Jour 342 ☼ — Éphèse, le feu de l'Esprit au cœur du paganisme
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Résumé : Après la longue parenthèse consacrée à la lettre aux Romains, le frère Paul-Adrien raccroche les wagons des Actes des Apôtres et lance le troisième voyage missionnaire de Paul. On y rencontre Apollos, ce disciple de Jean le Baptiste qui prêchait Jésus sans connaître la Pentecôte, puis Paul à Éphèse, où douze disciples reçoivent enfin l'Esprit Saint. Le chapitre 19 déroule deux ans de prédication, des miracles « peu ordinaires », l'échec cuisant des exorcistes juifs, l'autodafé des grimoires et la grande émeute des orfèvres d'Artémis. Le commentaire rend justice à Éphèse, « ville gravement sous-cotée » du Nouveau Testament : capitale religieuse de l'Asie mineure, cœur du paganisme, et bientôt base arrière de Paul puis siège de l'apôtre Jean.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Et hop, hop, hop, on a terminé la lettre aux Romains. On a vu ce que c'était que la pensée d'un maître. Vous avez vu saint Paul au sommet de sa maturité et de son génie. Et ça, c'est ce que je voulais. Parce que maintenant que vous avez vu ce qu'il y avait dans la tête de saint Paul, eh bien c'est maintenant qu'on va mieux comprendre ce qui se passe dans sa vie. C'est pour ça que j'ai fait une pause dans les Actes des Apôtres. Et maintenant, je pense que, enfin, vous êtes prêts, on peut y retourner.
Tout le monde est prêt ? Attention, je change mon fusil d'épaule, on raccroche les wagons, tout le monde boucle sa ceinture de sécurité et on y va.
Pour l'instant, dans les Actes des Apôtres, on avait vu deux grands voyages missionnaires de Paul. Saint Paul est basé à Antioche de Syrie. Le premier voyage était avec Barnabé, à Antioche de Pisidie. Après, on avait eu le concile de Jérusalem pour savoir : est-ce que les pagano-chrétiens que saint Paul a convertis, il faut les circoncire ou pas ? On avait eu deux sons de cloche. L'un dans les Actes des Apôtres, pour nous dire que tout le monde était d'accord ; on avait vu dans la lettre aux Galates que ça avait été peut-être un peu plus compliqué que ça. Et de là, on était partis dans un deuxième voyage missionnaire, cette fois-ci sans Barnabé, du côté de la Macédoine et de la Grèce.
Et c'était là qu'on avait fait une pause, parce que je vous avais dit : parvenu à ce stade-là, maintenant, Paul est en train d'arriver au sommet de sa maturité, donc ce serait bien qu'on regarde un peu ce qu'il dit, ce qu'il pense. On a vu ce qu'il y avait dans le cerveau de la bête. Et maintenant, vous êtes prêts pour le troisième voyage missionnaire ? Même si celui-là, j'ai envie de dire aussi : vous n'êtes pas prêts pour ce qu'il vous réserve. Maintenant, c'est saint Paul, vous avez commencé à comprendre. Il venait d'une autre planète. Cet homme vient d'ailleurs.
Alors, pour que tout le monde arrive à parfaitement suivre, je fais maintenant un petit zoom pour que la mouture se fasse de manière parfaitement lisse. En revenant de notre deuxième voyage missionnaire, juste avant de faire notre pause, Paul était retourné à Antioche pour rendre compte de sa mission. Et on vous avait mentionné comme en passant une ville par laquelle il était revenu : Éphèse. Vous me retenez cette ville ? C'est là maintenant que ça va se passer.
C'est probablement une des villes les plus sous-cotées du Nouveau Testament. On n'arrête pas de parler de Jérusalem. On n'arrête pas de parler de Rome. On n'arrête pas de parler d'Antioche. Jamais d'Éphèse. On a tort. On en reparlera dans les commentaires.
Ce qui s'est passé, c'est qu'à la fin de son deuxième voyage, Paul est passé à Éphèse. C'était juste en passant, il n'a pas eu le temps de bien l'évangéliser. Mais manifestement, il a reconnu là un énorme potentiel. Et en fait, c'est pour revenir à Éphèse qu'il va faire le troisième voyage missionnaire. Sauf qu'en revenant à Éphèse, ce qu'il va s'apercevoir, c'est qu'entre les deux, il y a un prédicateur qui est arrivé. Apollos ! Eh oui ! Apollos, le fameux, celui qu'on avait vu dans la lettre aux Corinthiens.
