Jour 142 ☾ — Michée : le procès de Dieu contre son peuple
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 6 et 7 de Michée, le frère Paul-Adrien présente le sommet dramatique du livre : un véritable procès où Dieu convoque les montagnes et la terre entière comme témoins contre son peuple. Michée, se faisant avocat de la défense, ne trouve plus un seul juste dans le pays et voit tout le tissu social d'Israël s'effondrer. Le verset-clé — « respecter le droit, aimer la fidélité et t'appliquer à marcher avec ton Dieu » — résume toute la foi biblique : Dieu ne veut pas des rituels vides mais un cœur transformé. L'épisode se termine par la victoire de la miséricorde divine et par les impropères du Vendredi saint, inspirés de Michée 6.
Introduction
Nous terminons en beauté, Michée 6 et 7. C'est le véritable sommet dramatique de tout le livre. On a annoncé le jugement de Jérusalem, on a annoncé l'espérance d'un Messie. Et maintenant, on retourne dans le dur après la petite pause. Cette fois-ci, on termine le livre avec un plaidoyer divin contre Israël. Mais un plaidoyer divin, c'est-à-dire un véritable procès.
Il va y avoir trois moments clés, je vous les dis pour que tout le monde arrive à bien se repérer. Un procès céleste, Michée chapitre 6, Dieu qui met Israël en accusation. Puis ensuite, le cri du prophète, Michée, qui va essayer de défendre Juda, son peuple, qui se fait l'avocat de la défense. Sauf qu'il ne va pas y arriver, parce qu'il voudrait défendre son peuple, mais il ne trouve rien dans sa faveur. Ça, ce sera Michée, début du chapitre 7. Et puis ensuite, on va terminer sur un cri final, bouleversant : malgré le péché du peuple, la victoire de la miséricorde divine.
Donc, je reprends : Michée chapitre 6, le procès céleste dans lequel Dieu accuse son peuple. Chapitre 7, Michée, le prophète, va essayer de défendre son peuple. Il ne va pas y arriver. Il va chercher un fidèle, il ne va pas trouver de fidèle dans le pays. Le fidèle a disparu du pays, il n'y a plus d'homme droit parmi les hommes. Il rappelle que les juges sont corrompus, que la vérité est piétinée. C'est Michée qui voudrait défendre son peuple et qui n'y arrive pas. Les familles elles-mêmes sont brisées, le fils méprise son père et la fille se soulève contre sa mère. C'est comme si vous aviez tout le tissu social d'Israël qui s'effondrait sous les yeux de Michée, et Michée ne sait plus quoi dire pour défendre son peuple. Le mal est trop profond.
Une scène de tribunal. Vous imaginez, vous êtes devant le juge, décor grandiose. C'est Dieu qui convoque les montagnes et la terre entière comme témoins. « Écoutez donc ce que dit le Seigneur. Lève-toi et plaide devant les montagnes, et que les collines entendent ta voix. » Moment solennel, majestueux, où la création elle-même est spectatrice du procès de Dieu contre son peuple. Vous savez, nous, on imagine — on a raison d'ailleurs — qu'on parle avec Dieu dans notre prière, dans notre chambre. Mais c'est, entre guillemets, un petit cœur à cœur : on lui confie nos petits péchés, il nous répond dans la solitude de notre pièce. Imaginez qu'à la place, cette fois-ci, c'est Dieu qui est en procès contre vous et qui convoque la terre entière. Pas de chance : c'est ce qui arrivera au jugement dernier.
Accusation divine : Dieu va rappeler tout ce qu'il a fait pour Israël, comment il l'a libéré d'Égypte, comment il lui a donné des chefs comme Moïse, Aaron et Myriam, comment il l'a protégé de ses ennemis. Et Israël, quand même, qui l'a trahi, qui a oublié, qui s'est tourné vers l'injustice. Et la seule réponse d'Israël, c'est un faux repentir. Mais on ne peut pas duper Dieu. Le peuple va répondre — là, vous allez l'entendre — avec des questions absurdes : « Avec quoi me présenterais-je devant le Seigneur ? Est-ce que j'offrirai des holocaustes, des milliers de béliers ? Est-ce que j'offrirai mon propre fils ? » Donc ça, c'est Israël qui pense qu'il peut acheter le pardon de Dieu avec des sacrifices. C'est un faux repentir, parce que pour obtenir le pardon, il faut demander pardon et ensuite changer de vie.
