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Journée mondiale des migrants (3/3)

🎓 Enseignement · Ep 2, 19

Christian Mellon · Enseignements et témoignages · diffusé en déc. 2019

🎧 Écouter sur Radio Grand Ciel

📖 Ce texte à la messe : Mardi 20 octobre 2026 · mardi, 29ᵉ sem. ordinaire (paire)

En bref : Vous écoutez la dernière partie du commentaire du père Christian Mellon sur le message du pape François pour la Journée du migrant et du réfugié. Il y montre que la personne migrante a droit non seulement à survivre, mais à une vie digne, à l'égalité et à la reconnaissance de ses compétences. Le propos s'élargit ensuite à la construction de la cité, au refus du nationalisme et à l'idée d'une citoyenneté mondiale.

Cette émission va permettre d'entendre la dernière partie du commentaire de Christian Mellon sur le texte donné par le pape François pour la Journée du migrant. Il ne s'agit pas seulement des migrants : il s'agit de notre humanité à tous. Ainsi, les migrants partagent avec tous la même humanité, le même développement, la même dignité. Écoutons Christian Mellon.

La dignité de la personne

J'en viens au point suivant du message du pape François. Il suppose que la personne soit respectée dans toutes ses dimensions : pas seulement sa vie physique, son intégrité, sa liberté, mais aussi sa dignité. Et par la dignité, l'Église inclut souvent la capacité à contribuer au bien commun, à n'être pas simplement une personne qu'on maintient en vie par des assistances. Quelle est sa possibilité de contribuer au bien commun ? Sa créativité, sa capacité relationnelle, sa quête spirituelle : le développement de tout homme et de tout l'homme.

C'est vrai que parfois, dans l'urgence, il faut se contenter du minimum : sauver la vie, comme le sauvetage de quelqu'un qui se noie. Mais toute personne, migrante ou non d'ailleurs, a droit à beaucoup plus qu'à la survie : elle a droit à une vie digne. Dans le vocabulaire de l'Église, c'est un mot fréquemment évoqué pour cette exigence : la dignité.

L'égalité et les compétences des migrants

Dans le texte que je vous présente aujourd'hui, François met en lumière l'égalité. Derrière ce mot, on pressent tous les problèmes de discrimination, chaque fois que la situation d'exil entraîne une inégalité dans les droits, dans le respect. On peut faire le rapprochement avec un texte de 2004, toujours du Conseil pontifical :

Tous les migrants jouissent de droits fondamentaux, inaliénables, qui doivent toujours être respectés.

La contribution des migrants à l'économie du pays d'accueil est aussi liée à la possibilité qu'ils ont, dans leur travail, d'utiliser leur intelligence et leur capacité. C'est un trait assez constant, qui n'est pas mis en avant seulement par l'Église, mais par toutes les associations de solidarité : les migrants ne sont pas seulement des gens à tolérer, à parquer ; ils peuvent contribuer à l'économie du pays. D'où les revendications pour le droit au travail — pour le demandeur d'asile, je crois que c'est au bout de six mois maintenant, sous autorisation et dans certains secteurs.

On peut aussi évoquer ces lignes du pape François dans son message de l'année dernière :

Œuvrer afin que tous les migrants et les réfugiés, ainsi que les communautés qui les accueillent, soient mis en condition de se réaliser en tant que personnes, dans toutes les dimensions qui composent l'humanité voulue par le Créateur. Parmi ces dimensions, il faut reconnaître à la dimension religieuse sa juste valeur, en garantissant à tous les étrangers présents sur le territoire la liberté de profession et de pratique religieuse. Beaucoup de migrants et de réfugiés ont des compétences qui doivent être adéquatement certifiées et valorisées.

La liberté religieuse renvoie à pas mal de débats, comme vous le savez, y compris celui-ci : des personnes, en France, sont-elles discriminées en raison de leur pratique ou de leur foi religieuse ? C'est une question chaude à l'heure actuelle. Et puis il y a les compétences qui doivent être certifiées et valorisées. Comme vous le savez sans doute, d'après l'OCDE — mais c'est quelque chose qui date déjà de dix ans, donc cela n'a fait que s'améliorer depuis —, le niveau moyen de qualification des migrants qui arrivent dans les pays de l'OCDE est supérieur au niveau moyen de qualification des pays où ils arrivent. C'est quelque chose qu'on ignore souvent. On vous cite chaque fois la misère du monde ; mais non, ce n'est pas la misère du monde qui arrive. La misère, elle, est restée chez elle. Ils arrivent misérablement à cause des conditions dans lesquelles ils arrivent, mais ce sont des gens qui ont des compétences.

Construire la cité de Dieu et de l'homme

J'en arrive au septième et dernier point : il ne s'agit pas seulement des migrants, il s'agit de construire la cité de Dieu et de l'homme. Dans ce dernier point mis en lumière par François, il s'agit de la cité. On arrive donc au niveau politique, mais au sens noble du terme. Le mot « politique » n'apparaît pas dans le texte, mais c'est bien de cela qu'il s'agit, dans ces mots qu'il reprend en se citant lui-même, dans son message de 2014 : il s'agit de contribuer à la construction d'une société plus juste, d'une démocratie plus accomplie, d'un pays plus solidaire, d'un monde plus fraternel et d'une communauté chrétienne plus ouverte, selon l'Évangile.

