1 Elle est sûre cette parole : celui qui aspire à la charge d'épiscope désire une noble fonction.
2 Aussi faut-il que l'épiscope soit irréprochable, mari d'une seule femme, qu'il soit sobre, pondéré, courtois, hospitalier, apte à l'enseignement,
3 ni buveur ni batailleur, mais bienveillant, ennemi des chicanes, détaché de l'argent,
4 sachant bien gouverner sa propre maison et tenir ses enfants dans la soumission d'une manière parfaitement digne.
5 Car celui qui ne sait pas gouverner sa propre maison, comment pourrait-il prendre soin de l'Église de Dieu ?
6 Que ce ne soit pas un converti de fraîche date, de peur que, l'orgueil lui tournant la tête, il ne vienne à encourir la même condamnation que le diable.
7 Il faut en outre que ceux du dehors rendent de lui un bon témoignage, de peur qu'il ne tombe dans l'opprobre et dans les filets du diable.
8 Les diacres, eux aussi, seront des hommes dignes, n'ayant qu'une parole, modérés dans l'usage du vin, fuyant les profits déshonnêtes.
9 Qu'ils gardent le mystère de la foi dans une conscience pure.
10 On commencera par les mettre à l'épreuve, et ensuite, si on n'a rien à leur reprocher, on les admettra aux fonctions de diacres.
11 Que pareillement les femmes soient dignes, point médisantes, sobres, fidèles en tout.
12 Les diacres doivent être maris d'une seule femme, savoir bien gouverner leurs enfants et leur propre maison.
13 Ceux qui remplissent bien leurs fonctions s'acquièrent un rang honorable et une ferme assurance en la foi au Christ Jésus.
DE LA 1ère LETTRE DE PAUL A TIMOTHEE
Commentaire
1. Situation
La Lettre à Tite, la 1ère Lettre à Timothée, et la 2ème Lettre à Timothée forment un ensemble qu'on appelle les Lettres Pastorales, attribuées à Paul, mais dont peu de spécialistes affirment aujourd'hui qu'elles ont été écrites par Paul. Si les contenus de Tite et 1ère à Timothée se ressemblent fort, le ton de la 2ème à Timothée paraît beaucoup plus intime et personnel, en conséquence, peut-être du fait que Paul déclare l'écrire depuis la prison où il se trouve.
Bien que ces 3 lettres se présentent on ne peut plus clairement comme ayant été écrites par Paul, elles font nettement allusion à des situations de vie en Eglise bien différentes, plus évoluées, et à une organisation plus développée, que celles qui correspondent au temps des grandes lettres de Paul qui sont considérées par tous comme authentiques.
On ne retrouve pas dans ces lettres la passion et le dynamisme des grandes lettres de l'Apôtre. D'autre part, les sujets qu y sont abordés concernent davantage l'organisation interne de la communauté qui favorise la piété, la bonne conscience, et l'image de l'Eglise dans le monde, que les grands thèmes théologiques de Paul : les développements sur la croix du Christ, l'Eglise comme corps du Christ, ou une nouvelle approche de la Loi, n'y sont pas repris.
Il semble bien, que, de la même façon que les Actes des Apôtres, ces lettres veulent attester la grandeur la figure de Paul dans l'Eglise de la fin du 1er siècle, importance qui explique que la plupart de ses idées sont reprises et interprétées dans les communautés de croyants qui se considèrent toujours disciples de Paul, même si elles ne l'ont pas, de fait, connu.
Ainsi perçu, le but de l'auteur serait de souligner à quel point est primordiale et nécessaire la transmission du véritable enseignement reçu des Apôtres, par des relais ou des intermédiaires, considérés comme proches de Paul et autorisés par lui, et de montrer ainsi comment la saine doctrine peut l'emporter sur les erreurs que certains développent.
En conséquence, mise à part une petite minorité de spécialistes, tous considèrent l'auteur de ces lettres comme un modeste "anonyme", admirateur de Paul, et qui tient à en retransmettre le message, en soulignant ainsi l'ampleur de ce qu'a été la mission de Paul, et dans le but d'aider les communautés à tenir bon, ensemble, dans la foi.
A noter, toutefois, une tendance plus récente d'attribuer à Paul lui-même la 2nde Lettre à Timothée, différente des deux autres, et beaucoup plus proche des thèmes des Lettres que tous reconnaissent avoir été écrites par Paul.
Dans cette perspective, les notes "personnelles" au sujet de détails de la vie de Paul semblent, sauf peut-être dans la 2nde Lettre à Timothée, avoir été insérées dans ce recueil , soit à partir d'extraits de témoignages venant de Paul lui-même et inconnus par ailleurs, soit comme une manière pour l'auteur de rendre plus vraisemblable l'idée que Paul a bel et bien écrit ces lettres.
Compte tenu des différentes prises de position au sujet de l'auteur de ces lettres, on en situe la composition entre les années 60 et 160, la majorité préfèrant toutefois les dater des années 100 - 110.
Si le fait que les Pères de l'Eglise du 2ème siècle attribuent ces lettres à Paul lui-même pousse à les reconnaître comme authentiques, les grandes différences d'idées et de langue (un tiers des mots employés dans ces lettres ne se retrouvant pas dans les autres lettres attribuées à Paul), à côté néanmoins de nombreuses ressemblances, invitent finalement à les traiter comme une 3ème série des lettres de Paul, écrites par une autre génération de ses disciples et postérieurement à une 2ème série, dans laquelle on situe déjà les lettres aux Colossiens, aux Ephésiens et la 2de Lettre aux Thessaloniciens.
