Relire notre vie pour y lire Dieu
🎓 Enseignement · Lc 4 ; Lc 5 ; Mt 14 ; Mc 14 ; Jn 21
Sœur Michèle · Enseignements et témoignages · diffusé en déc. 2019
🎧 Écouter sur Radio Grand Ciel📖 Ce texte à la messe : Lundi 7 décembre 2026 · lundi, 2ᵉ sem. Avent (impaire)
En bref : Sœur Michèle poursuit son initiation à la spiritualité ignatienne. Elle vous invite à relire votre vie pour y reconnaître la présence de Dieu. En suivant l'itinéraire de Simon-Pierre, vous découvrez comment Dieu agit à travers nos désirs, nos échecs et nos faiblesses pardonnées.
Sœur Michèle, au micro avec vous aujourd'hui. Bonjour à tous. Je suis heureuse de vous retrouver pour un petit quart d'heure sous le titre « Foi, chemin de liberté ». Je vous ai proposé au long de cette année une initiation à la spiritualité ignatienne par petites touches, douze-treize minutes chaque mois.
Notre première émission était intitulée « Un grand désir ». Thérèse de Lisieux disait « Je veux tout ». Ignace de Loyola était un homme de désir. Pas seulement Ignace, tout homme, nous tous. Dans notre deuxième émission, « Je m'éveille à la présence de Dieu », j'ai évoqué des personnes à qui Dieu donne sa présence. Vous vous souvenez de Blaise Pascal et bien d'autres, Xavier Emmanuelli, Pierre Teilhard de Chardin, Jean de la Croix, le petit Samuel. Et puis, dans la troisième émission, nous avons regardé la prière dans la Bible, les psaumes, la prière de Jésus, celle des premières communautés chrétiennes. La dernière fois, cette quatrième émission nous a portés vers cette question : la Bible est-elle une parole humaine ou une parole de Dieu ? Et c'est bien Dieu qui nous parle par son Esprit dans des paroles de femmes et d'hommes.
Relire notre vie
Maintenant, je vous emmène sur une autre face de la montagne, celle où nous sommes. Découvrons Dieu présent dans notre vie. C'est pourquoi j'intitule cette émission aujourd'hui « Relire notre vie pour y lire Dieu ».
Relire notre vie, est-ce une trouvaille d'Ignace de Loyola ? Non, bien sûr. Vous savez, Ignace de Loyola s'est beaucoup servi de ce qui existait avant lui. Il s'en est servi pour sa propre vie spirituelle. Et puis il a relu, justement, ce que ses manières de faire produisaient en lui. Enfin, il a gardé ce qui lui était le meilleur pour sa vie d'homme engagé dans l'Église.
Je te cherche en toutes choses. C'est ta face, ô mon Dieu, que je cherche Dans les visages façonnés à ton image, Et jusqu'au fond de moi, qui suis ta ressemblance. C'est ta voix, ô mon Dieu, que je cherche Quand je prête l'oreille à ceux qui parlent en moi Et qui me dit d'aller au désert sans parole. Je te cherche, je te cherche en toutes choses.
Chercher et trouver Dieu
Chercher et trouver Dieu : ceci peut se faire par la relecture de notre vie. Et je cite Marie-Christine Landry, Sœur du Christ, que vous avez connue dans le diocèse de Chartres, qui travaillait encore récemment au Centre spirituel du Châtelard. Elle dit : relire notre vie pour apprendre à ne pas manquer l'essentiel ; accueillir le moment présent comme un don pour inventer sa vie avec Dieu ; prendre le temps de faire mémoire des signes qui nous sont donnés, passage fulgurant ou présence discrète du Seigneur, à la lumière de la Parole, comme un fondement pour vivre en alliance avec Dieu. C'est ce qu'elle écrivait dans la dernière revue Vie Chrétienne.
Et pour nous faire comprendre cela, Marie-Christine nous emmène dans l'histoire du peuple de Dieu. C'est principalement dans le livre du Deutéronome qu'Israël relit son histoire. Et puis elle nous invite à suivre l'itinéraire de Simon-Pierre, un itinéraire qui peut éclairer le nôtre.
L'itinéraire de Simon-Pierre
Je commence avec la guérison de la belle-mère de Pierre, en Luc chapitre 4. Cette guérison lui a permis la rencontre avec Jésus. Dans notre vie aussi, des personnes nous ont ouvert le chemin de la rencontre avec le Christ. Qui sont-elles ? Je les confie au Seigneur. Je rends grâce à Dieu de m'avoir appelé par ces personnes.
