1 Tandis qu'Apollos était à Corinthe, Paul, après avoir traversé le haut-pays, arriva à Éphèse. Il y trouva quelques disciples
2 et leur dit : " Avez-vous reçu l'Esprit Saint quand vous avez embrassé la foi ? " Ils lui répondirent : " Mais nous n'avons même pas entendu dire qu'il y a un Esprit Saint. "
3 Et lui : " Quel baptême avez-vous donc reçu ? " - " Le baptême de Jean ", répondirent-ils.
4 Paul dit alors : " Jean a baptisé d'un baptême de repentance, en disant au peuple de croire en celui qui viendrait après lui, c'est-à-dire en Jésus. "
5 A ces mots, ils se firent baptiser au nom du Seigneur Jésus ;
6 et quand Paul leur eut imposé les mains, l'Esprit Saint vint sur eux, et ils se mirent à parler en langues et à prophétiser.
7 Ces hommes étaient en tout une douzaine.
8 Paul se rendit à la synagogue et, pendant trois mois, y parla avec assurance. Il entretenait ses auditeurs du Royaume de Dieu et cherchait à les persuader.
Actes des Apôtres
DES ACTES DES APÔTRES
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l'Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l'Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même "Théophile".
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l'attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l'auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d'un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel "Nous" (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l'on déduit d'une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l'on se demande comment Luc, s'il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l'apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l'attribution à Luc de ce Livre, et de l'Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d'une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l'apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42). Une deuxième grande partie nous relate la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée, après le martyre d'Etienne, par les Héllénistes Juifs devenus chrétiens), puis, après la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre (au cours de laquelle il convertit le premier païen), suivie, en terre païenne, avec la fondation de la grande Eglise d'Antioche, par le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l'entrée de païens en grand nombre dans l'Eglise, dont a dû traiter l'Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35). La dernière partie du Livre nous fait vivre le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après ses voyages missionnaires successifs en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).
Une autre manière d'analyser le contenu des Actes des apôtres est d'en suivre le déroulement à la façon d'un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L'Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L'Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 31).
Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l'ACTE 3, qui se déploie en 4 scènes : 1er voyage missionnaire de Paul (13, 1 - 14, 28), L'Assemblée apostolique de Jérusalem (15, 1 - 35), 2ème voyage missionnaire de Paul (15, 36 - 18, 23), 3ème voyage missionnaire de Paul (18, 24 - 21, 16).
Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage, nous continuons de progresser dans la dernière longue partie des Actes des Apôtres, comportant 12 chapitres consacrés uniquement aux missions de Paul, depuis son retour de l'Assemblée de Jérusalem jusqu'à son arrivée à Rome (15, 36 - 28, 31). Si bien que tout cet ensemble constitue ce qu'on appelle les Actes de Paul.
Quelque temps après la fin de son 2ème grand voyage missionnaire, qui l'avait conduit en Europe, où il avait fondé les Eglises de Philippes, Thessalonique, Bérée, Athènes, et surtout Corinthe, où il avait fait un très long séjour, et après s'être arrêté, pendant peut-être (?) une année (voir TOB, Actes des Apôtres, 18, 23, note "o") dans la Communauté d'Antioche de Syrie, à laquelle il appartenait, et qui l'avait envoyé évangéliser au loin, Paul est maintenant reparti pour un 3ème grand voyage missionnaire. Il a pris la route d'Ephèse, traversant les régions de la Phrygie et de la Galatie, où il avait eu l'occasion également de fonder des communautés au début de son 2ème voyage (Actes, 16, 5 - 6).
2. Message
Paul a été précédé à Ephèse par un nouveau venu dans les Actes des Apôtres, Apollos, un Juif d'Alexandrie converti à Jésus, intellectuel puissant, très versé dans les Ecritures de l'Ancien Testament, et très habile pour discuter en public, mais qui ne connaît que le baptême de Jean. Pris en charge par les amis de Paul, Priscille et Aquila, qui lui donnent alors un complément d'instruction et de formation, et le situent ainsi dans l'orbite apostolique de Paul, il est parti peu après pour la région de Corinthe, où sa prédication connaîtra de grands succès (Actes, 18, 24 et 1 Corinthiens, 1 - 3).
Dès son arrivée à Ephèse, Paul y rencontre des chrétiens qui se disent disciples de Jésus, mais ne le sont que de façon incomplète, puisqu'ils ne connaissent également que le baptême de Jean Baptiste. Cela veut dire qu'ils ne sont pas au courant des événements de l'après-résurrection de Jésus, et du don de l'Esprit, qui a marqué la fondation de la 1ère communauté, à la Pentecôte qui a suivi la mort-résurrection de Jésus.
C'est l'occasion pour Paul de leur exposer la situation exacte de Jean Baptiste face à Jésus, selon le kérygme primitif : Jean n'avait d'autre mission prophétique que de préparer la venue de Jésus, et son baptême ne pouvait être que transitoire.
