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saint Jean-François Régis (2/2)

🎓 Enseignement

Témoins d'hier et d'aujourd'hui · diffusé en févr. 2020

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En bref : Vous découvrez ici la fécondité de l'héritage de saint François Régis. De La Louvesc au Puy, ce chemin conduit jusqu'au père Étienne Terme et à sainte Thérèse Couderc, fondatrice de la communauté Notre-Dame du Cénacle. Vous voyez ainsi comment la spiritualité ignatienne des Exercices a nourri toute une lignée de témoins.

Aujourd'hui, je vous propose de découvrir un peu plus à fond l'œuvre de saint François Régis, et surtout son héritage tellement vivant et fécond.

Un héritage vivant et fécond

Nous l'avons vu, François Régis est arrivé dans un monde divisé, au sein d'une Église déchirée. Trop souvent, cette Église oublie que sa mission n'est pas d'abord de bâtir de splendides sanctuaires de marbre, mais plutôt un temple fait de pierres vivantes. Parce que beaucoup, dans l'Église de ce temps, paraissaient rechercher prestige et puissance, nombreux sont les chrétiens qui se sont alors tournés vers la Réforme protestante.

Clin d'œil de la Providence, peut-être : François est né à Fontcouverte, fontaine cachée, comme l'eau du rocher dans le désert, comme l'eau vive du puits de Jacob, l'eau vive du don de Dieu qui fait se lever un peuple.

Partout où il passe, François est un homme de paix, un arbitre écouté. Auprès des pauvres, il est le témoin de la Bonne Nouvelle, de l'amour préférentiel de Dieu. Partout, il met des gens en route pour l'aider dans sa mission. Ainsi, au Puy, l'œuvre du Bouillon, ancêtre de notre actuel Secours catholique. Il fait appel à des familles qui acceptent d'accueillir les personnes pour les aider dans leur changement de vie. Il est ainsi un peu le précurseur d'organismes actuels, comme le Nid, par exemple.

Partout, il va vers le peuple, et c'est tout un peuple qui vient à lui. Comment ne pas penser au Bon Berger qui mène son troupeau ? Œcuménique avant l'heure, il est avec les protestants rencontrés dans une attitude de dialogue et de respect constant.

De La Louvesc au Puy, un pèlerinage

Totalement donné à tous et à toutes, il est attendu, nous l'avions vu, pour la Noël 1640, au petit village de La Louvesc, dans l'hiver glacial. Là, il prêche, célèbre, confesse et meurt d'épuisement.

Le village de La Louvesc a voulu garder le corps de celui qui lui a donné sa vie. Il devient alors un lieu de rencontre de toute l'Ardèche. Individus, familles, groupes, paroisses vont converger et s'y rassembler. Un sentier vient d'être tracé entre La Louvesc et Le Puy ; il servira aux pèlerins comme aux promeneurs. Et la route des hommes devient celle de Dieu. Parmi les visiteurs du XIXe siècle, on a vu, entre autres, un certain Jean-Marie Vianney.

Le père Étienne Terme, curé au cœur de feu

Au XIXe siècle, toujours, mourait dans un petit village du Vivarais, en pleine mission, un prêtre de 43 ans. Missionnaire depuis dix ans, la fatigue et l'épuisement, comme pour saint François, avaient eu raison de lui.

Après avoir été prêtre de paroisse pendant dix ans, ce curé au cœur de feu, le père Étienne Terme, en passera une dizaine d'autres à parcourir, comme François Régis, cette terre du Vivarais, terre de mission, durant la saison hivernale. Et, en été, il anime un pèlerinage avec toute une équipe.

Marie-Victoire Couderc, sœur Thérèse

Le dimanche de Pâques 1825, le père Terme ouvre une mission paroissiale à Sablières. Dans l'assistance, une jeune fille est là, qui écoute, de tout son cœur, de toute son âme. Son nom ? Marie-Victoire Couderc. Elle a quitté son pensionnat des Vans pour participer à cette mission, la première dans la région depuis la Révolution. Elle parle alors au père Terme de son projet de vie religieuse. Et l'année suivante, elle rejoint la communauté des Sœurs de Saint-Régis, où elle devient sœur Thérèse.

Pendant ce temps, le père Terme accueille à La Louvesc des milliers de pèlerins et comprend vite qu'il faut trouver une maison pour accueillir les femmes et les accompagner dans leur démarche de foi. Un local provisoire est trouvé en 1826 : la congrégation Notre-Dame du Cénacle trouve ici son commencement.

