15 Oui, jusqu'à ce jour, toutes les fois qu'on lit Moïse, un voile est posé sur leur cœur.
16 C'est quand on se convertit au Seigneur que le voile est enlevé.
17 Car le Seigneur, c'est l'Esprit, et où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté.
18 Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est l'Esprit.
1 Voilà pourquoi, miséricordieusement investis de ce ministère, nous ne faiblissons pas,
2 mais nous avons répudié les dissimulations de la honte, ne nous conduisant pas avec astuce et ne falsifiant pas la parole de Dieu. Au contraire, par la manifestation de la vérité, nous nous recommandons à toute conscience humaine devant Dieu.
3 Que si notre Évangile demeure voilé, c'est pour ceux qui se perdent qu'il est voilé,
4 pour les incrédules, dont le dieu de ce monde a aveuglé l'entendement afin qu'ils ne voient pas briller l'Évangile de la gloire du Christ, qui est l'image de Dieu.
5 Car ce n'est pas nous que nous prêchons, mais le Christ Jésus, Seigneur ; nous ne sommes, nous, que vos serviteurs, à cause de Jésus.
6 En effet le Dieu qui a dit : Que des ténèbres resplendisse la lumière, est Celui qui a resplendi dans nos cœurs, pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu, qui est sur la face du Christ.
DE LA 2ème LETTRE AUX CORINTHIENS
Commentaire
1. Situation
La 2ème Lettre de Paul aux Corinthiens comprend, à vrai dire, 2 lettres, la 1ère, appelée Lettre A, regroupant les chapitres 1 - 9, la 2nde, appelée Lettre B, les chapitres 10 - 13. Cette division est admise par la plupart des spécialistes, même si certains sont allés jusqu'à y découvrir un ensemble de 5 lettres de Paul.
Personne, en revanche, ne met en doute que cette lettre, en son état actuel, soit un texte authentique de Paul, sauf peut-être pour les versets 6, 14 - 7, 1, qu'un certain nombre considèrent comme postérieurs à Paul.
La Lettre A a dû être écrite au printemps de l'année 55, soit environ un année après la 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens, tandis que la Lettre B aurait été écrite quelques mois seulement plus tard que la Lettre A, au cours de l'été 55.
Dans ces 2 Lettres, A et B, Paul se trouve sur la défensive face aux chrétiens de Corinthe.
Relisant cette Lettre dans son unité d'ensemble actuelle, nous y distinguons, entre l'adresse et la prière de bénédiction de l'introduction (1, 1 - 11) et les salutations et la bénédiction finale de la conclusion (13, 11 - 13), deux grandes parties qu'on pourrait intituler : - Paul le conciliateur (1, 12 - 9, 15), - Paul se met en situation d'attaquant pour mieux se défendre (10, 1 - 13, 10).
Dans la Lettre A, après une introduction (1, 1 - 11), Paul commence par expliquer pour quelles raisons il a dû annuler un voyage qu'il avait prévu à Corinthe (1, 12 - 2, 13), puis il définit les critères d'un apostolat authentique au service de la cause de Jésus ( 2, 14 - 6, 10). Il reparle ensuite de ses relations avec l'Eglise de Corinthe dans une 3ème partie (6, 11 - 7, 16) avant de conclure sur un appel à participer généreusement à la collecte qu'il a organisée pour les pauvres de l'Eglise de Jérusalem (8, 1 - 9, 15).
Dans la Lettre B (ou 2ème partie de notre actuelle 2ème Lettre aux Corinthiens), Paul se livre d'abord à une défense préliminaire (10, 1 - 18), avant de se lancer, selon une attitude qu'il qualifiera de "folie", dans un discours plein d'emportement (11, 1 - 12, 13), et de conclure sa défense (12, 14 - 13, 10).
Notre passage se situe dans le 2ème argument de la 1ère grande partie de cette Lettre (ou de la Lettre A).
2. Message
Il faut d'abord remarquer, suite au passage de ce texte lu hier, avec quelle force Paul continue de souligner les caractéristiques de son ministère. Il est, en effet, affronté à une forte opposition dans cette Eglise de Corinthe, dans laquelle des Judéo-Chrétiens plutôt virulents attaquent son autorité apostolique. Le fait qu'il soit ainsi sur la défensive explique le langage qu'il emploie : il parle de splendeur et d'éclat, de hardiesse et de puissance, en contrastant son ministère (quelle audace pour un Juif !) avcec ce que l'Ancien Testament nous apprend du ministère, pourtant unique, de Moïse, dont il est directement question en Exode, 34, 27 - 35. Pour Paul la gloire du ministère apostolique dont il est chargé dépasse quasi infiniment, dans la mesure où elle est vraiment d'un autre ordre, la gloire accordée jadis à Moïse.
A travers son argumentation qui peut nous paraître à première vue compliquée, Paul veut nous faire comprendre que c'est en, et par, Jésus Christ que l'on découvre le sens vrai et définitif de l'Ancien Testament.
Seules l'action et la Parole du Christ, prêchées par l'apôtre dans son Evangile, ont le pouvoir de nous transformer de fond en comble, et de mettre sur nos visages la lumière unique du Seigneur Jésus le Christ.
Face à ce mystère, l'apôtre n'est que le serviteur de la Parole de Dieu qui éclaire, et qu'il annonce à ses frères en se faisant leur serviteur.
