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La vie de saint Ignace de Loyola (3/4)

🎓 Enseignement

Parcours 1 — Connaître Ignace · diffusé en oct. 2019

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En bref : Vous poursuivez la découverte de la vie de saint Ignace de Loyola, là où vous l'aviez laissée à Paris. Vous le suivez à Venise, dans l'attente déçue de Jérusalem, puis sur la route de Rome et jusqu'à la vision décisive de La Storta. Vous voyez naître, au cœur d'une Église blessée, la Compagnie de Jésus, et vous découvrez ce qu'est la prière selon Ignace.

Bonjour à vous qui rejoignez notre émission du chemin ignatien, Foi, chemin de liberté. Dans la rubrique Témoins d'hier et d'aujourd'hui, nous découvrons peu à peu la vie de saint Ignace de Loyola.

À Venise, dans l'attente de Jérusalem

La fois dernière, nous l'avions suivi jusqu'à Paris où, pendant sept ans, il étudie, affine son itinéraire spirituel et attire à lui de nouveaux compagnons. Il se rassemble autour de ce que l'on appellera plus tard le vœu de Montmartre et, désirant gagner Jérusalem, se donne rendez-vous à Venise, port d'embarquement. Nous sommes donc là, à Venise, en 1536.

Auparavant, Ignace est passé par l'Espagne. Il y a prêché, enseigné, visité des familles amies. Les neuf autres, de leur côté, ont cheminé par la Champagne, la Lorraine, la Suisse et le Tyrol. Arrivé en avance à Venise, Ignace soigne les pauvres et poursuit ses études de théologie chez les Dominicains. Pierre Favre, François-Xavier et les autres compagnons le retrouvent en janvier 1537. Et tous vont peu à peu comprendre que le voyage en Terre sainte est fort compromis du fait de l'avancée des Turcs en Méditerranée.

Pendant tout ce temps d'attente, ils se font infirmiers au sein des hôpitaux vénitiens où s'entassent les incurables, plus particulièrement les lépreux. En juin, Ignace et les siens sont ordonnés prêtres et, comprenant que Jérusalem est pour le moment du moins inaccessible, ils vont alors se tourner vers Rome. Ils seront trois — Ignace, Pierre Favre et Laínez — à prendre la route vers le cœur de la chrétienté.

La vision de La Storta

Ils feront halte à quelques lieues de la ville, au lieu-dit de La Storta, où s'élève une minuscule chapelle. Là, Ignace s'abîme dans la prière et reçoit une vision décisive dans laquelle, je cite, « le Père le mettait avec son Fils ». Le Père Laínez, témoin direct, racontera plus tard ce qu'Ignace lui avait partagé. Je cite : « Il lui semblait voir le Christ avec sa croix sur l'épaule, et le Père, auprès de lui, qui disait : "Je veux que tu prennes celui-ci pour ton serviteur." Alors Jésus le prenait et disait : "Je veux que tu nous serves." »

Expérience d'union radicale à Dieu, marquée par le service : elle dit bien la place centrale du service dans la mystique ignatienne. C'est bien de l'union à Dieu que peut naître le service.

Le service, au cœur de la spiritualité ignatienne

Cette notion de service occupe une place essentielle dès les premiers mots qui fonderont la Compagnie. Il s'agit de servir le Seigneur seul et l'Église, son épouse, sous le pontificat romain. Dans le principe et fondement, porche d'entrée des Exercices, la direction est donnée d'emblée. Je cite : « L'homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur. » La démarche des Exercices doit permettre aux retraitants de demander la grâce de pouvoir, en tout, aimer et servir.

La vision de La Storta s'accompagne d'une autre parole. Je cite : « À Rome, je vous serai propice. » Désormais, Ignace ne s'éloignera guère de la ville. Et le désir de Jérusalem se transforme en service de l'Église à partir de Rome.

Rome, une ville blessée et humiliée

Rome dans laquelle Ignace est donc sur le point d'entrer. La ville est alors une cité particulièrement corrompue, mais aussi profondément blessée et humiliée. Dix ans auparavant, des troupes allemandes et italiennes, hostiles au Saint-Siège, ont ravagé la ville éternelle pendant plus d'une semaine. Et la papauté est alors fortement ébranlée par les trois constats suivants.

Le peuple romain considérait volontiers qu'il s'agissait là d'un juste châtiment pour cette ville qui, depuis longtemps, disait-on, narguait la foi et la paix. Dans le même temps, Luther avait enlevé au magistère de l'Église près du tiers de l'Europe. Et enfin, les Turcs investissaient la chrétienté dans les Balkans et la région du Danube.

