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Jour 345 ☼ — Paul, citoyen du ciel et de Rome

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 22 des Actes des Apôtres, le frère Paul-Adrien lit la première défense de Paul devant la foule enragée de Jérusalem : un second récit de conversion, mené cette fois en insistant sur son identité juive. Le commentaire compare cette stratégie au discours frontal d'Étienne et montre que le point d'achoppement n'est pas Jésus ressuscité, mais l'ouverture aux nations païennes. Il détaille ensuite le droit romain invoqué par Paul — interdiction de flageller un citoyen non condamné — et voit dans cette citoyenneté un plan providentiel de Dieu agissant à travers les institutions d'un empire païen, comme au livre d'Esther.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Paul vient d'être arrêté. Paul va maintenant présenter sa première défense devant la foule enragée. Bonne lecture.

Lecture : Actes 22

« Frères et pères, écoutez ce que j'ai à vous dire maintenant pour ma défense. »

Quand ils l'entendirent s'adresser à eux en araméen, le calme se fit plus grand encore. Il leur dit : « Je suis juif, né à Tarse en Cilicie, mais élevé ici dans cette ville, où, à l'école de Gamaliel, j'ai reçu une éducation strictement conforme à la loi de nos pères. J'avais pour Dieu une ardeur jalouse, comme vous tous aujourd'hui. J'ai persécuté à mort ceux qui suivent le chemin du Seigneur Jésus. J'arrêtais hommes et femmes, et je les jetais en prison. Le grand prêtre et tout le collège des anciens peuvent en témoigner. Ces derniers m'avaient donné des lettres pour nos frères de Damas, où je me rendais. Je devais ramener à Jérusalem ceux de là-bas enchaînés, pour qu'ils subissent leur châtiment.

Donc, comme j'étais en route et que j'approchais de Damas, soudain, vers midi, une grande lumière venant du ciel m'enveloppa de sa clarté. Je tombai sur le sol et j'entendis une voix me dire : “Saul, Saul, pourquoi me persécuter ?” Et moi, je répondis : “Qui es-tu, Seigneur ?” “Je suis Jésus, le Nazaréen, celui que tu persécutes.” Ceux qui étaient avec moi virent la lumière, mais n'entendirent pas la voix de celui qui me parlait. Alors je dis : “Que dois-je faire, Seigneur ?” Le Seigneur me répondit : “Relève-toi, va jusqu'à Damas, et là on te dira tout ce qu'il t'est prescrit de faire.”

Comme je n'y voyais plus rien à cause de l'éclat de cette lumière, je me rendis à Damas, conduit par la main de mes compagnons. Or, Ananie, un homme religieux selon la loi, à qui tous les Juifs résidant là rendaient un bon témoignage, vint se placer près de moi et me dit : “Saul, mon frère, retrouve la vue.” Et moi, à l'instant même, je retrouvai la vue et je le vis. Il me dit encore : “Le Dieu de nos pères t'a destiné à connaître sa volonté, à voir celui qui est le Juste, à entendre la voix qui sort de sa bouche. Car tu seras pour lui, devant tous les hommes, le témoin de ce que tu as vu et entendu. Et maintenant, pourquoi tarder ? Lève-toi et reçois le baptême. Sois lavé de tes péchés en invoquant son nom.”

Revenu à Jérusalem, j'étais en prière dans le Temple quand je tombai en extase. Je vis le Seigneur qui me disait : “Hâte-toi, sors vite de Jérusalem, car ils n'accueilleront pas ton témoignage à mon sujet.” Moi, je répondis : “Seigneur, ces gens le savent bien : c'est moi qui allais d'une synagogue à l'autre pour mettre en prison et faire flageller ceux qui croyaient en toi. Et quand on versait le sang d'Étienne, ton témoin, je me tenais là, moi aussi. J'étais d'accord, et je gardais les vêtements de ces meurtriers.” Il me dit alors : “Va, car moi, je vais t'envoyer au loin, vers les nations.” »

Les gens, jusqu'à cette parole, l'écoutaient. Mais alors, ils se mirent à élever la voix : « Débarrassez la terre d'un tel individu ! Il ne faut pas qu'il vive ! » Ils poussaient des cris, arrachaient leurs vêtements, jetaient de la poussière en l'air.

