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Actes des Apôtres 3, 1-11
AELF · Bible liturgique

1 Pierre et Jean montaient au Temple pour la prière de la neuvième heure.
2 Or on apportait un impotent de naissance qu'on déposait tous les jours à la porte du Temple appelée la Belle, pour demander l'aumône à ceux qui y entraient.
3 Voyant Pierre et Jean sur le point de pénétrer dans le Temple, il leur demanda l'aumône.
4 Alors Pierre fixa les yeux sur lui, ainsi que Jean, et dit : " Regarde-nous. "
5 Il tenait son regard attaché sur eux, s'attendant à en recevoir quelque chose.
6 Mais Pierre dit : " De l'argent et de l'or, je n'en ai pas, mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazôréen, marche ! "
7 Et le saisissant par la main droite, il le releva. A l'instant ses pieds et ses chevilles s'affermirent ;
8 d'un bond il fut debout, et le voilà qui marchait. Il entra avec eux dans le Temple, marchant, gambadant et louant Dieu.
9 Tout le peuple le vit marcher et louer Dieu ;
10 on le reconnaissait : c'était bien lui qui demandait l'aumône, assis à la Belle Porte du Temple. Et l'on fut rempli d'effroi et de stupeur au sujet de ce qui lui était arrivé.
11 Comme il ne lâchait pas Pierre et Jean, tous, hors d'eux-mêmes, accoururent vers eux au portique dit de Salomon.

Actes des Apôtres 3, 1-11
Commentaire

DES ACTES DES APÔTRES

Commentaire

1. Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l'Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l'Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même "Théophile".

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l'attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l'auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d'un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel "Nous" (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l'on déduit d'une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l'on se demande comment Luc, s'il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l'apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l'attribution à Luc de ce Livre, et de l'Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d'une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l'apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l'entrée de païens en grand nombre dans l'Eglise, dont a dû traiter l'Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 33), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).

Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, "l'affaire Jésus continue". Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l'Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d'extension à toute l'humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre, selon l'ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le "lieu" de la présence et de l'action de Jésus.


L'affaire de Jésus Ressuscité, qui a envoyé son Esprit, continue, dans une première phase, la "mission à Jérusalem" : après la venue de l'Esprit Saint et le discours de Pierre qui s'est terminé par un grand nombre de Juifs convertis à Jésus Sauveur, après un sommaire sur les principaux axes de la vie de la première communauté chrétienne, c'est, avec ce passage, le premier récit d'une guérison miraculeuse effectuée "au Nom de Jésus".

Dans ce sommaire, qui précède justement notre texte (Actes, 2, 42 - 47), il nous est écrit, au verset 43, que "beaucoup de prodiges et de signes s'accomplissaient par les apôtres". Nous en avons donc ici une illustration, en même temps qu'une application de la prophétie de Joël, que Pierre avait citée au début de son discours du jour de la Pentecôte (Actes, 2, 19), annonçant des prodiges dans le ciel et des signes sur la terre.

2. Message

L'action de Jésus continue, et cela se manifeste dans une même "méthode de guérison", si l'on peut parler ainsi, selon un développement en quatre temps : d'abord une exposition de la situation (versets 1 à 5), puis les paroles et le geste de la guérison (versets 6 - 7), la démonstration de l'efficacité de la guérison (verset 8), et, enfin, l'effet et le rayonnement de cette guérison sur les témoins (versets 9 - 10). On trouvait déjà le même schéma, à peu de détails près, dans la guérison du paralytique de Capharnaüm effectuée par Jésus (Luc, 5, 17 - 26), et on le retrouvera dans la guérison par Paul d'un infirme à Lystres (Actes, 14, 8 - 13).

A noter cependant une grande différence : alors que Jésus agissait toujours de sa propre autorité, Pierre et Jean agissent ici explicitement "au Nom de Jésus" (verset 7). Le Nom de Jésus est la puissance d'action de Jésus : en l'invoquant avec foi, Pierre obtient que Jésus Ressuscité agisse directement, à travers ses paroles et gestes, depuis la droite de Dieu où il se trouve.

Le Nom de Jésus n'a rien d'une formule magique qui marcherait à tout coup : comme au temps de Jésus sur terre, l'invoquer, c'est avoir foi en Jésus et en sa mission. Relire la réponse de Jésus à la réaction scandalisée des disciples qui avaient constaté qu'un étranger à leur groupe chassait les démons au Nom de Jésus (Luc, 9, 49 - 50), ainsi que le témoignage des 72 disciples à leur retour de la mission que Jésus les avait envoyés accomplir (Luc, 10, 17 - 20).