Un an plus tard, sœur Thérèse et deux de ses compagnes sont appelées pour prendre en charge cette nouvelle maison. Deux ans plus tard, elle en devient responsable. Rapidement, elle va comprendre qu'il faut aller plus loin qu'un simple accueil. Elle désire proposer un approfondissement de la foi et une formation spécifique à la prière, sur une durée allant de trois à huit jours. Si cet accueil est plus sélectif, limité en nombre, puisqu'il fait appel aux motivations personnelles, il est ouvert totalement, en profondeur et en extension, le but étant une véritable transformation du cœur et de l'existence.

Les Exercices spirituels et « les filles de la retraite »

Un an plus tard, le père Terme fait l'expérience des Exercices spirituels d'Ignace. Totalement conquis, il ouvre les sœurs à cette même expérience, pour elles-mêmes et pour ceux qu'elles rencontrent. Imprégnées par les Exercices, les sœurs furent, dans un premier temps les plus jeunes d'entre elles, appelées « les filles de la retraite ». Faire retraite devient alors, je cite une des sœurs, « l'horizon, la source et la manière de servir la communauté naissante ».

Le mystère du Cénacle

La référence au mystère du Cénacle, qu'évoquent les Actes des Apôtres, s'inscrit dans leur nom en 1844. Le Cénacle était cette salle où le Christ avait institué l'Eucharistie et où les apôtres ont demeuré avec Marie, entre Ascension et Pentecôte. Et c'est bien là la raison d'être de cette communauté : rester avec Marie en ce lieu où s'opère toujours, aujourd'hui comme hier et demain, la descente de l'Esprit sur l'Église et le monde. Rester et proposer une expérience personnelle de Dieu et de son Fils.

Retraite et pèlerinage se fécondent mutuellement. À celui ou celle qui accepte de laisser ses habitudes, ses certitudes, pour aller vers lui-même et pour aller vers Dieu, on propose un accompagnement pour que son aventure prenne corps. À celui ou celle qui veut faire retraite pour se préparer à accueillir Dieu, on offre une mise en route, un pèlerinage continu pour guider ses pas. Retraitants et pèlerins se laissent travailler par la Parole qui fait ce qu'elle dit.

L'épreuve et l'effacement de sœur Thérèse

À 33 ans, sœur Thérèse est victime d'une intrigante. Dénoncée aux autorités ecclésiastiques comme mauvaise gestionnaire, elle ne se défend pas. On lui demande alors de se retirer de sa charge, ce qu'elle fait aussitôt, sans broncher. Elle passera de longues années dans des tâches basses, voire humiliantes, sans une plainte. Et ce ne sera que bien plus tard qu'elle retrouvera la confiance de tous. En 1970, le pape Paul VI fera d'elle une sainte.

« Se livrer », une méditation de Thérèse Couderc

À part ses lettres, nous n'avons pas d'écrit de sainte Thérèse Couderc, si ce n'est cette méditation écrite par elle et pour elle, dont voici quelques passages, sans doute un appel premier dans sa vie spirituelle. Je lis.

Un grand moyen d'entrer dans la voie de la perfection et de la sainteté, c'est de se livrer à notre bon Dieu. Mais qu'est-ce que se livrer ? Je comprends bien toute l'étendue du sens de ce mot, mais je ne puis l'expliquer. Je sais seulement qu'il est très étendu, qu'il embrasse le présent et l'avenir.

Se livrer, c'est bien plus que se dévouer, c'est plus que se donner, c'est même quelque chose de plus que de s'abandonner à Dieu. Se livrer, c'est mourir à tout et à soi-même, ne plus s'occuper du moi que pour le tenir toujours tourné vers Dieu. Se livrer, c'est encore ne plus chercher en rien, ni pour le spirituel, ni pour le temporel, c'est-à-dire ne plus chercher de satisfaction propre, mais uniquement le bon plaisir divin. Se livrer, c'est adhérer à tout, accepter tout, se soumettre à tout.

Mais on va croire peut-être que cela est bien difficile à faire. Il n'y a rien de si simple et rien de si doux à pratiquer. Le tout consiste à faire en une seule fois un acte généreux, en disant, avec toute la sincérité de son âme : « Mon Dieu, je veux être tout à vous, daignez accepter mon offrande. » Et tout est dit.

Les fruits d'une spiritualité

Parmi les nombreux fruits issus de la spiritualité ignatienne, à la suite du père Étienne et de Thérèse Couderc, la communauté Notre-Dame du Cénacle : entre Ascension et Pentecôte, le Cénacle, un temps pour faire place à Dieu, un temps pour discerner avant d'agir, pour reconnaître au plus profond de soi ce qui est source de paix, de joie, d'élan paisible ; un temps pour accueillir l'Esprit promis et devenir témoin.

En de nombreux lieux, en France et dans le monde, les sœurs du Cénacle ont des missions apostoliques variées, proposant, entre autres, des temps de retraite, de formation, d'accompagnement spirituel — toute forme d'aide, ô combien précieuse, pour chercher et trouver Dieu en toutes choses.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.