Jour 343 ☼ — Paul, les larmes d'un père spirituel
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 20 des Actes des Apôtres, le frère Paul-Adrien lit le départ de Paul d'Éphèse, la chute et la résurrection du jeune Eutyque à Troas, le cabotage le long de la côte d'Asie, puis le grand discours d'adieu aux anciens d'Éphèse convoqués à Milet. Le commentaire signale le changement d'ambiance : Paul a environ 45-50 ans, il a accompli un vœu, il se hâte vers Jérusalem pour la Pentecôte — le livre semble vouloir se refermer là où il s'était ouvert. Le frère s'arrête enfin sur la parole de Jésus citée par Paul, « il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir », introuvable dans les évangiles : un agraphon, qui ouvre toute la question des frontières du Nouveau Testament et du canon des Écritures.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Nous sommes toujours dans notre troisième voyage missionnaire, où nous rayonnons à partir d'Éphèse. Éphèse, hein, tout le monde s'y situe bien ? J'ai insisté dessus, hein, mince ! Pour les flemmards qui n'ont pas envie de sortir une carte, Éphèse est sur la côte ouest de la Turquie actuelle, juste au bord de la mer Égée, en face de la Grèce.
Alors aujourd'hui, on va rayonner autour d'Éphèse. Il va y avoir plein de noms de villes, vous allez être complètement perdus : Troas, Assos, Mytilène, Chios, Samos, Milet. Bon, ça, c'est des détails, c'est pas très important. Vous retenez simplement qu'on est en train de rayonner à partir d'Éphèse.
Et peut-être encore plus important pour moi, en tout cas : vous allez voir qu'il y a comme un changement d'ambiance, un changement de ton. Je vous en dis pas plus, parce que je voudrais que vous essayiez de le trouver.
Lecture : Actes 20
Quand le tumulte se fut calmé, Paul fit venir les disciples et les encouragea. Puis, les ayant salués, il se mit en route pour la Macédoine. Après avoir traversé la région, en adressant aux disciples de nombreuses paroles d'encouragement, il arriva en Grèce et y passa trois mois. Il allait prendre la mer pour la Syrie lorsque, à la suite d'un complot des Juifs contre lui, il décida de repasser par la Macédoine.
Il était accompagné par Sopatros, fils de Pyrrhos, de Bérée, par Aristarque et Secundus de Thessalonique, par Gaïus de Derbé, par Timothée, ainsi que par Tychique et Trophime de la province d'Asie. Ces derniers étaient partis en avant et nous attendaient à Troas. Quant à nous, après la Pâque, nous avons embarqué à Philippes et, au bout de cinq jours, nous les avons rejoints à Troas, où nous avons passé sept jours.
Le premier jour de la semaine, nous étions rassemblés pour rompre le pain, et Paul, qui devait partir le lendemain, s'entretenait avec ceux qui étaient là. Il continua de parler jusqu'au milieu de la nuit, car dans la salle du haut où nous étions rassemblés, il y avait suffisamment de lampes. Un jeune garçon nommé Eutyque, assis sur le rebord de la fenêtre, fut gagné par un profond sommeil, tandis que Paul prolongeait l'entretien. Pris par le sommeil, il tomba du troisième étage et, quand on le souleva, il était mort. Paul descendit, se précipita sur lui et le prit dans ses bras en disant : « Ne vous agitez pas ainsi. Le souffle de vie est en lui. » Il remonta, rompit le pain et mangea. Puis il conversa avec eux assez longtemps, jusqu'à l'aube. Ensuite, il s'en alla. Quant au garçon, on l'emmena bien vivant, et ce fut un immense réconfort.
Pour nous, ayant pris les devants par bateau, nous avons gagné le large pour Assos, où nous devions reprendre Paul. Celui-ci, en effet, devait y aller par la route. Ainsi en avait-il disposé. Lorsqu'il nous a rejoints à Assos, nous l'avons repris pour aller à Mytilène. Nous avons embarqué le lendemain et, de là, nous sommes parvenus en face de Chios. Le jour suivant, nous avons fait la traversée jusqu'à Samos et, le jour d'après, nous sommes allés jusqu'à Milet. En effet, Paul avait pris la décision de passer au large d'Éphèse pour ne pas avoir à s'arrêter trop longtemps dans la province d'Asie, car il se hâtait pour être, si possible, à Jérusalem le jour de la Pentecôte.
Depuis Milet, il envoya un message à Éphèse pour convoquer les anciens de cette Église. Quand ils furent arrivés auprès de lui, il leur adressa la parole : « Vous savez comment je me suis toujours comporté avec vous. Depuis le premier jour où j'ai mis le pied en Asie, j'ai servi le Seigneur en toute humilité, dans les larmes et les épreuves que m'ont valu les complots des Juifs. Je n'ai rien négligé de ce qui était utile pour vous annoncer l'Évangile et vous donner un témoignage, en public ou de maison en maison. Je rendais témoignage devant Juifs et Grecs pour qu'ils se convertissent à Dieu et croient en notre Seigneur Jésus-Christ.
