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L'évangile de la Transfiguration

🎓 Enseignement · Lc 9, 28-36

Sœur Michèle Marchant · Thèmes spirituels (#7 à #10) · diffusé en mai 2022

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En bref : Vous êtes invités à méditer l'évangile de la Transfiguration. Deux voix cheminent dans la scène : Jésus qui monte prier sur la montagne et se révèle dans sa gloire, aux côtés de Moïse et d'Élie, tandis que la voix du Père dit « écoutez-le ». Une invitation à entendre, dans le silence qui suit, un Dieu qui vous laisse libres et vous fait créateurs d'avenir.

Nous allons vous proposer de méditer l'évangile de la Transfiguration. Jésus est dans la gloire de Dieu. Pierre trouve cela tellement sympathique qu'il veut même camper avec Jésus — et Moïse et Élie sont là. On est loin de l'Ukraine, de ses problèmes et de ses champs de bataille. Contempler le monde, donc.

Monter sur la montagne pour prier

Je me rends compte, encore une fois, que si Jésus se rend sur la montagne, c'est pour prier. La montagne, c'est toujours ce lieu un peu à l'écart du monde. Et dans cet évangile, c'est le début : il s'en va pour prier, accompagné de ses disciples Pierre, Jacques et Jean. Là se passe un phénomène tout à fait extraordinaire : il va se présenter — c'est ainsi que je l'ai compris — dans sa gloire, telle qu'il sera à la fin des temps, quand il reviendra parmi nous. Ce corps de gloire, comme l'a décrit saint Paul. Et c'est ce moment de transfiguration qui va complètement bouleverser, effrayer, déstabiliser les apôtres, qui ne sont absolument pas prêts devant cette vision.

Accablés de sommeil, à la veille de Jérusalem

C'est intéressant, parce que dans le texte, justement, Pierre et ses compagnons — Pierre, Jacques et Jean — étaient accablés de sommeil, mais restaient éveillés. Alors, sont-ils accablés de sommeil ou sont-ils réveillés ? Ou les deux ? Est-ce du somnambulisme ? Ils voient la gloire de Dieu ; ils entrevoient, dans cette fulgurance, quelque chose qui pourra être leur avenir. Et c'était juste avant d'aller à Jérusalem. Or, à Jérusalem, le Christ leur avait dit qu'il allait souffrir.

C'est étonnant : dans un évangile précédent, quand le Christ explique devant tous ses apôtres qu'il va souffrir, qu'il va être tué, mais qu'il va ressusciter, la conversation des apôtres, c'est la mère de Jean qui demande : « Mais est-ce que mes fils pourront avoir une bonne place auprès de toi ? » Ils sont complètement à côté du sujet que Jésus essayait de leur exprimer.

Dieu, le tout autre

C'est intéressant de voir qu'on ne doit pas avoir le langage de Dieu. Cet évangile nous est donné pour le méditer, pour voir ce qu'il nous dit à nous ; mais en même temps, quelles que soient les choses que l'on dit, quel que soit le père de l'Église ou le pape que l'on suit, le Christ et l'Évangile sont toujours au-delà. Dieu, c'est vraiment le tout autre. Et on a du mal à le saisir.

C'est ce qui arrive aux apôtres. Pierre a même cette réflexion que nous trouvons un peu stupide : « Puisque Élie et Moïse sont avec toi, on va monter trois tentes. » Ils sont montés dans la montagne pour prier avec Jésus, et voilà que, d'un seul coup, Pierre se dit qu'on va dresser trois tentes — comme s'il fallait préparer un barbecue, faire quelque chose, parce que c'est sympathique. Il l'entrevoit à la manière d'un monde magique : est-ce que le Christ va faire des miracles ? J'ai l'impression que Dieu est tout-puissant, que son amour est certainement tout-puissant, mais qu'il a besoin de nos bras. Cela nous renvoie à nous-mêmes.

Moïse et Élie

Le texte a plutôt été écrit pour les Juifs. Et Jésus s'entretient avec Moïse et Élie, des figures de l'Ancien Testament, des figures importantes, incontournables.

Moïse : il a été sauvé de la noyade par un subterfuge de sa mère, élevé à la cour de Pharaon — les Égyptiens qui rendaient les Hébreux esclaves du travail forcé, mais aussi des marmites de soupe. Ensuite, il a voulu sauver l'un de ses compatriotes hébreux : c'est donc un assassin en cavale, un réfugié, qui risque gros. Il devient improbable berger, et c'est là que Dieu l'appelle pour sauver son peuple. C'est ce personnage qui a ensuite conduit le peuple jusqu'à la Terre promise. Jésus s'inscrit vraiment dans une tradition ; la Transfiguration, c'est vraiment qu'il est le Messie.

Élie, c'est encore la figure du prophète. Le prophète, c'est celui qui vient de la part de Dieu narguer les rois ; ce n'est pas celui qui lit l'avenir dans le marc de café. Il tue les prophètes de Baal et de la reine Jézabel. Il dit son fait au roi, notamment à Achab, qui a pris la vigne de Naboth. Il ressuscite le fils d'une veuve. Et plus tard, dans l'Évangile, lorsque certains parlent du grand prophète Élie que les Juifs attendent pour le jour dernier, c'est celui qui a ressuscité la veuve de Sarepta. Quelqu'un qui traduisait déjà, dès l'Ancien Testament, la puissance de l'amour de Dieu. Mais c'est aussi celui que le char de Dieu enlève pour le soustraire à la vengeance des rois.

Nous donner, dans la Transfiguration, les figures de Moïse et d'Élie, c'est vraiment pour nous dire que l'on est dans cette filière. C'est l'action de Dieu près des hommes, à travers leur histoire : l'histoire du peuple de Dieu qui se déroule.