3. Decouvertes
Pour bien comprendre cette page, il faut la replacer dans l'ensemble 3, 7 - 18 sur le ministère de la Nouvelle Alliance, et dans lequel Paul insiste fortement sur la liberté à l'égard de la Loi, liberté liée à l'Esprit du Seigneur et à la transformation des croyants qui sont rendus capables à la fois de contempler et de refléter l'image du Christ qui les transfigure.
Comme l'indique bien la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB, 3, 6, note "n"), tout cet ensemble, prolongé jusqu'en 4, 6, peut se mettre en un tableau très précis de comparaison entre les deux Alliances :
- L'Ancienne Alliance fut gravée sur des tables de pierre (3, 3 et 7), alors que la Nouvelle Alliance est écrite dans les coeurs (3, 3 et 6)
- L'Ancienne Alliance est fondée sur la lettre qui tue et entraîne un ministère de mort, (3, 6 - 7) tandis que la Nouvelle est toute entière selon l'Esprit qui vivifie (3, 6), si bien que le ministère apostolique est ministère selon l'Esprit (3, 3 et 8).
- L'Ancienne Alliance était un ministère de condamnation, la Nouvelle est ministère de justice (3, 9 ).
- La gloire de l'Ancienne Alliance n'était qu'un éclat passager (3, 7. 11. 13) alors que la gloire de la Nouvelle Alliance demeure toujours (3, 11).
- L'Ancien Testament était lu avec un voile (3, 14), qui cachait les limites d'une gloire temporaire (3, 7), tandis que la Nouvelle Alliance est illumination de la connaissance de la gloire de Dieu (4, 6).
- Si la gloire de l'Ancien Testament resplendissait de façon caduque sur la face de Moïse (3, 7), celle de la Nouvelle Alliance demeure sur le visage du Christ ressuscité (4, 6).
Remarquons que Paul interprète ici, en le contredisant, le message de Exode, 34, 29 - 35, concernant Moïse.
Si, selon Paul, la Loi ne sauve pas, elle joue encore son rôle, à la fois pour les Juifs non Chrétiens qui la lisent comme avec un voile, et pour les chrétiens, pour qui son sens est totalement dévoilé dans l'accomplissement réalisé par Jésus.
L'exprression "Le Seigneur est l'Esprit" a souvent posé question à ceux qui lisent ce passage : s'agirait-il d'une idenfication du Seigneur Jésus ressuscité à l'Esprit Saint ? Même si Jésus, dans les chapitres 14 - 16 de l'Evangile de Jean, a parlé de son retour "autrement" dans l'envoi de l'Esprit du Père, beaucoup pensent que le terme "Seigneur" est simplement "ici" synonyme de Dieu.
A partir du verset 4, 1, et jusqu'en 4, 6, un nouveau thème apparaît, ou plutôt revient : celui de la qualité du ministère de Paul, qui est amené à se défendre sur ce point (1, 12 - 14). Entre le terrain de la honte et les valeurs de l'honneur, de la transparence, de la vérité, de la rectitude, du respect dû à la Parole de Dieu, Paul a, le plus clairement possible, fait choix de ces dernières.
Donc, pas question pour lui de cacher quoi que ce soit, de falsifier la Parole du Seigneur, de tirer profit des frères en les trompant, comme le font de "faux apôtres" (11, 20).
C'est bien par le ministère de Paul que les Corinthiens ont découvert la lumière de l'Evangile. Et si Paul réemploie ici l'image du "voile", c'est pour souligner que si le message de l'Evangile demeure parfois voilé, c'est, d'une part, peut-être (certains exégètes l'ont dit), qu'il n'est pas toujours facile à comprendre, et, d'autre part, que des forces adverses interviennent pour en dissiper la lumière, ces forces étant celles du monde et de son Prince.
Car Paul agit très différemment : il n'est qu'un serviteur, qui, loin de se prêcher lui-même, se veut engagé au seul service du Christ et des croyants. Il n'intervient que parce que Dieu l'a envoyé, Dieu qui, à travers son ministère, brille directement dans le coeur des croyants, laissant les incroyants dans les ténèbres, selon la distinction de Genèse, 1, 3, que Paul cite.
En se situant ainsi comme un esclave à cause de Jésus, Paul utilise une image qu'il emploie fréquemment (1 Corinthiens, 9, 16 - 23), en lien avec sa théologie de la croix de Jésus (4, 13 et ss. et Philippiens, 2, 5 - 11).
4. Prolongement
Pourquoi notre visage est-il découvert (et l'est-il bien ?) ? Relisons une première "perle" de ce passage :
18 Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est l'Esprit.
Tel est bien le don de la liberté spirituelle accordée par Jésus en son Esprit Saint, liberté liée à une transfiguration de tout notre être à l'image glorieuse de Jésus, selon une seconde "perle" que nous offre Paul :
6 En effet le Dieu qui a dit : Que des ténèbres resplendisse la lumière, est Celui qui a resplendi dans nos cœurs, pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu, qui est sur la face du Christ
Prière
*Seigneur Jésus, tu t'es déclaré être la lumière du monde, si bien qu'en te suivant nous ne marchons plus dans les ténèbres, mais recevons la lumière de la vie : ouvre davantage mon regard et mon coeur à la clarté de cette Lumière, qui m'est transmise associée à ta Parole, et donne-moi de la traduire en témoignage toujours plus lumineux de ta Vérité et de ta Miséricorde. AMEN.
12.06.2003.*