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Jour 341 ☾ — La force de Dieu dans nos blessures

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Résumé : Après un bref récapitulatif des lettres de saint Paul déjà parcourues, le frère Paul-Adrien ouvre la deuxième lettre aux Corinthiens, qu'il présente comme l'écrit le plus personnel et le plus tourmenté du Nouveau Testament : Paul y apparaît « à nu et à vif », blessé par une communauté qui ne veut plus de lui. La lecture des chapitres 1 et 2 donne la bénédiction initiale sur le Dieu de tout réconfort, la justification du voyage annulé et l'appel à faire grâce au coupable. Le commentaire déploie ce que le frère appelle la « grammaire de la consolation » — la détresse traversée rend capable de consoler les autres — et montre comment Paul déplace le conflit vers la conscience, distingue sa personne de sa prédication, et dénonce en Satan le diviseur. L'épisode se termine par une prière pour nos propres conflits.

Introduction

Avant la lecture du jour, je me dis : peut-être un petit récap sur les différentes lettres qu'on a vues de saint Paul, parce qu'on a terminé hier la première aux Corinthiens. On avait la plus ancienne lettre, ça c'était aux Thessaloniciens. Après, on a eu une lettre polémique, ça c'était les Galates. Après, on a eu la masterclass, la lettre aux Romains, le premier traité de théologie chrétienne, rien que ça, le modèle de tous les traités de théologie. Et la lettre aux Corinthiens qui, malgré son aspect faussement anecdotique, s'est révélée être un traité de pastorale quasi systématique lui aussi. Il y a du génie absolument partout dans saint Paul.

De quoi allons-nous parler maintenant ? Eh bien, sans surprise, après la première lettre aux Corinthiens, je vous offre la deuxième lettre aux Corinthiens. La deuxième lettre aux Corinthiens que nous allons commencer est encore autre chose. C'est un écrit peut-être le plus personnel, le plus tourmenté du Nouveau Testament. Vous allez voir Paul à nu, à vif.

En fait, ce qu'il s'est passé, c'est qu'il y a eu un drame à l'église de Corinthe. On ne sait pas quoi exactement. Il y a des gens qui sont venus mettre le bazar et les Corinthiens ne veulent plus de Paul. Mais oui ! Et alors que d'habitude Paul prend un peu de hauteur et ramène tout ceci à un niveau théologique — sur la justification par la foi, la justification par la loi — là, on a le sentiment qu'il l'a pris en pleine figure, qu'il l'a pris personnellement. Vous allez voir Paul à nu et à vif, je vous jure. Je vous jure, ça va être saisissant par moments.

Alors, maintenant qu'on a dit ça, cette lettre, c'est un peu compliqué, parce que c'est tellement un patchwork, il y a tellement de différences de style, de ton — de la polémique à la réconciliation, de la colère à la faiblesse — qu'on ne sait pas très bien s'il s'agit d'une seule lettre ou de plusieurs lettres qu'on aurait compilées ensemble. Pour notre part, on va tout simplement se laisser porter : le grand axe qui unifie toute cette lettre, c'est la puissance de Dieu qui se manifeste dans la faiblesse humaine.

On va commencer aujourd'hui avec les chapitres 1 et 2. Comme c'est une lettre de saint Paul, structure classique : vous retrouverez l'adresse initiale, l'action de grâce et des nouvelles de la mission. Par contre, je vous demande de faire attention à cette phrase au début du chapitre 2 : « J'ai pris la décision de ne pas retourner chez vous dans un climat de tristesse. » Ça se passe tellement mal entre Corinthe et lui que Paul a décidé de ne pas y retourner tant qu'on n'aura pas tiré les choses au clair. Bonne écoute.

Lecture : 2 Corinthiens 1-2

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père plein de tendresse, le Dieu de qui vient tout réconfort. Dans toutes nos détresses, c'est lui qui nous réconforte, et ainsi nous pouvons réconforter tous ceux qui sont dans la détresse, grâce au réconfort que nous-mêmes nous recevons de Dieu.

En effet, de même que nous avons largement part aux souffrances du Christ, de même, par le Christ, nous sommes largement réconfortés. Quand nous sommes dans la détresse, c'est pour que vous obteniez le réconfort et le salut. Quand nous sommes réconfortés, c'est encore pour que vous obteniez le réconfort, et cela vous permet de supporter avec persévérance les mêmes souffrances que nous.

En ce qui vous concerne, nous avons de solides raisons d'espérer, car nous le savons : de même que vous avez part aux souffrances, de même vous obtiendrez le réconfort.

Nous ne voulons pas vous le laisser ignorer, frères : la détresse que nous avons connue dans la province d'Asie nous a accablés à l'extrême, au-delà de nos forces, au point que nous ne savions même plus si nous allions rester en vie. Mais si nous nous sommes trouvés sous le coup d'un arrêt de mort, c'est pour que notre confiance ne soit plus en nous-mêmes, mais en Dieu qui ressuscite les morts. Car c'est lui qui nous a arrachés à une mort si terrible, et qui nous en arrachera ; en lui nous avons l'espérance qu'il nous en arrachera encore, avec l'aide que vous nous apportez en priant pour nous. Ainsi, par l'intervention d'un grand nombre de personnes, la grâce que nous aurons reçue sera, pour beaucoup de gens, une occasion de rendre grâce à notre sujet.

