Pierre-Joseph de Clorivière
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Élisabeth · Témoins d'hier et d'aujourd'hui · diffusé en nov. 2019
🎧 Écouter sur Radio Grand CielEn bref : Élisabeth vous emmène à la rencontre d'un digne fils d'Ignace, plongé au cœur de la Révolution française. De sa conversion à Paris jusqu'au rétablissement des jésuites, découvrez la fidélité obstinée de Pierre-Joseph de Clorivière. L'épisode se referme sur une invocation à l'Esprit Saint tirée de ses propres mots.
Bonjour à vous qui rejoignez notre émission du chemin ignatien. Aujourd'hui, c'est Élisabeth qui vous retrouve dans notre série Témoins d'hier et d'aujourd'hui. Au cours des quatre émissions précédentes, nous avons mis nos pas dans ceux d'Ignace de Loyola. Je vous invite à découvrir aujourd'hui un digne fils d'Ignace, plongé au cœur de la tourmente révolutionnaire et d'une époque complexe. Il s'agit de Pierre-Joseph de Clorivière.
Un Malouin dans la Compagnie
Pierre-Joseph était malouin, hardi comme un corsaire. Né en 1735, issu d'une famille de petite noblesse engagée dans le commerce, il alla faire ses études dans un collège anglais à Douai, puis entra pour un temps dans la marine, suivant en cela les vœux de ses parents. Il se rend ensuite à Paris pour y suivre des études de droit à l'université, et de telles études le destinent en principe à une brillante carrière.
Mais c'est au cours de ces années que Clorivière se convertit et devient vraiment, je le cite, « un autre homme ». Il fait alors une première, puis une seconde retraite, au cours de laquelle il entend très fortement un appel à se donner au Christ dans le sacerdoce. Il se prépare donc, en toute logique, à devenir prêtre, quand un événement inattendu lui fait prendre conscience de sa vocation en particulier. En effet, le 23 février 1756, à la sortie de l'église, une personne l'invite, je le cite, « à suivre les pas de saint Ignace et de saint François-Xavier ». Plus tard, ses biographes insisteront sur le côté extraordinaire de l'événement ; lui n'attachera d'importance qu'aux paroles entendues.
Alors, à 21 ans, il fait une première démarche pour être accueilli dans la Compagnie et entre au noviciat en août de la même année.
La suppression de la Compagnie
Cependant, à cette même époque, la Compagnie de Jésus est de plus en plus attaquée, en France bien sûr, mais aussi dans toute l'Europe. Quatre ans après qu'il eut prononcé ses vœux, les jésuites seront expulsés de France. Et devant la gravité de la situation, les supérieurs vont laisser aux jeunes gens la possibilité, s'ils le souhaitent, d'être déliés de leurs vœux. Clorivière préférera l'exil à l'infidélité. Il va alors séjourner dans les lieux où la Compagnie est encore tolérée, comme la Belgique ou l'Angleterre. Ordonné prêtre à Cologne en 1763, il va être chargé de la formation des jeunes jésuites.
Mais dix ans plus tard, le pape Clément XIV va dissoudre la société ignatienne. Le temps nous manque pour aborder en détail les raisons d'une telle décision. On pense simplement qu'il s'agit là d'un des épisodes les plus déconcertants du siècle des Lumières. Quatre monarchies européennes et la papauté vont permettre, voire désirer pour certains, cette mise à mort de la Compagnie. Entre elles et le Saint-Siège, les liens s'étaient distendus. En France, Louis XV, désireux de se concilier le Parlement, se distanciait de plus en plus ouvertement de diverses autorités.
Le retour en France
Mais revenons à Pierre-Joseph de Clorivière. L'institution qu'il a choisie et dans laquelle il a prononcé ses vœux n'existe plus. Il va cependant rester fidèle à sa vocation. Il se met dans un premier temps à la disposition du diocèse de Malines, en Belgique, où il a en charge une communauté de bénédictines. Cependant, en tant qu'ancien jésuite, il va vite devenir indésirable et sera expulsé en France. Il arrive alors dans un pays en proie à une incroyable effervescence politique, économique et culturelle.
En 1779, l'évêque de Saint-Malo lui confie une paroisse, puis, quelques années plus tard, le collège séminaire de Dinan. C'est alors qu'il écrira un ouvrage original, Le modèle des pasteurs, dans lequel il répond aux attaques des philosophes contre la religion. En 1788, il fait la connaissance d'Adélaïde de Cicé, jeune femme inquiète et désireuse de se consacrer à Dieu. Vont commencer une collaboration et un accompagnement qui dureront environ trente ans, jusqu'à la mort d'Adélaïde.
La tourmente révolutionnaire
L'année 1789 marque en France le début de la Révolution : nuit du 4 août, abolition des privilèges, déclaration des droits de l'homme, émeutes d'octobre. À ses débuts, elle est d'abord sociale et politique et ne se dresse pas contre la religion. Peu à peu, bien sûr, les mesures successives prises par l'État montrent qu'il refuse la religion catholique comme religion du royaume et veut se libérer du christianisme.
