Pierre-Joseph de Clorivière (2/2)
En bref : Ce deuxième volet vous fait entrer dans la spiritualité de Pierre-Joseph de Clorivière, jésuite plongé au cœur de la Révolution française. Vous découvrez comment il invite à oser entreprendre, à chercher le vrai Dieu, à prier et à demeurer artisan de paix. Une parole pour témoigner de l'espérance, aujourd'hui comme hier, en temps de crise.
Nous avions déjà, dans un premier temps, suivi notre témoin d'hier, le père Pierre-Joseph de Clorivière, tout au long de son parcours. Jésuite, il a fondé des institutions religieuses pendant la période tourmentée de la Révolution. Il rétablit en France la Compagnie de Jésus en 1814 et relève le défi de la déchristianisation. Ses écrits, ses intuitions fulgurantes font de lui un guide que l'on peut suivre sans peur et qui rejoint l'homme, peut-être plus particulièrement encore, en temps de crise.
L'Évangile, nous dit-il, doit être annoncé à toute personne, quelle qu'elle soit. Aujourd'hui comme hier, les hommes ont soif d'espérance et sont en quête de sens. La voix de Pierre-Joseph peut peut-être nous aider, nous parler. Écoutons-le un moment.
Oser entreprendre
Une des premières leçons de vie qu'il nous donne est celle d'oser entreprendre. Clorivière, nous l'avons vu, est plongé au cœur même du pari révolutionnaire. Dans cette période de troubles, voire de peur ou d'angoisse pour beaucoup, il garde le cap et cherche toujours à découvrir la présence de Dieu dans tout événement. Chaque moment, nous dit-il, peut être favorable pour mieux connaître le Christ et le faire mieux connaître.
Et ce sera depuis Paris, où il réside à partir de 1790, qu'il choisit d'œuvrer, comme nous l'avons vu précédemment, à travers les deux sociétés fondées par lui : celle du Cœur de Jésus, pour les hommes ; celle du Cœur de Marie, pour les femmes. S'il décide de rester là où la situation est la plus critique, c'est bien parce que c'est là, je cite, qu'il y a le plus d'âmes à sauver.
Dès 1792 et pendant deux ans, la Terreur se déchaîne et Paris connaît alors une violence inouïe. Et c'est là qu'il demeure, dans une grande liberté spirituelle. Il guide, encourage, exhorte. Il critique les événements, il écrit : « Prenons-les sans nous plaindre. Le temps d'entreprendre quelque chose de grand pour le Seigneur est venu. Il attend ça de notre amour. »
Quel Dieu cherchons-nous ?
Chercheur de Dieu, Clorivière nous interpelle à travers le temps : quel est le Dieu que je cherche, que nous cherchons ? Pour lui qui connaît si bien les débats intellectuels de son siècle, Dieu n'est pas du tout ce grand horloger dont nous parle Voltaire. Il ne peut se réduire à une idée permettant d'expliquer l'univers et l'histoire. Ce n'est pas le Dieu des philosophes, mais un Dieu personnel, révélé et incarné en Jésus-Christ, Dieu créateur qui veut le meilleur pour l'homme.
Louer Dieu pour sa création
Nous pouvons le louer pour sa création. Enfermé dans la sinistre prison du Temple depuis deux ans, Clorivière s'émerveille, je cite, de « ce visible univers dans toutes les créatures dont il est composé », et qui contribue à l'entretien de la vie de l'homme, à ses besoins, à ses délices, et lui permet, par la vue des créatures, de s'élever à la connaissance du Créateur.
À nos contemporains qui courent le risque, soit de perdre tout contact avec la nature, soit de l'idolâtrer, il rappelle son rôle irremplaçable. Certes, elle assure la survie, mais elle révèle plus grand qu'elle encore et peut introduire l'homme à connaître son Créateur. Au cœur même de cette création, nous sommes alors invités à lui rendre grâce pour son œuvre, fruit de son amour pour nous.
Rester au cœur du monde
Foi profondément incarnée que celle de Pierre-Joseph, lui qui écrit qu'il faut rester au milieu de l'orage pour donner de prompts secours à ceux qui périssent, et ne point nous séparer du reste des hommes. Être dans le monde ne signifie jamais pour lui être complice du monde. C'est rester au cœur même de la tourmente et témoigner de l'amour de Dieu au sein de la société civile.
Clorivière n'appelle pas à s'isoler comme le veut la tradition monastique, ou à se séparer en vue d'une vie commune comme dans les ordres religieux. Non, et la façon de vivre des deux sociétés fondées par lui n'est pas sans évoquer les commencements de l'Église. Le pape y verra des imitateurs des premiers chrétiens. C'est un écho de la Lettre à Diognète, qui date du second siècle.
Je cite : tout chrétien, quel que soit son état de vie, consacré, prêtre ou laïc, peut alors être appelé à cette consécration. Et l'on reconnaît bien là la dynamique ignatienne. N'est-ce pas ce que nous rappelle aujourd'hui le pape François ? Notre société déchristianisée doit être approchée de façon à la rejoindre là où elle en est. Creuset pour notre foi, qui peut alors être éprouvée et vivifiée. Par là même, nous pourrons être des artisans de paix.
