Jour 343 ☾ — L'élargissement du cœur
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Résumé : Dans cet épisode consacré à la deuxième lettre aux Corinthiens, le frère Paul-Adrien lit le cœur théologique de la lettre : le ministère de la réconciliation. Saint Paul y expose le paradoxe de l'apostolat — détresses, coups, prison, mais joie et richesse — et supplie les Corinthiens d'élargir leur cœur comme le sien s'est élargi pour eux. Le commentaire montre que l'évangélisation ne se réduit pas à témoigner de la mort et de la résurrection du Christ : elle consiste aussi à porter le cri de Dieu qui veut se réconcilier avec les hommes, et à permettre aux hommes de se réconcilier entre eux. La lecture s'achève sur un happy end : Tite revient de Corinthe avec la nouvelle de la réconciliation.
Introduction
Deuxième lettre aux Corinthiens. On est toujours dans notre histoire de couple entre Paul et les Corinthiens. La dernière fois, Paul s'était livré à cœur ouvert sur sa manière à lui de vivre l'apostolat. Et l'on va maintenant entrer dans ce que l'on considère être le cœur théologique de cette lettre. Ce ne sera pas toujours très simple à suivre, je vous l'accorde. On reprendra ça en commentaire. Comme d'habitude, pas de panique, je m'occupe de vous.
On appelle ça le ministère de la réconciliation. C'est quoi être un pasteur ? C'est quoi être un évangélisateur ? Saint Paul va vous dire que c'est porter dans le cœur le cri de Dieu qui veut se réconcilier avec l'humanité. Alors, on n'oublie pas que Paul écrit cette lettre dans un contexte très particulier : cette querelle de couple, je vous disais, entre les Corinthiens et lui. Donc, ce cri de réconciliation qu'il essaye de porter, on le voit là résonner de manière très concrète. En apaisant tout ce beau monde, il s'agit d'exaucer la prière de Dieu.
Comme ce n'est pas très facile à suivre, je vous donne les grandes étapes de la lecture d'aujourd'hui, d'accord ? On va y aller en plusieurs étapes. On va d'abord partir du cri de Dieu qui veut se réconcilier avec les hommes et que Paul, en tant que ministre chrétien, porte en lui. Et parce qu'il porte ce cri en lui, Paul va vous dire que ça a bousculé toute sa vie. Il dit qu'il le porte dans les larmes, dans les pleurs, dans les cris. Même s'il dit qu'il a le plus beau métier du monde et qu'il y a une gloire, il y a une lumière dans l'apostolat qu'il n'y a nulle part ailleurs. Et c'est ça, ce qu'il explique aux Corinthiens. Et l'espoir de saint Paul, c'est la dernière étape, c'est qu'en leur disant ce qu'il a sur le cœur, il bouleverse les Corinthiens pour qu'ils se réconcilient avec lui. Et à la fin du chapitre, il y aura une petite surprise.
Lecture : 2 Corinthiens 5-7
Ainsi, nous gardons toujours confiance, tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur tant que nous demeurons dans ce corps. En effet, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision. Oui, nous avons confiance, et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur. Mais de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c'est de plaire au Seigneur. Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu'il a fait, soit en bien, soit en mal, pendant qu'il était dans son corps.
En tant que coopérateurs de Dieu, nous vous exhortons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui. Car elle dit dans l'Écriture : « Au moment favorable, je t'ai exaucé ; au jour du salut, je t'ai secouru. » Le voici maintenant, le jour du salut.
Pour que notre ministère ne soit pas exposé à la critique, nous veillons à ne choquer personne en rien. Au contraire, en tout, nous nous recommandons nous-mêmes comme des ministres de Dieu : par une grande endurance, dans les détresses, les difficultés, les angoisses, les coups, la prison, les émeutes, les fatigues, le manque de sommeil et de nourriture ; par la chasteté et la connaissance, la patience et la bonté, la sainteté de l'esprit et la sincérité de l'amour, par une parole de vérité, par une puissance qui vient de Dieu. Nous nous présentons avec les armes de la justice, pour l'attaque et la défense, dans la gloire et le mépris, dans la mauvaise et la bonne réputation. On nous traite d'imposteurs, et nous disons la vérité ; on nous prend pour des inconnus, et nous sommes très connus ; on nous croit mourants, et nous sommes bien vivants ; on nous punit, et nous ne sommes pas mis à mort ; on nous croit tristes, et nous sommes toujours joyeux ; pauvres, et nous faisons tant de riches ; démunis de tout, et nous possédons tout.
Pour vous, Corinthiens, notre bouche a parlé ouvertement, notre cœur s'est élargi. Vous n'êtes pas à l'étroit chez nous, c'est en vous-mêmes que vous êtes à l'étroit. Je vous le dis parce que vous êtes mes enfants : payez-nous de retour, élargissez votre cœur, vous aussi.
