Jour 322 ☼ — L'Esprit dévoile les cœurs
← J321 ☾ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J322 ☾ →
Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 5 et 6 des Actes des Apôtres : l'épisode déroutant d'Ananie et Saphira, les signes accomplis par les apôtres, leur arrestation et leur délivrance par l'ange, l'intervention de Gamaliel devant le Conseil suprême, puis l'institution des sept et les premières accusations contre Étienne. Le commentaire éclaire la libération de Pierre calquée sur un récit d'apparition, la sagesse du « grand chef » Gamaliel opposée au « petit chef », et la naissance du diaconat, ministère qui va vite déborder son mandat. Il revient enfin sur Ananie et Saphira : ni Pierre ni Dieu ne les tuent — Pierre dévoile la vérité de leur cœur, et la scène anticipe le jugement dernier. L'Église est devenue le lieu du dévoilement : on ne trompe pas Dieu.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Aujourd'hui, vous aurez peut-être droit à l'épisode le plus bizarre des Actes des Apôtres. Généralement, on n'en parle pas beaucoup parce qu'en fait, on ne sait pas très bien quoi dire. Vous verrez par vous-même, d'accord ? Bonne écoute.
Lecture : Actes des Apôtres 5
Un homme du nom d'Ananie, avec son épouse Saphira, vendit une propriété. Il détourna pour lui une partie du montant de la vente, de connivence avec sa femme, et il apporta le reste pour le déposer aux pieds des Apôtres.
Pierre lui dit : « Ananie, comment se fait-il que Satan ait envahi ton cœur pour que tu mentes à l'Esprit, l'Esprit Saint, et que tu détournes pour toi une partie du montant du domaine ? Tant que tu le possédais, il était bien à toi. Et après la vente, tu pouvais disposer de la somme, n'est-ce pas ? Alors pourquoi ce projet a-t-il germé dans ton cœur ? Ce n'est pas aux hommes que tu as menti, mais à Dieu. »
En entendant ces paroles, Ananie tomba et il expira. Une grande crainte saisit tous ceux qui apprenaient la nouvelle. Les jeunes gens se levèrent, enveloppèrent le corps, et ils l'emportèrent pour l'enterrer.
Il se passa environ trois heures. Puis sa femme entra, sans savoir ce qui était arrivé. Pierre l'interpella : « Dis-moi, le domaine, c'est bien à ce prix-là que vous l'avez cédé ? » Et elle dit : « Oui, c'est à ce prix-là. »
Pierre reprit : « Pourquoi cet accord entre vous pour mettre à l'épreuve l'Esprit du Seigneur ? Voici que sont à la porte les pas de ceux qui ont enterré ton mari, et ils vont t'emporter. »
Et aussitôt, elle tomba à ses pieds et elle expira. Les jeunes gens qui rentraient la trouvèrent morte, et ils l'emportèrent pour l'enterrer auprès de son mari. Une grande crainte saisit toute l'Église et tous ceux qui apprenaient cette nouvelle.
Par la main des Apôtres, beaucoup de signes et de prodiges s'accomplissaient dans le peuple. Tous les croyants, d'un même cœur, se tenaient sous le portique de Salomon. Personne d'autre n'osait se joindre à eux ; cependant tout le peuple faisait leur éloge. De plus en plus, des foules d'hommes et de femmes, en devenant croyants, s'attachaient au Seigneur.
On allait jusqu'à sortir les malades sur les places, en les mettant sur des civières et des brancards, et ainsi, au passage de Pierre, son ombre couvrirait l'un ou l'autre. La foule accourait aussi des villes voisines de Jérusalem, en amenant des gens malades ou tourmentés par des esprits impurs, et tous étaient guéris.
Alors intervint le grand prêtre, ainsi que tout son entourage, c'est-à-dire le groupe des Sadducéens, qui étaient remplis d'une ardeur jalouse. Ils mirent la main sur les Apôtres et les placèrent publiquement sous bonne garde.
Mais, pendant la nuit, l'ange du Seigneur ouvrit les portes de la prison et les fit sortir. Il leur dit : « Partez, tenez-vous dans le Temple, et là dites au peuple toutes ces paroles de vie. » Ils l'écoutèrent, et dès l'aurore ils entrèrent dans le Temple, et là ils enseignaient.
