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Lettre · 5 chapitres

1 Pierre

AELF · extrait lu à la messe du 28 mai 2026

La messe n'en lit qu'une partie. Le passage complet est dans la Crampon ou la Segond.

Bien-aimés,
    comme des enfants nouveau-nés,
soyez avides du lait non dénaturé de la Parole
qui vous fera grandir pour arriver au salut,
    puisque vous avez goûté combien le Seigneur est bon.
    Approchez-vous de lui :
il est la pierre vivante rejetée par les hommes,
mais choisie et précieuse devant Dieu.
    Vous aussi, comme pierres vivantes,
entrez dans la construction de la demeure spirituelle,
pour devenir le sacerdoce saint
et présenter des sacrifices spirituels,
agréables à Dieu, par Jésus Christ.
    Vous êtes une descendance choisie,
un sacerdoce royal,
une nation sainte,
un peuple destiné au salut,
pour que vous annonciez les merveilles
de celui qui vous a appelés des ténèbres
à son admirable lumière.
    Autrefois vous n’étiez pas un peuple,
mais maintenant vous êtes le peuple de Dieu ;
vous n’aviez pas obtenu miséricorde,
mais maintenant vous avez obtenu miséricorde.

    Bien-aimés,
puisque vous êtes comme des étrangers résidents ou de passage,
je vous exhorte à vous abstenir des convoitises nées de la chair,
qui combattent contre l’âme.
    Ayez une belle conduite parmi les gens des nations ;
ainsi, sur le point même où ils disent du mal de vous
en vous traitant de malfaiteurs,
ils ouvriront les yeux devant vos belles actions
et rendront gloire à Dieu, le jour de sa visite.

            – Parole du Seigneur.

— 1P 2,2-12 —
Commentaire

DE LA 1ère LETTRE DE PIERRE

Commentaire

1. Situation

Il apparaît difficile de situer exactement la 1ère Lettre attribuée à Pierre, qui se présente comme ayant été écrite par lui et adressée aux communautés chrétiennes dispersées dans les Provinces d'Asie Mineure, et composées de chréteins venant majoritairement du paganisme.

Deux écoles s'affrontent à propos de cette Lettre.

La première refuse d'attribuer cette lettre à Pierre, en raison de la très belle qualité de sa langue grecque, de sa dépendance, jugée importante, des thèmes développés dans les lettres de Paul, des difficultés qu'aurait eues Pierre à connaître ces communautés d'Asie auxquelles il s'adresse, de l'allusion, faite en 5, 9, à une persécution quasi généralisée à l'encontre des chrétiens, et qui n'a pu avoir lieu, de fait, que bien après la mort de Pierre, et de la non-existence au temps de Pierre de certaines Eglises auxquelles il écrit.

Dans cette perspective, cette lettre nous serait venue, soit de cercles qui honoraient la mémoire de Pierre après sa mort, soit d'un auteur plus tardif, qui se serait fait simplement passer pour Pierre. De ce fait, cette lettre aurait pu avoir été écrite, au plus tôt, dans les anées 70, après la ruine de Jérusalem et du Temple, soit vers l'année 100.

Une seconde école de spécialistes maintient, au contraire, que Pierre a pu écrire cette lettre vers l'an 65, peu avant sa mort, qui a eu lieu pendant la persécution de Néron. Et ils n'hésitent pas à répondre à toutes les objections soulevées par l'autre école : Pierre a pu se servir d'un secrétaire écrivant très bien en Grec, il ne faut pas exagérer l'influence des idées de Paul dans cette lettre, la perécution généralisée dont parle cette lettre n'avait rien d'une grande persécution officiellement décidée par le pouvoir impérial, mais fait allusion à une opposition "larvée" et habituelle aux idées et comportements des chrétiens, et, finalement, on a des traces de communautés chrétiennes très anciennes dans des provinces comme la Bithynie. De plus, le fait que cette lettre transmet une théologie "primitive", marquée par l'approche de la fin des temps (l'eschatologie) et la présentation du Christ comme "serviteur", plaide également en faveur de son ancienneté.

Si l'on a pu penser que cette lettre avait une origine liée à la liturgie baptismale, l'on s'accorde aujourd'hui pour reconnaître que nous sommes bien en présence d'une véritable lettre, dont le but est d'exhorter et de fortifier les chrétiens dans leur foi face aux difficultés qu'ils rencontrent, en leur rappelant les données de base de la Bonne Nouvelle qu'ils avaient reçue, pour la première fois, à l'époque de leur baptême.

Cette lettre traite, en premier lieu, de la dignité de la vocation, et de la responsabilité des chrétiens (1, 3 - 2, 10), ensuite,du témoignage que doit fournir la vie des chrétiens (2, 11 - 3, 12), avant de nous présenter, en dernier lieu, une réflexion sur l'approche chrétienne de la persécution, qu'il faut affronter avec confiance et réalisme (3, 13 - 5, 11).


Dans la 1ère partie de cette lettre (1, 3 - 2, 10), après une 1ère section consacrée à la vocation des chrétiens, présentée dans toute sa dignité (1, 3 - 25), une 2ème section traite particulièrement de la responsabilité qui en découle pour eux. C'est ici que se situe notre page, qui comprend également le début de la 2ème partie de cette lettre, où il est question du témoignage qu'il faut présenter au monde.

2. Message

Notre responsabilité de chrétiens consiste, en premier lieu, à nous comporter réellement en enfants de Dieu, qui ne se nourrissent que de sa Parole, considérée, sous l'image du "lait", comme notre seule nourriture de base.

