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Saint François-Xavier, contemplatif dans l'action

🎓 Enseignement

Témoins d'hier et d'aujourd'hui · diffusé en mars 2020

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En bref : Vous reprenez la route avec saint François-Xavier au terme de son épopée missionnaire, jusqu'à sa mort face à la Chine. Cette émission relit en lui l'œuvre de Dieu : sa disponibilité radicale, sa prière enracinée dans les Exercices, son amour des plus petits et son combat spirituel. Elle s'achève sur la prière de saint Ignace.

Reprendre la route avec François-Xavier

Bonjour et merci à tous ceux qui nous rejoignent pour leur émission « La foi, chemin de liberté ». Je vous propose de reprendre aujourd'hui la route avec saint François-Xavier.

Comme nous l'avons vu lors de notre dernière émission, à la fin d'une incroyable épopée de 100 000 km en dix ans qu'il a menée de l'Europe à Goa en Inde, et de Goa vers le Japon, François est mourant, épuisé, sur un îlot perdu face à la Chine interdite. Sa disponibilité sans réserve au service de Dieu et de l'Église, son union intime au Seigneur dans la prière, l'attention permanente au mouvement de l'Esprit Saint en lui, sa confiance absolue en Dieu au milieu des pires dangers, tout ce qui fonde sa foi a fasciné, enthousiasmé, interrogé bien des cœurs. Elle est pour nous, aujourd'hui, stimulante, vivifiante dans son exigence même.

Accompagnons-le encore un peu, ou plutôt regardons en lui l'œuvre de Dieu.

Une disponibilité radicale

Sa conversion, nous l'avons vu, est radicale, hors norme. Son tempérament vigoureux, des grâces reçues d'une grande intensité, font de lui un homme nouveau, guidé par le désir d'imiter et de suivre son Seigneur, le Christ. Pour cela, le secret lui est révélé, et ce dès la première page des Exercices spirituels qu'il a bien évidemment suivis. À son désir propre, il s'agit d'en substituer un autre, tellement plus grand : celui de se laisser conduire.

C'est une disponibilité absolue, radicale, qu'il met en œuvre en partant pour le Seigneur, aux Indes, en quittant tout à l'invitation d'Ignace. Une fidélité absolue à la parole de l'Évangile : « Laissant là tout, ils le suivirent. » Ce don de soi, cet abandon font grandir la confiance, qui permettra à François de passer outre toutes les difficultés et de s'exposer à toutes les audaces.

Se faire obéissant n'est jamais pour lui chercher à être plus efficace, plus performant, bien sûr que non. C'est l'attitude d'un cœur qui aime, qui veut se conformer à l'attente de celui qu'on aime. Confiant, François se rend toujours plus disponible à la voix de l'Esprit en lui. Et pour lui, comme pour saint Paul en d'autres temps, comme pour tout apôtre digne de ce nom, il est et sera toujours urgent d'annoncer la bonne nouvelle pour le salut et le bonheur des hommes, et pour la plus grande gloire de Dieu.

Annoncer la bonne nouvelle, se mettre au service de tous

Annoncer la bonne nouvelle, c'est se mettre au service de tous. François saura s'appuyer sur les puissants qu'il va rencontrer : conquérants portugais, rajas en Inde, seigneurs féodaux au Japon. Mais c'est avant tout vers les petits, les malades, les enfants, les prisonniers, les opprimés de toute catégorie que nous le retrouvons sans cesse, à l'exemple de Jésus, son maître.

François cherche à soulager les détresses physiques quand il le peut. Mais il sait bien qu'elles sont infinies, et se soucie tout autant des indigences, des pauvretés spirituelles. C'est un travail sans limite, épuisant.

Un contemplatif dans l'action

Pour tenir dans un tel labeur, la santé, la force de caractère, la passion de l'évangélisation ne suffisent pas. La motivation et l'élan de François sont, jour après jour, renouvelés, vivifiés par la prière, en toutes circonstances. Et les témoins en sont nombreux ; j'en cite quelques-uns. De jour, il appartenait tout entier au prochain ; de nuit, il appartenait tout entier à Dieu. Pendant les innombrables traversées, ponctuées de tempêtes, de dangers de toutes sortes, quand tous s'affolent et paniquent autour de lui, il se perd en oraison, et cela rassure : « Le père François tient le gouvernail », disait-on.

Sa prière, façonnée par les Exercices spirituels d'Ignace, est axée sur le Christ, toujours, parole incarnée et vivante. Et pour François, la parole particulière qu'il a reçue est bien celle de l'envoi : « Allez de toutes les nations, faites des disciples. » Comme saint Ignace le voulait de ses fils, il est véritablement un contemplatif dans l'action.

Et son action porte du fruit. François sait rejoindre les hommes, les femmes, les enfants qu'il rencontre, au cœur même de leur existence. Il est du côté des pauvres, des méprisés, des laissés-pour-compte. Mais il sait aussi se montrer ferme si besoin, s'affligeant ouvertement des comportements de nombreux Portugais conquérants, qui sont autant de contre-témoignages. Il a bien sûr le souci d'être a priori bienveillant, c'est-à-dire de se mettre à l'écoute de l'autre, respectant des richesses culturelles bien différentes des siennes, pour se faire le levain dans la pâte.