Le pape Paul III, élu en 1534, va rénover la curie et désigne une commission chargée de dresser un état de l'Église. Ce texte est un document plus terrible encore que les imprécations de Luther. Jugeons-en, je cite : « Très Saint-Père, comme du cheval de Troie se déversèrent dans l'Église de Dieu une foule de maux et d'abus qui nous conduisirent à nous faire désespérer de son salut. Cette situation est connue jusque chez les infidèles, et c'est pour cela qu'ils tournent en dérision notre religion et que le nom du Christ est déshonoré. »

Le rapport est accablant, vraiment. Je termine par cette supplique adressée à Paul III, je cite : « Tu t'es choisi le nom de Paul. Nous espérons tous que tu as été élu pour restaurer le nom du Christ, oublié par le peuple et par nous-mêmes, les clercs, afin de détourner de nous sa colère et la vengeance méritée qui est déjà suspendue au-dessus de nos têtes. »

Tel est l'état d'esprit qui règne dans la ville, fait à la fois de dégoût, d'amertume et d'un désir fou de rénovation, tandis que les nôtres y pénètrent.

Pourquoi Rome ?

On peut alors se poser la question : pourquoi donc ces fous de Dieu ont-ils fait le choix de s'implanter dans ce lieu menacé par la colère du Christ, ce lieu oublié, ce lieu déshonoré ? Pour tenter de rénover la catholicité à partir de son cœur même ? Pour, depuis Rome, centre stratégique, pouvoir mieux lutter contre les protestants et l'arrêt de futures conquêtes ? Sans doute pas.

L'un des meilleurs historiens des débuts de la Compagnie, Pedro de Leturia, estime plutôt que, faute de pouvoir gagner la Terre sainte, faute de martyrs et d'épopées, les compagnons choisissent de se vouer à l'utile, au quotidien, au service, sous la houlette du pape.

La naissance de la Compagnie de Jésus

Et l'accueil qui leur est fait va aller au-delà de leurs espérances. En effet, moins d'un an après leur arrivée, les fondateurs ont lié avec Paul III des liens personnels. Paul III qui leur donne l'ordre de travailler à Rome, qui, dit-il, sera leur Jérusalem. Alors, de mars à juin 1539, cent longues journées de débats intenses aboutiront à la création de la Société de Jésus. Et les questions sont nombreuses, fondamentales. Faut-il rester groupé ? Doit-on ajouter aux vœux de pauvreté et de chasteté celui d'obéissance ?

En juillet et août, Ignace et ses deux compagnons rédigent un document à soumettre au pape, dont seule, bien sûr, l'approbation pourra donner vie à l'organisation. Et on assure qu'en le lisant, Paul III aurait murmuré : « Voici le doigt de Dieu. »

On peut en retenir trois points essentiels : l'obéissance à celui qui sera nommé préposé général, élu au suffrage des frères et dont les décisions seront soumises aux sages ; l'importance de la pauvreté ; enfin, l'absence de prière collective. Pas de chœurs, pas de chants, pas d'orgues, pas davantage de cilices ni de jeûnes épuisants : une prière dite, selon les mots d'Ignace, « par chacun en son particulier ».

La prière selon Ignace

Lorsque l'Européen commence à s'étudier, à explorer ses profondeurs, au moment où s'esquisse ce qu'on nommera plus tard la psychologie, Ignace a dressé une carte de la vie intérieure, pour lui-même, pour les autres, si lisible dans les Exercices. Dans la spiritualité et la prière ignatiennes, le Dieu qui se révèle est une force créatrice qui invite l'homme à collaborer avec lui.

Se faisant serviteur, comme le Christ, l'homme peut mettre son énergie au service même du désir de Dieu, celui d'une société fondée sur l'amour. La spiritualité d'Ignace prépare, pour le service de l'Église et pour la gloire de Dieu, des hommes et des femmes qui se veulent pleinement libres, pleinement disponibles.

Mais revenons à Rome, où, le 27 septembre 1540, le pape signe la bulle qui donne naissance à la Compagnie, ou Société, de Jésus. À la suite de nouveaux débats et de plusieurs refus d'Ignace, ce dernier accepte la charge de préposé général.

Prière finale

Et pour conclure, cette prière, issue du cœur même d'Ignace :

Prends, Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté. Tout ce que j'ai, tout ce que je possède, c'est toi qui m'as tout donné. À toi, Seigneur, je le rends : tout est à toi, dispose-en selon ton entière volonté. Donne-moi seulement de t'aimer et donne-moi ta grâce, elle seule me suffit.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.