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Qui devient saint ? Vingt siècles en chiffres

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Sommaire
  1. D'où viennent ces chiffres
  2. Douze régimes de sainteté
  3. Du martyre à l'ascèse, puis aux mystiques
  4. Canonisés et béatifiés
  5. Une femme sur cinq parmi les saints, bienheureux et vénérables
  6. Une géographie qui s'élargit
  7. Et les laïcs ?
  8. Ce que les chiffres ne disent pas
  9. Un mot depuis CapBiblique
  10. Et pour vous ?
  11. Pour approfondir

« Après cela, j'ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. » — Apocalypse 7, 9


Combien y a-t-il de saints ? Personne ne le sait : l'Église ne tient aucune liste exhaustive, et le Martyrologe romain, qui en nomme quelques milliers, est un livre de prière classé par jour, pas un registre. On peut pourtant regarder autrement : qui, siècle après siècle, a été reconnu saint, homme ou femme, moine ou laïc, martyr ou mystique ? Cette page le fait à partir de deux jeux de données, avec leurs limites.

Ce que la sainteté est, et comment l'Église la reconnaît, est expliqué dans la page Les saints. Ce qui unit les saints aux vivants et aux défunts, dans La communion des saints.


D'où viennent ces chiffres

Deux sources, qui se complètent :

  • Un corpus de 624 figures, établi pour CapBiblique à partir de la table du Dictionnaire des saints et grands témoins du christianisme (dir. Jean-Robert Armogathe et André Vauchez, CNRS Éditions, 2019), qui compte 359 entrées, complétée de 265 figures qui y manquaient : docteurs de l'Église, saints d'Orient, martyrs d'Asie et d'Afrique, laïcs contemporains. On y trouve des saints, mais aussi une centaine de « grands témoins » non canonisés (Pascal, Kierkegaard, Bonhoeffer, Simone Weil…).
  • Les 9 923 personnes que Wikidata (la base de données liée à Wikipédia) donne comme saints (y compris les saints des seules Églises orientales), bienheureux ou vénérables, extraites en août 2026 : les statuts sont ceux de cette date.

Deux avertissements. D'abord, ce sont des ordres de grandeur : Wikidata est bien mieux renseignée pour l'Europe occidentale que pour l'Orient ou le Sud, et le Dictionnaire est une sélection. Ensuite, dans le corpus de 624 figures, les classements (période, région, statut, manière de devenir saint, état de vie, autorité spirituelle…) sont des attributions proposées notice par notice par une intelligence artificielle (Claude) lors de la constitution du corpus : elles s'appuient sur des sources identifiées, mais restent des choix d'interprétation, discutables au cas par cas, et sont corrigées dès qu'une erreur est repérée. Les chiffres donnés ici ont été recalculés à partir de ces données en septembre 2026. Les siècles indiqués sont ceux de la naissance, pas de la canonisation.


Douze régimes de sainteté

On ne devient pas saint de la même manière à toutes les époques, parce que les règles de la reconnaissance changent. D'où ce découpage, proposé pour cette page : chaque césure correspond à un acte ou à un événement qui modifie qui devient saint, et comment.

PériodeCe qui change
Fondations bibliques (avant 30)Les figures de l'Écriture
Âge des martyrs (30-313)Le martyre est la sainteté par excellence ; l'édit de Milan (313) met fin aux persécutions
Ascèse et Pères (313-451)Le moine et l'évêque théologien prennent le relais du martyr ; concile de Chalcédoine (451)
Christianismes séparés (451-600)Les Églises se séparent ; chacune a ses saints
Sainteté épiscopale et locale (600-1050)Les saints sont reconnus par les évêques et le peuple, localement
Réforme grégorienne (1050-1234)Rome reprend la main
Monopole pontifical (1234-1517)Les Décrétales de Grégoire IX (1234) font de la réserve pontificale, affirmée par Alexandre III vers 1170-1180, une règle générale du droit de l'Église
Rupture confessionnelle (1517-1588)La Réforme conteste le culte des saints
Procédure romaine (1588-1740)Création de la Congrégation des Rites par Sixte V (1588) ; décrets d'Urbain VIII (1625 et 1634)
Codification et missions (1740-1870)Benoît XIV, élu en 1740 : son traité sur les béatifications et canonisations, écrit quand il était le cardinal Lambertini, fait référence pendant deux siècles
Sainteté de masse (1870-1978)Martyrs des missions et des persécutions, béatifications nombreuses
Régime contemporain (depuis 1978)Jean-Paul II simplifie la procédure (1983) et canonise dans le monde entier

