Jour 344 ☾ — Dieu aime celui qui donne avec joie
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Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre un nouveau sujet dans la deuxième lettre aux Corinthiens : la collecte pour les pauvres de Jérusalem, à laquelle saint Paul consacre deux chapitres entiers. L'introduction rappelle la détresse matérielle de la Judée — province pauvre, lourdement taxée, marquée par la famine sous Claude — et l'engagement pris par Paul devant Jacques, Képhas et Jean de « se souvenir des pauvres ». Le commentaire souligne le professionnalisme de Paul (mandats officiels, transparence des fonds, véritable stratégie de levée de fonds) et la spiritualité qu'il y déploie : liturgie, action de grâce, communion, providence et signe eschatologique du pèlerinage des nations vers Jérusalem. L'épisode s'achève sur la portée historique de cette collecte, matrice des organisations caritatives chrétiennes, puis sur une prière.
Introduction
Deuxième lettre aux Corinthiens. On quitte deux secondes notre querelle de couple entre les Corinthiens et Paul, et on va ouvrir un nouveau sujet : ce qu'on appelle la collecte de Jérusalem. Alors ça, normalement, si vous avez fait attention, c'est un thème qu'on a déjà vu apparaître plusieurs fois à la fin de plusieurs lettres. Et même, ça correspond très bien avec là où on en est dans les Actes des Apôtres, Paul qui est en train de se rendre à Jérusalem. Et une des raisons, c'était pour donner cette collecte. Donc là, on lui consacre deux chapitres entiers. Ça veut dire que c'est un thème qui préoccupe saint Paul. Donc, comme il y accorde de l'importance, nous aussi, on va lui accorder de l'importance.
Alors d'abord, je commence par rappeler l'état de pauvreté matérielle de Jérusalem, pour qu'on sache de quoi vraiment on parle. La Judée, c'est une province pauvre, qui est en plus lourdement taxée par Rome, et avec des grands domaines agricoles qui appartiennent souvent à des élites hellénisées. Bref, pour le dire à la manière d'un euphémisme, la Judée, c'est les culs-terreux de l'Empire. Ajoutez à cela que les Actes des Apôtres, chapitre 11, vous ont rapporté une famine — la famine qui a eu lieu sous l'empereur Claude, c'est-à-dire les années 40, confirmée par l'historien Flavius Josèphe dans ses Antiquités juives — et qui, même si cette famine est passée, a laissé quand même des effets à long terme qu'on ne pourrait pas sous-estimer.
La preuve des besoins matériels criants de cette Église de Jérusalem, qui était pauvre, c'était qu'on avait même institué un ministère spécial pour cela : les diacres, diakonoi, serviteurs ; c'est pour le service des tables qu'on les instituait. Et en plus, il y avait des frictions au sein de la communauté entre les pauvres judéo-chrétiens et les pauvres pagano-chrétiens. Bref, Jérusalem est une Église mère, mais qui est pauvre, marquée par une crise alimentaire, des tensions sociales internes, et soumise régulièrement à des formes de persécutions politiques. C'est la panique. D'où la collecte.
Je continue en vous rappelant que collecter de l'argent en faveur des pauvres de Jérusalem, c'était précisément une des missions que les colonnes de l'Église ont confiées à Paul. Souvenez-vous du concile de Jérusalem, et comment les colonnes de l'Église, Jacques, Képhas et Jean, avaient demandé à Paul, quand il irait évangéliser les nations, simplement de se souvenir, je cite, « des pauvres ». Et là, derrière, il faut sentir la panique de Jacques, Képhas et Jean, qui sont dépassés par l'ampleur des besoins matériels qu'ils doivent couvrir. Paul s'y était engagé solennellement.
Alors, on comprend pourquoi est-ce qu'on l'a confié à Paul : parce que tout simplement, c'est le seul à avoir le maillage transrégional. Lui, il va partout, il va en Galatie, en Macédoine, en Achaïe, en Asie mineure. Parmi les églises qu'il fonde, il y en a des pauvres, il y en a des riches. Et lui seul peut mobiliser des communautés pour les mettre en relation avec Jérusalem. Donc cette grande collecte est confiée à Paul, ce qui, en même temps, est une manière de mettre à l'épreuve sa fidélité, pour vérifier qu'il n'est pas en train de construire ses églises à lui. Paul, il ne peut pas se permettre de rater cette collecte.
Donc j'insiste sur tous ces enjeux. Je suis lourd dans mon commentaire introductif, mais j'insiste : Jérusalem, qui n'a plus de quoi subvenir aux pauvres ; Paul, qui doit prouver qu'il est fidèle ; et en même temps, pour retourner à nos Corinthiens — parce qu'on est quand même dans la lettre aux Corinthiens — c'est une manière de mettre à l'épreuve la réconciliation qui vient de s'opérer entre lui et eux. Donc on y va, dans ce grand chapitre destiné à la collecte, et vous ferez attention au professionnalisme que Paul met à son organisation.