Et maintenant, voici que je suis contraint par l'Esprit de me rendre à Jérusalem, sans savoir ce qui va m'arriver là-bas. Je sais seulement que l'Esprit Saint témoigne, de ville en ville, que les chaînes et les épreuves m'attendent. Mais en aucun cas je n'accorde du prix à ma vie, pourvu que j'achève ma course et le ministère que j'ai reçu du Seigneur Jésus : rendre témoignage à l'Évangile de la grâce de Dieu.
Et maintenant, je sais que vous ne reverrez plus mon visage, vous tous, chez qui je suis passé en proclamant le Royaume. C'est pourquoi j'atteste aujourd'hui devant vous que je suis pur du sang de tous, car je n'ai rien négligé pour vous annoncer tout le dessein de Dieu.
Veillez sur vous-mêmes et sur tout le troupeau dont l'Esprit Saint vous a établis responsables, pour être les pasteurs de l'Église de Dieu, qu'il s'est acquise par son propre sang. Moi, je sais qu'après mon départ, des loups redoutables s'introduiront chez vous et n'épargneront pas le troupeau. Même du milieu de vous surgiront des hommes qui tiendront des discours pervers pour entraîner les disciples à leur suite. Soyez donc vigilants et souvenez-vous que, durant trois ans, nuit et jour, je n'ai cessé, dans les larmes, de reprendre chacun d'entre vous.
Et maintenant, je vous confie à Dieu et à la parole de sa grâce, lui qui a le pouvoir de construire l'édifice et de donner à chacun l'héritage, en compagnie de tous ceux qui ont été sanctifiés. Je n'ai convoité ni l'argent, ni l'or, ni le vêtement de personne. Et vous le savez bien vous-mêmes : les mains que voici ont pourvu à mes besoins et à ceux de mes compagnons. En toutes choses, je vous ai montré qu'en se donnant ainsi de la peine, il faut secourir les faibles et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, car lui-même a dit : “Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir.” »
Quand Paul eut ainsi parlé, il s'agenouilla et pria avec eux tous. Tous se mirent à pleurer abondamment ; ils se jetaient au cou de Paul et l'embrassaient. Ce qui les affligeait le plus, c'est la parole qu'il avait dite : « Vous ne verrez plus mon visage. » Puis on l'accompagna jusqu'au bateau.
Commentaire
Est-ce que vous avez senti le changement d'ambiance ? Ah, ça commence à devenir un peu plus grave, la manière dont Paul parle. Il s'est passé quelque chose.
Il y avait une phrase clé, verset 16. Saint Paul dit aux anciens qu'il souhaiterait être à Jérusalem pour le jour de la Pentecôte. Alors là, normalement, vous avez tous les warnings qui s'allument dans votre tête. Parce que quand saint Paul parle aux anciens, ça veut dire déclaration solennelle. Et puis, Jérusalem, la Pentecôte… on est en train de se dire que là, il y avait un livre qu'on va peut-être commencer à fermer. On l'avait ouvert à la Pentecôte, à Jérusalem. On retourne sur les lieux du drame. Ce ne sera pas la première fois que Luc vous fera le coup : il avait commencé son évangile à Jérusalem et il l'avait terminé à Jérusalem, dans le Temple, les deux fois d'ailleurs.
Alors, pour bien sentir ça, ce petit changement d'ambiance et de ton, il faut remonter aussi à une toute petite phrase qu'on avait entendue hier. C'était juste une mention en passant. Chapitre 18 : on vous avait dit que Paul s'était rasé les cheveux pour accomplir un vœu. Saint Paul qui s'était rasé les cheveux pour accomplir un vœu. J'insiste là-dessus, il y aurait plein de choses à dire : la reprise du naziréat — souvenez-vous de Samson, il ne se rasait pas les cheveux. Il y aurait aussi des choses à dire sur les tonsures des moines, parce qu'en fait, c'est sur ce passage-là des Actes des Apôtres que vient la rasure. Et puis surtout, mais c'est ça ce que je veux dire, c'est qu'il y avait un vœu. On ne vous dit pas lequel, on ne sait pas. La seule chose que l'on sait, c'est que là aussi, ça fait penser à une étape de sa vie qui se clôture. Donc il y a des warnings qui s'allument là. Il y a des choses qui sont en train de se préparer.
