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Pedro Arrupe (2/2)

🎓 Enseignement

Témoins d'hier et d'aujourd'hui · diffusé en janv. 2020

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En bref : Ce deuxième épisode consacré au Père Pedro Arrupe cherche ce que sa vie et sa foi peuvent vous enseigner aujourd'hui. Vous êtes invités à repérer les signes des temps, à adhérer au Christ et à aimer comme lui. L'exposé s'achève sur l'espérance chrétienne et sur une prière inspirée d'Arrupe.

Lors de notre dernière rencontre, nous avions suivi le Père Pedro Arrupe, supérieur de l'ordre des jésuites de 1965 à 1983, tout au long de sa vie. Une vie entièrement vouée au service du Christ et des plus pauvres, guidée par l'urgence du temps : un désir immense de plus de justice, un souci toujours présent de l'incroyance grandissante, une espérance indéfectible dans la présence de Dieu au cœur de toute situation, y compris des plus tragiques. Que peuvent nous enseigner la vie et la foi du Père Arrupe à nous, chrétiens d'aujourd'hui, nous qui, à notre tour, sommes invités à témoigner de notre espérance ?

Repérer les signes des temps

Il nous invite peut-être d'abord à bien réfléchir, à repérer les signes des temps, à les soumettre à la lumière de l'Évangile, pour pouvoir proposer des réponses aux questions de ceux et celles qui sont sur notre route.

Il est aisé, par exemple, de repérer les signes négatifs. Ils sont nombreux : montée des violences, des égoïsmes, amour effréné de l'argent et de la consommation à laquelle ils poussent toujours davantage, dérives en tout genre. Mais il est tout aussi important de savoir regarder, contempler les signes prometteurs, encourageants, et rendre grâce. On peut penser ici à la notion de dignité humaine, tellement plus présente aujourd'hui que dans les temps passés, au désir grandissant de démocratie, au souhait de la solidarité, à la nécessité reconnue du respect des ressources naturelles.

Nous avons besoin de garder un cœur ouvert et confiant, de faire confiance à l'Esprit qui guide et éclaire, et de faire œuvre de discernement. Peu à peu, nous apprendrons à quitter nos préjugés pour poser sur l'autre un regard de compréhension, de respect, d'amour. Et il s'agit bien là d'une vraie conversion du cœur. Sacré travail ! Et même si nous ne sommes pas appelés, comme l'ont été de très nombreux jésuites, à vivre au sein des plus pauvres, des exclus, des déracinés, il y a là, tout près de chacun de nous, des cœurs qui attendent, qui ont faim et soif d'être accueillis.

Adhérer au Christ

Arrupe nous dit clairement la double nécessité de chercher Dieu, à la fois dans notre prière personnelle et sur notre chemin d'homme, de femme, en lien avec tant d'autres hommes et femmes. Et comment chercher, comment s'approcher de Dieu, si ce n'est en adhérant au Christ ?

Toute la spiritualité du Père Arrupe est centrée sur Jésus, car, je le cite : « La rencontre avec Dieu prend évidemment plusieurs formes, selon les grâces et les tempéraments. Mais elle sera toujours adhésion au Christ, découverte par lui de l'amour du Père, et disponibilité permanente pour être conduit par son Esprit. »

Il nous faut alors tenter d'imiter Jésus, et les Exercices spirituels de saint Ignace sont une aide précieuse sur le chemin : recevoir l'enseignement de Jésus, l'écouter, contempler, pour pouvoir répondre à son invitation : « Viens, suis-moi. »

À l'école du cœur de Jésus

Il faut nous mettre à l'école du cœur de Jésus, nous dit le Père Arrupe. Il écrivit, juste après l'explosion atomique d'Hiroshima — rappelons qu'il était sur place le 6 août 1945 — à des jeunes venus auprès de lui : « Malgré tout, nous possédons en nous une énergie infiniment plus grande que celle de la bombe atomique. Nous avons en nous le cœur de Jésus. L'énergie de l'atome est destinée à tout détruire, tout anéantir. Dans le cœur du Christ, nous possédons une puissance capable de vaincre tout mal, et d'unir les âmes en un centre unique qui est son amour et l'amour du Père. »

Aimer comme Jésus

Le programme est donc tracé. Et quel programme ! Il nous faut, tout simplement, aimer comme Jésus, en se donnant, en pardonnant, car, je cite encore Arrupe : « Un amour de Dieu qui ne serait pas contresigné par l'amour fraternel sera toujours suspect. »

Et cet amour fraternel, aujourd'hui comme hier, comme demain, est exigeant, terriblement. Pedro Arrupe nous le rappelle : « L'amour du chrétien suppose, sans aucun doute, qu'il panse les blessures de ceux qui sont tombés entre les mains des brigands et qui sont là, sanglants, sur le bord de la route. Mais le devoir des chrétiens est aussi d'éviter que des hommes n'aient à tomber entre les mains des brigands. »

La foi et la justice

Le 7 mai 1965, le pape Paul VI confiait à la Compagnie de Jésus la tâche immense de lutter contre l'athéisme. Pour le Père Arrupe, un préalable incontournable s'impose alors : la foi ne peut pas triompher dans les cœurs quand les hommes vivent dans une misère indigne. Ceci, nous dit-il, est vrai pour les pays les plus pauvres. Dans les pays plus riches, les intérêts corporatifs, nationaux, économiques, engendrent des injustices flagrantes et font obstacle à la conversion évangélique. À l'inverse, l'engagement radical de la foi permettrait au monde de vivre mieux.

