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Jour 216 ☾ — Jeûner, c'est aimer pour de vrai

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Résumé : Retour à Isaïe, dans cette troisième partie du livre où le Temple est restauré mais où l'injustice sociale doit encore être dénoncée. La lecture des chapitres 58 et 59 oppose le jeûne formel, qui se poursuit dans les querelles et l'exploitation des ouvriers, au jeûne qui plaît à Dieu : briser les chaînes injustes, partager son pain, accueillir le pauvre. Le commentaire s'arrête sur la magnifique scène où Dieu se drape de la vengeance après avoir revêtu la justice comme cuirasse et le casque du salut : une colère qui n'est pas un caprice, mais l'intransigeance de la vertu. Le frère relie ces versets à la doctrine sociale de l'Église — la justice est la voie première de la charité — et termine par une prière pour obtenir un cœur de chair.

Introduction

Sans transition, retour à Isaïe. Alors c'est curieux d'avoir d'un côté cette perfection quasi idyllique, de l'ordre du fantasme mathématique, chez Ézéchiel, et de l'autre côté Isaïe, qui est encore le prophète qui nous parle du Temple restauré. Mais tout ne va pas pour le mieux pour autant. C'est bien d'avoir les deux visions en parallèle.

Nous sommes dans cette troisième partie du livre d'Isaïe, où on est avec le Temple restauré, mais il faut maintenant aussi dénoncer l'injustice sociale. C'est sûr que dans Ézéchiel, le Temple, il n'y a personne dedans, donc ça permet d'avoir une vision fantasmée. Mais ici, le peuple élu est à l'intérieur. Et là, tout de suite, dès qu'on met de l'humain, on met de l'hommerie.

Il faut faire attention, parce qu'on a l'impression que ce qui est dénoncé, on l'a déjà énormément entendu. C'est toujours bien de retourner aux bases : la conversion, la repentance, l'effort sincère pour plaire à Dieu. Mais il y a quand même un changement. On a progressé tout au long de ce livre. Avant, on dénonçait des fautes passées. Maintenant, on dénonce des fautes à venir. Ce qui fait que ça change la perspective : le regard n'est plus tourné vers l'arrière, mais vers l'avenir. Ce n'est plus un regard chargé de regrets, c'est malgré tout un regard chargé de promesses et de consolation. La perspective a changé, on est dans l'espérance.

Simplement, ce que ça vous rappelle, c'est que cette restauration de Jérusalem, ce ne sera pas magique. On vous a peut-être parlé d'un mystérieux serviteur qui allait justifier la multitude. Mais ce n'est pas parce qu'il va mourir et qu'il va justifier tout le monde que ça va se faire comme ça. Après, il faut s'approprier le salut. Après, il faut que, de la communauté renouvelée, de cette multitude justifiée, le Temple soit rebâti.

Lecture : Isaïe 58-59

Ils me demandent des ordonnances justes, ils voudraient que Dieu soit proche. « Quand nous jeûnons, pourquoi ne le vois-tu pas ? Quand nous faisons pénitence, pourquoi ne le sais-tu pas ? »

Oui, mais le jour où vous jeûnez, vous savez bien faire vos affaires, et vous traitez durement ceux qui peinent pour vous. Votre jeûne se passe en dispute et querelle, en coups de poing sauvages. Ce n'est pas en jeûnant comme vous le faites aujourd'hui que vous ferez entendre là-haut votre voix.

Est-ce là le jeûne qui me plaît ? Un jour où l'homme se rabaisse ? S'agit-il de courber la tête comme un roseau, de coucher sur le sac et la cendre ? Appelles-tu cela un jeûne, un jour agréable au Seigneur ?

Le jeûne qui me plaît, n'est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? N'est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtements, ne pas te dérober à ton semblable ?

Alors ta lumière jaillira comme l'aurore et tes forces reviendront vite. Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche. Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra. Si tu cries, il dira : « Me voici. »

Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi.

Le Seigneur sera toujours ton guide. En plein désert, il comblera tes désirs et te rendra vigueur. Tu seras comme un jardin bien irrigué, comme une source où les eaux ne manquent jamais. Tu rebâtiras les ruines anciennes, tu restaureras les fondations. On t'appellera : celui qui répare les brèches, celui qui remet en service les chemins.

Si tu t'abstiens de voyager le jour du sabbat, de traiter tes affaires pendant mon jour saint, si tu nommes délices le sabbat et déclares glorieux le jour saint du Seigneur, si tu le glorifies en évitant démarches, affaires et pourparlers, alors tu trouveras tes délices dans le Seigneur. Alors je te ferai chevaucher sur les hauteurs du pays, je te donnerai pour vivre l'héritage de Jacob, ton père. Oui, la bouche du Seigneur a parlé.