Lecture : 2 Corinthiens 8
Frères, nous voulons vous faire connaître la grâce que Dieu a accordée aux églises de Macédoine. Dans les multiples détresses qui les mettaient à l'épreuve, l'abondance de leur joie et leur extrême pauvreté ont débordé en trésors de générosité. Ils y ont mis tous leurs moyens, et davantage même, j'en suis témoin, spontanément. Avec une grande insistance, ils nous ont demandé comme une grâce de pouvoir s'unir à nous pour aider les fidèles de Jérusalem. Au-delà même de nos espérances, ils se sont eux-mêmes donnés d'abord au Seigneur, et ensuite à nous, par la volonté de Dieu.
Et comme Tite avait déjà commencé chez vous cette œuvre généreuse, nous lui avons demandé d'aller jusqu'au bout. Puisque vous avez tout en abondance — la foi, la parole, la connaissance de Dieu, toutes sortes d'empressements et l'amour qui vient de nous — qu'il y ait aussi l'abondance dans votre don généreux. Ce n'est pas un ordre que je donne, mais c'est pour vérifier l'authenticité de votre charité. Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s'est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté.
Au sujet de cette collecte, je donne mon avis, car cela vous est utile, à vous qui, dès l'année dernière, avez pris l'initiative non seulement de la réaliser, mais encore de la décider. Et maintenant, allez jusqu'au bout de la réalisation. Comme vous avez mis votre ardeur à prendre cette décision, ainsi vous irez jusqu'au bout selon vos moyens. Car s'il y a de l'ardeur, on est bien reçu avec ce que l'on a, peu importe ce que l'on n'a pas. Il ne s'agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s'agit d'égalité. Dans la circonstance présente, ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu'ils ont en abondance puisse combler vos besoins, et cela fera l'égalité. Comme le dit l'Écriture à propos de la manne : celui qui en avait ramassé beaucoup n'eut rien de trop, celui qui en avait ramassé peu ne manqua de rien.
Je rends grâce à Dieu qui a mis dans le cœur de Tite le même empressement à votre égard. Il a accueilli notre demande, et il a été tellement empressé qu'il est parti chez vous spontanément. Nous avons envoyé avec lui le frère dont toutes les églises chantent la louange à cause de son annonce de l'Évangile. Ajoutons que ce frère a été désigné par les églises pour être notre compagnon de voyage dans cette œuvre de bonté, ce service que nous accomplissons pour la gloire du Seigneur et selon notre ardent désir. Nous voulons par là éviter tout reproche, à cause des grosses sommes dont nous assurons le service. En effet, nous nous appliquons à bien agir non seulement aux yeux du Seigneur, mais aussi aux yeux des hommes. Nous avons encore envoyé avec eux un autre de nos frères, dont nous avons souvent, en bien des cas, vérifié l'empressement, un empressement encore plus fort aujourd'hui à cause de la grande confiance qu'il a en vous.
En ce qui concerne Tite, c'est mon compagnon et mon collaborateur auprès de vous. Quant à nos frères, ils sont les envoyés des églises, ils sont la gloire du Christ. Donnez-leur donc, à la face des églises, la preuve de votre amour et de ce qui fait ma fierté à votre sujet.
Lecture : 2 Corinthiens 9
Au sujet du service destiné aux fidèles de Jérusalem, je n'ai plus besoin de vous écrire, car je connais votre ardeur, et pour vous, j'en tire fierté devant les Macédoniens. Je leur dis que la Grèce se tient prête depuis l'an dernier, et votre zèle a stimulé la plupart d'entre eux. Je vous envoie cependant les frères, pour que la fierté que nous mettons en vous ne soit pas, sur ce point-là, vidée de son sens. Je vous les envoie pour que vous vous teniez prêts, comme je le disais, et pour éviter que, si jamais des Macédoniens viennent avec moi et ne vous trouvent pas prêts, cette situation ne tourne à notre honte, sans parler de la vôtre. J'ai donc estimé nécessaire d'inviter les frères à nous devancer chez vous et à organiser d'avance votre largesse promise depuis longtemps. Ainsi, quand elle sera préparée, ce sera une vraie largesse et non une mesquinerie.
Rappelez-vous le proverbe : « À semer trop peu, on récolte trop peu ; à semer largement, on récolte largement. » Que chacun de vous donne comme il a décidé dans son cœur, sans regret et sans contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement. Et Dieu est assez puissant pour vous donner toute grâce en abondance, afin que vous ayez en toute chose et toujours tout ce qu'il vous faut, et même que vous ayez en abondance de quoi faire toutes sortes de biens. L'Écriture dit en effet de l'homme juste : il distribue, il donne au pauvre ; sa justice demeure à jamais.