Alors le commandant ordonna de le faire rentrer dans la forteresse. Il dit de procéder à un interrogatoire par le fouet, afin de savoir pour quels motifs on criait contre lui de cette manière.

Comme on l'étendait en l'attachant avec des courroies, Paul dit au centurion de service : « Un citoyen romain, qui n'a même pas été jugé, avez-vous le droit de lui donner le fouet ? » Quand le centurion entendit cela, il alla trouver le commandant pour le mettre au courant : « Qu'allais-tu faire ? Cet homme est un Romain ! » Le commandant alla trouver Paul et lui demanda : « Dis-moi, tu es Romain, toi ? » « Oui », répondit-il. Le commandant reprit : « Moi, j'ai payé une grosse somme pour acquérir cette citoyenneté. » Paul répliqua : « Moi, je l'ai de naissance. » Aussitôt, ceux qui allaient procéder à l'interrogatoire se retirèrent. Et le commandant prit peur, en se rendant compte que c'était un citoyen romain et qu'il l'avait fait ligoter.

Le lendemain, le commandant voulut savoir avec certitude de quoi les Juifs l'accusaient. Il lui fit enlever ses liens, puis il convoqua les grands prêtres et tout le conseil suprême. Et il fit descendre Paul pour l'amener devant eux.

Commentaire

Vous avez entendu ? On a un deuxième récit de conversion. C'était Paul qui parlait de sa vie devant la foule enragée. Petite particularité de ce nouveau récit autobiographique : Paul le fait en insistant sur son identité juive. On comprend l'idée, c'est de se mettre la foule dans la poche.

C'est intéressant de comparer ça avec le discours d'Étienne. Souvenez-vous, Étienne qui avait présenté sa défense devant le Sanhédrin enragé. Étienne y était allé en frontal. C'était le début des Actes des Apôtres. Ça s'était plutôt mal passé pour lui. Il faut dire que dans la foule enragée qui avait voulu lapider Étienne, il y avait Paul. Là maintenant, les rôles sont renversés, mais saint Paul a compris la leçon. Lui, il va y aller avec plus de délicatesse.

Il rappelle comment il a été formé par Gamaliel, un pharisien extrêmement réputé et connu ; comment il était pieux ; comment même il a été persécuteur par fidélité à la loi — donc on ne peut pas lui reprocher de ne pas avoir eu le souci d'Israël. Il rappelle qu'Ananie, qui l'a amené au christianisme, était un homme pieux selon la loi, estimé de tous.

Pour les Juifs, tout ceci se passe relativement bien jusqu'au moment où saint Paul rapporte une vision qu'il a eue, une parole de Dieu qui lui dit :

« Va, car moi je vais t'envoyer au loin vers les nations. »

Verset 21. Et là, scandale. Et là, la foule explose. Ce qui est intéressant, c'est de se dire que la foule explose non pas parce qu'on leur parle de Jésus ressuscité. Non, non, non, non, non, non. Le point d'achoppement, le scandale pour les Juifs, c'est l'ouverture aux païens. C'est là où, en fait, vous pouvez relire un des tout premiers épisodes dans l'Évangile selon saint Luc, quand Jésus commençait sa prédication apostolique dans la synagogue de Nazareth. Là, pareil, la foule avait éclaté quand Jésus avait annoncé que Dieu bénissait aussi les païens. C'est vraiment la pierre d'achoppement du peuple juif, l'ouverture aux nations païennes.

Et c'est alors que, pour se protéger, saint Paul sort la carte qu'il gardait dans sa poche : sa double citoyenneté. À la fois juif et citoyen romain. Paul joue son va-tout pour être protégé de la foule enragée.

Je vais m'arrêter deux secondes sur cette histoire de citoyenneté romaine, parce que là, c'est vraiment vu comme quelque chose de providentiel que saint Paul ait la citoyenneté romaine. La providence de Dieu, son action dans l'histoire, on était plutôt habitué à des interventions directes, des miracles, des charismes. Mais là, la citoyenneté romaine de Paul va être vue comme une sorte de plan divin à travers des institutions païennes. Souvenez-vous de ce qu'on a dit dans la lettre aux Romains : les autorités qui existent ont été voulues par Dieu. Paul a beaucoup d'estime pour l'Empire romain. Il voit bien toutes les structures de péché, il voit bien le paganisme crasse, il voit bien l'exploitation humaine. Mais l'Empire romain, c'est un état de droit. Et ça, ça a de la valeur.