Il cite aussi la Lettre aux Éphésiens, à cause du mot « concitoyens », qui a une connotation politique :

Vous n'êtes plus des étrangers ni des gens de passage, mais vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu.

(Éphésiens 2, 19.) Le pape François se situe ici sur un registre un peu chaud, qui rejoint des débats qui traversent aujourd'hui nos sociétés autour des questions d'identité, voire de préférence nationale. Derrière beaucoup de ces débats, il peut y avoir le regain des idéologies nationalistes, pas seulement en France : il y a des pays qui sont davantage touchés que le nôtre. C'est important de savoir que l'Église a une position constante contre le nationalisme, contre les idéologies nationalistes, soigneusement distinguées du patriotisme, qui est au contraire toujours loué.

Le grand texte de référence, peu connu — ce n'était pas une encyclique, mais un discours de Jean-Paul II au corps diplomatique, en janvier 1994 —, je vous invite à le découvrir :

…l'État qui pense et décide pour tous, l'imposition d'un modèle économique uniforme, le nivellement des spécificités culturelles : nous nous trouvons face à un nouveau paganisme, la divinisation de la nation.

L'histoire a démontré que du nationalisme on passe bien vite au totalitarisme et que, lorsque les États ne sont plus égaux, les personnes finissent elles aussi par ne plus l'être.

L'Église catholique ne saurait accepter une telle vision des choses : universelle par nature, elle se sait au service de tous et ne s'identifie jamais à une communauté nationale particulière. Elle accueille en son sein toutes les nations, toutes les races, toutes les cultures.

Ça, on le sait bien. Puis, après avoir rappelé le projet de Dieu sur l'humanité, Jean-Paul II ajoute :

Chaque fois que le christianisme, qu'il soit de tradition occidentale ou orientale, devient l'instrument d'un nationalisme, il est comme blessé en son cœur même et rendu stérile.

Cette tentation n'existe plus trop en France, mais elle revient parfois ; et elle peut concerner d'autres endroits de la planète, ce lien entre la foi chrétienne et un nationalisme.

Un autre texte peu connu de Jean-Paul II, de 2005, trois mois avant sa mort, dans son message du 1er janvier, fait à mon sens une innovation : il est rare que l'Église reprenne le concept de citoyenneté mondiale. On parle plutôt d'habitude de « famille humaine », mais « citoyenneté », c'est vraiment un mot politique.

L'appartenance à la famille humaine confère à toute personne une sorte de citoyenneté mondiale, lui donnant des droits et des devoirs, les hommes étant unis par une communauté d'origine et de destinée suprême.

La condamnation du racisme, la protection des minorités, l'assistance aux réfugiés, la mobilisation de la solidarité internationale envers les plus nécessiteux ne sont que des applications cohérentes du principe de la citoyenneté mondiale.

Cela fait partie des utopies de l'Église : préconiser une citoyenneté mondiale. Encore une fois, ce n'est pas un thème très fréquent ; mais l'appel à une organisation mondiale de type politique est au contraire très fréquent depuis Jean XXIII : l'appel à la constitution d'une autorité publique universelle qui puisse réguler un certain nombre de questions qui sont par nature universelles.

En franchissant les siècles, on peut aussi se référer à un beau texte du deuxième siècle que vous connaissez sans doute, qui décrit la vie publique des chrétiens : la fameuse Épître à Diognète.

Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n'habitent pas de villes qui leur soient propres, ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire ; leur genre de vie n'a rien de singulier.

Ils se répartissent dans les cités grecques et barbares, ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle.

Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s'acquittent de tous leurs devoirs de citoyens et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie une terre étrangère.

C'est un texte du deuxième siècle, d'après les exégètes — fin du deuxième, peut-être début du troisième —, avec cette belle dernière phrase : « Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie une terre étrangère. » Il y a là aussi un thème plus spirituel : nous sommes en pèlerinage sur cette terre ; notre patrie est dans les cieux, dans le Royaume.

Conclusion

J'en arrive à ma conclusion. Vous voyez que, dans ce texte que je vous invite à découvrir ou à redécouvrir, il ne s'agit pas seulement des migrants, mais bien de multiples aspects : de notre vie personnelle, nos peurs ; de notre vie sociale, les exclusions ; de notre vie internationale et politique, les nationalismes ; de notre vie ecclésiale — quelle place, dans nos églises, non seulement pour la solidarité avec les pauvres, mais pour l'écoute de leur voix ? C'est un thème très propre au pape François : non seulement être solidaire des pauvres, mais écouter ce qu'ils ont à nous dire, écouter le témoignage de leur foi.

Cette relation étroite entre les questions que posent les migrations et des réalités beaucoup plus larges était déjà très bien exposée dans ces lignes de son message de 2014, le premier que François nous a donné, et par lequel je termine cette présentation :

Nous sommes appelés à voir dans le migrant et dans le réfugié non pas seulement un problème à affronter, mais un frère et une sœur à accueillir, à respecter, à aimer — une occasion que la Providence nous offre pour contribuer à la construction d'une société plus juste, d'une démocratie plus accomplie, d'un pays plus solidaire, d'un monde plus fraternel et d'une communauté chrétienne plus ouverte, selon l'Évangile.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.