Ça vous amène au verset-clé de ce chapitre, la réponse de Dieu. Alors ça, vous ferez attention à ce verset, il est magnifique. C'est un résumé fulgurant de toute la foi biblique. C'est Dieu qui ne cherche pas des rituels vides ni des sacrifices, mais qui demande un cœur transformé et une vie de justice et d'amour. C'est l'hommage de votre cœur qu'il demande, et c'est tout ce qu'il demande.
Et alors, c'est quand il touche le fond du désespoir, quand il ne peut plus défendre son peuple, que là, il se tourne vers Dieu et que là, vous avez un cri d'espérance qui jaillit : « Je regarderai vers le Seigneur, j'espérerai dans le Dieu de mon salut. » Parce que quand tout semble perdu, il ne nous reste plus qu'une seule chose — ça, on le connaît tous — c'est s'accrocher à Dieu. C'est ça qui est extraordinaire dans ces chapitres : c'est la victoire de la miséricorde à la fin. C'est Israël qui est tombé, mais Dieu qui promet de le relever. Vous verrez, c'est magnifique.
Lecture : Michée 6-7
Écoutez donc ce que dit le Seigneur. Lève-toi ! Engage un procès avec les montagnes et que les collines entendent ta voix. Montagnes, écoutez le procès du Seigneur, vous aussi, fondements inébranlables de la terre. Car le Seigneur est en procès avec son peuple, il plaide contre Israël.
« Mon peuple, que t'ai-je fait ? En quoi t'ai-je fatigué ? Réponds-moi ! Est-ce parce que je t'ai fait monter du pays d'Égypte, que je t'ai racheté de la maison d'esclavage et que je t'ai donné comme guides Moïse, Aaron et Myriam ? Ô mon peuple, souviens-toi, je te prie, du projet de Balak, roi de Moab, et de ce que lui répondit Balaam, fils de Béor. Souviens-toi du passage de Chittim jusqu'à Guilgal, pour que tu reconnaisses les justes actions du Seigneur. »
« Comment dois-je me présenter devant le Seigneur ? demande le peuple. Comment m'incliner devant le Très-Haut ? Dois-je me présenter avec de jeunes taureaux pour les offrir en holocauste ? Prendra-t-il plaisir à recevoir des milliers de béliers, à voir des flots d'huile répandus sur l'autel ? Donnerai-je mon fils aîné pour prix de ma révolte, le fruit de mes entrailles pour mon propre péché ? »
« Homme, répond le prophète, on t'a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d'autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t'appliquer à marcher avec ton Dieu. »
La voix du Seigneur appelle la cité. Écoutez ! « Puis-je supporter une mesure fausse, des biens acquis par fraude et un boisseau honteusement réduit ? Puis-je tenir pour innocents ceux qui utilisent des balances fausses et des sacoches de poids truqués ? Les riches sont pleins de violence. Les habitants profèrent le mensonge. Leur langage n'est que tromperie.
Moi-même, j'ai commencé à te frapper, à te dévaster à cause de tes péchés. Toi, tu mangeras, mais tu ne seras pas rassasié. Chez toi viendra la famine. Tu mettras de côté, mais tu ne pourras rien garder, et ce que tu auras à garder, je le livrerai à l'épée. Toi, tu sèmeras, mais tu ne moissonneras pas. Tu presseras l'olive, mais tu ne t'enduiras pas d'huile. Tu presseras le raisin, mais tu ne boiras pas de vin.
Les prescriptions d'Omri ont été observées, ainsi que toutes les pratiques de la maison d'Achab. Vous avez marché selon leurs conseils. C'est pour cela que je te livrerai à la dévastation et tes habitants à la raillerie. Le mépris des peuples pèsera sur vous. »
Hélas pour moi ! Je suis comme au temps des récoltes d'été, comme au grappillage des vendanges : plus une grappe à manger, plus de ces figues précoces que j'aime tant. Les fidèles ont disparu du pays. Plus un seul homme juste. Tous cherchent l'occasion de verser le sang. Chacun tend un piège à son frère. Leurs mains sont habiles pour faire le mal. Leur chef se fait payer, le juge également, et le grand fait savoir ce qu'il désire. Ensemble, ils intriguent. Le meilleur d'entre eux est pareil à un buisson de ronces, le plus juste est pire qu'une haie d'épines. Au jour annoncé par les guetteurs, le châtiment arrive. C'est alors qu'ils seront confondus.
Ne mets pas ta foi dans ton ami. Ne te confie pas à ton familier. Devant celle qui repose entre tes bras, garde les portes de ta bouche. Car le fils insulte son père, la fille se dresse contre sa mère, la belle-fille contre sa belle-mère, et chacun a pour ennemi les gens de sa maison.