Ce qui fait notre fierté, c'est le témoignage de notre conscience : nous avons vécu en ce monde, et particulièrement avec vous, dans la simplicité et la sincérité qui viennent de Dieu, non pas selon une sagesse purement humaine, mais selon la grâce de Dieu. Nos lettres ne contiennent vraiment rien d'autre que ce que vous pouvez y lire et comprendre. Et j'espère que vous comprendrez entièrement ce que vous avez déjà compris en partie, à savoir : nous sommes pour vous un sujet de fierté, de même que vous le serez pour nous, au jour du Seigneur Jésus.

Fort de cette assurance, je voulais d'abord aller chez vous pour que vous receviez une nouvelle grâce, puis, en passant par chez vous, me rendre en Macédoine, enfin revenir de Macédoine chez vous et recevoir votre aide pour aller en Judée. Vouloir cela, est-ce faire preuve de légèreté ? Ou bien mes projets ne sont-ils que des projets purement humains, si bien qu'il y aurait chez moi en même temps le oui et le non ?

En fait, Dieu en est garant : la parole que nous vous adressons n'est pas oui et non. Car le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons annoncé parmi vous, Silvain avec moi, n'a pas été oui et non : il n'a été que oui. Et toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur oui dans sa personne. Aussi est-ce par le Christ que nous disons à Dieu notre Amen, notre oui, pour sa gloire.

Celui qui nous rend solides pour le Christ dans nos relations avec vous, celui qui nous a consacrés, c'est Dieu ; il nous a marqués de son sceau, et il a mis dans nos cœurs l'Esprit, première avance sur ses dons.

Quant à moi, j'en prends Dieu à témoin sur ma vie : c'est pour vous ménager que je ne suis pas encore revenu à Corinthe. Il ne s'agit pas pour nous d'exercer un pouvoir sur votre foi, mais de contribuer à votre joie, car par la foi vous tenez bon.

J'ai pris la décision de ne pas retourner chez vous dans un climat de tristesse. Car si moi je vous attriste, qui peut me réjouir, moi, sinon celui que j'ai attristé ? Et si j'ai écrit comme je l'ai fait, c'est précisément pour éviter qu'en arrivant je sois attristé par ceux qui auraient dû me donner de la joie, car je suis convaincu, en ce qui vous concerne, que ma joie est aussi votre joie à tous. Ainsi, c'est dans une grande détresse, le cœur serré, que je vous ai écrit, et en versant beaucoup de larmes, non pas pour vous attrister, mais pour que vous sachiez quel immense amour j'ai pour vous.

Si quelqu'un a causé de la tristesse, ce n'est pas à moi seul, mais, sans vouloir exagérer, c'est à vous tous, dans une certaine mesure. Pour celui-là, la sanction infligée par la majorité doit suffire, si bien que vous devez, au contraire, plutôt lui faire grâce et le réconforter, pour éviter qu'il ne sombre dans une tristesse excessive. Je vous exhorte donc à faire prévaloir envers lui une attitude de charité.

Et voici également pourquoi je vous ai écrit : je voulais vérifier si vous êtes en tout point obéissants. Quand vous faites grâce à quelqu'un, je le fais moi aussi ; et moi, quand j'ai fait grâce, si j'ai fait grâce en quelque chose, c'était à cause de vous, sous le regard du Christ, pour ne pas nous laisser dominer par Satan, dont nous connaissons bien les intentions.

Quand je suis arrivé à Troas pour annoncer l'Évangile du Christ, la porte m'était grande ouverte dans le Seigneur, mais je n'ai pas pu avoir l'esprit tranquille, car je ne trouvais pas Tite, mon frère. Alors j'ai fait mes adieux, et je suis parti pour la Macédoine.

Commentaire

Saint Paul est au fond du gouffre, et il vous montre sa manière à lui de le vivre dans le Christ. On va reprendre ça gentiment, parce que c'est quand même un cas d'école pour que nous puissions apprendre à vivre nos détresses dans le Christ et de manière sainte. On a tous nos croix, on a tous nos difficultés : mettons-nous à l'école du maître.

Paul est en train de poser ce qu'on pourrait appeler la grammaire de la consolation. Ça va commencer avec une bénédiction qui va reprendre en boucle un mot grec, paraklêsis, la consolation — ce qui vous a donné aussi Paraklêtos, le Consolateur, un surnom de l'Esprit Saint. Et il va répéter ce mot en chaîne. Je vous cite :

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père plein de tendresse, le Dieu de qui vient tout réconfort.

Je continue, parce que c'est intéressant, ça :

Dans toutes nos détresses, c'est lui qui nous réconforte, et ainsi nous pouvons réconforter tous ceux qui sont dans la détresse.