Cette responsabilité consiste, ensuite, à nous rapprocher toujours davantage du Christ, pour nous laisser construire en un édifice spirituel, par lui, et sur lui, qui est la pierre vivante de fondation de cette "maison" commune.

Derrière cette image de la maison bien bâtie, apparaît la sainte communauté sacerdotale de tous les croyants, qui présente à Dieu, par le Christ, l'hommage de ses offrandes spirituelles.

Dans le développement qui suit, cette Lettre de Pierre nous redéfinit en détail cette communauté que nous formons tous ensemble, sous la triple bannière de "peuple choisi, acquis par Dieu", de "nation sainte", de "sacerdoce royal". Et si nous sommes collectivement parvenus à une telle dignité, c'est par un passage des ténèbres à la lumère de Dieu, réalisé dans l'oeuvre accomplie par Jésus Christ, dans laquelle nous a été manifesté et révélé l'amour de Dieu pour nous.

Notre texte se termine par quelques aspects du témoignage que notre vie chrétienne doit fournir, témoignage qui forme le thème de toute la 2ème partie de cette Lettre. Notre témoignage, c'est celui d'étrangers qui ne font que passer en ce monde sans y faire leur demeure stable, c'est le témoignage d'une vie conduite par l'Esprit Saint au-delà des limites de notre faiblese humaine, évoquée dans le mot "chair", c'est un témoignage missionnaire devant les païens, qui, même lorsqu'ils nous sont hostiles et nous persécutent, doivent se trouver édifiés par notre manière d'être et de vivre.

3. Decouvertes

L'image du Christ, pierre de fondation, appelée ici "pierre vivante" parce que Jésus est ressuscité, est fréquente dans le Nouveau Testament. S'il n'y a qu'un seul fondement, le Christ, nous avons ensuite part à la construction qui s'èlève, en lui, et sur lui, en qualité de pierres vivantes à son image (voir 1 Corinthiens, 3, 9 - 10; Ephésiens, 2, 20 - 21 et Matthieu, 16, 18).

L'Eglise est "communauté sacerdotale" parce que chargée de témoigner devant toutes les nations , et d'offrir les sacrifices spirituels de tous ses membres (voir Romains, 12, 1; Hébreux, 13, 15; Ephésiens, 5, 2; Philippiens, 4, 18).

En reprenant des formules de l'Ancien Testament (Exode, 19, 5 - 6; Isaïe, 43, 20 - 21; Malachie, 3, 17, sans compter celles des versets 6 - 8 de ce chapitre 2, que notre lecture liturgique n'a pas repris), l'auteur de la Lettre applique à l'Eglise ce qui était déjà dit du Peuple de l'Ancienne Alliance. Voir encore Apocalypse, 1, 6 et 5, 10.

Pour cette 1ère Lettre de Pierre,la "maison des chrétiens" n'est pas tant le monde à venir que la communauté chrétienne que nous formons, qui est le lieu de rayonnement du salut offert par Dieu à toute l'humanité.

4. Prolongement

De par notre "nouvelle naissance baptismale", dans la puissance de l'Esprit, nous entrons dans une nouvelle communauté, que nous sommes appelés à construire ensemble sur l'unique fondement qu'est le Christ ressuscité. Et comme nous sommes parvenus à la fin des temps avec la mort de Jésus, son entrée dans la gloire, et le don de son Esprit, nous sommes vraiment "de passage" en ce monde, dans lequel nous sommes, sans lui appartenir, comme témoins d'un monde nouveau, d'une création nouvelle, d'un "ailleurs", qui est le Royaume de Dieu inauguré par Jésus, en sa mission et en son propre passage au Père. Sur ce point, la 1ère Lettre de Pierre est en consonnance avec d'autres textes bien connus du Nouveau Testament :

9 Car nous sommes les coopérateurs de Dieu ; vous êtes le champ de Dieu, l'édifice de Dieu.

10 Selon la grâce de Dieu qui m'a été accordée, tel un bon architecte, j'ai posé le fondement. Un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il y bâtit.

11 De fondement, en effet, nul n'en peut poser d'autre que celui qui s'y trouve, c'est-à-dire Jésus Christ.

27 Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ :

28 il n'y a ni Juif ni Grec, il n'y a ni esclave ni homme libre, il n'y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus.

20 Car la construction que vous êtes a pour fondation les apôtres et prophètes, et pour pierre d'angle le Christ Jésus lui-même.

21 En lui toute construction s'ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur ;

22 en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l'Esprit.

14 Car nous n'avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous recherchons celle de l'avenir.

15 Par lui, offrons à Dieu un sacrifice de louange en tout temps, c'est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom.

16 Quant à la bienfaisance et à la mise en commun des ressources, ne les oubliez pas, car c'est à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir

Prière

*Seigneur Jésus, en toi nous sommes devenus création nouvelle, selon les dimensions d'un univers nouveau, inauguré en ta mort-résurrection, et nous sommes porteurs d'un nom nouveau, qui est la communication du "nom au dessus de tout nom", que le Père t'a donné en ton "heure" de passage : aide-moi, non seulement à reconnaître la splendeur de cette transformation que tu as commencé d'effectuer en moi, mais à mesurer la responsabilité à laquelle ainsi tu m'appelles, d'annoncer au monde "les merveilles de celui qui nous a fait passer des ténèbres à son admirable lumière". AMEN.

30.05.2002.*