Cela n'empêche pas de reconnaître ces textes comme faisant partie intégralement des Ecritures du Nouveau Testament, et appartenant, au moins au sens large, à la pensée de Paul et celle de disciples se rattachant à lui, et faisant partie d'une école fidèle à son approche et à sa pensée.
2. Message
Paul donne ici à Timothée des directives précises concernant la mise en place de ministres de la communauté, les reponsables ou "épiscopes", ainsi que les "diacres", en insistant particulièrement sur le "profil" que doivent avoir ceux qui sont appelés à remplir de telles fonctions.
Notons d'abord ce qui est attendu de façon semblable de la part des futurs épiscopes ou des futurs diacres : ils doivent être des personnes bien enracinées dans une vie familiale solide, dirigeant bien leur foyer , leur maison et leur vie domestique, éduquant leurs enfants de façon convenable. De même, ils doivent donner la preuve d'une vie droite et équilibrée, ouverte, et sans excès, qu'il s'agisse de leur vie personnelle ou de leur vie relationnelle. A remarquer qu'il ne doivent avoir été mariés qu'une fois.
En ce qui les concerne plus spécifiquement, les épiscopes doivent être des chrétiens d'expérience, porteurs d'un bon témoignage. Ils peuvent se porter candidats pour cette fonction.
D'autre part, on attend des diacres qu'ils aient une bonne approche, selon une conscience pure, du mystère de la foi.
3. Decouvertes
Tout au début du verset 1, l'auteur qui parle au nom de Paul indique, sous la forme presque d'un dicton, qu'il aborde un sujet important, celui des personnes qui reçoivent une responsabilité particulière au service des communautés. Ce qui suppose que nous avons affaire ici à des communautés stables qui semblent désormais bien établies, et auxquelles il faut pourvoir à la direction, ainsi qu'à l'organisation.
A noter toutefois que notre passage ne traite que des qualités requises de "l'épiscope" ou du "surveillant" de la marche de la communauté, sans que rien ne nous soit dit exactement de sa charge ou de ses devoirs.
On peut toutefois, à partir des remarques du verset 5, où il est question de la direction qu'il a de sa "propre maison", penser qu'une analogie nous est y suggérée avec la prise en charge de la communauté écclésiale confiée à cet "épiscope", et ainsi considérée comme la "Maison de Dieu".
L'auteur se réfère probablement également à la fonction des "chefs de synagogue", qui devaient se montrer d'une grande probité et d'une excellente réputation, de façon à être reconnus aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de la communauté qu'ils dirigeaient.
Ce qui nous est décrit des diacres, dont le nom signifie "serviteur" et porte donc en lui-même sa définition, suggère que cette fonction se trouvait bien précisée à l'époque où écrit l'auteur de cette Lettre, et que l'on recherchait des candidats adéquats et différents pour ces deux fonctions "d'épiscope" et de "diacre".
La remarque du verset 11 concernant les femmes peut s'appliquer tout autant à des femmes diacres qu'à des épouses de diacres. Il n'en reste pas moins que "Phoebé", en Romains, 16, 1, est nettement mentionnée comme étant une femme diacre.
4. Prolongement
A travers ces définitions de profils d'hommes chargés de la coordination ou du service des communautés, nous avons à rechercher quel esprit doit les animer.
Si le mot grec traduit par "diacre" signifie d'abord "Serviteur", n'oublions pas que Jésus s'est défini lui-même comme tel :
42 Les ayant appelés près de lui, Jésus leur dit : " Vous savez que ceux qu'on regarde comme les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir.
43 Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur,
44 et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l'esclave de tous.
45 Aussi bien, le Fils de l'homme lui-même n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. "
Paul s'est également considéré comme tel dans son appel par le Seigneur à répandre la Bonne Nouvelle de Jésus auprès des nations païennes :
5 Qu'est-ce donc qu'Apollos ? Et qu'est-ce que Paul ? Des serviteurs par qui vous avez embrassé la foi, et chacun d'eux selon ce que le Seigneur lui a donné.
6 Moi, j'ai planté, Apollos a arrosé ; mais c'est Dieu qui donnait la croissance.
7 Ainsi donc, ni celui qui plante n'est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance : Dieu. ...
1 Qu'on nous regarde donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu.
2 Or, ce qu'en fin de compte on demande à des intendants, c'est que chacun soit trouvé fidèle.
Dans un autre de ses propos Jésus ne nous demande-t-il pas, en outre, de nous considérer comme des "Serviteurs quelconques", voire "inutiles" ?
7 " Qui d'entre vous, s'il a un serviteur qui laboure ou garde les bêtes, lui dira à son retour des champs : "Vite, viens te mettre à table" ?
8 Ne lui dira-t-il pas au contraire : "Prépare-moi de quoi dîner, ceins-toi pour me servir, jusqu'à ce que j'aie mangé et bu ; après quoi, tu mangeras et boiras à ton tour" ?
9 Sait-il gré à ce serviteur d'avoir fait ce qui lui a été prescrit ?
10 Ainsi de vous ; lorsque vous aurez fait tout ce qui vous a été prescrit, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire. "
Prière
*Seigneur Jésus, dans les communautés que nous formons, et qui se réclament de ta mission, de ta présence de Ressuscité et de ton Evangile, certains de nos frères se trouvent appelés à des responsabilités ou des services, et nous devons, en outre, tous nous considérer comme chargés, d'une manière ou d'une autre, de tous nos frères et soeurs : réapprends moi sans cesse à devenir un authentique serviteur, me comportant à ton image, comme celui qui valorise, soutient et fait avancer sur ton chemin, tous ceux et toutes celles que tu lui donnes à rencontrer. AMEN.
16.09.2003.*