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Saint François-Xavier

🎓 Enseignement

Témoins d'hier et d'aujourd'hui · diffusé en mars 2020

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En bref : Cette émission vous propose de partir à la rencontre de saint François-Xavier, l'un des plus fameux compagnons d'Ignace. Vous suivez son épopée missionnaire, quelque cent mille kilomètres en dix ans, de sa Navarre natale jusqu'aux portes de la Chine où il meurt. Une première étape, biographique, avant une seconde émission consacrée à son itinéraire spirituel.

Bonjour à tous et merci de venir nous retrouver pour votre émission « La Foi, chemin de liberté ». Dans la série « Témoins d'hier et d'aujourd'hui », je vous invite, une fois encore, à partir à la rencontre d'un des plus fameux compagnons d'Ignace : il s'agit bien sûr de saint François-Xavier.

Et nous le ferons, comme souvent, en deux temps. À travers sa biographie d'abord, véritable épopée, qui commence avec son envoi par Ignace aux Indes orientales. À cette proposition ô combien dérangeante, François-Xavier répondra simplement : « En avant. Me voici », entièrement disponible qu'il est depuis longtemps et plus que tout désireux de servir pour la plus grande gloire de Dieu. Incroyable épopée, au cours de laquelle il va parcourir environ cent mille kilomètres en dix ans. Mais la sainteté de François n'est pas d'abord dans le faire, mais dans l'être. Nous nous pencherons dans une seconde émission sur son itinéraire spirituel et le travail de l'Esprit en lui.

Xavier, l'enfant de Navarre

Xavier est le nom du château familial dans la province basque de l'ancienne Navarre. En 1512, l'enfant n'a que six ans quand il voit les troupes de Castille envahir sa province et démanteler en partie la demeure ancestrale. Trois ans plus tard, son père meurt, la guerre continue et les biens de la famille seront confisqués.

Il a dix-neuf ans quand il se décide pour de brillantes études afin de s'enrichir, pense-t-il, dans la carrière ecclésiastique. Pour cela, bien sûr, rien de mieux que la célébrissime Sorbonne. Il ne le sait pas encore, mais c'est un adieu définitif : le tout jeune homme jamais ne reverra la demeure de son enfance.

Paris et la rencontre d'Ignace

Le Paris de l'époque compte environ trois cent mille habitants et quelque quatre mille étudiants en théologie, droit et lettres. François n'est pas un intellectuel, certes, mais il vise toutefois le diplôme de maître ès arts pour pouvoir enseigner comme régent, dans le but d'être financièrement à l'abri du besoin et de mener joyeuse vie dans le milieu étudiant.

C'est alors un jeune homme plein de santé, de dynamisme. Sportif, il devient même champion universitaire de saut en hauteur. Très attiré par les femmes, il est toutefois freiné dans ses pulsions par la crainte, ô combien légitime, de maladies comme, entre autres, la syphilis, tout récemment arrivée en Europe.

Il a alors pour compagnons de chambre un certain Pierre Favre — nous le retrouverons dans une prochaine émission —, homme fervent, studieux, rayonnant, et Ignace, Ignace de Loyola, plus âgé que les deux autres et déjà ardemment converti. Au début de cette cohabitation non choisie, François est choqué par le sérieux, l'humilité, la très grande pauvreté d'Ignace. Pourtant, peu à peu, les paroles de son compagnon font leur chemin, doucement, dans son cœur. Et après trois ou quatre ans de vie commune et de confrontation va naître entre eux une amitié indéfectible.

François va s'intégrer au petit groupe des sept amis. Ensemble, à Montmartre, le 15 août 1534, ils prononcent des vœux privés qui les engagent à la pauvreté et au service de Dieu. C'est alors que François accepte de faire les Exercices spirituels, autrement dit de vivre un itinéraire spirituel vigoureux qu'Ignace propose à ceux qui veulent progresser dans la voie de l'amour et du don.

Ordonné prêtre le 24 juin 1537, François retrouve ses compagnons à Rome, où le pape Paul III les reconnaît comme un nouvel ordre, la Compagnie de Jésus.

L'envoi aux Indes

C'est alors qu'Ignace, à la demande du pape et du roi du Portugal, envoie François aux Indes orientales. En avril 1541, il embarque sur le Santiago, un navire magnifique mais effroyablement inconfortable, sur lequel plus de mille personnes sont entassées, et bien sûr dans une promiscuité terrible. Et il va falloir naviguer un an et un mois pour arriver enfin à Goa.

François gardera, et on le comprend, un très mauvais souvenir de ce voyage. Je le cite : « Ô Seigneur, pour l'univers entier, je n'aurais accepté d'affronter tant de fatigue un seul jour. » Et pourtant, il en sera de même pour toutes ces autres traversées.

Les premières missions en Inde

Dès son arrivée à Goa, il prend conscience de l'immoralité, de la corruption, de la violence des Portugais qui règnent en maîtres, et se sent appelé à vivre au plus près des petits, des indigènes. Accompagné de trois jeunes séminaristes, il part vers le sud, chez de simples pêcheurs. Il vit avec eux, comme eux, chez eux, dans une même pauvreté, suivant le même régime alimentaire, constitué presque exclusivement de poissons séchés et de riz. Et là, sa prière personnelle, intense de jour comme de nuit, son enseignement, certes rudimentaire, car dans un tamoul très approximatif, font toutefois merveille.