Non, le bras du Seigneur n'est pas trop court pour sauver, ni son oreille trop dure pour entendre. Mais ce sont vos crimes qui font la séparation entre vous et votre Dieu. Vos péchés vous cachent son visage et l'empêchent de vous entendre, car vos mains sont souillées par le sang, vos doigts par le crime, vos lèvres ont proféré le mensonge, votre langue murmure la perfidie.

Nul ne porte plainte à juste titre, nul ne plaide de bonne foi. On s'appuie sur le néant, on dit des paroles creuses, on conçoit la peine, on enfante le méfait. Ce sont des œufs de serpents qu'ils font éclore, et des toiles d'araignées qu'ils tissent. Qui mange de leurs œufs mourra ; que l'on en brise un, une vipère en sort. De leurs toiles ne sera fait aucun vêtement, rien qui permette de s'en couvrir.

Leurs œuvres sont des œuvres malfaisantes, leurs mains ne font que violence. Ils courent au mal d'un pied rapide, ils ont hâte de verser le sang innocent. Leurs pensées sont des pensées malfaisantes ; sur leur parcours, ravages et ruines. Ils ne connaissent pas le chemin de la paix, sur leur passage ne se trouve pas le droit. Ils rendent leurs sentiers tortueux, et qui prend ce chemin ne connaît pas la paix.

Voilà pourquoi le droit reste loin de nous, et pourquoi la justice n'arrive pas jusqu'à nous. Nous attendons la lumière, et voici les ténèbres ; la clarté, et nous marchons dans l'obscurité. Nous tâtonnons comme des aveugles le long d'un mur, nous tâtonnons comme des gens qui ont perdu la vue. En plein midi, nous trébuchons comme au crépuscule ; en pleine santé, nous voilà comme des morts. Nous grognons tous comme des ours, nous gémissons sans trêve comme des colombes. Nous attendons le droit : il n'y en a pas ; le salut : il reste loin de nous.

Car nos révoltes se multiplient devant toi, nos péchés ont témoigné contre nous. Oui, notre révolte nous tient, et nos crimes, nous les connaissons : se révolter, renier le Seigneur, abandonner notre Dieu, prêcher l'oppression, la rébellion, concevoir le mensonge et le ruminer dans son cœur.

Le jugement a été repoussé, la justice se tient à l'écart, car la vérité a trébuché sur la place, et la droiture ne peut y accéder. La vérité est portée disparue, qui se détourne du mal se fait dépouiller.

Le Seigneur l'a vu, et c'est mal à ses yeux : il n'y a plus de droit. Il a vu qu'il n'y avait personne, il s'est désolé que personne n'intervienne. Alors, c'est son bras qui l'a sauvé, et sa justice elle-même fut son appui. Il a revêtu la justice comme cuirasse et mis sur sa tête le casque du salut. Il a revêtu les vêtements de la vengeance, il s'est drapé de son ardeur jalouse comme d'un manteau. Et il rendra à chacun selon ses œuvres : fureur pour ses adversaires, représailles pour ses ennemis. Il rendra aux îles lointaines ce qui leur est dû.

Et l'on craindra, depuis l'Occident, le nom du Seigneur, et depuis l'Orient, sa gloire ; car il viendra comme un cours d'eau encaissé que précipite le souffle du Seigneur.

Alors il viendra en rédempteur pour Sion, pour ceux de Jacob revenus de leur révolte. Oracle du Seigneur.

Quant à moi, dit le Seigneur, voici mon alliance avec eux : mon esprit qui repose sur toi et mes paroles que j'ai mises dans ta bouche ne quitteront plus ta bouche, ni celle de tes descendants, ni celle des descendants de tes descendants, dit le Seigneur, dès maintenant et pour toujours.

Commentaire

C'est un très beau texte. Je commence par la fin, parce que vous l'avez encore en tête. Vous avez entendu cette description de Dieu comme d'un guerrier qui s'élance pour combattre le mal. Ceux qui, parmi vous, l'ont déjà oublié, je vous redonne quelques versets, pour que tout le monde fasse un petit refresh dans sa mémoire. Verset 15 :

Le Seigneur l'a vu, et c'est mal à ses yeux : il n'y a plus de droit.

Ensuite :

Alors, c'est son bras qui l'a sauvé, sa justice elle-même fut son appui. Il a revêtu la justice comme cuirasse et mis sur sa tête le casque du salut. Il a revêtu les vêtements de la vengeance, il s'est drapé de son ardeur jalouse comme d'un manteau. Il rendra à chacun selon ses œuvres : fureur pour ses adversaires, représailles pour ses ennemis.