Aujourd'hui, pour nous, n'est-ce pas un peu le même défi ? L'autre, les autres qui m'entourent, que je croise parfois sans les voir : mes voisins de palier, mes collègues, le SDF qui me tend la main sur mon chemin quotidien, le migrant… Il nous appartient de reconnaître en chacun l'enfant de Dieu, le frère, la sœur en Christ, et de rejoindre chacun là où il en est, à partir de là où j'en suis moi-même.

Aimer et se faire aimer

Pour cela, il faut aimer, et c'est bien là un des secrets de François. D'une grande délicatesse de cœur, d'une vraie capacité à entrer en relation, il sait se faire tout à tous, aimer et se faire aimer. Sa tendresse pour les autres l'entraîne à les rejoindre dans les détails mêmes de la vie quotidienne. Uni de cœur à son ami et maître spirituel Ignace, ainsi qu'à tous ses compagnons jésuites, François garde la même attitude affectueuse et bienveillante avec tous, et exhorte ses frères sans cesse à aimer les infidèles. Je le cite : « Je vous en prie, je vous en supplie, avec les chefs et tout le peuple, agissez toujours avec beaucoup d'amour, car si l'on vous aime, vous rendrez grand service à la cause de Dieu. »

François sait aussi que c'est par la communion des saints qu'il peut retrouver ses amis dans le Seigneur, lui souvent tellement loin géographiquement ; et il vit dans la foi la perspective de la communion définitive. En tout temps de sa vie, il nous rappelle que nous traçons une route vers Dieu en rejoignant le meilleur de ce qui habite nos frères. C'est là peut-être une réponse à ce qui nous taraude si souvent : comment voir, comment entendre notre Dieu, habituellement caché, parfois absent apparemment, ou silencieux ? Pas d'autre chemin qu'en rejoignant Jésus, présent en nos frères.

Le combat spirituel

Mais de tels choix de vie ne vont pas sans combat. François, à plusieurs reprises, va affronter, et violemment, celui qu'Ignace nomme l'ennemi du genre humain. À São Tomé, près de Madras, où il arrive dans un état de désolation profonde, il va, toute une nuit, vivre ses doutes, ses peurs, jusqu'à l'angoisse extrême. Il appelle au secours le ciel, et en particulier Marie, avant de sortir vainqueur de la lutte.

Plus tard, alors qu'il navigue vers le Japon sur une jonque chinoise à l'équipage idolâtre et hostile, il se sent écrasé, accablé, triste totalement, à l'image du Christ à Gethsémani. Mais François sait bien que, pour tenir en échec les forces du mal, il lui faut combattre deux défauts particuliers : la pusillanimité, c'est-à-dire la crainte, l'absence de courage, et une trop grande estime de soi. Seule la confiance en Dieu peut, nous dit-il, venir à bout des tentatives du démon. Au pire moment de sa vie, il sera donné à François de sentir du dedans, au plus profond de lui, cette confiance qui peut franchir tous les obstacles.

Évidemment, il ne s'agit pas là d'un mouvement dû à la sensibilité ou à l'émotivité de celui qui prie. Notre Dieu est un Dieu vivant, et le croyant, en face de lui, est vivant lui aussi, et aimé ; et la communication entre les deux est possible quand nous accueillons pleinement sa parole, quand elle devient parole de vie, nous permettant d'aller à l'encontre de nos peurs, de nos angoisses.

La joie et l'urgence d'annoncer

Sur ce chemin, François, dans de nombreuses lettres, fait part de la joie profonde qui l'anime, quoi qu'il advienne. En butte aux épreuves de toutes sortes — l'affrontement aux forces du mal, le sentiment de l'échec, l'épuisement, la solitude quasi absolue dans un environnement hostile — le seul recours de François est toujours le même : l'amour inconditionnel de Dieu, sans limite. Et c'est là la première source de sa joie, que nul ne peut lui ôter. La seconde, c'est le désir constant de porter la bonne nouvelle à des populations innombrables, afin qu'à leur tour elles découvrent la vraie joie, la seule, celle de se savoir aimées et sauvées.

Et c'est sans doute ce qui devrait nous rejoindre, nous provoquer le plus : il est hanté par l'urgence d'annoncer, à temps et à contretemps, la bonne nouvelle, alors qu'elle nous laisse parfois si tranquilles, si paisibles. Comme pour lui, l'évangélisation, dans cette époque qui est la nôtre, doit tenir compte toujours du respect des consciences, des cultures, des exigences du dialogue et du développement, des défis de notre monde, de l'indifférence, du pluralisme religieux. Chaque chrétien peut et doit être missionnaire là où il est, produire du fruit abondant, selon l'image chère à François qui — je le cite encore — voit ses compagnons en train de bêcher dans les âmes, afin de les tirer du péché et de les pousser à servir Dieu.

Prière de saint Ignace

Pour finir, cette prière de saint Ignace que François, comme tous les pères jésuites, a dû si souvent dire et redire.

Prends, Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté. Tout ce que j'ai et tout ce que je possède, c'est toi qui m'as tout donné. À toi, Seigneur, je le rends. Tout est à toi, dispose-en selon ton entière volonté. Donne-moi seulement de t'aimer, et donne-moi ta grâce, elle seule me suffit.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.