Alors arriva le grand prêtre, ainsi que son entourage. Ils convoquèrent le Conseil suprême, toute l'assemblée des Anciens d'Israël, et ils envoyèrent chercher les Apôtres dans leur cachot. En arrivant, les gardes ne les trouvèrent pas à la prison. Ils revinrent donc annoncer : « Nous avons trouvé le cachot parfaitement verrouillé, et les gardes en faction devant les portes, mais quand nous avons ouvert, nous n'avons trouvé personne à l'intérieur. »
En entendant ce rapport, le commandant du Temple et les grands prêtres, tous perplexes, se demandèrent ce qu'il adviendrait de cette affaire. Et là-dessus, quelqu'un vint leur annoncer : « Les hommes que vous aviez mis en prison, voilà qu'ils se tiennent dans le Temple et qu'ils enseignent le peuple. »
Alors le commandant partit avec son escorte pour les ramener, mais sans violence, parce qu'ils avaient peur d'être lapidés par le peuple. Ayant amené les Apôtres, ils les présentèrent au Conseil suprême, et le grand prêtre les interrogea : « Nous vous avions formellement interdit d'enseigner au nom de celui-là. Et voilà que vous remplissez Jérusalem de votre enseignement ! Vous voulez donc faire retomber sur nous le sang de cet homme ? »
En réponse, Pierre et les Apôtres déclarèrent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice. Et c'est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé, en faisant de lui le Prince, le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés. Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l'Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. »
Ceux qui les avaient entendus étaient exaspérés et projetaient de les supprimer. Alors, dans le Conseil suprême, intervint un pharisien nommé Gamaliel, docteur de la Loi, qui était honoré par tout le peuple. Il ordonna de les faire sortir un instant. Puis il dit : « Vous, Israélites, prenez garde à ce que vous allez faire à ces gens-là. Il y a un certain temps, se leva Theudas, qui prétendait être quelqu'un, et à qui se rallièrent quatre cents hommes environ. Il a été supprimé, et tous ses partisans ont été mis en déroute et réduits à rien. Après lui, à l'époque du recensement, se leva Judas le Galiléen, qui a entraîné beaucoup de monde derrière lui. Il a péri, lui aussi, et tous ses partisans ont été dispersés. Eh bien, dans la circonstance présente, je vous le dis, ne vous occupez plus de ces gens-là. Laissez-les ! En effet, si leur résolution ou leur entreprise vient des hommes, elle tombera. Mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas les faire tomber. Ne risquez donc pas de vous trouver en guerre contre Dieu. »
Les membres du Conseil se laissèrent convaincre. Ils rappelèrent alors les Apôtres et, après les avoir fait fouetter, ils leur interdirent de parler au nom de Jésus, puis ils les relâchèrent. Quant à eux, quittant le Conseil suprême, ils repartaient tout joyeux d'avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus. Et tous les jours, au Temple et dans leurs maisons, sans cesse, ils enseignaient et annonçaient la Bonne Nouvelle : le Christ, c'est Jésus.
Lecture : Actes des Apôtres 6
En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque, parce que les veuves de leur groupe étaient désavantagées dans le service quotidien.
Les Douze convoquèrent alors l'assemblée des disciples et leur dirent : « Il n'est pas bon que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables. Cherchez plutôt, frères, sept d'entre vous, des hommes qui soient estimés de tous, remplis d'Esprit Saint et de sagesse, et nous les établirons dans cette charge. En ce qui nous concerne, nous, nous resterons assidus à la prière et au service de la Parole. »
Ces propos plurent à tout le monde. Ils choisirent : Étienne, homme rempli de foi et d'Esprit Saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un converti au judaïsme originaire d'Antioche. On les présenta, et après avoir prié, ils leur imposèrent les mains.
La parole de Dieu était féconde. Le nombre de disciples se multipliait fortement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres juifs parvenait à l'obéissance de la foi.
Étienne, rempli de grâce et de puissance de Dieu, accomplissait parmi le peuple des prodiges et des signes éclatants. Intervinrent alors certaines gens de la synagogue dite des Affranchis, ainsi que des Cyrénéens et des Alexandrins, et aussi des gens originaires de Cilicie et de la province d'Asie. Ils se mirent à discuter avec Étienne, mais sans pouvoir résister à la sagesse et à l'Esprit qui le faisait parler.
Alors, ils soudoyèrent des hommes pour qu'ils disent : « Nous l'avons entendu prononcer des paroles blasphématoires contre Moïse et contre Dieu. » Ils ameutèrent le peuple, les Anciens et les scribes et, s'étant saisis d'Étienne à l'improviste, ils l'amenèrent devant le Conseil suprême. Ils produisirent de faux témoins qui disaient : « Cet individu ne cesse de proférer des paroles contre le Lieu saint et contre la Loi. Nous l'avons entendu affirmer que ce Jésus, ce Nazaréen, détruirait le Lieu saint et changerait les coutumes que Moïse nous a transmises. »
Tous ceux qui siégeaient au Conseil suprême avaient les yeux fixés sur Étienne, et ils virent que son visage était comme celui d'un ange.
Commentaire
C'est tellement riche qu'on ne sait pas très bien quoi dire. Entre l'arrestation et la délivrance de Pierre, qui est calquée exactement comme un récit d'apparition du Christ — vous voyez comment Pierre est devenu une image de Jésus — entre la défense de Gamaliel… Gamaliel, c'était un pharisien très connu. En fait, c'est une manière d'introduire saint Paul sans l'introduire, parce que Gamaliel, c'était le maître de saint Paul. Sauf que c'est une introduction tout en contraste. C'est d'ailleurs assez curieux, parce que Gamaliel, petit-fils probable de Hillel, donc représentant de l'école modérée, comment a-t-il pu former un pharisien aussi redoutable que Paul ?
