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AELF · Bible liturgique

En ces jours-là,
après la guérison de l’infirme,
comme Pierre et Jean parlaient encore au peuple,
les prêtres survinrent,
avec le commandant du Temple
et les sadducéens ;
ils étaient excédés de les voir enseigner le peuple
et annoncer, en la personne de Jésus,
la résurrection d’entre les morts.
Ils les firent arrêter et placer sous bonne garde jusqu’au lendemain,
puisque c’était déjà le soir.
Or, beaucoup de ceux qui avaient entendu la Parole
devinrent croyants ;
à ne compter que les hommes,
il y en avait environ cinq mille.
Le lendemain se réunirent à Jérusalem
les chefs du peuple, les anciens et les scribes.
Il y avait là Hanne le grand prêtre,
Caïphe, Jean, Alexandre,
et tous ceux qui appartenaient aux familles de grands prêtres.
Ils firent amener Pierre et Jean au milieu d’eux
et les questionnèrent :
« Par quelle puissance, par le nom de qui,
avez-vous fait cette guérison ? »
Alors Pierre, rempli de l’Esprit Saint,
leur déclara :
« Chefs du peuple et anciens,
nous sommes interrogés aujourd’hui
pour avoir fait du bien à un infirme,
et l’on nous demande comment cet homme a été sauvé.
Sachez-le donc, vous tous,
ainsi que tout le peuple d’Israël :
c’est par le nom de Jésus le Nazaréen,
lui que vous avez crucifié
mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts,
c’est par lui que cet homme
se trouve là, devant vous, bien portant.
Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs,
mais devenue la pierre d’angle.
En nul autre que lui, il n’y a de salut,
car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes,
qui puisse nous sauver. »

– Parole du Seigneur.

— Ac 4,1-12 —
Commentaire

DES ACTES DES APÔTRES

Commentaire

1. Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l'Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l'Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même "Théophile".

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l'attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l'auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d'un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel "Nous" (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l'on déduit d'une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l'on se demande comment Luc, s'il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l'apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l'attribution à Luc de ce Livre, et de l'Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d'une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l'apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l'entrée de païens en grand nombre dans l'Eglise, dont a dû traiter l'Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 33), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).

Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, "l'affaire Jésus continue". Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l'Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d'extension à toute l'humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre, selon l'ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le "lieu" de la présence et de l'action de Jésus.


L'affaire de Jésus Ressuscité, qui a envoyé son Esprit, continue, dans une première phase, la "mission à Jérusalem" : après la venue de l'Esprit Saint et le discours de Pierre qui s'est terminé par un grand nombre de Juifs convertis à Jésus Sauveur, après un sommaire sur les principaux axes de la vie de la première communauté chrétienne, c'est, avec ce passage, le premier récit d'une guérison miraculeuse effectuée "au Nom de Jésus".

Face à la foule qui s'est précipitée autour d'eux après la guérison constatée par tous du boiteux de la Belle Porte du Temple, Pierre, toujours accompagné d'un Jean silencieux, explique à ces gens le sens de cette guérison accomplie par la puissance du "Nom" de Jésus le Ressuscité, en qui Dieu a accompli tout son plan de salut pour l'humanité, et auquel il faut se rallier dans une démarche de conversion.

C'est alors que les dirigeants du peuple Juif interviennent, exaspérés de leur succès et de leur prédication, et qu'ils les font arrêter et emprisonner. Ainsi commence une opposition-persécution qui va croître et culminer dans la dispersion d'une grande partie de la communauté Juive rattachée à la cause de Jésus (Actes, 8, 1), et finalement dans la prédication de la Bonne Nouvelle aux païens, qui sera relatée dans 18 chapitres des Actes Apôtres (Actes, 10 à 28).

2. Message

Le témoignage de Pierre devant le Sanhédrin est d'une rare audace, et sans la moindre équivoque ni la moindre concession : le boiteux a été guéri par la puissance du Nom de Jésus, que les chefs du peuple et le peuple ont fait crucifier, mais que Dieu a ressuscité d'entre les morts.

