christ ce que vous désirez le plus, et à le suivre sur son chemin de serviteur.
Bonjour à tous. Sœur Michèle, du Prieuré Saint-Thomas à Épernon, vient vous rejoindre. Je suis heureuse de vous retrouver pour cette troisième étape de notre parcours « J'expérimente une retraite ».
Demander une grâce
Après nous être arrêtés, puis avoir accueilli la présence de Dieu, nous sommes invités à faire une demande au début de la prière. Vous savez que, dans ce parcours, notre boussole, c'est la spiritualité ignatienne. Avant de prier, saint Ignace nous invite en effet à demander une grâce, à demander ce que je veux et désire. Cette demande est en lien avec la parole avec laquelle je vais prier. Par exemple, si je prie avec l'évangile de la résurrection, je demanderai de partager la joie du Ressuscité. Si je prie avec la passion, je demanderai plutôt de partager la peine du Seigneur. D'une certaine manière, c'est comme donner une direction à la prière qui va débuter.
Demander, oui bien sûr, mais demander une grâce, qu'est-ce que cela signifie concrètement ? La grâce, c'est le cadeau que Dieu veut me faire parce qu'il m'aime. Il veut m'aider à aller de plus en plus vers la vie, vers la joie, vers l'espérance, vers la charité, en fait vers Lui. Il a ce désir de me donner ce dont j'ai besoin pour être pleinement heureux et vivant, parce qu'il est Dieu qui se donne sans cesse.
Mais puisque Dieu n'attend qu'une chose, me donner tout ce qu'il faut pour vivre heureux, pourquoi donc me faut-il demander ? En plus, demander qu'on me fasse un cadeau, c'est presque mal élevé. Sauf que le Seigneur me respecte tellement qu'il ne veut pas m'imposer quelque chose, ou m'imposer Lui-même. Voilà jusqu'où va la délicatesse de Dieu : il attend que je Lui demande ce dont j'ai besoin.
Demander une grâce, c'est donc faire l'expérience de Dieu présent et agissant comme compagnon de route. Il est Lui-même le chemin. Il m'avertit devant les obstacles, me donne l'aide nécessaire pour les traverser, l'endurance pour continuer la route. Enfin et surtout, demander, c'est reconnaître que je ne suis pas tout-puissant, que j'ai besoin de quelqu'un, que j'ai besoin de Dieu. C'est faire échec à cette petite voix en moi qui dit parfois : « Tu y arriveras tout seul. » « Vous serez comme des dieux », dit le serpent. Demander au Seigneur, c'est Lui dire : je veux dépendre de toi.
Alors je vous souhaite une belle expérience de demande, avec un cœur grand ouvert. Laissez-vous guider dans cette méditation, en prenant soin de bien préparer votre prière comme d'habitude, d'accueillir Dieu et, surtout en ce jour, de demander une grâce à Dieu.
Se préparer
Voici, donc prêts à prier. Je prépare ma prière avec soin. Je choisis mon lieu de prière : cela peut être à la maison, au bureau, au travail, ou dans une chapelle, ou à l'église. Je choisis aussi la durée. Si vous débutez dans la prière, prenez 20 minutes. Si vous avez déjà suivi une retraite, prenez 30 minutes ou 45 minutes. Je prends les dispositions pour être au calme et me protéger des perturbations habituelles : mes téléphones, mes alertes, mes mails sont désactivés. J'ai ma Bible, ma montre.
Accueillir Dieu
Il est là et me regarde avec le regard d'un Père qui m'aime tel que je suis. Alors j'accueille Dieu. Lui m'accueille à travers mes talents, mes travers, mes joies et mes peines, mes forces et mes faiblesses. Je prends un instant pour accueillir ce regard de Dieu.
Que tout ce que je suis soit dirigé vers toi, Seigneur. Je t'accueille. Je t'accueille avec mon histoire, mon être, ainsi que mes désirs. Je t'accueille avec mon passé, mon présent et mon futur.
Demander la grâce
Et je fais une demande à Dieu, spécialement aujourd'hui où j'apprends à lui demander quelque chose. Le passage biblique proposé parle de la demande de deux frères, les fils de Zébédée. Alors moi aussi je demande à Dieu. Je demande la grâce de savoir à mon tour demander ce que je désire le plus. Je demande la grâce d'oser faire cette démarche dans la confiance, demander ce qui me tient à cœur. Et toute demande est écoutée, comme nous le voyons dans ce passage d'évangile.
