1 Malheur à ceux qui projettent le méfait et qui trament le mal sur leur couche! Dès que luit le matin, ils l'exécutent, car c'est au pouvoir de leurs mains.
2 S'ils convoitent des champs, ils s'en emparent; des maisons, ils les prennent; ils saisissent le maître avec sa maison, l'homme avec son héritage.
3 C'est pourquoi ainsi parle Yahvé : Voici que je projette contre cette engeance un malheur tel que vous n'en pourrez retirer votre cou; et vous ne pourrez marcher la tête haute, car ce sera un temps de malheur.
4 Ce jour-là, on fera sur vous une satire! on chantera une complainte, et l'on dira : " Nous sommes dépouillés de tout; la part de mon peuple est mesurée au cordeau, personne ne la lui rend; nos champs sont attribués à celui qui nous pille. "
5 Aussi il n'y aura pour vous personne qui jette le cordeau sur un lot dans l'assemblée de Yahvé.
DU LIVRE DE MICHEE
Commentaire
1. Situation
Michée est avec Isaîe, Amos et Osée, l'un des 4 grands prophètes du 8ème siècle. Il a prêché dans le royaume de Juda pendant la seconde moitié de ce siècle, à l'époque de la montée en puissance de la domination Assyrienne.
Michée se montre très sensible au fait que le peuple rejette son Dieu. Pour lui les péchés d'Israël sont la cause des châtiments à venir. Pour lui, le roi des Assyriens n'est que l'instrument de la colère de Dieu contre son peuple infidèle. Michée s'intéresse également beaucoup aux questions de justice sociale.
Ses oracles se déroulent de la façon suivante : - le jugement de Dieu contre son peuple (1, 1 - 2, 11), - l'annonce qu'un reste sera sauvé et reviendra (2, 12 - 13), - condamnation des responsables du peuple (3, 1 - 12), - une nouvelle place pour Dieu dans un Israêl renouvelé (4, 1 - 5, 12), - accusation et condamnation réitérées contre Israël (6, 1 - 7, 7), - une célébration liturgique de la foi (7, 8 - 20).
2. Message
Michée condamne ici fortement ceux qui, froidement, préméditent leurs crimes, et, particulièrement, ceux qui mettent tout en oeuvre pour s'emparer de maisons ou de champs qui ne leur appartiennent pas, et vont jusqu'à réduire leurs frères en esclavage.
Ceux-là, le Seigneur, en retour, les enfoncera complètement dans le malheur. L'ennemi viendra les déposséder de tous leurs biens. Leur sort deviendra objet de fables et de lamentations. On ne leur donnera plus de terre en Israël dans l'avenir, car le Seigneur va les expulser de son peuple.
3. Decouvertes
Cet oracle constitue l'un des 5 paragraphes d'une condamnation de différents groupes de la population de Juda et de Jérusalem, pour leurs manquements à la justice sociale et leur rejet de la parole des prophètes (2, 1 - 3, 12).
Notre page peut se résumer ainsi : l'homme propose, mais c'est Dieu qui dispose, et donc rétribue.
En effet, ce texte situe bien en parallèle la mise en accusation des criminels (2, 1 - 2) et la réponse menaçante du Seigneur (2, 3 - 4) : si les méchants préméditent leurrs crimes, Dieu fait de même pour la réponse qu'il leur prépare (2, 1 et 3); s'ils convoitent le bien des autres, Dieu va distribuer le leur aux infidèles (2, 2 et 4); s'ils s'emparent de l'héritage des autres, ce sera pour regretter la perte du leur (2, 2 et 4).
Il semblerait que les accusés dont parle ce texte, sont moins des "capitalistes" remplis de convoitise que des officiels de l'administration royale, qui taxaient le petit peuple et prenaient leurs biens, pour couvrir les dépenses de défense contre l'envahisseur.
4. Prolongement
Suivre Jésus, c'est nécessairement renoncer à soi-même et à tout ce que l'on possède. C'est dire que toutes nos relations à ce qui n'est pas Jésus deviennent "secondes", c'est-à-dire relativisées, redéfinies, en fonction de notre relation première et fondamentale à lui seul :
37 " Qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi.
38 Qui ne prend pas sa croix et ne suit pas derrière moi n'est pas digne de moi.
39 Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera.
La prise en charge des "petits", reconnus par nous comme frères et soeurs, est accueil de Jésus lui-même :
37 Alors les justes lui répondront : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer,
38 étranger et de t'accueillir, nu et de te vêtir,
39 malade ou prisonnier et de venir te voir ?"
40 Et le Roi leur fera cette réponse : "En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. "
La mise en garde de Jésus contre les dangers de la possession des richesses a été reprise avec force dans la lettre de Jacques :
11 Si donc vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour le malhonnête Argent, qui vous confiera le vrai bien ?
12 Et si vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour le bien étranger, qui vous donnera le vôtre ?
13 " Nul serviteur ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent. "
1 Eh bien, maintenant les riches ! Pleurez, hurlez sur les malheurs qui vont vous arriver.
2 Votre richesse est pourrie, vos vêtements sont rongés par les vers.
3 Votre or et votre argent sont rouillés, et leur rouille témoignera contre vous : elle dévorera vos chairs ; c'est un feu que vous avez thésaurisé dans les derniers jours !
4 Voyez : le salaire dont vous avez frustré les ouvriers qui ont fauché vos champs, crie, et les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur des Armées.
5 Vous avez vécu sur terre dans la mollesse et le luxe, vous vous êtes repus au jour du carnage.
Prière
*Seigneur Jésus, par ta parole, qui accomplit celle des prophètes, tu continues de nous mettre en garde contre la tentation de maîtriser, de posséder, pour nous, les personnes et les biens de ce monde, et tu attends de nous, qu'en toutes circonstances, avec tous les moyens dont nous disposons, nous devenions les serviteurs de tous les hommes et femmes qui, en toi et par toi, sont en vérité nos sœurs et nos frères : donne-moi de grandir dans l'attachement que je te porte, de ne rien rechercher sinon de te connaître, de te trouver, de vivre avec toi et comme toi, au service de mes frères et sœurs, en qui, comme en moi, Dieu reproduit ton image, et de savoir, pour cela, accepter tous les renoncements necessaires, dans la joie d'un cœur de pauvre. AMEN.
20.07.2002.*