Arrupe plaide alors pour une conversion personnelle profonde des apôtres que nous devons être : conversion au message de justice, de pauvreté, de miséricorde. La foi au Christ peut faire advenir un ordre social plus juste, plus respectueux de chacun, ce qui suppose un effort permanent de remise en question et une conversion continuelle. Un cœur pauvre, riche de miséricorde, ouvert à tous.

Nos vieux pays de chrétienté sont devenus aujourd'hui des terres de mission. Nous avons chacun à nous mettre en marche de façon vigoureuse, à approfondir sans cesse notre foi, à mieux en découvrir l'essentiel. Mais évidemment, la connaissance intellectuelle et théologique ne suffit pas. Ce qui transforme l'homme et en fait un apôtre, c'est une vie donnée, offerte. Il n'y a pas d'argument plus convaincant. Et c'est à cela qu'il nous faut tendre, quel que soit notre état de vie : ecclésiastique, religieux, laïque.

L'Eucharistie, communauté d'amour

Mais alors, où puiser la force pour tenir sur une telle ligne de crête ? Comme pour les premiers chrétiens et tous ceux qui ont suivi la même route, c'est bien l'Eucharistie qui peut convertir notre regard et notre cœur. Le Père Arrupe nous rappelle que le texte choisi pour célébrer l'institution de l'Eucharistie est celui du lavement des pieds. La communauté eucharistique est une communauté d'amour qui exige partage, service et communion. À chacun d'œuvrer, là où il est, pour que ce partage s'inscrive à l'échelle du monde, en termes de commerce équitable, à titre d'exemple, de développement durable, d'option préférentielle pour les pauvres.

Trois attitudes intérieures

Arrupe est bien là un prophète majeur de son siècle et du nôtre aujourd'hui. À nous de nous laisser rejoindre par ses interpellations si pressantes en notre temps. Être apôtre, nous dit-il, c'est avant tout devenir un être pour l'autre, pour les autres. Dans la mesure où il se fermerait à autrui, l'homme ne serait pas enrichi dans sa personnalité, nous dit le Père Arrupe, mais diminué.

Il nous indique alors trois attitudes intérieures, précieuses, à garder si vraiment nous voulons nous inscrire dans cette démarche. Il y a d'abord le souci d'une constante évaluation : il nous faut encore et encore considérer ce que nous faisons et pensons à la lumière du monde, à la lumière de l'Évangile. Il nous faut ensuite faire œuvre de discernement, c'est-à-dire nous mettre, au quotidien, sous le regard de Dieu, pour apprécier le bien-fondé de ce que l'on pense, de ce que l'on fait. Il nous faut enfin nous rendre disponibles à l'Esprit, accepter d'avance d'être déplacés, comme l'a été Marie lors de la Visitation.

« Jésus oui, l'Église non »

Un autre enseignement du Père Arrupe peut nous rejoindre en ces temps qui sont nôtres, souvent douloureux pour l'Église et ses fidèles, quand le message est défiguré, au point de devenir, pour certains, nombreux et trop blessés, impossible même à recevoir. Je le cite : « Il faut éviter ce que l'on entend si souvent aujourd'hui : Jésus, oui ; l'Église, non. »

Or, pour Arrupe, impossible de dissocier le Christ de son Église : il vit, il agit en elle, son épouse, et c'est en elle qu'on le trouve. Alors bien sûr, l'Église, notre Église, est pleine de rides, pleine de blessures. Elle n'est pas le Royaume. Elle est le lieu où le Royaume cherche à prendre corps. Comme Ignace, Arrupe aura à souffrir de la part de l'Église. Et comme Ignace, ce sera du dedans, toujours, qu'il s'emploiera à la faire avancer.

Un être d'espérance

Enfin, le chrétien est un être d'espérance. Et dans ces temps, comme en d'autres, où naissent sans cesse de nouveaux motifs d'angoisse et de désespérance, Arrupe nous rappelle l'exhortation de saint Pierre aux chrétiens de son époque : « Soyez toujours prêts à rendre compte de votre espérance à qui vous le demande. Faites-le avec douceur et respect. »

Certes, les motifs d'espérer peuvent souvent nous sembler bien minces, mais il n'est pas d'événement, aussi épouvantable soit-il, où ne puisse se glisser, un peu ou beaucoup, de la lumière divine, signe de la présence de Dieu, parfois imperceptible — ce Dieu auquel rien de ce que nous vivons n'est étranger.

Je cite une dernière fois le Père Arrupe : « Depuis le temps où je visitais les prisons de New York et rencontrais là de grands criminels, jusqu'à aujourd'hui où je dois décider de l'action de la Compagnie face aux problèmes des réfugiés et de la drogue, par exemple, je vois dans ces situations tragiques combien l'homme est faible, mais aussi combien le Seigneur intervient pour le sauver. La véritable espérance est bien d'espérer ce que je ne vois pas. Elle s'enracine sur la foi en celui qui poursuit, en chacun d'entre nous et dans l'humanité entière. La rédemption accomplie le Vendredi saint est manifestée au matin de Pâques. »

Prière

Pour finir, je vous propose de lire une prière d'un jésuite qui a longuement travaillé sur Arrupe, le Père François Béchot.

Comment t'atteindre, ô Dieu des horizons lointains ? Et pourquoi nous laisses-tu seuls dans nos marais ? Comment admettre ton absence en nos jours de détresse ? Et pourquoi laisses-tu couler nos larmes, le sang de nos blessures ?

Regarde le petit pauvre de Bethléem. Regarde l'ouvrier laborieux de Nazareth. Regarde l'ami compatissant, le patient penché pour guérir et pardonner. Regarde l'innocent torturé sur le chemin du Golgotha.

Il te fait signe et t'encourage. Il te montre la voie du vrai savoir. Il t'appelle sur les sentiers du vrai bonheur. Il te déchiffre le signe de la vie véritable.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.