Relire notre vie pour y lire Dieu : comment faire ?
🎓 Enseignement · Pr 18, 19
Sœur Michèle · Enseignements et témoignages · diffusé en janv. 2020
🎧 Écouter sur Radio Grand CielEn bref : Comment reconnaître Dieu à l'œuvre dans une vie ordinaire ? Sœur Michèle vous invite à désherber vos désirs pour trouver le vrai, celui de Dieu. Elle vous fait entrer dans la prière d'alliance du soir, cet « examen » où l'on rend grâce avant de demander pardon, et rappelle la place ancienne de l'accompagnement spirituel.
C'est encore moi, Sœur Michèle du Prieuré Saint-Thomas. Je viens encore vous parler de spiritualité ignatienne. Relire notre vie pour y lire Dieu, comment faire ? Oui, Dieu est dans notre vie.
Relire sa vie comme Pierre
Dans ma dernière émission, je vous ai montré comment Pierre, Pierre l'apôtre, pouvait relire sa vie. C'est en relisant son histoire dans la foi, en la méditant devant Dieu, que Pierre découvre les chemins que Dieu trace en lui. Il comprend que Dieu est présent, agissant, dans toute son histoire à lui. Présence aimante qui accueille ses désirs, ses élans, ses refus, ses abandons.
Désherber nos désirs
De même dans nos vies. Nos vies en quête de bonheur sont tissées de désirs divers. Désir d'être reconnu, comme Pierre. D'être aimé, comme Pierre. En bonne santé, dans l'aisance financière. Désir d'apprendre, désir de vivre entouré. De vrais désirs, respectables. Mais où Dieu me parle-t-il dans tous ces désirs ? Alors il nous faut désherber nos désirs multiples pour en trouver la racine. Faire place au vrai désir, celui de Dieu.
La vie mêlée
Étienne Grieu, jésuite, nous dit : le lieu naturel de la révélation chrétienne, c'est la vie mêlée. Cette vie mêlée, c'est bien la nôtre, celle où l'on ne comprend pas grand-chose à l'énigme de notre vie, vie de tension, parfois de déception. Pourquoi les choses m'arrivent-elles ? Qu'est-ce que Dieu veut me dire ? Veut-il me punir ? Comment lire ce qui m'arrive ?
Jésus, Jésus le Galiléen, a fréquenté ces lieux-là, les tensions, les déceptions, les questions, les désirs, pour y apporter liberté, pardon, espérance. Lui savait reconnaître le don du Père inscrit en chacun, comme une promesse.
Ce chemin, reconnaître Dieu dans nos désirs, d'autres l'ont fait avant nous. Saint Augustin l'a fait, et Thérèse d'Avila et la petite Thérèse, Madeleine Delbrêl, Etty Hillesum, Mère Teresa, et l'innombrable cortège de ceux que nous croisons et qui sont inscrits dans le cœur de Dieu. Lisez donc la vie des saints. Tous ont cherché à entendre Dieu leur parler, à reconnaître son chemin en eux-mêmes.
La prière, alliance entre Dieu et moi
Mais quels sont les moyens que nous offre la tradition chrétienne pour apprendre, à l'Église, à lire ou relire nos existences et y découvrir les traces de Dieu ? La prière est une alliance entre Dieu et moi, dans ma vie.
Gandhi, qui n'était pas chrétien, a pu dire : « Je ne suis pas un homme de lettres ou de sciences, j'essaie simplement d'être un homme de prière. C'est la prière qui a sauvé ma vie. Sans la prière, j'aurais perdu la raison. Si je n'ai pas perdu la paix de l'âme malgré toutes les épreuves, c'est que cette paix vient de la prière. La prière est la clé du matin et le verrou du soir. La prière, c'est une alliance sacrée entre Dieu et les hommes. » Cette citation est tirée du livre Paraboles de Jean Vernet.
La prière, la nôtre, dans la vie de tous les jours, se trouve rythmée comme la respiration. L'inspiration correspond à la prière du matin, l'expiration à la prière du soir.