Allons un tout petit peu plus dans les détails. Quel âge saint Paul a-t-il en ce moment ? Si on reprend la chronologie qui est majoritaire chez les historiens, on situe ce passage que vous venez d'entendre vers 55-57 après Jésus-Christ. Et on peut raisonnablement penser qu'entre la conversion de saint Paul et Actes 20, là, en ce moment, il s'est passé entre 20 et 23 ans. Saint Paul aurait 45-50 ans. Et vous avez entendu Paul — toujours pour vous faire sentir ce changement d'ambiance — qui a quitté Éphèse en disant de manière solennelle aux anciens : « Vous ne verrez jamais plus mon visage. » Quand je vous dis qu'il y a une forme de gravité ici.
Et d'ailleurs, c'était la dernière partie de la lecture : on a eu le droit au discours solennel d'adieu à Milet, à côté d'Éphèse. Ça fait vaguement penser, dans l'Ancien Testament, à Samuel. Quand Samuel se retire de la vie politique, il convoque tout le peuple pour vérifier que tous les dossiers sont bien réglés et qu'on peut se quitter en paix. Là, c'est un peu ce même sentiment.
Alors vous relirez : saint Paul vous dit qu'il n'a tiré aucun avantage personnel et matériel de l'évangélisation. Au contraire, il s'est pris pas mal de persécutions, et il a travaillé de ses mains, ce qui pour lui était un titre de gloire. Saint Paul, le fabricant de tentes, pour n'être à charge de personne.
Et au milieu de son discours, il y avait une certaine angoisse qui se faisait sentir : lui parti, qui protégera l'Église ? C'est un thème qui va devenir récurrent dans ses écrits de vieillesse, l'angoisse qu'il a pour l'avenir des Églises.
Et il termine son discours avec une phrase qui est très étonnante. Alors là, les exégètes n'arrêtent pas de se pencher dessus.
Il faut secourir les faibles et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, car lui-même a dit : « Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir. »
Et alors, cette petite phrase toute simple, les exégètes n'arrêtent pas de se tirer les cheveux dessus. Parce que cette phrase de Jésus, « il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir », elle ne se retrouve pas dans les évangiles. Alors, d'où Paul la sort-il ? On appelle ça les agrapha. Ça porte un nom technique précis : ce sont les paroles qu'on attribue à Jésus, mais qui ne se retrouvent pas dans les évangiles canoniques.
En même temps, on comprend : les évangiles canoniques ont rassemblé énormément de paroles de Jésus, mais ils n'ont jamais eu la prétention de rassembler toutes les paroles de Jésus. C'est ce que vous disait Jean à la fin de son évangile : si on devait écrire tout ce qu'a dit et fait Jésus, l'univers entier ne suffirait pas. Donc là, une nouvelle phrase de Jésus : « il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir ». On sent bien la gratuité, ça a bien la musique et la couleur de l'Évangile.
Vous avez d'autres passages dans le Nouveau Testament qui vous parlent d'autres phrases, d'autres enseignements de Jésus, mais qui, cette fois-ci, auraient été perdus. Par exemple, dans la première lettre aux Thessaloniciens, on vous parle d'un enseignement de Jésus concernant son retour, sa parousie.
Alors, des agrapha, des paroles inédites de Jésus, on en trouve aussi chez les Pères de l'Église. Par exemple, Papias, deuxième siècle : « Le Seigneur disait : il y aura des jours où pousseront des ceps de vigne, chacun ayant dix mille sarments, et sur chaque sarment dix mille grappes. » C'est de Jésus ou c'est pas de Jésus, ça ? Ben, on ne sait pas très bien. Ou alors, Justin martyr — là, je l'aime beaucoup : « Soyez éprouvés comme de bons changeurs, gardez ce qui est bon. » Ben, peut-être que Jésus a dit cette phrase. Et dernier agraphon célèbre, chez Origène : « Celui qui est près de moi est près du feu, celui qui est loin de moi est loin du Royaume. »
Bon, ça, ça vous montre que le Nouveau Testament a des frontières assez floues. On ne va pas rentrer dans toute la question du canon des Écritures. On a gardé quatre évangiles et on a gardé les lettres de saint Paul — mais il y a des lettres qu'on lui attribue, des lettres qu'on ne lui attribue pas. Vous avez aussi des recueils entiers d'agrapha qui ont été considérés comme apocryphes, par exemple l'Évangile de Jésus-Christ selon saint Thomas.
Donc, tout ça pour vous dire que ça n'a l'air de rien, mais cette phrase que saint Paul attribue à Jésus, qui est extrêmement belle, elle pourrait à elle seule aussi résumer l'Évangile : il y a plus de joie à donner qu'à recevoir. Et ça soulève un problème entier, un problème fascinant : les frontières du Nouveau Testament, le canon des Écritures.
Proverbes 29,13-15
Le pauvre et l'exploiteur se rencontrent : à tous deux le Seigneur donne la lumière.
Le roi qui rend justice aux faibles selon la vérité ne cesse d'affermir son trône.
Coup de bâton et remontrance procurent la sagesse ; un jeune renvoyé fait la honte de sa mère.