Ne formez pas d'attelage mal assorti avec des non-croyants. Quel point commun peut-il y avoir entre la justice et l'impiété ? Quelle communion de la lumière avec les ténèbres ? Quel accord du Christ avec Satan, ou quel partage pour un croyant avec un non-croyant ? Quelle entente y a-t-il entre le sanctuaire de Dieu et les idoles ? Nous, en effet, nous sommes le sanctuaire du Dieu vivant, comme Dieu l'a lui-même dit : « J'habiterai et je marcherai parmi eux, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Sortez donc du milieu de ces gens-là et séparez-vous, dit le Seigneur. Ne touchez à rien d'impur, et moi, je vous accueillerai. Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles. » Ainsi parle le Seigneur, souverain de l'univers.
Ayant reçu de telles promesses, mes bien-aimés, purifions-nous donc de toute souillure de la chair et de l'esprit, achevons de nous sanctifier dans la crainte de Dieu.
Faites-nous bon accueil. Nous n'avons fait de tort à personne, nous n'avons corrompu personne, nous n'avons exploité personne. Je ne parle pas pour condamner, car je l'ai déjà dit : vous êtes dans nos cœurs, à la vie, à la mort. Grande est l'assurance que j'ai devant vous, grande est ma fierté à votre sujet. Je me sens pleinement réconforté, je déborde de joie au milieu de toutes nos détresses.
En fait, à notre arrivée en Macédoine, dans notre faiblesse, nous n'avons pas eu le moindre répit. Mais nous étions dans la détresse à tout moment : au-dehors, des conflits ; au-dedans, des craintes. Pourtant, Dieu, lui qui réconforte les humbles, nous a réconfortés par la venue de Tite, et non seulement par sa venue, mais par le réconfort qu'il avait trouvé chez vous. Il nous a fait part de votre grand désir de nous revoir, de votre désolation, de votre zèle pour moi, et cela m'a donné encore plus de joie.
En effet, même si je vous ai attristés par ma lettre, je ne le regrette pas. Et même si j'ai pu le regretter, car je vois bien que cette lettre vous a attristés au moins pour un moment, je me réjouis maintenant, non de ce que vous avez été attristés, mais parce que cette tristesse vous a conduits au repentir. En effet, elle a été vécue selon Dieu, si bien que vous n'avez subi aucun dommage à cause de nous. Car une tristesse vécue selon Dieu produit un repentir qui mène au salut, sans causer de regrets, tandis que la tristesse selon le monde produit la mort. Mais la tristesse vécue selon Dieu, voilà ce qu'elle a produit chez vous : quel empressement ! quelles excuses ! quelle indignation ! quelle crainte ! quel désir ! quel zèle ! quelle juste punition ! En tout point, vous avez prouvé que vous étiez irréprochables dans cette affaire.
Bref, même si je vous ai écrit, ce n'est pas à cause de l'offenseur ni à cause de l'offensé, mais pour rendre manifeste à vos yeux, devant Dieu, l'empressement que vous avez pour nous. Voilà ce qui fait notre réconfort. En plus de ce réconfort, nous nous sommes réjouis encore bien davantage en voyant la joie de Tite : son esprit a été pleinement tranquillisé par vous tous. Devant lui, j'avais montré quelque fierté à votre sujet, et je n'ai pas eu à en rougir. À vous, nous avons toujours parlé en vérité ; de même, notre fierté devant Tite est apparue fondée en vérité. Et sa tendresse à votre égard grandit encore quand il se souvient de votre obéissance à tous, comment vous l'avez accueilli, avec crainte et profond respect. Quelle joie pour moi d'avoir pleine confiance en vous !
Commentaire
Est-ce que vous avez vu le happy end final ? Tite est arrivé avec une lettre de réconciliation. Saint Paul a réussi ! Il a réussi à se frayer un chemin jusque dans le cœur des Corinthiens.
Non, vous n'étiez pas à l'étroit chez nous.
Il les a bouleversés au point qu'ils demandent leur réconciliation. Pas mal, hein ? Donc, du coup, ça vaut le coup de reprendre la manière dont Paul y est parvenu.
On commence avec :
Tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés par le Christ et qui nous a donné le ministère de la réconciliation.
Sous-entendu, là, ce dialogue que Paul essaye d'avoir avec les Corinthiens, il trouve sa source non pas dans leur broutille humaine, mais dans le cœur de Dieu. Ça vous donne une autre perspective, ça élargit la vision d'ensemble.
Alors maintenant, comment est-ce que cette réconciliation arrive jusqu'à nous ? Et c'est là où il faut parler de ce qu'on appelle les médiations, c'est-à-dire qu'il y a des intermédiaires. Et le premier intermédiaire entre Dieu et nous, c'est le Christ. C'est-à-dire que cette broutille entre les Corinthiens et saint Paul, c'est une manière ou bien à nouveau de crucifier Jésus, ou bien de participer à sa réconciliation et à sa résurrection. Alors, sa résurrection, j'insiste là-dessus, c'est parce qu'à chaque fois qu'il y a une œuvre de miséricorde, de pardon qui est donnée, c'est comme si c'était une création nouvelle. C'est ce que vous disait le texte, en 5,17 :
Si quelqu'un est dans le Christ, il est une création nouvelle.