Bon, bah maintenant, vous savez tout et on peut y aller. Fin du chapitre 18, et on embarque après sur le chapitre 19, le troisième voyage missionnaire de Paul.
Lecture : Actes 18-19
Il parcourut successivement le pays galate et la Phrygie, en affermissant tous les disciples.
Or, un Juif nommé Apollos, originaire d'Alexandrie, venait d'arriver à Éphèse. C'était un homme éloquent, versé dans les Écritures. Il avait été instruit du chemin du Seigneur. Et, dans la ferveur de l'Esprit, il parlait et enseignait avec précision ce qui concerne Jésus. Mais, comme baptême, il ne connaissait que celui de Jean. Il se mit donc à parler avec assurance à la synagogue. Quand Priscille et Aquilas l'entendirent, ils le prirent à part et lui exposèrent avec plus de précision le chemin.
Comme Apollos voulait se rendre en Grèce, les frères l'y encouragèrent et écrivirent aux disciples de lui faire bon accueil. Quand il fut arrivé, il rendit de grands services à ceux qui étaient devenus croyants par la grâce de Dieu. En effet, avec vigueur, il réfutait publiquement les Juifs, en démontrant par les Écritures que le Christ, c'est Jésus.
Actes des Apôtres, chapitre 19.
Pendant qu'Apollos était à Corinthe, Paul traversait le haut pays, et il arriva à Éphèse, où il trouva quelques disciples. Il leur demanda : « Lorsque vous êtes devenus croyants, avez-vous reçu l'Esprit Saint ? » Ils lui répondirent : « Nous n'avons même pas entendu dire qu'il y a un Esprit Saint. » Paul reprit : « Quel baptême avez-vous donc reçu ? » Ils répondirent : « Celui de Jean le Baptiste. » Paul dit alors : « Jean donnait un baptême de conversion. Il disait au peuple de croire en celui qui devait venir après lui, c'est-à-dire en Jésus. » Après l'avoir entendu, ils se firent baptiser au nom du Seigneur Jésus. Et quand Paul leur eut imposé les mains, l'Esprit Saint vint sur eux, et ils se mirent à parler en langues mystérieuses et à prophétiser. Ils étaient une douzaine d'hommes au total.
Paul se rendit à la synagogue où, pendant trois mois, il prit la parole avec assurance. Il discutait et usait d'arguments persuasifs à propos du royaume de Dieu. Certains s'endurcissaient et refusaient de croire. Devant la multitude, ils dénigraient le chemin du Seigneur Jésus. C'est pourquoi Paul se sépara d'eux. Il prit les disciples à part et s'entretenait chaque jour avec eux dans l'école de Tyrannos. Cela dura deux ans, si bien que tous les habitants de la province d'Asie, Juifs et Grecs, entendirent la parole du Seigneur.
Par les mains de Paul, Dieu faisait des miracles peu ordinaires, à tel point que l'on prenait des linges ou des mouchoirs qui avaient touché sa peau pour les appliquer sur les malades : alors les maladies les quittaient et les esprits mauvais sortaient.
Certains exorcistes juifs itinérants entreprirent de prononcer le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui étaient possédés par les esprits mauvais, en disant : « Je vous exorcise par ce Jésus que Paul proclame. » Les sept fils d'un certain Skéva, un grand prêtre juif, agissaient ainsi. Mais l'esprit mauvais leur répondit : « Jésus, je le connais. Paul, je sais qui c'est. Mais vous, qui êtes-vous ? » Et, bondissant sur eux, l'homme en qui était l'esprit mauvais les maîtrisa tous avec une telle violence qu'ils s'enfuirent de la maison, tous nus et couverts de blessures.
Cela fut connu par tous les Juifs et les Grecs habitant Éphèse. La crainte s'empara de tous et l'on exaltait le nom du Seigneur Jésus. Beaucoup de ceux qui étaient devenus croyants venaient confesser publiquement les pratiques auxquelles ils s'étaient livrés. Bon nombre de ceux qui avaient pratiqué les sciences occultes rassemblaient leurs livres et les brûlaient devant tout le monde. On en évalua le prix : cela faisait cinquante mille pièces d'argent. Ainsi, par la force du Seigneur, la parole était féconde et gagnait en vigueur.