Du martyre à l'ascèse, puis aux mystiques

PériodeMartyreAscèseCharge pastoraleDoctrineFondationCharisme mystiqueMissionCharitéVie ordinaire
Âge des martyrs (30-313)32791013
Ascèse et Pères (313-451)11710195131
Christianismes séparés (451-600)131943261
Sainteté épiscopale et locale (600-1050)314241415441
Réforme grégorienne (1050-1234)23111211121
Monopole pontifical (1234-1517)552211322731
Rupture confessionnelle (1517-1588)33344533
Procédure romaine (1588-1740)55365731
Codification et missions (1740-1870)105651181291
Sainteté de masse (1870-1978)17101941355
Nombre de figures par période et par « mode d'accès à la sainteté » dans le corpus de 624 notices (Dictionnaire des saints et grands témoins, complété). Plus la case est foncée, plus le mode pèse dans la période. Le mode d'accès est une attribution de Claude, inspirée de la typologie d'André Vauchez.

Trois mouvements se lisent dans ce tableau.

  • Le martyre, puis l'ascèse. Pendant l'âge des martyrs, le corpus compte 32 martyrs pour 7 ascètes ; après 313, la proportion s'inverse (1 martyr pour 17 ascètes entre 313 et 451). Quand on ne meurt plus pour la foi, le « martyre blanc » de la vie monastique prend le relais.
  • L'apparition des mystiques. La sainteté reconnue pour une expérience mystique (visions, écrits spirituels) est presque absente avant le XIᵉ siècle, puis progresse : 11 figures nées entre 1050 et 1234 (dont Hildegarde de Bingen), 22 nées entre 1234 et 1517 (dont Brigitte de Suède et Catherine de Sienne). Une hypothèse, qui reste une hypothèse : au moment où Rome contrôle davantage la reconnaissance des saints, l'autorité spirituelle se déplace vers ce qu'elle contrôle moins, l'expérience intérieure et l'écrit personnel.
  • Le retour des martyrs à l'époque moderne, avec les missions (Japon, Corée, Vietnam, Chine, Ouganda) puis les persécutions du XXᵉ siècle.

Canonisés et béatifiés

Saints et bienheureux, par siècle de naissance, d'après Wikidata0200400600Iᵉ siècle : 140 saintsIIIᵉ siècle : 203 saintsIIIᵉ siècle : 490 saintsIIIIVᵉ siècle : 491 saintsIVᵉ siècle : 1 bienheureuxVᵉ siècle : 440 saintsVᵉ siècle : 1 bienheureuxVVIᵉ siècle : 425 saintsVIIᵉ siècle : 416 saintsVIIᵉ siècle : 3 bienheureuxVIIVIIIᵉ siècle : 258 saintsVIIIᵉ siècle : 12 bienheureuxIXᵉ siècle : 191 saintsIXᵉ siècle : 12 bienheureuxIXXᵉ siècle : 182 saintsXᵉ siècle : 22 bienheureuxXIᵉ siècle : 231 saintsXIᵉ siècle : 53 bienheureuxXIXIIᵉ siècle : 201 saintsXIIᵉ siècle : 100 bienheureuxXIIIᵉ siècle : 126 saintsXIIIᵉ siècle : 116 bienheureuxXIIIXIVᵉ siècle : 71 saintsXIVᵉ siècle : 71 bienheureuxXVᵉ siècle : 91 saintsXVᵉ siècle : 101 bienheureuxXVXVIᵉ siècle : 207 saintsXVIᵉ siècle : 225 bienheureuxXVIIᵉ siècle : 87 saintsXVIIᵉ siècle : 67 bienheureuxXVIIXVIIIᵉ siècle : 224 saintsXVIIIᵉ siècle : 205 bienheureuxXIXᵉ siècle : 643 saintsXIXᵉ siècle : 611 bienheureuxXIXXXᵉ siècle : 102 saintsXXᵉ siècle : 377 bienheureuxXXSaintsBienheureuxXIXᵉ : 643 saints, 611 bienheureux
Saints et bienheureux selon le siècle de naissance (Wikidata, extraction d'août 2026, 8 601 personnes datées). Les béatifications, rares avant le XIIIᵉ siècle, deviennent aussi nombreuses que les canonisations à partir du XVIᵉ.
Voir les données
Siècle de naissanceSaintsBienheureuxVénérables
Iᵉ14000
IIᵉ20300
IIIᵉ49004
IVᵉ491116
Vᵉ440116
VIᵉ42508
VIIᵉ41631
VIIIᵉ258126
IXᵉ191126
Xᵉ1822212
XIᵉ2315333
XIIᵉ20110024
XIIIᵉ12611623
XIVᵉ717142
XVᵉ9110139
XVIᵉ20722561
XVIIᵉ876751
XVIIIᵉ22420571
XIXᵉ643611396
XXᵉ102377269