C'est un texte qui est très beau, parce que, vous savez, la colère de Dieu, on a l'impression qu'elle éclate comme un coup de tonnerre, de manière soudaine, comme ça. Là, au contraire, vous avez vu Dieu s'habiller, revêtir le manteau de la colère, comme passer à travers l'antichambre. Et on voit que ce manteau dans lequel il se drape a une couleur très particulière, qui est en fait celle de la vertu. Je vous redonne : le Seigneur se drape de la justice, le Seigneur s'entoure d'une ardeur jalouse, le Seigneur met le casque du salut et il prend la lance de la droiture.

Et c'est ainsi que vous voyez le Seigneur revêtu de la vertu, du bien, de la justice, tout d'un coup revêtir les armes de la colère. Et ça vous rend cette colère de Dieu admirable. Elle est belle. Ce n'est pas simplement le caprice de quelqu'un qui est en train de péter les plombs. C'est qu'en fait, derrière lui, il y a l'intransigeance de la vertu. L'intransigeance de la vertu — pas au sens d'un Dieu rigoriste qui serait incapable de faire la part des choses. Dieu nous aime, il veut notre miséricorde, il nous donne toutes les circonstances atténuantes. Mais il y a la droiture, il y a la justice. Et ça veut dire des choses quand on veut bâtir une société : voilà la manière dont je veux vous aimer.

Et ça vous donne tout le thème qu'il y avait au début de ce chapitre, sur le jeûne, sur le sabbat, sur la repentance, sur Dieu qui dit à son peuple : « Bon, eh bien voilà, on va restaurer Jérusalem, on va reconstruire une religion, il faut que ce soit une vraie religion. » Et la vraie religion, c'est quand la rectitude intérieure est aussi une rectitude extérieure. Quand la justice, la justification de l'homme réconcilié avec Dieu, devient une justice sociale, celle de l'homme réconcilié avec son prochain. La vie spirituelle, les mouvements de l'âme que l'on scrute pour essayer de se purifier, pour s'approcher de Dieu, c'est ça qui vous donne la doctrine sociale, la manière de s'approcher de son voisin. Ça ne se fait pas n'importe comment non plus : la justice, le droit, la paix.

Isaïe 58, 3 :

Le jour de votre jeûne, vous vous livrez à vos affaires et vous maltraitez tous vos ouvriers.

Compendium de la doctrine sociale de l'Église, paragraphe 153 : « Un jeûne ou une prière qui ne se traduit pas en actes concrets de justice est incompatible avec l'exigence évangélique. » Ou encore, Caritas in veritate, Benoît XVI, paragraphe 20 : « Il ne peut y avoir de développement intégral sans justice. La justice est la première voie de la charité. » C'est beau, ça : la justice est la voie première de la charité, de l'amour de Dieu et du prochain.

Toujours sur le rapport vie intérieure / vie sociale, Isaïe 58, 13 :

Si tu t'abstiens de fouler au pied le sabbat, de traiter tes affaires en mon jour saint, alors tu trouveras tes délices dans le Seigneur.

Saint Jean-Paul II, Laborem exercens, paragraphe 19 : « Le jour du repos permet à l'homme de se retrouver en vérité avec lui-même, en famille et en communauté, dans l'adoration du Créateur et la solidarité avec les faibles. »

Bon, vous avez compris l'idée générale : repentez-vous. Je le dis à moi-même, je le dis à vous. Mais souvent, c'est toujours la même chose : on se gargarise avec les grandes promesses de Dieu, et dès qu'il s'agit de mettre la main à la poche, dans son portefeuille, ou de donner notre temps pour les pauvres, il n'y a plus personne. Dieu nous regarde et nous dit : « Mais, mon bichon, ce n'est pas comme ça que ça se passe, la vie. »

Nous prions.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, transforme mon cœur de pierre. Seigneur, donne-moi un cœur de chair, ce cœur de chair que tu as promis dans l'Alliance Nouvelle, toi qui as dit : « Je mettrai en vous mon esprit, je vous donnerai un cœur de chair. »

Seigneur, que ce cœur de chair, que cet esprit nouveau ne soit pas simplement pour me faire ressentir des choses dans la prière, quand je m'adresse à toi, mais pour que ça me fasse aussi ressentir des choses quand je croise mon prochain, au travail, dans la rue, à la maison.

Seigneur, fais de moi un ouvrier. Seigneur, fais de moi un bon Samaritain.

C'est peut-être ça : fais de moi un bon Samaritain. Vous savez, dans le dernier épisode, on parlait de Dieu qui ouvre le culte de Jérusalem aux étrangers. On le voit aujourd'hui qui nous parle de jeûner pour la justice sociale. Dans l'Évangile, c'est le Samaritain. Seigneur, fais de moi un bon Samaritain.


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