L'idée qu'il y a derrière, c'est que si Dieu fait traverser la détresse aux apôtres, c'est pour pouvoir les réconforter, afin qu'ils deviennent eux-mêmes capables de réconforter les autres. Et il vous donne tout de suite un exemple concret, pour que tout le monde comprenne bien :

Nous ne voulons pas vous le laisser ignorer, frères : la détresse que nous avons connue dans la province d'Asie nous a accablés à l'extrême.

Et là, saint Paul décrit ensuite ce que cette détresse a produit en lui.

Et ensuite, une fois qu'on a donné le ton — qui est de consoler tout le monde —, saint Paul va rentrer dans le vif du sujet pour évoquer la relation blessée qu'il a avec les Corinthiens, dans l'espoir de la guérir. Et ce qu'il va faire, c'est qu'il va chercher à purifier le regard que les Corinthiens portent sur eux-mêmes et sur lui, Paul. Alors, ce regard, Paul lui donne un nom précis : suneidêsis, la conscience. On a déjà eu un long commentaire pour vous dire que, d'après saint Paul, c'était la faculté spirituelle la plus intime de l'homme, le sanctuaire où il rencontre son Créateur. Bon : c'est à cette profondeur-là que se joue la réconciliation que saint Paul espère avec les Corinthiens. Il y a quelque chose de sacré qui se joue là.

Saint Paul prévient : il va parler avec simplicité, avec franchise. Là aussi, il y a une leçon pour nous en période de crise. Eh bien, on dit les choses. Et tant pis si on les dit mal : mais on les dit. Saint Paul vous dit : « Je joue cartes sur table, en toute transparence, et vous pourrez juger sur pièces. » Il abandonne la posture de l'autorité morale pour prendre celle du confident. L'autorité morale, c'était un peu comme il parlait aux Galates, qu'il prenait quand même un peu de haut — « Ô Galates stupides ! », on l'a lu, ça. Là, avec les Corinthiens, on sent que Paul a mûri : il se place à leur hauteur.

Paul est un peu embêté, donc il s'exprime en circonvolutions. C'est un peu difficile de comprendre où il se trouve. Je vais vous la faire simple : ce qu'on reproche à Paul, c'est d'avoir dit qu'il viendrait à Corinthe et de ne pas être venu. Et donc il a donné l'impression d'être versatile. Si c'est ça, Paul — un homme qui ne tient pas sa parole —, elle vaut quoi, sa prédication ?

Première réponse de saint Paul : ne confondez pas tout. Saint Paul, c'est une chose ; ce que je vous ai prêché, le Christ, c'est autre chose. Et lui, vous ne pouvez pas m'accuser d'avoir été versatile à son sujet. Alors ça, c'est ce qu'il dit à mots couverts quand il dit : « Le Christ n'a été que oui parmi nous. »

Alors, maintenant, Paul en revient à la question. Est-ce que vraiment j'ai changé de projet ? J'avais dit que je viendrais vous voir, je ne suis pas venu. Mais vous voyez comment, d'abord, Paul, qui aurait pu le prendre personnellement, a commencé par déplacer un tout petit peu la question, en disant : « Il n'est pas d'abord question de moi dans tout ça, il est d'abord question de Dieu. Interrogez vos cœurs et regardez si ce que je vous ai prêché, c'est vrai ou c'est faux. »

Alors, pourquoi est-ce qu'il n'est pas venu ? Réponse de Paul : si jamais il était venu, ça se serait très mal passé. « Je n'ai pas voulu venir vous voir pour vous attrister. » Est-ce que c'est de l'indifférence ? Non. Réponse de Paul : si vous saviez comment j'ai pleuré… Ça, c'est l'amour que j'ai pour vous. C'est par amour que je ne suis pas venu vous voir. Vous ne me croyez pas ? Tant pis pour vous, n'empêche que c'est vrai.

Et de là, il en vient aux Corinthiens pour leur dire : « J'ai bien appris ce qui se passait chez vous, et comment ça avait causé du tumulte, et comment vous étiez divisés entre vous. Et même, vous avez pris quelqu'un pour le reprendre et pour l'attraper. Il faut déjà qu'entre vous, Corinthiens, vous arriviez à vous réconcilier. Il faut que vous arriviez à trouver l'équilibre entre justice et miséricorde. Et à mon sujet aussi. Et là, je reviendrai. »

Et Paul continue en disant : « Maintenant, ne vous faites pas avoir. Parce qu'en fait, ce qui se passe chez vous, c'est l'œuvre de Satan. » Frères et sœurs, nous ne devons pas laisser Satan avoir l'avantage sur nous. Satan, c'est le diviseur.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, je te confie mes conflits, toutes les personnes avec qui ça ne va pas bien. Je te demande, Seigneur, de pouvoir rétablir un climat de confiance et de sincérité. Je te demande, Seigneur, de purifier ce que j'ai dans mon cœur, pour que, plutôt que de le vivre dans l'amertume, je le vive dans l'amour. Et même si c'est un amour blessé qui me fait souffrir, que ce soit pour moi un moyen de me rapprocher de toi et de goûter ta consolation. Seigneur, prends-moi dans tes bras, pour qu'à mon tour je puisse prendre mes proches dans mes bras.


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