Deux régimes se distinguent. Pour les personnes nées au premier millénaire, presque toutes sont « saints » : leur culte est ancien, souvent antérieur à toute procédure, et reconnu tel quel. À partir du XIIIᵉ siècle, la procédure devient romaine, longue et coûteuse : les canonisations se raréfient, et la béatification, une étape intermédiaire qui autorise un culte local, prend une place croissante. Pour les personnes nées à partir du XVIᵉ siècle, les bienheureux sont à peu près aussi nombreux que les saints ; pour celles nées au XXᵉ siècle, ils sont bien plus nombreux, parce que beaucoup de causes sont en cours.

Le pic du XIXᵉ siècle (1 254 saints et bienheureux nés dans ce siècle sur le graphique, 1 808 dans Wikidata en comptant les vénérables) tient pour une bonne part aux groupes de martyrs, canonisés ou béatifiés ensemble : environ 250 martyrs de la guerre d'Espagne (1936-1939) nés au XIXᵉ siècle, environ 200 martyrs de Chine, de Corée et du Vietnam, et les néomartyrs russes de l'époque soviétique. S'y ajoutent de nombreux fondateurs et fondatrices de congrégations, souvent encore vénérables. Les martyrs de Corée, nés pour la plupart aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, expliquent aussi que la Corée du Sud figure au dixième rang des pays les plus représentés (d'après le premier pays renseigné).


Une femme sur cinq parmi les saints, bienheureux et vénérables

Part des femmes parmi les saints, bienheureux et vénérables, par siècle de naissance0 %10 %20 %30 %40 %Iᵉ siècle : 14 % de femmes (20 sur 143)IIIᵉ siècle : 20 % de femmes (41 sur 205)IIIᵉ siècle : 24 % de femmes (116 sur 492)IIIIVᵉ siècle : 16 % de femmes (83 sur 507)Vᵉ siècle : 12 % de femmes (57 sur 459)VVIᵉ siècle : 16 % de femmes (67 sur 431)VIIᵉ siècle : 24 % de femmes (98 sur 416)VIIVIIIᵉ siècle : 15 % de femmes (41 sur 274)IXᵉ siècle : 19 % de femmes (39 sur 207)IXXᵉ siècle : 13 % de femmes (28 sur 220)XIᵉ siècle : 12 % de femmes (39 sur 319)XIXIIᵉ siècle : 18 % de femmes (57 sur 317)XIIIᵉ siècle : 33 % de femmes (87 sur 265)XIIIXIVᵉ siècle : 22 % de femmes (40 sur 184)XVᵉ siècle : 25 % de femmes (57 sur 230)XVXVIᵉ siècle : 12 % de femmes (58 sur 498)XVIIᵉ siècle : 25 % de femmes (52 sur 209)XVIIXVIIIᵉ siècle : 29 % de femmes (144 sur 504)XIXᵉ siècle : 30 % de femmes (535 sur 1802)XIXXXᵉ siècle : 25 % de femmes (188 sur 751)XXensemble : 22 %
Part des femmes selon le siècle de naissance (Wikidata : 2109 femmes sur 9492 personnes dont le sexe est renseigné).
Voir les données
SiècleFemmesHommesPart des femmes
Iᵉ2012314 %
IIᵉ4116420 %
IIIᵉ11637624 %
IVᵉ8342416 %
Vᵉ5740212 %
VIᵉ6736416 %
VIIᵉ9831824 %
VIIIᵉ4123315 %
IXᵉ3916819 %
Xᵉ2819213 %
XIᵉ3928012 %
XIIᵉ5726018 %
XIIIᵉ8717833 %
XIVᵉ4014422 %
XVᵉ5717325 %
XVIᵉ5844012 %
XVIIᵉ5215725 %
XVIIIᵉ14436029 %
XIXᵉ535126730 %
XXᵉ18856325 %

Les femmes représentent environ un cinquième des saints, bienheureux et vénérables (2 109 sur 9 923 dans Wikidata, 21 %, ou 22 % des personnes dont le sexe est renseigné ; 18 % dans le corpus). La proportion est proche d'une source à l'autre. Elle varie selon les siècles de naissance, de 12 % à 33 % dans Wikidata, avec deux temps plus favorables : le XIIIᵉ siècle, celui des mystiques et des béguines, et les XVIIIᵉ-XIXᵉ siècles (environ 30 %), celui des fondatrices de congrégations enseignantes et hospitalières.