Artisans de paix
Clorivière, nous l'avons vu, a connu une époque de grande violence : émeutes, arrestations, massacres, persécutions de la noblesse, du clergé. Pourtant, jamais il ne s'est montré abattu ou plein de rancœur. Il puise force et espérance dans la promesse de Jésus : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. »
Pour lui, être pacifique, c'est accueillir celui qui permet la réconciliation, parce que tout homme est frère en Christ. Je le cite à nouveau : « Si je n'imite pas le Christ, ma charité n'est pas une charité chrétienne qui considère dans l'homme l'image de Dieu, l'enfant de Dieu, mon frère. Comme tout cela se trouve en chaque homme, si j'en exclus un de mon amour, je les exclus tous, ou du moins je n'aime personne d'une charité véritable. »
La prière, rencontre avec quelqu'un
Un tel amour trouve évidemment sa force et son origine dans la prière. Et là encore, Clorivière peut nous aider, lui qui s'inscrit dans la lignée des grands maîtres de l'oraison. La prière n'est pour lui ni la recherche de soi, ni une quelconque forme de relaxation profonde de notre être, mais la rencontre personnelle avec quelqu'un, avec Jésus. Et pour cela, nous dit-il, il s'agit d'être nous-mêmes, tels que nous sommes, devant lui. Rien de plus, mais rien de moins.
Grâce à l'Esprit Saint, nous pouvons alors dire en vérité : Abba, Père. Nous pouvons élargir notre cœur aux dimensions du monde, l'ouvrir, dans la compassion, à toute l'humanité. Vie de relation à Dieu, la prière nous permet, je le cite, de resserrer les liens que le Fils de Dieu a voulu contracter avec nous, liens qui nous unissent à lui, toujours de façon unique et personnelle.
Marie, figure de l'Église
Dans la spiritualité de Pierre-Joseph de Clorivière, Marie a une place toute particulière. Il choisit de la contempler par le biais de la vie intérieure dont nous parle saint Luc : Marie gardait tout en son cœur. Et cette disposition du cœur de Marie est fondamentale dans sa dévotion. Telle l'épouse du Cantique qui cherche son bien-aimé, Marie se remet entièrement, librement, entre les mains du Père, pour le suivre et le servir.
Sensible à la misère de l'homme, elle en connaît la grandeur et la faiblesse. Associée par amour à son Fils, elle devient, nous dit Pierre-Joseph, au pied de la croix, le symbole de toute l'humanité aimante, et de ce fait figure de l'Église, modèle pour les croyants.
Rendre témoignage
Quand il commente les lettres de saint Pierre, Clorivière nous dit, je le cite : « Nous devons, à l'exemple d'une foule innombrable de martyrs de tous âges, de toutes conditions, professer hautement que nous sommes chrétiens, et que ce nom de chrétien nous est plus précieux que tous les titres et toutes les dignités du monde. »
En écho à saint Pierre, qui nous dit qu'il faut souffrir pour le Christ, Clorivière reprend cette même position alors qu'il est emprisonné au Temple. Mais pourtant, l'Évangile n'est-il pas une bonne nouvelle ? Pourquoi alors faudrait-il souffrir pour son fondateur ? Il ne saurait être question de rechercher la souffrance pour elle-même, bien sûr, mais de garder, toujours, notre confiance, notre foi, dans le Ressuscité.
Un tel témoignage n'est jamais facile. Il ne supporte ni la langue de bois, ni la dérobade. Comme nous le dit Clorivière, le moment présent, notre aujourd'hui, est toujours celui où nous pouvons, où nous devons témoigner de notre espérance. Sans être, comme à son époque ou comme maintenant dans bien des lieux du monde, dans des situations de danger en tant que chrétien, chaque jour nous pouvons rendre témoignage dans nos familles, nos relations de travail ou amicales. Et c'est loin d'être toujours facile.
Des questions nous sont posées ; nos réactions, nos prises de position sont observées, voire critiquées peut-être. Nous rencontrons des hommes ou des femmes en quête de sens, déçus par l'Église. En toutes circonstances, notre foi est interpellée. Et les blessés de ce monde n'attendent pas seulement du réconfort, même si celui-ci a bien sûr toute sa place. Ils attendent le salut offert par le Christ, inlassablement. D'où la nécessité, l'urgence, d'annoncer la bonne nouvelle, de participer à une évangélisation jamais achevée.
Laissons-nous fortifier, encourager, par la parole de Clorivière : « En fait, le point essentiel est que vous vous remplissiez tellement de l'esprit de perfection évangélique que vous puissiez le communiquer à beaucoup d'autres. » Pour cela, le Christ nous appelle, nous invite, à nous offrir à lui, dans un don de soi qui ouvre un chemin de liberté. Le père de Clorivière place certes très haut la barre, mais, à notre mesure, chacun peut suivre le même chemin en se laissant guider par l'Esprit Saint.
Prière
Et pour finir, écoutons-le peut-être encore une dernière fois, dans cette prière, avec ses propres mots.
Seigneur Jésus, je me donne tout entier à vous, avec tout ce qui m'appartient, moi-même tout entier, et tout ce que j'ai reçu de vous. Je vous l'ai déjà donné, et de nouveau, maintenant, je vous l'offre spontanément, librement, sans contrainte, avec l'affection de mon cœur.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.