La prière d'alliance, ou l'examen
En effet, qu'est-ce que la prière d'alliance, que certains appellent aussi l'examen ? C'est la prière du soir où je remets à mon Seigneur toutes les traces des bénédictions de la journée, tous les dons reçus de Dieu. Et quand ma vigilance a fait défaut, quand je lui ai tourné le dos, là, je peux demander pardon. Afin que demain, avec sa force et sa bienveillance, il m'accompagne, il nous accompagne.
Au soir de ce jour, me voici devant toi, Dieu d'infini, c'est de relire avec toi ce jour qui va s'achever, goûter et contempler. Envoie ta lumière m'éclairer, ma prière devant toi s'élève comme un encens, et mes mains comme l'offrande du soir.
Laisse-moi d'abord, Seigneur, te remercier, Père de tous, béni de ta présence, que mes lèvres chantent ta sainteté. Bénis le Seigneur, ô mon âme, n'oublie aucun de ses bienfaits.
Contre toi et toi seul, j'ai péché. Ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait.
Joie d'aimer et de se savoir aimé, Père, je mets entre tes mains ma journée, de marcher à tes côtés.
Si nous suivons ce chant, d'abord, je me présente à Dieu. Je me tourne vers lui. Et pour le reconnaître dans ma vie, je lui demande son Esprit : « Au soir de ce jour, me voici devant toi. »
Puis, c'est l'action de grâce pour tous les signes reçus de Dieu aujourd'hui. D'abord, toujours rendre grâce pour les dons reçus. La vie, les rencontres, sa parole, la foi qu'il m'a donnée : « Laisse-moi d'abord, Seigneur, te remercier pour toutes les traces bénies de ta présence. »
Mais je sens aussi que je ne peux pas rendre grâce pour tout. Dans ma journée, il m'est arrivé de ne pas correspondre aux dons de Dieu. Alors, et seulement dans cette action de grâce, je peux demander pardon. Et je sais que voir mon péché est une grâce encore : « Dieu de miséricorde, viens mettre en lumière les écarts de ce jour. »
Forte de cette prière, forte de l'amour reçu de Dieu, je pourrai repartir demain : « Dans la joie d'aimer et de se savoir aimé, donne-moi la grâce de marcher à tes côtés. »
L'accompagnement
Mais il y a aussi l'accompagnement. Nous savons que seul le Maître intérieur peut, avec son souffle, son Esprit, nous inviter à entrer dans cette découverte. Il nous parle sans cesse. Il se donne sans cesse. Il se dit sans cesse. Pour cela, il faut contempler celui qui s'est revêtu de notre humanité, celui qui s'est fait notre frère, Jésus. À travers toutes les étapes de notre vie, combat, mort partielle, immense joie, résurrection ébauchée, nous découvrons les étapes de sa vie en nous.
Et pour cela, sur notre chemin, peuvent se trouver un frère, un père, un maître, selon ce que Dieu lui-même désire pour nous. Un frère aidé d'un autre frère est une citadelle imprenable. Qui nous dit cela ? Le livre des Proverbes, dans l'Ancien Testament. L'accompagnement est donc une réalité très ancienne. Saint Ignace de Loyola n'a pas inventé l'accompagnement, il l'encourage fortement.
Nous avons à nous rendre attentifs au désir que Dieu nous donne, aux lumières qu'il nous donne, à la manière dont il nous conduit. Ainsi, nous grandissons dans la connaissance de Dieu et nous découvrons par quel chemin il nous conduit. Peu à peu, nous recevons de Dieu notre vraie personnalité. Trouver un aîné dans la foi, ou un témoin, ou un frère qui peut nous aider par son accompagnement, est une grâce pour nous-mêmes, pour l'Église et pour l'humanité.
Si vous cherchez un accompagnateur, allez sur le site du diocèse. Vous y trouverez la rubrique « Accompagnement spirituel ».
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.