Ce chiffre ne mesure pas la sainteté des femmes : il compte des reconnaissances officielles. Une cause doit être ouverte, portée, documentée et financée, le plus souvent par un diocèse ou un ordre religieux, et ces institutions ont longtemps été gouvernées par des hommes. Les fonctions qui laissaient des écrits et des archives (évêque, abbé, pape, théologien) leur étaient réservées. Or les femmes ont toujours tenu une place considérable dans la vie consacrée : fin 2024, l'Église comptait près de 590 000 religieuses, pour 48 511 religieux non prêtres (Annuarium Statisticum Ecclesiae 2024, Vatican News, 28 mars 2026) et environ 128 000 prêtres religieux (fin 2023, Salle de presse du Saint-Siège), soit plus de trois religieuses pour un religieux. Le cinquième observé reflète donc d'abord la manière dont les causes ont été conduites.

Le corpus montre aussi par où les femmes entrent dans la sainteté. Parmi les 21 figures d'un état intermédiaire (tertiaires, béguines, recluses, c'est-à-dire engagées sans vœux publics ni clôture), 17 sont des femmes. Cet état leur ouvrait une vie donnée à Dieu sans dot, sans clôture et sans tutelle d'un ordre masculin. Et parmi les laïcs et semi-religieux, plus de la moitié des femmes (21 sur 37) ont exercé une autorité spirituelle attestée, conseillant ou accompagnant, parfois des prêtres ou des papes, comme Catherine de Sienne.


Une géographie qui s'élargit

Les douze pays actuels les plus représentés, d'après WikidataItalieItalie : 15201520FranceFrance : 11551155EspagneEspagne : 867867Royaume-UniRoyaume-Uni : 391391AllemagneAllemagne : 376376RussieRussie : 270270TurquieTurquie : 251251PolognePologne : 199199GrèceGrèce : 167167Corée du SudCorée du Sud : 137137BelgiqueBelgique : 134134IsraëlIsraël : 102102
Pays actuel du lieu de naissance ou de mort (premier renseigné), saints, bienheureux et vénérables confondus (Wikidata). Les Wikipédias occidentales étant les mieux renseignées, l'Orient et le Sud sont sous-représentés.

La sainteté reconnue est d'abord européenne : la France et l'Italie rassemblent 38 % du corpus (45 % du seul Dictionnaire), l'Italie, la France et l'Espagne près de 36 % de Wikidata. Le reste du monde apparaît surtout par les martyrs, puis, depuis Jean-Paul II, par des canonisations voulues sur tous les continents. Une part du déséquilibre tient aux sources elles-mêmes : les saints d'Orient et du Sud sont moins bien renseignés en ligne.

Pour l'Église d'aujourd'hui, largement africaine, latino-américaine et asiatique, voir L'Église dans le monde.


Et les laïcs ?

La question vaut qu'on s'y arrête, parce que la très grande majorité des chrétiens sont laïcs. Dans le corpus, les laïcs au sens strict (ni clercs, ni moines, ni semi-religieux) sont 69 sur 624.

PériodeLaïcsTotalPart
Fondations bibliques (avant 30)2514 %
Âge des martyrs (30-313)296247 %
Ascèse et Pères (313-451)3575 %
Christianismes séparés (451-600)1482 %
Sainteté épiscopale et locale (600-1050)3794 %
Réforme grégorienne (1050-1234)1432 %
Monopole pontifical (1234-1517)97911 %
Rupture confessionnelle et procédure romaine (1517-1740)2633 %
Codification et missions (1740-1870)5677 %
Sainteté de masse (1870-1978)137418 %

Pour 1870-1978, le tableau compte 74 figures, et la carte des modes d'accès plus haut 73 : une notice relève d'un « témoignage sans culte », qui n'a pas de colonne dans la carte.

