Madeleine Daniélou, un abécédaire
En bref : Vous poursuivez le chemin avec Madeleine Daniélou, intellectuelle, éducatrice et fondatrice de la communauté Saint-François-Xavier. À travers l'abécédaire « M comme Madeleine », vous entendez ses propres mots sur l'éducation, la foi, la souffrance et l'unité de la vie. L'émission s'achève par une prière à Marie.
Apôtre et éducatrice
Nous continuerons aujourd'hui de cheminer encore un peu avec Madeleine Daniélou, intellectuelle, fondatrice de la communauté Saint-François-Xavier, éducatrice dont l'œuvre féconde peut toujours, aujourd'hui encore, nourrir notre foi.
Apôtre, elle l'a été. Elle savait que l'activité humaine de l'apôtre suppose une intelligence de son temps, un discernement pour en lire les signes, les appels. Toute sa vie, Madeleine Daniélou a été en contact avec les personnalités les plus diverses du monde politique ou intellectuel. Savoir se former un jugement, avoir un sens aigu de la responsabilité, était pour elle un objectif prioritaire. C'est cela, nous dit-elle, l'éducation. L'éducation selon l'esprit.
Alors, dès les années 30, elle envisage de dépasser le cercle des collèges Sainte-Marie, ceux de Neuilly et plus tard de Passy et de Blois. Et ce sera la fondation des écoles Charles-Péguy, en zone rurale, peu favorisée, urbaine, ouverte à toutes les familles d'esprit, religieuses ou non, afin d'y être des ferments d'Évangile.
Après sa mort, d'autres appels nombreux viendront d'un peu partout, d'Europe évidemment, mais aussi d'Afrique, d'Asie, appels auxquels la communauté Saint-François-Xavier a répondu et répond toujours en suivant pas à pas l'esprit d'intelligence, de force et de conseil.
M comme Madeleine, un abécédaire
Et pour poursuivre et achever notre découverte de Madeleine, je vous invite à une promenade au long d'un florilège, d'un abécédaire plus exactement, conçu voilà quelques années par la communauté elle-même. « M comme Madeleine », c'est le titre de cet abécédaire, et nous y entendrons à chaque fois ses propos recueillis au fil de sa correspondance et de ses publications.
A comme avenir. C'est par la formation de la jeunesse que les idées se répandent, non pas peut-être le plus rapidement, mais le plus sûrement. L'éducation décide du destin d'une nation. Et il suffit d'une fissure dans le roc, d'un cœur docile à la grâce, pour que le flot inonde la terre, pour que la charité se fraie un chemin.
B comme beauté. Et c'est dans une lettre à ses élèves de première et de terminale, en 1956. Elle leur dit : « Ce monde si beau que nous essayons de décrire ne se déploiera dans toute sa splendeur qu'au ciel. Et là enfin, nous verrons Dieu, et le sentiment de sa présence sera notre joie éternelle. Mais déjà sur cette terre, le royaume se construit. Chacune de vous peut en être l'artisan. Quelle que soit votre vocation, les travaux, les joies, les épreuves que la vie vous apportera, n'oubliez jamais qu'une petite parcelle du royaume vous est confiée à chacune. »
C comme combat. De même qu'il existe des combats invisibles et très fructueux contre les forces du mal, de même il existe une collaboration invisible aux forces de Dieu. Rien ne trouble, rien ne dévie, rien n'ébranle une certitude venue de Dieu, un courage puisé dans son étreinte.
D comme doute. La foi n'est pas un saut dans le noir. Elle n'est pas non plus la conclusion d'une série de raisonnements. Elle est la réponse de celui qui, ayant douté, puis ayant rencontré notre Seigneur, a entendu ses paroles, se fait vraiment son disciple et peut lui dire, avec Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu. »
E comme enfance, ou comme éducation. Le monde des enfants est un monde à part. Il faut, pour y pénétrer, oublier le nôtre. C'est un honneur, c'est un bonheur d'approcher les enfants. Et il y en a partout qui nous attendent. Je me souviens qu'un jour Bergson m'a demandé : « Finalement, quelle idée vous faites-vous de l'éducation ? » Et je lui ai répondu : « C'est discerner la ligne de l'élan créateur dans un être et la suivre. Discerner aussi la conduite de Dieu, et la seconder. »
I comme intériorité. Dieu est plus près de vous que vous ne le pensez. Commencez donc un peu d'habiter votre âme et d'y attendre Jésus. La parole divine se coule à l'oreille de l'âme. Elle s'insinue doucement en nous. Ce n'est pas le tonnerre qui retentit brutalement en ébranlant les montagnes. C'est l'écho qui éveille et qui fait chanter la forêt.
