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Madeleine Daniélou

🎓 Enseignement · Mt 10, 25 ; Jn 20, 17

Témoins d'hier et d'aujourd'hui · diffusé en févr. 2020

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📖 Ce texte à la messe : Lu récemment : Mercredi 22 juillet 2026 · Ste Marie-Madeleine

En bref : Vous découvrez Madeleine Daniélou, agrégée de lettres, épouse, mère et fondatrice, née en 1880. Cette première émission retrace sa jeunesse et l'expérience qui a fait naître sa vocation d'éducatrice. Vous y entendez comment sa foi s'est enracinée dans l'écoute de Dieu et l'abandon confiant à sa volonté.

Je vous propose aujourd'hui de découvrir enfin un personnage féminin dont la pensée et la spiritualité ont influencé, et continuent de le faire, de nombreuses générations. Certains parmi vous connaissent sans doute l'éducatrice qu'elle a été dans la première moitié du XXe siècle : les écoles, les collèges et les lycées qu'elle a fondés, comme Sainte-Marie de Neuilly ou Charles-Péguy, ou qui sont nés de sa pensée, de son intuition, en France et à l'étranger. Il s'agit bien de Madeleine Daniélou. Mais que sait-on vraiment d'elle ? Je vous invite à l'accompagner, le temps de deux émissions, sur ce que furent ses chemins de vie et de foi.

Elle naît en Mayenne en 1880. Après de brillantes études à Brest, puis au célèbre collège Sévigné, à Paris, elle est reçue première à l'agrégation de lettres, à une époque où un tel parcours était quasiment exclusivement masculin. Elle épouse en 1904 Charles Daniélou, journaliste, député et plusieurs fois ministre. De cette union vont naître six enfants, dont le futur cardinal Jean Daniélou. Elle fut donc épouse, mère, mais aussi directrice d'une école normale libre, puis de différents établissements scolaires. Elle est également fondatrice d'une communauté apostolique de femmes consacrées, la communauté Saint-François-Xavier.

Toute sa vie, elle a vécu une authentique vie d'union spirituelle à Dieu, qui fait d'elle un vrai guide sur le chemin de la foi. Ses épreuves familiales et apostoliques ont été multiples : obstacles sur le chemin des fondations qu'il faut franchir un à un, épreuves d'une santé fragile, soucis et tourments liés à ses enfants, à l'œuvre entreprise. Mais rien, jamais, ne l'arrête dans son élan. Sa force, le cœur même de ce dynamisme, c'est une vie de foi intense et profonde, son amour pour le Christ, la conscience d'un appel venu de loin et une inspiration apostolique puissante.

« Je fis connaissance d'une jeune fille »

Dans toute l'Écriture, l'expérience spirituelle commence — et avec elle le chemin de la prière — quand un homme ou une femme prend conscience que Dieu parle, que Dieu lui parle. Il ne parle pas en général, mais en particulier, s'adressant à chacun dans le secret du cœur, là où la parole peut résonner de façon unique, se déployer et ouvrir son chemin. Bien des textes de Madeleine Daniélou font appel à cette expérience d'une réalité intérieure.

Quand Madeleine commence à écrire ces lignes, en 1930, l'expérience qu'elle évoque, et dont le souvenir reste brûlant, remonte à plus de trente ans. Elle a alors dix-huit ans ; elle vient d'entrer au célèbre collège Sévigné, pour y poursuivre des études supérieures et préparer différents concours. La directrice, honnêtement, l'a prévenue « qu'ici la foi religieuse ne tient pas la route, et qu'on la perd en trois mois ». Et de fait, Madeleine va découvrir un milieu fortement imprégné du rationalisme de l'époque, qui fait obstacle à toute ouverture spirituelle. À ce moment de sa vie, Madeleine avait elle-même peu de formation religieuse et était, nous dit-elle, cruellement tentée contre la foi, qui, paradoxalement, lui apparaît pourtant comme le plus grand des biens.

Je reprends les mots de Madeleine :

Je fis connaissance d'une jeune fille qui venait d'un couvent de Notre-Dame. Elle était fort pieuse, avait une statue de la Sainte Vierge dans sa chambre. Trois mois après environ, elle me dit brusquement : « Madeleine, on m'a fait lire France et Renan, et je ne crois plus. J'ai ôté la statue de la Vierge qui était dans ma chambre. » Cette pensée me perça le cœur, et je me dis : « Il faudrait pourtant qu'il y ait une maison où des jeunes filles catholiques puissent faire des études supérieures sans que de telles choses arrivent. » Et en un éclair, le projet de l'œuvre à faire se présenta à mon esprit. C'est là, je crois, la première impulsion que Notre-Seigneur m'a donnée. Et je ne puis, sans émotion, revivre cet instant. Je revois encore le moindre détail de cette salle de cours, j'entends l'accent de la voix de Louise, et je retrouve en mon cœur la même angoisse.

La souffrance éprouvée devant le rejet de Louise devient alors un désir ardent d'éveiller et de former la foi des jeunes, mais d'une façon libre, éclairée, personnelle, pour qu'elle puisse résister à l'air du temps, aux différents courants à la mode.