En 1790, les ordres religieux sont supprimés. Au mois de mars de la même année, Clorivière réagit publiquement dans un écrit courageux pour la religion catholique, prenant la défense des communautés religieuses. Le maire de la ville le fait aussitôt arrêter, puis relâcher, le jugeant tout au plus inconscient et téméraire. En janvier est alors promulguée la Constitution civile du clergé, qui veut assujettir l'Église à l'État. Pierre-Joseph refuse que l'État intervienne dans un domaine qui relève uniquement du religieux et des consciences. Il démissionne alors de sa fonction de supérieur de séminaire et retrouve un désir de sa jeunesse, celui d'être missionnaire dans le Nouveau Monde. Il obtient de son évêque la permission de partir pour le Maryland, dans l'espoir d'y retrouver peut-être d'anciens jésuites.
Les sociétés du Cœur de Jésus et du Cœur de Marie
Mais en juillet 1790, près de Saint-Malo, lui vient l'inspiration et le désir de créer deux sociétés religieuses qui, je le cite, « vivront en France et pourquoi pas dans tout l'univers, au milieu du monde, sans signe distinctif et sans maison commune ». L'une prendra pour nom la Société du Cœur de Jésus, pour les hommes, l'autre la Société du Cœur de Marie, pour les femmes. Un an plus tard, elles sont toutes deux constituées. Leur but est de maintenir dans l'Église un corps d'hommes et de femmes consacrés au Christ, et qui seront, au sein même de la tourmente révolutionnaire, des témoins à temps et à contretemps de la bonne nouvelle.
Pour mener à bien une telle entreprise, il faut retourner à Paris. Clorivière demande à Adélaïde de le rejoindre dans la capitale. Mais la vie y est dangereuse pour ceux qui, comme lui, refusent de prêter les serments exigés. Il lui faut alors se cacher, changer régulièrement de résidence pour échapper aux poursuites, et exercer son rôle de prêtre et de fondateur. En digne fils d'Ignace, sa lecture des événements est toujours lucide. Il ne se décourage jamais, quoi qu'il arrive. Il dirige, accompagne spirituellement les membres de ses sociétés et fait même circuler sous le manteau des lettres et des prédications qui, rapidement, vont le mettre en péril. Traqué par les révolutionnaires, il risque chaque jour sa vie pour le Christ. Certains membres de ses sociétés seront d'ailleurs arrêtés et guillotinés.
L'attentat et la prison
Après l'orage révolutionnaire, une certaine accalmie permet aux deux sociétés de se développer. Mais arrive un nouvel événement qui va, une fois encore, bousculer la vie de Clorivière. Son propre neveu, dont il est proche, est impliqué dans un attentat visant le premier consul Bonaparte. Nous sommes alors en décembre 1800. Circonstance aggravante, ô combien, Adélaïde de Cicé, dont on connaît les liens avec Pierre-Joseph de Clorivière, a même hébergé chez elle l'un des conjurés. Traduite devant un tribunal, elle sera toutefois acquittée.
Quant à Clorivière, il demeure triplement suspect aux yeux de l'État : il est l'oncle d'un des auteurs de l'attentat, c'est un ancien jésuite, et les sociétés fondées par lui sont qualifiées par la police de sociétés secrètes. Trois circonstances, ô combien aggravantes. Le ministre de la police, le redoutable Fouché lui-même, réussit, après des mois de recherche, à mettre la main sur lui et le fait emprisonner en 1804. Pendant cinq ans, il va être incarcéré dans la sinistre prison du Temple, où rien ni personne ne pourra entamer son dynamisme spirituel.
Le rétablissement de la Compagnie
Tout juste libéré, il va reprendre et poursuivre ses démarches auprès de l'Église pour obtenir la reconnaissance des sociétés. En 1814, son vœu le plus cher va se réaliser : la renaissance de la Compagnie de Jésus en France. Il est alors âgé de quatre-vingts ans. Il est presque aveugle, fatigué. Et c'est à ce vieillard usé, mais dont l'énergie et la volonté sont intactes, que l'on demande de participer au rétablissement des jésuites dans une société française encore tellement troublée, instable politiquement et religieusement.
Il va dépenser sans compter pour créer les conditions d'un véritable rétablissement, selon la définition qu'il donne du jésuite. Je le cite : « Un jésuite travaille pour la gloire de Dieu et ne se repose que dans le tombeau. » Infatigable, il va parcourir le pays, cette France profondément déchristianisée, pour y implanter des collèges, organiser de quoi accueillir ceux qui souhaiteraient entrer dans la Compagnie. Il voit là le moyen idéal de porter remède à l'état de délabrement spirituel dans lequel se trouve la France.
Par fidélité à sa vocation, par son amour de la Compagnie, son ardeur apostolique, son approche réaliste des événements et des êtres, il a rendu possible le rétablissement de l'ordre au sein duquel il avait remis sa vie au Christ. Celle-ci, sa vie terrestre du moins, touche à sa fin. En 1818, après quatre années d'un labeur incessant, à sa demande, il est déchargé de ses fonctions et se retire dans la maison mère des jésuites à Paris. Il y meurt le 9 janvier 1820 devant le Saint-Sacrement.
Invocation à l'Esprit Saint
Pour finir, je vous propose de partager cette invocation à l'Esprit Saint, avec les propres mots du Père de Clorivière, lui qui, toute sa vie, s'est laissé guider par ce même Esprit.
Ô Esprit de vérité, illuminez et dirigez tous mes pas. Fortifiez ma faiblesse et enflammez mon cœur de votre amour. Venez à mon secours. Vous seul pouvez me faire triompher de moi-même.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.