La formule de Pierre est très forte sur l'aspect unique et définitif de la personnalité et de la mission de Jésus : il n'est pas, sous le ciel, d'autre Nom donné aux hommes par lequel on puisse être sauvé.

Ce qui veut dire que tout le plan de Dieu converge et trouve son achèvement en Jésus seul, en qui tout est définitivement accompli, et qui est, de ce fait, la pierre d'angle du peuple renouvelé que Dieu se construit, selon une relecture, désormais accomplie, elle aussi, du Psaume 118, le grand Psaume de Pâques, que l'Eglise fait réciter chaque dimanche dans sa prière publique.

3. Decouvertes

Selon la promesse de Jésus à ses disciples de les assister en temps d'épreuve ou de persécution (Luc, 12, 11 - 12), Pierre est assisté de l'Esprit pour prononcer son discours, qui, bien que bref, est, comme les deux qui l'ont précédé, l'explication d'un événement-signe par le mystère du Christ Ressuscité, interprété comme achèvement du dessein de Dieu et des Ecritures.

Il semble que le motif de l'arrestation des deux apôtres soit présenté de façon différente au verset 2 (ils enseignent le peuple et proclament la résurrection des morts, hypothèse que les prêtres Sadducéens refusent), et le verset 7 (par quel pouvoir avez-vous effectué cette guérison ?)

A remarquer le grand contraste entre la foule enthousiaste, parmi laquelle un grand nombre se convertissent à Jésus, et les chefs du peuple qui refusent totalement qu'on parle de Jésus. C'était déjà la situation constatée au Temple quelques jours avant la mise à mort de Jésus.

Le témoignage apostolique est proclamé devant toutes les factions réunies des dirigeants du peuple : Grands prêtres, autorités, anciens, docteurs de la Loi. Tous ces gens instruits et cultivés demeurent confondus devant cette capacité de parole des compagnons de Jésus, et l'homme guéri, debout à leur côté (verset 13).

Voilà un autre contraste, non moins saisissant, entre ces apôtres sans culture, mais remplis de l'Esprit Saint répandu par Jésus, et tous ces dignitaires d'Israël, qui n'arrivent pas à les faire taire. Relire la réponse audacieuse de Pierre et Jean, plus loin, dans la suite du texte, au verset 19 : "Qu'est-ce qui est juste aux yeux de Dieu : vous écouter ? ou l'écouter, lui ? A vous d'en décider ! Nous ne pouvons, certes pas, quant à nous, taire ce que nous avons vu et entendu".

4. Prolongement

La proclamation de l'Evangile, et la relecture de la vie et des événements du monde, à partir de Jésus Crucifié-Ressuscité, Parole et Agir définitifs de Dieu, "scandale pour les Juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés..., Christ, puissance de Dieu et Sagesse de Dieu (1 Corinthiens, 1, 23 - 25)", nous met toujours en procès face au monde dans lequel nous vivons, mais dont nous ne sommes pas (Jean, 17, 14 - 18).

Comme ce fut le cas pour les apôtres et premiers disciples de Jésus Ressuscité (Actes, 4, 29 - 31, et 9, 27 - 28), l'Esprit de Dieu nous habite et nous remplit d'espérance et de force pour témoigner de Jésus le Vivant. En douterions-nous quelquefois ?

Prière

*Seigneur Jésus, ta présence invisible, mais combien efficace, de Vivant de la vie même de Dieu, au coeur de nos vies par ton Esprit Saint, qui est l'Esprit de Dieu qui habite en nous, est véritablement source de transformation de toute notre existence dans une renaissance et une nouvelle identité, que tu marques de ta force, de ta Lumière et de la Vérité : donne-moi, en te rédécouvrant ainsi dans la foi, de me laisser davantage saisir et conduire par toi, de façon à ce que je demeure, et devienne toujours plus, en toutes circonstances, un témoin actif et engagé de ton Evangile, sachant, en reproduisant ton image et ton exemple, prendre tous les risques pour proclamer, avec tous mes frères et soeurs coyants et disciples, au monde de notre temps, et dans son langage, qu'il n'est pas "d'autre Nom que le tien donné aux hommes pour être sauvés". AMEN.

25.04.2003.*