Enfin bref, Gamaliel défend les chrétiens : si jamais ça vient de Dieu, ne prenez pas le risque de vous mettre en guerre contre lui. Ce qui est la différence entre un grand chef et un petit chef : le petit chef, dans le doute, il interdit ; le grand chef, dans le doute, il autorise — pas de surveiller de très près, mais c'est ça, la différence entre un grand et un petit chef.
Vous avez eu également l'institution des sept, les diacres. Je dis « diacre » : en grec, diakonos, le serviteur. Ici, cela correspond à un ministère institué qui va prendre beaucoup de place et qui, plus tard, deviendra dans l'Église un des trois degrés de la cléricature : diacre, diakonos en grec ; prêtre, presbyteros dans le grec du Nouveau Testament ; et évêque, episcopos. Alors peut-être qu'on ne prête qu'aux riches, peut-être qu'on n'avait pas tout à fait conscience que ça deviendrait un des trois états de la cléricature. Encore que… encore que, parce que Paul mentionne déjà des diacres dans la lettre aux Philippiens, à Timothée, et Ignace d'Antioche, dès le début du deuxième siècle, met les diacres aux côtés de l'évêque et des presbytres. Donc, en fait, peut-être que si.
Sauf que les disciples vont se faire déborder. Je pense que nos sept diacres ont légèrement outrepassé le mandat qu'ils ont reçu de la part des Apôtres : voilà que tout de suite, ils vont se mettre à prêcher. Et c'est ainsi que, entre guillemets malgré elle, l'Église va se retrouver embarquée dans la prédication des sept. Vous verrez d'ici peu le bazar qu'ils vont mettre.
Revenons maintenant un instant sur Ananie et Saphira, cet épisode bizarre des Actes des Apôtres. C'est assez étonnant, parce que personne n'en parle, personne n'est au courant de cette histoire, et en fait on est un peu mal à l'aise. Alors faites attention : ce n'est pas Pierre qui les tue, et ce n'est pas non plus Dieu qui les tue. Ce n'est pas une vengeance divine. En fait, c'est Pierre qui dévoile la vérité de leur cœur, et quand ça leur arrive dans la figure, c'est comme s'ils faisaient une crise cardiaque en réalisant ce qui est en train de se passer.
En fait, la scène est construite comme une anticipation du jugement dernier : se retrouver devant l'Église, c'est déjà être devant Dieu. Regardez Pierre : Pierre, ça déborde de tous les côtés, vraiment la puissance de Dieu est en lui. Forcément, quand vous avez Pierre en face de vous, vous êtes devant le feu vivant et vous vous rendez compte de ce que vous avez fait. Pierre, son ombre suffit à guérir les malades, vous dit le texte. Donc vous, votre mensonge devant lui, eh bien ça vous retombe à la figure.
L'Église est devenue le lieu du dévoilement, et vous ne pouvez pas tromper Dieu : ça finit toujours par vous retomber à la figure. C'est ça que ça veut dire. Tous les scandales finissent par se savoir dans l'Église — en tout cas moi, c'est ce que je crois, et c'est ce que j'espère d'ailleurs. Et un péché grave, ça ne peut pas être pris à la légère, et la crainte de Dieu, ce n'est pas fait pour les petits cochons.
Je le redis : pour comprendre l'anecdote, il faut voir par-delà, le jugement dernier qu'elle préfigure. Sauf qu'ici, ce jugement, il se fait devant Pierre. Pierre qui est à la tête de l'Église, c'est lui qui sur terre est une image de l'ange de Dieu qui apporte le jugement, parce qu'il dévoile les pensées des cœurs. Pierre qui est à la tête de l'Église. Bon, eh bien c'est ça aussi, la mission de l'Église : dévoiler les pensées des cœurs. Tous les péchés que vous voulez, mais pas de compromission et pas de mensonge.
Psaume 138
Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais, tu sais quand je m'assois, quand je me lève ; de très loin, tu pénètres mes pensées.
Que je marche ou me repose, tu le vois, tous mes chemins te sont familiers. Avant qu'un mot ne parvienne à mes lèvres, déjà, Seigneur, tu le sais.
Tu me devances et me poursuis, tu m'enserres, tu as mis la main sur moi. Savoir prodigieux qui me dépasse, hauteur que je ne puis atteindre.
Où donc aller, loin de ton souffle ? Où m'enfuir, loin de ta face ? Je gravis les cieux : tu es là ; je descends chez les morts : te voici.
Je prends les ailes de l'aurore et me pose au-delà des mers : même là, ta main me conduit, ta main droite me saisit.
J'avais dit : « Les ténèbres m'écrasent ! » mais la nuit devient lumière autour de moi. Même la ténèbre pour toi n'est pas ténèbre, et la nuit comme le jour est lumière.