J comme joie. Un fleuve de joie nous porte, nous le savons, même si quelques gouttes seulement arrivent à la surface de soi, et il nous conduit à la mer.
L comme liberté. L'autorité ne s'exerce que pour aider un jeune à se forger un jugement personnel et à choisir selon sa conscience. Selon les âges et les seuils de maturité, les élèves s'exercent peu à peu à pratiquer une liberté éventuelle, à devenir responsables, à devenir co-acteurs de leur propre éducation. Il en va de même dans l'ordre de la foi. Une foi éclairée, libre, personnelle, capable de résister à tous les conformismes de pensée ou au simple mode. La sainteté, c'est Dieu libre en moi.
M comme mystère. L'enfant est, avec la musique et la prière, une de ces grandes portes, l'esprit ouvert sur un mystère non pas de nuit, mais de lumière. Il s'agit d'en libérer la source, de tracer le dessin du fleuve ; et la fraîcheur de l'eau, son abondance, sa saveur viennent de tellement plus loin que nous.
O comme ouverture. Regardez avec sympathie, pour les comprendre toujours, ceux qui ne sont pas de votre pays, de votre famille, de votre milieu habituel. Gardez un esprit ouvert et, chez vous, cherchez la vérité, la beauté, la justice, partout où elles sont. Apprenez à admirer. Saint Paul disait aux chrétiens : tout ce qui est beau, tout ce qui est pur, tout ce qui est noble, tout cela est vôtre.
S comme secret. Dans la vie spirituelle, il y a dans chaque âme un secret, et Dieu seul le lui révèle. « Je lui donnerai une manne cachée, une pierre blanche sur laquelle est écrit un nom nouveau » (Apocalypse, chapitre 2, verset 17).
S aussi comme servir. Serviam, que je serve, ou bien je servirai, devise de la communauté Saint-François-Xavier. Elle signifie bien l'importance du service. Service rendu à tous et sans choisir. Service sans récompense, sans mesure. Service d'amour qui est le tout de notre vie.
S aussi comme souffrance. La vie de Madeleine a été traversée d'épreuves personnelles, familiales, apostoliques. Elle a souvent souffert de ne pas toujours comprendre ses propres enfants ou certains jeunes, et de ne pas réussir à communiquer à tous l'amour de Dieu qui lui brûlait le cœur. La mort a frappé ses proches à plusieurs reprises et, sur le chemin des fondations, elle a rencontré des humiliations, des échecs même. Pourtant, écoutons-la : plus je vais, plus je vois qu'il ne s'agit pas d'éviter la souffrance, mais de la porter avec notre Seigneur. J'ai lu, nous dit-elle, dans un article, que Jésus n'est pas venu supprimer la souffrance, mais l'épouser. Pour moi, je souffre toujours de la mort de Louis, l'un de ses fils, mort en 1942 au combat. Mais il me semble que ce qui me rapproche de Dieu me rapproche aussi de mon enfant.
U comme unité. Pour Madeleine, chacun a une vocation à accomplir avec tout ce qu'il est, ses dons, ses fragilités, son histoire. Il a à devenir pleinement lui-même pour le bien des autres. Pour elle, la formation de l'esprit est inséparable de celle du cœur. Écoutons-la encore : les êtres doivent faire leur unité du dedans. C'est à ce qu'ils ont de plus profond qu'il faut faire appel. Hiérarchiser toutes ces puissances d'amour avec le Seigneur, pour que naisse ce que l'on a de meilleur.
Prière à Marie
On pourrait se promener encore longuement à travers ce florilège, mais il a bien fallu choisir. Alors je vous propose, pour finir, cette prière à Marie, si chère au cœur de Madeleine. Et nous finirons donc par ces mots qui sont les siens.
Bienheureuse Marie, obtenez-moi une foi comme la vôtre : qu'à travers les obscurités, les épreuves, les tentations, les échecs, la maladie, la vieillesse, la mort, je croie en Jésus Christ, mon Sauveur, d'une foi indéfectible.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.