Après ces événements, Paul forma le projet de passer par la Macédoine et la Grèce pour aller à Jérusalem. Il disait : « Après être allé là-bas, il faudra que je voie également Rome. » Ayant alors envoyé en Macédoine deux de ses auxiliaires, Timothée et Éraste, lui-même resta un certain temps dans la province d'Asie.
C'est à cette époque qu'il y eut des troubles non négligeables à propos du chemin du Seigneur Jésus. Un orfèvre nommé Démétrios, qui fabriquait des sanctuaires d'Artémis en argent, procurait aux artisans des bénéfices non négligeables. Il les réunit avec les ouvriers qui exerçaient des métiers du même genre, et il leur dit : « Mes amis, vous savez que ces bénéfices sont la source de notre prospérité. Or, vous voyez bien et vous entendez ce que l'on dit : non seulement à Éphèse, mais dans presque toute la province d'Asie, ce Paul, par sa persuasion, a dévoyé toute une foule de gens en disant que les dieux faits de main d'homme ne sont pas des dieux. Cela risque non seulement de jeter le discrédit sur notre profession, mais encore de faire compter pour rien le temple d'Artémis la grande déesse, et bientôt de la priver de son prestige, elle qui est adorée par toute l'Asie et le monde entier. »
Remplis de fureur, les auditeurs criaient : « Grande est l'Artémis des Éphésiens ! » La confusion gagna la ville entière. Et les gens se précipitèrent tous ensemble au théâtre, en y entraînant avec eux les Macédoniens Gaïos et Aristarque, compagnons de voyage de Paul. Or, Paul voulait rejoindre l'assemblée du peuple, mais les disciples ne le laissaient pas faire. Et quelques-uns des dirigeants de la province, qui étaient ses amis, lui envoyèrent un message pour l'exhorter à ne pas s'exposer en allant au théâtre.
Les uns criaient une chose, les autres une autre. En effet, l'assemblée était en pleine confusion, et la plupart ne savaient même pas pourquoi ils étaient réunis. Des gens dans la foule expliquèrent l'affaire à un certain Alexandre, que les Juifs poussaient en avant. Celui-ci, faisant un geste de la main, voulait plaider devant l'assemblée. Mais quand on découvrit qu'il était Juif, tous se mirent à crier d'une seule voix, pendant près de deux heures : « Grande est l'Artémis des Éphésiens ! »
Le secrétaire de la cité, ayant calmé la foule, prit la parole : « Éphésiens ! Quel homme en ce monde ignore que la cité d'Éphèse est la gardienne du temple de la grande Artémis et de sa statue tombée du ciel ? Cela est incontestable. Donc, il faut garder votre calme et éviter toute action précipitée. Vous avez amené ici ces hommes qui n'ont commis ni vol sacrilège ni blasphème contre notre déesse. Si donc Démétrios et les artisans qui l'accompagnent ont un grief contre quelqu'un, il existe des jours d'audience et il y a des proconsuls : qu'ils portent plainte. Mais, si vous avez d'autres requêtes, cela se réglera à l'assemblée prévue par la loi. En effet, avec l'affaire d'aujourd'hui, nous risquons d'être accusés d'émeute, car nous ne pourrons alléguer aucun motif pour rendre compte de ce rassemblement. » Ayant ainsi parlé, il renvoya l'assemblée.
Commentaire
Je reprends deux secondes Apollos, parce que c'est un profil qui est assez singulier et en même temps qui est assez courant, qui vous montre que le christianisme rayonnait au-delà de l'Église. Apollos, à la base, on vous dit que c'était qui ? C'était un disciple de Jean le Baptiste, qui avait entendu parler de Jésus et qui prêchait Jésus, mais qui ne connaissait pas la Pentecôte, qui ne connaissait pas l'Esprit Saint.
Dans les Actes des Apôtres, on voit Apollos et Paul travailler main dans la main. On sait, parce qu'on a lu la première lettre aux Corinthiens, que là encore, il faut nuancer un peu le propos. Apollos, on le retrouvera encore, parce que ce n'est pas impossible que ce soit lui qui ait écrit la lettre aux Hébreux — et la lettre aux Hébreux, c'est quelque chose. Alors, ça, c'était pour Apollos.