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le »

Je relève aussi, dans cet évangile de la Transfiguration, que Dieu va s'adresser à ses trois disciples avec des paroles qu'il a déjà prononcées : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. » On les avait déjà entendues à l'occasion du baptême du Christ, il me semble. On les retrouve là.

Et ces paroles, apparemment, ne rassurent pas les trois disciples : ils sont saisis de frayeur en voyant tout disparaître dans la nuit. Il faut que le Christ retrouve son apparence humaine pour venir les rassurer. On ne sait pas ce qu'il leur dit ; en tout cas, il les rassure. Ils se retrouvent seuls, et les disciples gardent le silence, parce qu'ils n'ont pas vraiment saisi ce qui est arrivé. Ils sont dans l'interrogation. Il faudra qu'ils attendent la Pentecôte pour que leur esprit, obscurci jusqu'alors, s'éclaire, que leur intelligence s'ouvre au message du Christ et que leur foi s'affermisse.

Le silence qui rend libre

Ce silence, c'est vrai que souvent, après un miracle, Jésus ordonne le silence. D'une certaine manière, c'est ce qui rend le bénéficiaire libre. Une fois qu'il a fait un miracle, Jésus ne dit pas forcément : « Viens et suis-moi. » Quand il appelle des gens, il va les chercher ailleurs : je pense à Matthieu, qu'il va chercher alors qu'il est fonctionnaire au service de Rome — ce n'est pas forcément là qu'on aurait imaginé qu'un Juif aille chercher ses disciples. Il va chercher les pêcheurs au bord du lac. Ses disciples ne sont pas choisis parmi ceux qui ont bénéficié d'un miracle. Ce silence qu'il leur donne, c'est peut-être aussi pour leur permettre, à eux, de construire leur avenir.

Et cela, je trouve très intéressant : pour nous, finalement, Dieu ne fait pas le chemin à notre place. C'est notre liberté, notre liberté intérieure. Dieu te parle, et il y a cette fulgurance — car la transfiguration, ce sont ces moments où l'on a la fulgurance de quelque chose et où l'on se dit : « Ah, c'est ça. C'est ça la vérité », ou : « C'est ça que je dois faire », qu'on ait envie ou non de le faire, qu'on le fasse ou non. Cette fulgurance peut nous rendre évident de choisir la vie plutôt qu'un chemin que, peut-être, on préférait.

C'est tellement vrai, ce silence de Dieu. En méditant cet évangile, j'ai pensé à un autre visage, celui de Jean-Baptiste. Jean-Baptiste, c'est le cousin de Jésus ; Jésus dit de lui que c'est le plus grand des prophètes. Et il interroge : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » La réponse de Jésus, c'est : « Vois ce que je fais. » Les aveugles voient, la bonne nouvelle est adressée aux pauvres. Ce qui fait la vérité, ce sont ses actes. C'est ailleurs, en saint Jean, je crois : « Si vous ne croyez pas en moi, croyez au moins en ce que je fais. »

À nous la suite

Il y a donc à la fois ce silence et ce mystère, et puis cette ouverture proposée aux uns et aux autres, et ce choix. Jésus ne nous dit pas : « Tu dois faire ceci. » Bien sûr, il y a les commandements de l'Ancien Testament, qui permettent à tout le monde de vivre — c'est le basique : on ne s'entretue pas, on ne trompe personne, on essaie de vivre honnêtement. C'est la morale qu'on peut trouver partout et que tout le monde devrait exercer. Mais lui nous dit que ce n'est pas une succession d'interdits : c'est une situation où il nous laisse libres et où il nous fait créateurs d'avenir.

Et en même temps, grâce à la Transfiguration, nous savons qu'au bout du compte — et c'est cela la révélation, ce que l'on attend du Père — il nous a dit : « C'est mon Fils, c'est le Verbe, écoutez-le. » C'est là le silence : Dieu se retire, mais en même temps il est constamment présent dans l'Esprit. Dans cette scène de la Transfiguration, il y a le Fils, le Père, et l'Esprit qui nous dit qu'il est là, puisque : « Écoutez-le. » La Transfiguration nous rappelle ce message : « Je suis avec vous », nous dit le Christ quand il s'en va, et il nous envoie l'Esprit. À nous la suite.

À nous la suite, pour quoi faire ? Pour être le lieu de son règne de justice et de paix. Comme il nous l'a dit : « Regardez les œuvres que je fais » — faire que les aveugles voient. Si l'on reprend les textes de l'Ancien Testament, que le lion vienne faire cause commune avec l'agneau : tout un monde de paix, de justice, un monde à contempler. Alors on pourrait dire : il n'y a plus qu'à le faire. Et en même temps, le Christ ne nous abandonne pas, puisque dans l'Évangile il chemine sur les routes de Galilée, avec les autres : ceux qu'il relève, ceux qu'il appelle, ceux qu'il rencontre, ceux qu'il guérit. Là où il passe, c'est constamment une vie donnée totalement. Il chemine avec les hommes ; et avec la Transfiguration, c'est la fin de l'histoire, la réalisation de nos rêves les plus fous dans l'ordre de l'amour : être soi, coïncider avec ce que le baptême nous propose de vivre de la vie du Christ.

C'est la certitude que, finalement, Dieu veut notre bonheur, il nous veut heureux. À nous aussi de prendre les chemins qui vont nous permettre d'avancer dans cette recherche du bonheur, que l'on retrouvera pleinement quand on sera près de Dieu, dans la gloire — avec tout ce que l'on a essayé de vivre sur terre, qui sera alors vécu au centuple, dans la joie.

Allez voir ce texte de la Transfiguration. Bonne semaine à tous.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.