Alors en quoi est-ce que cette citoyenneté romaine est vue comme un plan de Dieu ? Eh bien, je ne vais pas le dire tout de suite. Je ne vais pas spoiler. Mais ça va vraiment être providentiel, et ça va dépasser de très loin les enjeux de la simple personne de Paul.

Concrètement, ce qui s'est passé, c'est que le tribun Claudius Lysias avait ordonné d'interroger Paul par la flagellation, pour savoir pourquoi est-ce que la foule s'agitait. On l'avait attaché avec des lanières, le flagrum, ce qui était une torture. Et donc là, question de Paul : est-ce qu'il est permis de fouetter un Romain non condamné ? Panique immédiate. Parce que dans le droit romain, qui était héritier des anciennes lois Valeria et Porcia et de la pratique impériale, un citoyen romain avait des garanties minimales. D'abord, un : interdiction de la flagellation et des châtiments dégradants avant la condamnation. C'est-à-dire que la torture n'a pas le droit de précéder l'interrogation. Vous avez le droit à une procédure régulière devant l'autorité compétente. Et même interdiction du simple ligotage en vue de la flagellation.

Et là, le tribun, très étonné, parce qu'il a l'impression qu'il a en face de lui quelqu'un qui est un inconnu, un moins que rien, un pauvre, il lui dit : « Moi, j'ai acquis cette citoyenneté pour une grosse somme. » Paul de répondre : « Moi, je l'ai de naissance. » Sous-entendu : « Je suis supérieur à toi dans l'ordre de la citoyenneté. » Du coup, conséquence immédiate, on renonce à la torture, et le dossier Paul repart dans une voie légale. Et c'est cette procédure légale qui va devenir le principal ressort narratif de tout le reste des Actes des Apôtres. Et on va voir jusqu'où ça va nous amener, et on va voir ce que Paul a en tête.

Je note, en passant, que Paul n'a pas toujours invoqué la citoyenneté romaine. Si vous vous souvenez bien, dans le premier voyage missionnaire, Actes des Apôtres chapitres 13 et 14, Paul et Barnabé s'étaient heurtés à des autorités juives et païennes, à Antioche de Pisidie, à Iconium, à Lystre, et Paul n'avait pas revendiqué sa citoyenneté romaine. La conséquence immédiate de ça, c'est que Paul n'avait pas été protégé par la loi, et donc il avait subi l'ire de la foule et il avait été lapidé. Alors, en même temps, c'était une toute petite ville, donc ce n'est pas dit que les procédures légales soient respectées à la lettre. Mais aussi, plus profondément, c'était que dans le premier voyage missionnaire, Paul jouait encore la carte de l'identité juive et il se présentait en continuité. D'ailleurs, à cette époque-là, il s'appelait encore Saul.

Et c'est après, au deuxième voyage missionnaire, quand il commence à partir du côté de Chypre, que là, il s'ouvre aux nations, mandat qu'il a reçu du concile de Jérusalem. Et c'est à partir de là que, d'ailleurs, Paul décide de s'appeler Paul, et non plus Saul, et qu'il insiste sur sa citoyenneté romaine.

Ça vous montre que, derrière cette question de la citoyenneté romaine, il y a beaucoup plus que cela. Il y a toute une stratégie missionnaire, il y a tout un mandat, une mission, une manière de se présenter au peuple. On va y voir aussi Dieu à l'œuvre à travers la providence, à travers les rouages administratifs d'un empire païen. Ce ne sera pas la première fois dans la Bible : souvenez-vous du livre d'Esther. Et on va voir le plan que Paul a en tête.

Proverbes 29,19-21

Pour corriger un serviteur, la parole ne suffit pas, car il comprend, mais n'obtempère pas.

As-tu vu quelqu'un qui parle à tout propos ? D'un sot, tu peux attendre davantage.

Qui gâte un serviteur en son jeune âge n'en fera qu'un insolent.


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