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Lettre · 13 chapitres

2 Corinthiens

2 Corinthiens 5, 20 – 6, 2
AELF · Bible liturgique

20 Nous sommes donc en ambassade pour le Christ; c'est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ: laissez-vous réconcilier avec Dieu.
21 Celui qui n'avait pas connu le péché, Il l'a fait péché pour nous, afin qu'en lui nous devenions justice de Dieu.
1 Et puisque nous sommes ses coopérateurs, nous vous exhortons encore à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu.
2 Il dit en effet: Au moment favorable, je t'ai exaucé; au jour du salut, je t'ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut.

2 Corinthiens 5, 20 – 6, 2
Commentaire

Dieu Ne Tient Pas Des Comptes

« Il n’a pas tenu compte des fautes » : c’est peut-être la plus belle révélation du jour ! Dieu ne tient pas des comptes avec nous. Comme le disait déjà le psaume 102/103 bien avant la venue du Christ, « Dieu met loin de nous nos péchés ».

Un Dieu comptable, c’est une idée qui nous vient malheureusement assez spontanément à l’esprit : probablement parce que nous sommes un peu comptables nous-mêmes à l’égard des autres ? Cette idée était incontestablement celle du peuple élu au début de l’histoire de l’Alliance ; rien d’étonnant : pour que l’homme découvre Dieu tel qu’il est vraiment, il faut que Dieu se révèle à lui. Et nous voyons, dimanche après dimanche, le travail de la révélation biblique.

Commençons par Abraham : Dieu n’a jamais parlé de péché avec lui ; il lui a parlé d’Alliance, de Promesse, de bénédiction, de descendance : on ne trouve le mot « mérite » nulle part. La Bible note « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR et le SEIGNEUR estima qu’il était juste » (Gn 15,6). La foi, la confiance, c’est la seule chose qui compte. Nos comportements suivront. Dieu n’en fait pas des comptes : ce qui ne veut pas dire que nous pouvons désormais faire n’importe quoi ; nous gardons notre entière responsabilité dans la construction du royaume. Ou encore, rappelons-nous les révélations successives de Dieu à Moïse, en particulier, le « SEIGNEUR miséricordieux et bienveillant, lent à la colère et plein d’amour » ; et puis David qui a découvert (à l’occasion de son péché justement) que le pardon de Dieu précède même nos repentirs. Ou encore cette magnifique phrase où Isaïe nous dit que Dieu nous surprendra toujours parce que ses pensées ne sont pas nos pensées, précisément parce qu’il n’est que pardon pour les pécheurs (Is 55,6-8).

Impossible de tout citer, mais l’Ancien Testament, déjà, avait compris que Dieu est tendresse et pardon et n’oublions pas que le peuple d’Israël a appelé Dieu « Père » bien avant nous. La fable de Jonas par exemple a été écrite justement pour qu’on n’oublie pas que Dieu s’intéresse au sort de ces païens de Ninivites, les ennemis héréditaires de son peuple.

La Mission Du Christ

Première conviction, donc, Dieu n’a jamais fait le moindre compte des péchés des hommes ; deuxième conviction, le Christ est venu dans le monde pour nous le prouver. Comme il l’a dit à Pilate « Je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37). C’est-à-dire pour nous montrer que Dieu est depuis toujours Amour et Pardon. Il est rare que Jésus fasse des confidences sur sa mission. En voici une. Dans l’évangile de Marc, on lit une autre de ses confidences à ses disciples : alors que ceux-ci voulaient le retenir à Capharnaüm au lendemain d’une journée bien remplie, il s’était éloigné : « Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche. Ils le trouvent et lui disent : « Tout le monde te cherche. » Jésus leur dit : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. » (Mc 1,35-38). « C’est pour cela, c’est-à-dire proclamer l’Évangile » qu’il est « sorti », c’est-à-dire venu dans notre monde. Et cet Évangile, c’est cette nouvelle que nous dit saint Paul : Dieu n’a pas tenu compte des fautes.

La question rebondit : pourquoi Jésus est-il mort ? Le Christ est venu pour témoigner de ce Dieu d’amour auprès de ses contemporains ; il a essuyé le refus de cette révélation ; et il a accepté de mourir d’avoir eu trop d’audace, d’avoir été trop gênant pour les autorités en place qui savaient mieux que lui qui était Dieu. Il est mort de cet orgueil des hommes qui s’est mué en haine sans merci.

Au sein même de ce déchaînement d’orgueil, il a subi l’humiliation ; mais au sein de la haine, il n’a eu que des paroles de pardon. Voilà le vrai visage de Dieu enfin exposé au regard des hommes. « Qui m’a vu a vu le Père » (dit-il à Philippe, Jn 14, 9).

On comprend mieux alors la phrase : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu. » Sur le visage du Christ en croix, nous contemplons jusqu’où va l’horreur du péché des hommes ; mais aussi jusqu’où vont la douceur et le pardon de Dieu. Et de cette contemplation peut jaillir notre conversion. « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » disait déjà Zacharie (Za 12,10), repris par saint Jean (Jn 19,37). Alors nos cœurs de pierre pourront enfin devenir des cœurs de chair, comme disait Ézéchiel, c’est-à-dire, pleins de douceur et de pardon comme lui. À nous maintenant de devenir à notre tour les ambassadeurs de son message. Il nous faut de toute urgence effacer des têtes de nos contemporains toutes les fausses idées sur un Dieu comptable.