Enregistrons donc le "décalage" qui existe maintenant, depuis la Résurrection et l'Ascension : là où Jésus disait "Lève-toi et marche", avec une autorité qui lui appartenait en propre, les disciples disent "Au Nom de Jésus Christ, lève-toi et marche". Décalage, que l'on retrouvera, d'une autre manière, dans la mort d'Etienne (qui se comportera alors face à Jésus, comme Jésus, en sa mort, s'était comporté face au Père), et qui fait toujours appel à la médiation de Jésus lui-même, laissant toute sa place à l'Esprit de Jésus, en qui Jésus Ressuscité agit désormais.

Et il en sera ainsi jusqu'à ce que la "fin des temps", inaugurée par Jésus, ait absorbé jusqu'à son terme, toute l'histoire de l'humanité en ce monde.

3. Decouvertes

C'est dans le "Nom de Jésus Christ" que les croyants sont baptisés (Actes, 2, 38), et c'est dans le même appel au Nom de Jésus que cette guérison et tous les miracles s'accomplissent et s'accompliront désormais. Nous constatons le même registre d'action du Ressuscité.

Remarquons que Jean est très souvent associé à Pierre en ces débuts de la mission à Jérusalem. Jean fait cependant la plupart du temps figure de partenaire discret et muet, au point qu'on s'est demandé si la mention de sa présence n'aurait pas été rajoutée par la suite. A moins que Luc l'ait fait paraître ici comme second témoin de cette guérison, dont Pierre et lui devront rendre compte au Sanhédrin, dans la scène suivante.

La première partie de cette page est toute de détails très concrets concernant l'heure, le lieu précis, la personnalité du boiteux. Encore que le nom de "La Belle Porte" n'est pas confirmé comme tel dans les écrits Juifs : on pense qu'il s'agit ici de la porte dite de "Nicanor", ou encore appelée "Corinthienne", parce que faite de bronze Corinthien, séparant la parvis des femmes et le parvis des Gentils.

Toute cette page indique bien que nous sommes dans les "Temps Nouveaux" définitifs, inaugurés par le "passage" de Jésus (sa mission jusqu'en sa mort-résurrection-ascension-et-son don de l'Esprit).

4. Prolongement

Dans le mystère de son "passage pascal", Jésus a reçu le "Nom qui est au-dessus de tout Nom", et devant lequel "tout genou doit fléchir sur terre, au ciel et aux enfers" (Philippiens, 2, 5 - 11). La puissance de ce Nom est, pour nous, indissociable du don qui nous a été fait de l'Esprit Saint.

L'Esprit Saint est, en effet, à la racine de notre foi en tant qu'elle est reconnaissance de Jésus comme "Seigneur" (1 Corinthiens, 1, 3), de notre relation à Dieu comme "Notre Père" (Romains, 8, 15 - 16), ainsi que de la charité mise en nos coeurs (Romains, 5, 5), sans oublier que c'est uniquement "par grâce que nous sommes sauvés, et que nous n'y sommes pour rien".

Ce Nom et cet Esprit de Jésus agissent tout autant dans la "réactualisation mystérieuse" de l'événement de la mort et de la résurrection de Jésus, événement qui nous est ainsi communiqué comme source de vie et de communion avec lui, dans ces gestes liturgiques tout simples de nos communautés, que sont les célébrations de tous les "sacrements" de nos Eglises chrétiennes.

Prière

*Seigneur Jésus, depuis ta résurrection et l'envoi sur nous de ton Esprit Saint, tu habites désormais notre existence par ta présence agissante, accueillie dans la foi, exprimée dans la gratuité de nos gestes de service à l'intention de nos frères et soeurs en humanité, interprétée par ta Parole de vie que nous livre la Bible relue à partir du Nouveau Testament, et sans cesse revivifiée quand nous nous replongeons dans l'événement de ton "passage" au Père, dont nous devenons "contemporains" dans les gestes et les paroles de ton dernier repas que nous refaisons "en mémoire de toi", comme tu nous l'as demandé : agis en moi de façon à ce que cette Vie extraordinaire, qui, par toi et dans ton Esprit, me vient ainsi du Père, comme puissance de salut et de partage de sa Gloire, soit toujours la richesse suprême de mon existence de disciple, de témoin, et d'apôtre, à travers toutes mes démarches effectuées "avec toi " et "en ton Nom". AMEN.

23.04.2003.*