Moi, Jérusalem, je veux guetter le Seigneur, attendre Dieu, mon Sauveur. Lui, mon Dieu, m'entendra.
Ne te réjouis pas de mon malheur, ô mon ennemie. Oui, je suis tombée, mais je me relève. J'habite dans les ténèbres, mais le Seigneur est ma lumière. Puisque j'ai péché contre le Seigneur, je dois endurer sa colère jusqu'à ce qu'il prenne ma cause en main et rétablisse mon droit. Il me fera sortir à la lumière et je contemplerai sa justice. Mon ennemie verra tout cela. Elle sera couverte de honte, elle qui me disait : « Où est-il, le Seigneur, ton Dieu ? » Mes yeux la contempleront tandis qu'elle sera piétinée comme la boue des rues.
Au jour où l'on rebâtira ton enclos, ce jour-là, on repoussera tes frontières. Ce jour-là, on viendra jusqu'à toi depuis Assour jusqu'à l'Égypte, depuis l'Égypte jusqu'au Fleuve, et de la mer à la mer, de la montagne à la montagne. Le reste de la terre deviendra un lieu désolé à cause de ses habitants. Tel sera le fruit de leur conduite.
Seigneur, avec ta houlette, sois le pasteur de ton peuple, du troupeau qui t'appartient, qui demeure isolé dans le maquis entouré de vergers. Qu'il retrouve son pâturage à Bashane et Galaad, comme aux jours d'autrefois.
Comme au jour où tu sortis d'Égypte, tu lui feras voir des merveilles. Les nations verront et elles seront confondues, en dépit de toute leur puissance. Elles mettront la main sur leur bouche, leurs oreilles deviendront sourdes. Elles lécheront la poussière comme le serpent, comme les bêtes qui rampent sur la terre. Elles trembleront en sortant de leur forteresse. Elles viendront vers le Seigneur, notre Dieu. Elles seront terrifiées. Elles auront peur de toi.
Qui est Dieu comme toi, pour enlever le crime, pour passer sur la révolte, comme tu le fais à l'égard du reste de ton héritage ? Un Dieu qui ne s'obstine pas pour toujours dans sa colère, mais se plaît à manifester sa faveur. De nouveau, tu nous montreras ta miséricorde. Tu fouleras aux pieds nos crimes. Tu jetteras au fond de la mer tous nos péchés. Ainsi, tu accordes à Jacob ta fidélité, à Abraham ta faveur, comme tu l'as juré à nos pères depuis les jours d'autrefois.
Commentaire
Fin de la lecture. Je vous rappelle quand même quelques vérités essentielles que vous venez d'entendre.
Premièrement : Dieu veut votre cœur. Pas juste vos prières. Il veut votre cœur. Tant que vous ne le lui avez pas donné, vous n'avez pas encore commencé à prier.
Deuxièmement : même dans un monde corrompu, on peut toujours se relever. Dieu peut toujours rétablir les choses. Et son pardon est immense, plus grand que nos péchés. Ce que vous venez d'entendre, c'est Michée qui annonce l'Évangile.
Je vous propose de terminer par une prière. Il se trouve que Michée chapitre 6, les reproches que Dieu adresse à son peuple, ça a inspiré une prière que l'on utilise le Vendredi saint, le jour où le Christ est mort : ce que l'on appelle les impropères, qui sont des lamentations chantées pendant l'office de l'adoration de la croix, le Vendredi saint. C'est ce que nous, catholiques, nous prions. Nous prions à partir de Michée 6. C'est une méditation sur la Passion à partir du procès de Dieu contre son peuple.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Mon peuple, que t'ai-je fait ? En quoi t'ai-je offensé ? Mon peuple, que t'ai-je fait ? Mon peuple, que t'ai-je fait ? En quoi t'ai-je offensé ? Réponds-moi !
Je t'ai fait sortir de la terre d'Égypte, et toi, tu as préparé une croix pour ton Sauveur.
Je t'ai conduit quarante ans dans le désert, je t'ai nourri de la manne, je t'ai introduit dans une terre excellente, et toi, tu as préparé une croix pour ton Sauveur.
Je t'ai planté comme une vigne choisie, et tu es devenu amer pour moi, car dans ma soif, tu m'as donné du vinaigre, et tu as transpercé le côté de ton Sauveur avec une lance.
Seigneur, prends pitié de nous.
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