Le texte : Marc 10, 35-45
Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s'approchent de Jésus et lui disent : « Maître, ce que nous allons te demander, nous voudrions que tu le fasses pour nous. » Il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Ils lui répondirent : « Donne-nous de siéger l'un à ta droite et l'autre à ta gauche dans ta gloire. » Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, être baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé ? » Ils lui dirent : « Nous le pouvons. » Jésus leur dit : « La coupe que je vais boire, vous la boirez ; et vous serez baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n'est pas à moi de l'accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé. »
Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s'indigner contre Jacques et Jean. Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez : ceux que l'on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l'esclave de tous. Car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »
Lire le récit
D'abord, je lis le récit. Il s'agit d'un dialogue entre Jésus et les fils de Zébédée, Jacques et Jean. Il se termine par un enseignement de Jésus à ses disciples.
Entrer dans la scène
Pour entrer dans ce dialogue, je ferme les yeux et j'imagine la scène. Dans quel cadre se situe-t-elle ? Comment sont placés les personnages ? Quelles sont leurs attitudes, leurs regards ? Je laisse venir les bruits, les jeux de lumière, le ton des voix.
Situer et comprendre
Ce passage se situe au moment où Jésus monte avec ses disciples à Jérusalem, dans un climat de crainte. Il vient de leur annoncer ce qui l'attend : sa passion, sa mort et sa résurrection le troisième jour.
Je dois aussi comprendre certaines expressions difficiles. Siéger à droite et à gauche d'une personne permet de recevoir une part de l'honneur qui lui est due. La coupe désigne la souffrance à endurer jusqu'au bout : pour Jésus, jusqu'à la mort sur la croix. Le baptême est d'abord une plongée dans la mort, pour ensuite renaître à une vie nouvelle.
Suivre Jésus avec mon désir
Je suis Jésus avec mon désir. Je regarde, j'entends les deux disciples, Jacques et Jean. Ils expriment leur demande à Jésus : « Maître, ce que nous allons te demander, nous voudrions que tu le fasses pour nous. Donne-nous de siéger l'un à ta droite, l'autre à ta gauche, dans ta gloire. » Qu'est-ce qui les habite ?
Je regarde, j'entends les dix autres réagir, s'indigner : « Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s'indigner contre Jacques et Jean. » Qu'est-ce qui les motive ? Les disciples ne désirent-ils pas le meilleur de Jésus ? Et moi, qu'est-ce que je demanderais aujourd'hui au Christ ?
Suivre Jésus sur son chemin. « Vous ne savez pas ce que vous demandez. » Boire la coupe de la passion, être plongé dans la mort : qui choisirait un tel chemin ? Jésus, lui, l'a choisi. Pourquoi ?
« Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n'est pas à moi de l'accorder. » Jésus ne peut pas honorer la demande de Jacques et Jean, mais il les invite à le suivre sur la voie qu'il a lui-même choisie.
J'accueille la parole de Jésus qui m'invite à vivre le commandement de l'amour : donner sa vie en rançon pour la multitude. Donner sa vie, voilà le cœur de la vie du Christ. Suis-je prêt, suis-je prête à le suivre là ?
Suivre Jésus avec mon désir, sur son chemin de serviteur. « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. » Suivre le Christ nous rend serviteurs les uns des autres, comme lui-même, le Maître, s'est fait tel pour nous. À quelle conversion cela m'appelle-t-il ?
« Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; celui qui veut être parmi vous le premier sera l'esclave de tous. » Le renversement des valeurs est radical. Celui qui sert et donne sa vie pour les autres, habité par le Christ, partage la royauté du Christ. Quelle prière, quel désir, quelle parole monte en moi, que je désire partager au Christ comme un ami à son ami, comme un serviteur à son maître ?
Le colloque
Pour finir cette prière, je parle à Dieu ou à Jésus comme un ami parle à son ami, mais aussi comme un serviteur parle à son maître. Je lui parle de ce qui est venu dans la prière, comme une grande confiance, avec un grand respect.
Le cri de mon cœur jusqu'à toi, tout simplement c'est ma prière, le cri de mon cœur jusqu'à toi. Tout simplement désir de toi, toi dont le seul nom me libère, désir d'entendre enfin ta voix. Tout simplement c'est ma prière, la peur de rester loin de toi. Tout simplement c'est ma prière, la peur de rester loin de toi.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.