Ces quelque 12 personnes, sans doute les premiers membres de la communauté d'Ephèse, encore que Paul avait déjà préché aux Juifs d'Ephèse durant un bref passage, en revenant de son précédent voyage (Actes, 18, 19 - 21), sont donc baptisés au Nom du Seigneur Jésus, et, par l'imposition des mains de Paul, ils reçoivent l'Esprit Saint qui se répand sur eux dans des conditions rappelant celles de la 1ère Pentecôte à Jérusalem.
Fidèle à sa méthode d'évangélisation, Paul commence par annoncer Jésus aux Juifs de la synagogue d'Ephèse.
3. Decouvertes
Ephèse est l'un des grands centres commerciaux et religieux du monde gréco-romain. Paul y commence ici un long séjour qui va durer plus de deux ans. C'est d'Ephèse qu'il écrit sa 1ère Lettre aux Corinthiens, sa lettre aux Galates, et, probablement, sa lettre aux Philippiens.
On a du mal à imaginer ce genre de chrétiens seulement baptisés selon le baptême de Jean le Baptiste, dans la mesure, où, selon la tradition unanime de tous les écrits du Nouveau Testament, Jean Baptiste n'a fait qu'annoncer Jésus, dont il préparait la venue.
Il n'est pas exclu, et cela semble même très probable sinon certain, que des disciples de Jean Baptiste aient existé indépendamment de Jésus et de l'Eglise primitive. Cependant, quand il s'agit de chrétiens se rattachant à Jésus avec le baptême de Jean, on ne peut les imaginer que comme des chrétiens insufisamment formés et informés de la Bonne Nouvelle de Jésus. Et l'Esprit ne leur est donné, comme cela s'était déjà fait avec Pierre, lors de sa mission en Samarie (Actes, 8, 15 - 16), que par leur entrée officielle et reconnue dans la communauté de l'Eglise des Apôtres.
Il est clair que, dans les Actes des Apôtres, on ne peut recevoir l'Esprit Saint que dans l'Eglise qui est née de la descente de l'Esprit lors de la 1ère Pentecôte, première manifestation de l'Esprit envoyé par Jésus Ressuscité, et dont les manifestations postérieures auront toujours lieu dans une communauté apostolique, ou en présence d'un Apôtre, et en écho à la première Pentecôte chrétienne.
4. Prolongement
Dès les débuts de l'Eglise, différents niveaux de christianisme et différentes factions sont constatées (1 Corinthiens, 1 - 3 et Galates, 1 et suivants). Mais toute foi réelle au Seigneur Jésus suppose référence simultanée et unifiée à son ministère, sa passion, sa mort, sa résurrection et son envoi de l'Esprit, qui permet à ses disciples de continuer sa propre mission, en laquelle s'est accompli, une fois pour toutes, l'achèvement de tout le projet de salut de Dieu, salut qu'il faut maintenant offrir, comme un don de Jésus Ressuscité et de son Esprit Saint, à tous les hommes de tous les temps.
Autour de ce centre de notre foi, des différences et pluralismes peuvent exister, qui nous invitent à vivre l'unité dans la diversité. Nous pouvons parfois être tentés, comme d'autres chrétiens, de donner beaucoup, et quelquefois trop, d'importance, à des messages, des pratiques, ou des "dévotions" périphériques.
En ce sens, tout nous est possible, à la condition que tout ce que nous vivons, proclamons, célébrons, soit toujours référé (et donc, d'une certaine manière, relativisé) à Jésus, seul acteur de notre salut, dans l'accomplissement du dessein de Dieu, auquel rien ne doit plus être ajouté, sinon pour exprimer, de façon originale et pluraliste, ainsi que dans des circonstances culturelles particulières, la Bonne Nouvelle de Jésus, seul et unique Sauveur de tous les hommes, en tant que Seigneur Ressuscité (Romains, 10, 9 - 13).
Prière
*Seigneur Jésus, tu es venu à nous, au terme de toute une série d'interventions de Dieu dans l'Ancien Testament, pour nous révéler, en ta plénitude de Verbe-Parole du Dieu Vivant, toute la plénitude de Dieu dans laquelle tu nous fais prénétrer par ton existence humaine obéissante jusqu'à ta mort de la croix, ta résurrection et le don de l'Esprit Saint : apprends-moi à ne jamais perdre un instant de vue ce point central de ta Bonne Nouvelle, chaque fois que je rencontre des frères et des soeurs différents de moi dans leur pratique ou leurs expressions, aide-moi à accueillir avec respect et tolérance ces diversités, en ne manquant jamais pour autant de les situer face à ton unique message central, et à ton don gratuit, et toujours immérité, de ta présence en ton Esprit Saint, qui seule peut nous faire entrer dans le Royaume où Dieu ton Père, par toi et dans ce même Esprit Saint, nous communique la richesse de son mystère. AMEN.
02.06.2003.*