Il faut aussi que maintenant, je vous parle un peu d'Éphèse. Éphèse, vous êtes en Turquie, à l'ouest du plateau anatolien. Alors, pour ceux qui sont complètement perdus, il y a quand même quatre villes qu'il faut pouvoir me situer. Vous avez Jérusalem, vous avez Rome, vous avez Antioche de Syrie et vous avez Éphèse. Donc, écoutez, je pourrais vous expliquer en long, en large et en travers, mais le plus simple, c'est que vous preniez une petite carte et que vous tapiez « Éphèse » sur Google pour voir où c'est. Il faut savoir me placer ça sur une carte.
Éphèse, c'est 200 000 habitants. Ce n'est pas autant qu'Antioche de Syrie, d'accord, mais c'est quand même beaucoup. Et surtout, c'est la capitale religieuse de l'Asie mineure. Vous avez Jérusalem, d'accord, mais ça, c'est pour les Juifs. Pour les païens, la capitale, là où on allait en pèlerinage, c'est à Éphèse. Parce qu'à Éphèse, vous aviez une des merveilles du monde. Vous aviez le sanctuaire qui abritait la statue d'Artémis.
Alors, la statue d'Artémis, c'était quelque chose. Elle avait sur sa poitrine des protubérances. On pensait que c'était des seins, donc ça lui a donné ce surnom d'Artémis aux multiples seins. Les archéologues pensent qu'il s'agit maintenant peut-être plutôt de testicules de taureau — je ne sais pas si c'est beaucoup plus classe. Et peut-être qu'il y avait dans sa tête une météorite tombée du ciel. On l'habillait tous les jours, on la promenait. La déesse était surnommée « la reine ». Ses prêtres castrés étaient appelés des « bourdons » et ses servantes étaient appelées « les abeilles d'Éphèse ». Il y avait des grimoires avec des formules magiques que l'on prêtait explicitement à cette statue.
Là, vous êtes en plein cœur du paganisme. C'est une des capitales du paganisme. Il y avait tout un système économique qui s'était construit autour de ça : le temple était devenu une banque, il y avait toute une industrie de bibelots et de statues que l'on ramenait comme souvenir du pèlerinage. Et donc, quand Paul arrive pour prêcher l'Évangile, c'est à tout un système économique et religieux qu'il s'attaque. Et forcément, ça fait plein d'émeutes.
Sauf que dans cette ville marquée par une exubérance et une effervescence religieuses, Paul va multiplier à l'envi les miracles. Verset 11 :
Par les mains de Paul, Dieu faisait des miracles peu ordinaires, à tel point que l'on prenait des linges ou des mouchoirs qui avaient touché sa peau pour les appliquer sur les malades : alors les maladies les quittaient et les esprits mauvais sortaient.
On vient d'inventer les reliques de contact.
Du coup, il va rester deux ans à Éphèse. C'est une toute petite phrase, mais derrière, ça veut dire quand même que ça va devenir la base arrière de Paul. Et Éphèse va devenir une des très grandes Églises. Il y aura Jérusalem, il y aura Antioche, il y aura Rome un jour, mais maintenant, il y a Éphèse. À partir d'Éphèse, vous pouvez rayonner sur toute l'Anatolie.
À tel point, d'ailleurs, qu'on enverra un jour l'apôtre Jean. Parfaitement, vous avez entendu : Jean, l'évangéliste. Il va aller à Éphèse. C'est devenu une Église tellement importante qu'on y envoie un apôtre lui-même. Et les sept Églises dont on parlera dans l'Apocalypse, au tout début, ce sont les sept Églises qui gravitent autour d'Éphèse.
Petite parenthèse : d'après la tradition, c'est là-bas aussi que la Vierge Marie est montée au ciel, l'Assomption. Parce qu'on dit qu'en déménageant à Éphèse, saint Jean l'a prise avec lui.
Bon, ben voilà, c'est pour ça que j'insiste sur Éphèse. Ville gravement sous-cotée : ça méritait d'être dit, tout ça.
Proverbes 29,10-12
Les meurtriers haïssent l'homme intègre, les honnêtes gens ne lui veulent que du bien.
L'insensé à toute heure exprime ses humeurs, le sage a du recul et les tempère.
Quand le maître prête l'oreille aux mensonges, tous les serviteurs tournent mal.