Ok, mais maintenant, comment est-ce que le Christ va venir jusqu'à nous ? Comment est-ce que cette réconciliation divine que Jésus a opérée sur la croix, on va pouvoir la proposer aux hommes et rentrer dedans ? Et c'est là qu'arrive le travail de l'évangélisation et de ce qu'on appelle l'apostolat. En 5,20, Paul en parle.
Ça, vous voyez, c'est extrêmement beau, parce que c'est une nouvelle conception de l'apostolat et de l'évangélisation. Pour nous, l'évangélisation, c'est simplement témoigner de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Saint Paul est en train de vous dire : ça va beaucoup plus loin. L'évangélisation, c'est aussi permettre aux hommes de se réconcilier entre eux. À chaque fois qu'il y a des pardons qui sont posés — parce que des histoires compliquées, on en a tous —, c'est comme si on accomplissait enfin la prière du Christ et qu'on vivait dans notre chair sa mort et sa résurrection.
Alors, si jamais vous allez un petit peu plus dans les détails, vous voyez la manière dont saint Paul exhorte à la réconciliation : c'est-à-dire que sa parole est à la fois une représentation — il redit une parole qui ne vient pas de lui-même, mais du Christ — et il le dit sous le mode de la supplication. Parce que la réconciliation, vous ne pouvez pas l'ordonner. La réconciliation, l'amitié avec Dieu, c'est quelque chose qui va se mendier avec des larmes.
Concrètement, ça veut dire que ce ministère, être un pasteur chrétien, ça va être un paradoxe. C'est-à-dire qu'à la fois vous allez prendre sur vous les souffrances et les contradictions, vous allez vous prendre la colère des hommes et leur mauvaise humeur en pleine figure, de la même manière que le Christ a pris sur lui le péché des hommes ; mais de la même manière que le Christ, alors qu'il était insulté, ne rendit pas l'insulte, si ce que vous visez, c'est la réconciliation, la miséricorde et l'amitié, vous allez vivre tout ça dans l'amour, la patience, la persévérance et dans l'humilité. C'est tout le paradoxe de la vie chrétienne. Citation magnifique de saint Paul :
On nous croit attristés, et nous sommes toujours joyeux. On nous considère comme pauvres, alors que nous faisons des riches. On pense que nous n'avons rien, et nous possédons tout.
L'apôtre, le chrétien, le ministre, c'est celui qui incarne de manière vivante le paradoxe. Le paradoxe de la croix.
Nous nous recommandons par la chasteté, la connaissance, la patience, la bonté, la sainteté de l'esprit, la sincérité de l'amour, nous qui subissons les coups, la prison, les émeutes, les fatigues, le manque de sommeil et de nourriture…
Et c'est comme ça que, normalement, la parole de Dieu devient efficace. C'est comme ça que votre évangélisation, la parole que vous donnez du Christ, arrive à se frayer un chemin jusque dans le cœur de vos auditeurs.
J'insiste là-dessus. Ce que je veux dire par là, c'est que dans l'évangélisation, pour l'instant, on a surtout vu soit une puissance réelle, rhétorique ou intellectuelle, donner des arguments, soit faire des miracles, des charismes qui attestent de la vérité historique de la mort et de la résurrection. Saint Paul est en train de lui donner une autre dimension encore : l'intelligence émotionnelle. Le but, c'est de se frayer un chemin jusque dans le cœur de la personne en face de vous, pour être réconcilié avec elle, pour être en communion de cœur et de sentiments. Et ça, ça ne s'ordonne pas. D'où ce vocabulaire de la croix.
Notre bouche s'est ouverte pour vous, Corinthiens, notre cœur s'est élargi ; rendez-nous la pareille, élargissez, vous aussi, votre cœur.
L'ouverture des cœurs, la fin des soupçons, l'accueil d'une autorité qui ne domine pas mais qui engendre la foi.
Purifions-nous de toute souillure de la chair et de l'esprit, en achevant notre sanctification dans la crainte de Dieu.
Et de là — c'était la fin de la lecture qu'on a entendue — Tite qui revenait de Corinthe en disant : les Corinthiens se sont réconciliés avec toi.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur Jésus, fais de moi un artisan de paix, capable d'élargir mon cœur, capable d'élargir le cœur des hommes, capable de porter sur lui le mystère de la croix, capable de tout supporter pour gagner tout le monde au Christ.
Que je sois fier de ma faiblesse et que ma faiblesse devienne le lieu de ta puissance. Que par toute ma vie, je puisse dire aux hommes : laissez-vous réconcilier avec Dieu. Apprends-moi le pardon, pour qu'à mon tour je puisse pardonner et donner envie aux hommes de pardonner.
Seigneur, fais de moi un artisan de paix.