Après un bref retour à Goa pour y assumer ses responsabilités de légat du pape, François retourne vers le sud pour une seconde mission. Il va y rencontrer, cette fois, des brahmanes, les prêtres du lieu. Certes, il repère vite leur habileté à exploiter la naïveté des simples, mais passera malheureusement à côté des richesses de leur culture. En effet, les événements le pressent, le bousculent. Un rajah local facilite des baptêmes en masse, alors qu'un autre prétend faire renier les nouveaux baptisés, ce que beaucoup refuseront. En 1544, ils seront les premiers martyrs de cette région.

Malacca et les Moluques

Blessé profondément par les comportements des Portugais et le malheur qui s'abat sur tant de nouveaux convertis, François subit différentes pressions. D'une part, on insiste pour qu'il s'établisse à Goa. De l'autre, il se sent appelé sans cesse ailleurs, plus loin. On lui parle de Malacca, en Malaisie. Il est seul, il hésite, et c'est une très longue nuit, crucifiante. Enfin, éclairé par l'Esprit, il décide de partir et reçoit à Malacca un accueil enthousiaste.

Puis c'est un nouvel appel qui survient : l'ouverture possible au christianisme dans les très lointaines Moluques, entre Bornéo et la Nouvelle-Guinée. C'est de nouveau l'appel du large, et en 1546 il s'embarque pour l'île d'Amboine, où il visite et réconforte une toute petite communauté chrétienne. Là, on le supplie de rester, mais sa détermination à partir vers des territoires pourtant hostiles et inhospitaliers est farouche. Il ne craint rien, il a raison. Malgré la violence ambiante, rien de fâcheux ne lui arrive. Et bien mieux, c'est là qu'il goûtera des consolations spirituelles abondantes.

Le Japon

Sur la route de son retour, il fait alors une rencontre décisive, celle d'un Japonais, Anjiro. Meurtrier, l'homme a dû fuir son pays. Bouddhiste, il se pose de nombreuses questions métaphysiques, et a entendu parler du sage venu d'Occident. Alors le voilà devant François, auquel il affirme que les Japonais seraient très réceptifs au message de l'Évangile. Anjiro et deux de ses compatriotes sont baptisés à Goa en 1548, et François se décide : il part au Japon, se bornant tout simplement à en informer Ignace.

En 1549, il arrive sur l'archipel. Là, il suscite une curiosité réservée, mais si les conversions restent peu nombreuses, elles sont d'une très grande qualité. Anjiro convainc alors François de la nécessité de rencontrer l'empereur. Il commence alors un voyage harassant vers Miyako, l'actuelle Kyoto, où les attend une cruelle déception : l'empereur est un vieillard fade, sans réelle autorité. Le petit groupe fait demi-tour et repart vers Yamaguchi. Peu à peu, les contacts avec les moines bouddhistes deviennent plus fréquents, plus riches, plus profonds. De nombreuses conversions réjouissent François.

À son départ du Japon, en 1551, et malgré les difficultés rencontrées, il garde un souvenir chaleureux de ce pays, dans lequel il laisse deux de ses compagnons, ayant la ferme intention d'y revenir dès que possible.

Le dernier voyage vers la Chine

Sur la route des Indes, il trouve une lettre d'Ignace lui annonçant qu'il est nommé provincial, autrement dit supérieur de toutes les implantations jésuites d'Extrême-Orient. Il va régler au mieux les affaires qui lui incombent, mais rêve de partir pour la Chine. Hélas, à l'époque, l'empire du Milieu est totalement fermé au monde extérieur. Il envisage de s'y présenter d'abord comme un ambassadeur du Portugal et d'arriver avec de somptueux cadeaux. Mais le plan va échouer et François va s'embarquer, sans cadeaux, environné d'un équipage hostile à sa présence, vers la Chine. On débarque, non sans mal, sur une petite île au large de Canton.

À ce moment, pour François, un seul compagnon sûr : un Chinois, Antoine, mais parti depuis tellement longtemps qu'il a oublié sa langue maternelle. Assez rapidement, la maladie survient, et c'est une brève relation d'Antoine qui nous rapporte les derniers moments. Je le cite : « Il était dans un absolu dénuement de tout secours humain. Couché dans une petite case ouverte au froid, au vent, et sans autre consolation que celle qui vient de Dieu. Il délirait, mais le jeudi 1er décembre, à midi, la parole et la connaissance lui revinrent, et je l'entendis répéter : "Très Sainte Trinité, Père, Fils, Saint-Esprit", et d'autres paroles semblables. Je le veillais toute la nuit et lui avais les yeux fixés sur le crucifix. Il mourut à l'aube du 3 décembre 1552. Il avait quarante-six ans. »

Prière finale

Pour conclure, peut-être, cette prière composée par un père jésuite de notre temps, comme un écho un petit peu à ce qu'a pu vivre François-Xavier.

Quand je me heurte à tant de portes closes, quand la maladie tord mon corps indocile, quand je ne reçois des autres qu'opprobre et dérision, ton regard de crucifié interroge le mien. Comme un autre larron, je reçois ta promesse et j'entrevois l'éclat de l'aube que tu me prépares. Sûr de toi, Seigneur, je risque le chemin des hommes.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.