Réconcilier la culture et la foi

La voici orientée vers un projet d'action adapté aux besoins de son temps, et dont elle connaît l'urgence. C'est là une expérience fondatrice, qui s'approfondira au cours des années. Évidemment, la réalisation en est encore lointaine, mais le chemin est ouvert. Il lui faut maintenant accueillir le don de Dieu, laisser mûrir l'appel, ne pas devancer l'Esprit. C'est là l'expérience d'une foi qui met en mouvement, qui permet de comprendre combien « les paroles de Dieu sont esprit et vie ». Cette grâce de la parole reçue, goûtée, intériorisée, Madeleine l'a vécue et nous invite à en vivre à notre tour.

La parole

« J'ai eu de grandes consolations à méditer presque tout un mois sur cette parole de l'Évangile : "Il suffit au disciple d'être comme son maître." » Il ne s'agit pas de l'imiter, mais de se laisser transformer en lui, de devenir serviteur à son image. Madeleine évoque le serviteur à qui son maître peut tout demander. Quand on accueille son maître, on accepte de se laisser ainsi modeler ; on met ses pas dans ceux du Christ, et ses chemins, peu à peu, se font les nôtres.

Marie-Madeleine et l'appel apostolique

Madeleine Daniélou parlait souvent, très souvent, de Marie-Madeleine, qu'elle identifiait, selon une tradition ancienne, à la pécheresse pardonnée et à Marie de Béthanie, sœur de Lazare. « Marie-Madeleine a suivi Jésus dans la pureté de l'aube, dans la jeunesse des premiers temps du christianisme. Pour nous, essayons de retrouver cette vraie jeunesse nécessaire aux apôtres. Il ne faut pas de tiède, de vieux, de découragé. »

Marie-Madeleine, la privilégiée du matin de Pâques, a entendu elle aussi l'appel apostolique par excellence : « Ne me retiens pas, va trouver mes frères et dis-leur. » Et ces frères, pour Madeleine Daniélou, ce sont prioritairement les enfants et les jeunes. Ce désir passionné de leur annoncer la Bonne Nouvelle l'entraîne à fonder une communauté d'apôtres à l'image des premiers temps, et ce, à un moment où toute éducation était interdite en France aux congrégations religieuses.

La communauté Saint-François-Xavier

Très tôt, elle met le petit groupe qui se forme autour d'elle sous le patronage de saint François-Xavier. En lui, elle a découvert, et elle aime, un vrai compagnon du Christ. Et c'est le jour de la fête du saint, le 3 décembre 1914, que Dieu lui inspire le vœu d'apostolat qui sera celui de la communauté. Dès la rentrée 1915, quelques jeunes filles s'engagent et se consacrent avec elle au service de leurs frères, dans la communauté naissante.

L'Esprit Saint et les inspirations

Pour la fondatrice, la formation d'un apôtre est directement liée à la foi en l'Esprit Saint et en son action, source et clé de toute vie spirituelle et apostolique. Nous pouvons très concrètement expérimenter, dans nos journées, ces indications données par l'Esprit, légères, discrètes, comme une eau murmurante. « L'Esprit Saint consolateur visite chaque jour l'âme de ses fidèles, ou plutôt il leur est toujours présent. Les contemplatifs appellent ces visites des consolations ; les apôtres les appellent inspirations, car elles orientent leur action dans le sens du plan divin. » L'Esprit Saint achèvera en nous, bien sûr, ce qu'il a commencé, mais il ne fait rien sans nous. Pouvoir dire oui est le propre de l'homme, libre à Dieu qui le sollicite.

Le « oui » de l'offrande

Déjà, en janvier 1912, Madeleine avait fait un acte d'offrande d'elle-même qui contient en germe tous les consentements à venir :

Seigneur Jésus, je vous donne tout ce que je suis et tout ce que je possède : mon être, mes biens, ma vie. Je m'unis à votre sainte volonté ; je m'engage, avec votre grâce et dans la mesure de ma faiblesse, à la préférer à tout, à l'accomplir toujours.

En réponse, elle reçoit alors du Seigneur la parole suivante : « Je te reçois et je t'emploierai. » Ce « oui » radical est à redonner sans cesse : c'est une alliance dans le temps, jour après jour, qui se noue avec Dieu. « C'est cela le christianisme, ou ce n'est rien : cette confiance, cet abandon total. J'ai compris cela le jour où j'ai compris ce que voulait dire bonté infinie. »

Ce que Dieu nous demande

Dieu nous demande trois choses, trois choses qu'il nous invite à lui abandonner. La première, c'est notre passé, avec nos erreurs, nos fautes, nos résistances. Nous pouvons les lui abandonner, car Jésus a pris sur lui tous nos péchés : il les a assumés, il les porte, il nous en délivre.

Dieu nous demande aussi de lui donner toutes nos inquiétudes sur l'avenir. Elles sont souvent vaines. Nous ne savons pas ce qui nous sera demandé, nous ne savons pas les grâces qui nous seront données, mais nous savons que nous pouvons jeter en Dieu toutes nos inquiétudes, nos craintes, nos désirs, et que c'est cela qui lui plaît.

Enfin, la troisième chose que Dieu nous demande, et qui est toujours en notre pouvoir, à notre portée, c'est notre pauvre petit amour dans le moment présent. Nous n'avons grâce que pour l'instant présent, mais nous l'avons toujours.

C'est sur cette certitude que nous allons quitter, pour aujourd'hui, Madeleine. Nous la retrouverons dans notre prochaine émission.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.