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Lettre · 5 chapitres

1 Pierre

1P 3,15-18
Liturgie · 6ᵉ dim. Pâques A · 10 mai 2026
AELF · Bible liturgique

Frères

15 c'est le Seigneur, le Christ,

que vous devez reconnaître dans vos coeurs

comme le seul saint.

Vous devez toujours être prêts à vous expliquer

devant tous ceux qui vous demandent

de rendre compte de l'espérance qui est en vous ;

16 mais faites-le avec douceur et respect.

Ayez une conscience droite,

pour faire honte à vos adversaires

au moment même où ils calomnient

la vie droite que vous menez dans le Christ.

17 Car il vaudrait mieux souffrir pour avoir fait le bien,

si c'était la volonté de Dieu,

plutôt que pour avoir fait le mal.

18 C'est ainsi que le Christ est mort pour les péchés,

une fois pour toutes :

lui, le juste, il est mort pour les coupables

afin de nous introduire devant Dieu.

Dans sa chair, il a été mis à mort ;

dans l'esprit, il a été rendu à la vie.

1P 3,15-18
Commentaire

Oser Témoigner

À lire entre les lignes de ce texte, on peut imaginer que les interlocuteurs de Pierre connaissaient beaucoup de vexations et de moqueries de la part des païens. Ils ne rencontraient pas une persécution déclarée, mais une hostilité latente ; il leur fallait s’expliquer chaque fois qu’ils refusaient certaines pratiques païennes, comme les sacrifices aux divinités par exemple.

Pierre leur dit ici : "Frères, c’est votre tour maintenant, de vous conduire comme le Christ s’est conduit". Lui aussi a connu les accusations, les calomnies, les menaces, mais il n’a pas dévié ; à votre tour, vous devez être capables de résister à vos adversaires.

D’où leur viendra cette audace ? Oh, c’est bien simple : les chrétiens n’ont qu’une source, qu’un argument, qu’un discours : le Christ est mort et ressuscité. Pierre ne dit pas autre chose : « Honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ... Car le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes, afin de vous introduire devant Dieu ; il a été mis à mort dans la chair ; mais vivifié dans l’Esprit. »

La chair, en langage biblique, cela veut dire « la faiblesse humaine », le fait d’être mortel ; ses ennemis ne pouvaient l’atteindre que là ; ils ne peuvent rien contre l’esprit d’amour qui est le principe même de la vie : parce qu’il était rempli de l’Esprit de Dieu, la mort ne pouvait le retenir en son pouvoir, comme dit Paul ; au contraire, l’Esprit lui a fait traverser la mort biologique et a fait surgir en lui la vie, parce que l’Esprit qui s’est manifesté sur lui au jour du baptême est l’Esprit de vie.

C’est ce même Esprit qui est entré en nous lors de notre Baptême : désormais, nous le savons, nous le croyons, parce que nous l’avons vu réalisé en Jésus-Christ, le mal, la haine sont vaincus, la vie est plus forte que la mort ; c’est cela l’espérance des chrétiens ; celle dont Pierre dit que nous devons pouvoir en rendre compte à tout moment ; le Christ avait bien dit à ses Apôtres : « Confiance, j’ai vaincu le monde ». Le témoignage que le monde attend de nous, c’est : le mal n’est pas une fatalité. Le monde attend de nous que nous ne baissions jamais les bras devant le mal, la haine, la violence.

Quand Pierre affirme « Le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois », l’expression « une seule fois » est un cri de victoire : le monde du mal et du péché est définitivement vaincu dans l’obéissance du Fils.

Pierre lie fortement les deux étapes du témoignage du chrétien : ce qui se passe dans le secret du cœur, dans la prière ; et le courage de parler ; l’un ne va pas sans l’autre. « Honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ. » Voilà la première étape, ce qui se passe en nous, dans le secret de la prière. Et c’est dans la prière que nous puiserons l’audace nécessaire.

Puiser Dans La Prière L’Audace Nécessaire

La deuxième étape, c’est d’oser dire notre espérance, être prêts à dire « ce qui nous fait courir », dirait-on aujourd’hui. « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ». Si je comprends bien, Pierre nous conseille de ne pas parler en premier ; pour lui, nous devons nous contenter de répondre aux questions de notre entourage. Il dit bien : « Soyez prêts à présenter une défense devant quiconque vous demande... ».

Cela fait penser à une phrase dont je ne connais pas l’auteur, mais qui est très suggestive : « Ne parle que si on t’interroge, mais vis de manière à ce qu’on t’interroge. »

Les interrogations ne germeront que si notre vie tout entière est un témoignage d’espérance : alors ceux qui nous voient vivre se demanderont immanquablement d’où nous vient notre espérance indestructible. Nous ne pouvons témoigner de Jésus-Christ que si nous avons d’abord vécu l’espérance. Ce qui veut dire que notre témoignage se fait d’abord en actes et non en paroles. Être rendus capables de mener notre vie d’une manière renouvelée est certainement le témoignage le plus urgent.

C’est peut-être dans ce sens-là qu’on peut comprendre la phrase de Jésus : « Que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux » (Mt 5,16). Vous connaissez aussi la phrase de Paul VI qui est une variation sur le même thème  : « Nos contemporains ont besoin de témoins et non de maîtres... et ils n’écoutent les maîtres que s’ils sont des témoins ».

Ce témoignage n’est pas fanfaronnade : « Faites-le avec douceur et respect », comme dit Pierre. Cette douceur et ce respect qui ne doivent pas nous quitter peuvent nous faire comprendre la phrase suivante : « Ayez une conscience droite afin que vos adversaires soient pris de honte ».

« Faire honte » : curieuse expression, comment la comprendre ? On ne peut évidemment pas penser que des chrétiens, vivant le commandement d’amour du Christ, n’aient d’autre but que de faire honte aux autres au sens où nous l’entendons habituellement ; ce dont il s’agit, c’est de donner un tel témoignage de foi, d’espérance et d’amour mutuel, que d’autres soient amenés à remettre en question leurs calomnies. Peut-être alors s’ouvriront-ils à la conversion.

Finalement, le programme que Pierre trace à ses disciples, c’est le programme même du Christ, c’est-à-dire le programme du Serviteur que décrivait le prophète Isaïe : le prophète disait : « Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton » (Is 42,2), Pierre en écho conseille « agissez avec douceur et respect » ; mais en même temps, quoi qu’il arrive, ce Serviteur décrit par Isaïe ne se laisse pas décourager : à son tour Pierre insiste : « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous. »

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