La dernière période (depuis 1978) ne compte qu'une figure, Carlo Acutis, laïc : les siècles et les périodes étant ceux de la naissance, les saints canonisés par Jean-Paul II et ses successeurs sont répartis dans les périodes précédentes.

Tant que la sainteté se prouve par le sang, elle est ouverte à tous : un soldat, une esclave, une mère de famille peuvent être martyrs. Dès qu'elle se prouve par un mode de vie, elle suppose presque toujours un statut, celui du moine, du prêtre ou de la religieuse. Les laïcs disparaissent presque du tableau pendant près de neuf siècles (313-1234), et ne reviennent vraiment qu'avec les personnes nées après 1870.

Quelques traits de ces laïcs, à lire comme des tendances :

  • Peu de parents. Parmi les 90 laïcs et semi-religieux qui ne sont pas des souverains, 19 ont élevé des enfants. En dehors des groupes de martyrs, il faut attendre 2015 pour qu'un couple marié soit canonisé ensemble, Louis et Zélie Martin, les parents de Thérèse de Lisieux (Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi avaient été les premiers époux béatifiés ensemble, en 2001).
  • La « vie ordinaire » devient une voie reconnue : Pier Giorgio Frassati, Gianna Beretta Molla, Chiara Badano, Carlo Acutis. Elle n'est pas tout à fait nouvelle (Monique, la mère d'Augustin, morte en 387, est vénérée de longue date), mais elle n'était presque jamais la raison de la reconnaissance.
  • La pensée ne suffit pas. Parmi les laïcs du corpus, 14 ne sont pas canonisés, et ce sont presque tous des penseurs : Pascal, Kierkegaard, Maritain, Simone Weil… Justin et Boèce, philosophes, sont saints comme martyrs.
  • La sainteté n'est pas l'affaire de la jeunesse. Malgré Carlo Acutis ou Chiara Badano, l'âge médian à la mort des 86 laïcs, semi-religieux et souverains dont l'âge est connu est de 57 ans (60 ans pour les 42 laïcs au sens strict).

Ce que les chiffres ne disent pas

Ces chiffres décrivent la reconnaissance de la sainteté, pas la sainteté elle-même. La canonisation ne désigne qu'une partie des saints : la fête de la Toussaint célèbre aussi la foule de ceux dont le nom n'est connu que de Dieu. Et le concile Vatican II enseigne que l'appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s'adresse à tous ceux qui croient au Christ, quel que soit leur état de vie (Lumen gentium 40).

Ils décrivent aussi les priorités de chaque époque, ses moyens, ses préjugés : il était plus facile d'ouvrir une cause pour un fondateur d'ordre, qui laisse une communauté pour la porter, que pour une mère de famille. Les chiffres ne sont donc pas un palmarès, mais un miroir de la manière dont l'Église, à chaque époque, a regardé la sainteté.


Un mot depuis CapBiblique

Si l'on pouvait compter la sainteté vécue, et non la sainteté reconnue, je ne crois pas que les femmes y seraient une sur cinq. La sainteté n'est pas donnée davantage aux hommes qu'aux femmes : l'écart des chiffres tient à l'histoire des procédures, pas à l'Évangile. Saint Paul l'écrit aux Galates : « il n'y a plus l'homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28). C'est une conviction personnelle, pas un chiffre. L'Église n'a jamais prétendu que les canonisations donnent la mesure de la sainteté : la Toussaint célèbre justement la foule de ceux dont le nom n'est connu que de Dieu.


Et pour vous ?

Cherchez un saint qui vous ressemble : de votre état de vie, de votre métier, de votre région, de votre âge. La diversité de ces figures dit que la sainteté n'a pas un seul visage, et qu'elle se vit aussi dans une vie ordinaire. Et demandez-leur de prier pour vous : c'est tout le sens de la communion des saints.


Pour approfondir

  • Jean-Robert Armogathe et André Vauchez (dir.), Dictionnaire des saints et grands témoins du christianisme, CNRS Éditions, 2019 — la source principale du corpus
  • André Vauchez, La Sainteté en Occident aux derniers siècles du Moyen Âge, École française de Rome, 1981 — un ouvrage de référence sur la reconnaissance des saints
  • Dicastère pour les causes des saints — procédures et décrets récents
  • Lumen gentium, chapitre V — l'appel universel à la sainteté
  • Wikidata — la base de données utilisée pour les graphiques

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