Dieu, qui fournit la semence au semeur et le pain pour la nourriture, vous fournira la graine, il la multipliera, il donnera la croissance à ce que vous accomplirez dans la justice. Il vous rendra riches en générosité de toutes sortes, ce qui suscitera notre action de grâce envers Dieu. Car notre collecte est un ministère qui ne comble pas seulement les besoins des fidèles de Jérusalem, mais déborde aussi en une multitude d'actions de grâce envers Dieu. Les fidèles apprécieront ce ministère à sa valeur, et ils rendront gloire à Dieu pour cette soumission avec laquelle vous professez l'Évangile du Christ, et pour la générosité qui vous met en communion avec eux et avec tous. En priant pour vous, ils vous manifesteront leur attachement, à cause de la grâce incomparable que Dieu vous a faite. Rendons grâce à Dieu pour le don ineffable qu'il nous fait.
Commentaire
On est sûr : c'est transparent. Ces deux envoyés sont appelés du terme technique d'« apôtres des églises », en 8, 23. Ça veut dire qu'ils bénéficient d'un mandat officiel. Petite parenthèse : ça vous montre qu'il commence à y avoir des liens institutionnels entre les différentes églises. C'est pas simplement à l'intérieur des églises qu'il y a des ministères reconnus — les prophètes, les anciens — mais c'est entre les églises qu'il commence à y avoir aussi un tissu institutionnel.
Ensuite, on vous parle de transfert de fonds, et on vous parle d'audit financier, mais quasiment dans des termes modernes. Et on vous parle d'une stratégie de communication pour une levée de fonds.
Dieu aime celui qui donne avec joie.
C'est pas beau, ça, comme slogan publicitaire ? Ça n'empêche pas que ce soit vrai. Mais vous voyez quand même tout le génie marketing de Paul derrière.
Alors ça, c'est le côté professionnalisation. Mais Paul lui donne aussi toute une spiritualité. D'abord, il vous dit que c'est une véritable liturgie. Il parle de la diaconie de cette liturgie. Alors : diaconie, service ; liturgie, œuvre publique. La collecte, ici, c'est pensé comme un culte. Est-ce que vous vous souvenez de la fin de la lettre aux Romains, quand Paul vous disait que l'évangélisation, c'était pour permettre aux païens de s'offrir en offrande à Dieu ? Cette quête qui va à Jérusalem, c'est ça que ça symbolise.
On vous a parlé aussi d'action de grâce — remerciement, pour la faire simple. Collecter de l'argent et le donner aux pauvres, c'est une manière de rendre grâce à Dieu pour le don de la vie et de l'Évangile qu'ils ont reçu. C'est aussi une manière d'insister sur la communion : que tous soient un comme nous sommes un. C'est une manière aussi d'insister sur la providence et la fécondité. Et c'est une manière d'insister sur la fin des temps : cette collecte, c'est un signe eschatologique. Souvenez-vous d'Isaïe, de Jérémie, qui avaient prédit que dans les derniers temps, les nations convergeraient en pèlerinage à Jérusalem. Eh bien, si à travers cette collecte ce n'est pas ce qui est en train d'être réalisé, je ne sais pas quand est-ce que ça se fera.
Bref, ce que j'essaie de vous dire, c'est que ce passage sur la collecte, c'est hyper important. Et d'ailleurs, il n'y a qu'à voir la portée que ça aura dans l'histoire de l'Église : ça va inaugurer les premières organisations caritatives chrétiennes internationales. Nous, on connaît le Secours international, le Secours catholique, on connaît la Croix-Rouge, tout ce que vous voulez. Les aumônes organisées par Paul : regardez l'ampleur, regardez les procédures professionnelles, regardez le statut ecclésial avec des mandats officiels. Plus tard, c'est ce que, par exemple, un saint Vincent de Paul reprendra. Et c'est ça qui donnera naissance à l'État-providence. C'est la charité au sens universel, au sens chrétien, qui est en train d'apparaître et de s'institutionnaliser.
Alors en bonus… je ne vais pas avoir le temps, tant pis. Ah, ça m'énerve. On aurait pu comparer ça avec l'évergétisme, qui était une pratique philanthropique romaine : c'étaient les riches, ils donnaient pour les pauvres, mais c'était pour instaurer des formes de clientélisme. Là, on l'a dépassé. Et vous n'êtes plus non plus dans ce qu'on appelait la tsedaka, l'aumône juive, parce que là, ça s'adresse à tout le monde.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur Jésus, toi, tu étais riche, tu vivais dans l'éternité, et tu t'es fait pauvre. Tu es venu habiter parmi nous pour nous parler du ciel et de la résurrection. Je te demande, Seigneur, de pouvoir t'imiter et de pouvoir vivre avec la même générosité. Je te demande, Seigneur, de me donner cette joie dont Paul a dit : « Dieu aime celui qui donne avec joie. »
Seigneur Jésus, tout ce qui ne sera pas donné sur terre pendant ma vie sera perdu. Je te demande, Seigneur, la grâce de pouvoir tout donner. Souviens-toi de moi, Seigneur. Souviens-toi aussi des pauvres. N'oublie aucun d'entre nous.