Un jour, Jésus monte dans une des barques qui appartiennent à Simon. Et il lui dit : « Avance en eau profonde et jetez les filets », en Luc 5. Pierre, le pêcheur, a du savoir-faire en matière de pêche. Mais lui et les disciples n'ont rien pris cette nuit-là. Ils reconnaissent cet échec, et ils décident d'écouter cette parole de Jésus. Ils jettent les filets et l'inattendu advient. C'est l'abondance, signe de la puissance divine. Pierre prend conscience de sa petitesse. Il se laisse pourtant apaiser et appeler. Pierre, Jacques et Jean partageront la mission de leur maître. Et moi ? Quels sont mes désirs, mes peurs ? Sur quelles paroles entendues, sur quels dons puis-je m'appuyer pour jeter les filets ?
Après l'épisode de la multiplication des pains, Jésus pressent que la foule veut le faire roi. Il demande aux disciples de s'éloigner et part, seul dans la montagne, pour prier. La nuit approche. La tempête est là. L'angoisse saisit les disciples. Ont-ils déjà perdu celui qu'ils avaient trouvé ? Ils se sentent abandonnés. À lire en Matthieu 14. Et pour moi ? Traverser les épreuves de la vie en acceptant la peur, le sentiment d'abandon, mon imagination qui travaille et m'emmène là où je ne voudrais pas aller. C'est souvent vivre un combat spirituel, jusqu'à croire que Jésus est là, même dans la tempête. Si j'ai traversé des tempêtes, qu'est-ce qui m'a permis de retrouver plus de confiance, de sérénité ?
Dans son désir de suivre le Christ, Pierre va vivre une purification. Purification douloureuse de la part de rêve et d'illusion dans sa foi. La manière de faire de Jésus va le surprendre. Pierre se sentira capable de dire : même si tous tombent à cause de toi, moi je ne tomberai jamais. Mais pendant la Passion, il dit : je ne connais pas cet homme dont vous me parlez. En Marc 14. Et moi ? Quelles sont mes faiblesses, à quel chemin d'humilité suis-je appelé ?
Pierre fait l'expérience qu'il ne peut fonder son assurance sur lui-même. Trois fois Jésus lui demandera : Pierre, m'aimes-tu ? Écoutez bien la réponse de Pierre : Seigneur, tu sais bien. Tu sais bien. C'est toi qui sais tout. Tu sais à quel point je t'aime malgré moi-même et ma faiblesse. Et c'est pourquoi Jésus lui confie le troupeau. C'est en Jean 21. Pais mes brebis. Pour Pierre, ce lieu où il s'est égaré devient un lieu de vie qui portera du fruit. Et pour moi ? Quels sont mes lieux de faiblesse où le Christ me pardonne, me relève, me ressuscite ? Parce que c'est bien dans mes faiblesses pardonnées qu'il peut ressusciter et me confier sa mission.
En relisant son histoire dans la foi, en la méditant devant Dieu, Pierre découvre les chemins que Dieu trace en lui. Il comprend que Dieu est présent, agissant dans toute son histoire à lui. Présence aimante qui accueille ses désirs, ses élans, ses refus, ses abandons. Dans cette prise de conscience, nous rendons grâce. Nous accueillons de Dieu cette certitude : nous vivons avec lui une histoire d'alliance, une histoire de salut. Lui est fidèle et nous apprend la liberté. Nous apprenons à tisser ensemble les événements de notre vie et la parole de Dieu.
Les conditions de la relecture
Mais pour cela, quelques conditions sont requises. Prendre le temps de m'arrêter, de respirer. Me rendre attentif à ce qui se passe en moi, aux motions, aux émotions qui me traversent, dit saint Ignace. Prendre conscience qu'il y a des situations qui me donnent de l'élan, d'autres qui me bloquent. Et qu'est-ce que j'en fais ? Accepter de lâcher prise avec un peu d'humour pour me mettre sous le regard de Dieu, en lui confiant mes préoccupations et mes peurs. Je ne suis pas le sauveur du monde. Et laisser le Seigneur remettre de l'ordre. Remettre de l'ordre en moi et m'indiquer un chemin de vie.
Merci à Marie-Christine pour son bon article dans la revue Vie Chrétienne. On peut aussi s'abonner à Vie Chrétienne. Au revoir à vous, à la prochaine fois.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.