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Jour 353 ☾ — servir la vérité, garder le feu

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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien poursuit la première lettre à Timothée, une de ses lettres préférées, avec les chapitres 3 et 4. La lecture donne les critères d'admission des responsables de communauté — les épiscopes — et des diacres, puis l'exhortation à Timothée : garder la bonne doctrine, ne pas se laisser mépriser à cause de sa jeunesse, veiller sur soi-même et sur son enseignement. Le commentaire montre comment la hiérarchie cléricale — évêques, prêtres, diacres — et l'articulation Écriture / Tradition / magistère se trouvent déjà en germe dans ces pages, de manière encore floue mais très vite fixée par la Didachè, Clément de Rome et Ignace d'Antioche. L'épisode se termine par une prière pour l'Église, visible et invisible, et pour ses ministres.

Introduction

Nous continuons notre lettre à Timothée. On était en train d'aborder hier un sujet grave, compliqué, délicat. On les met de côté deux secondes maintenant et on retourne dans cette lettre à Timothée qui a tous les charmes du monde. Elles font partie de mes lettres préférées. Elles sont peut-être moins géniales que la lettre aux Romains ou la lettre aux Corinthiens, mais je leur trouve un charme supérieur, je ne peux pas m'en empêcher. On y va, bonne écoute.

Lecture : 1 Timothée 3

Voici une parole digne de foi : si quelqu'un aspire à la responsabilité d'une communauté, c'est une belle tâche qu'il désire.

Le responsable doit être irréprochable, époux d'une seule femme, un homme sobre, raisonnable, équilibré, accueillant, capable d'enseigner, ni buveur, ni brutal, mais bienveillant, ni querelleur, ni cupide. Il faut qu'il dirige bien les gens de sa propre maison, qu'il obtienne de ses enfants l'obéissance et se fasse respecter. Car si quelqu'un ne sait pas diriger sa propre maison, comment pourrait-il prendre en charge une Église de Dieu ? Il ne doit pas être un nouveau converti ; sinon, aveuglé par l'orgueil, il pourrait tomber sous la même condamnation que le diable. Il faut aussi que les gens du dehors portent sur lui un bon témoignage, pour qu'il échappe au mépris des hommes et au piège du diable.

Les diacres, eux aussi, doivent être dignes de respect, n'avoir qu'une parole, ne pas s'adonner à la boisson, refuser les profits malhonnêtes, garder le mystère de la foi dans une conscience pure. On les mettra d'abord à l'épreuve ; ensuite, s'il n'y a rien à leur reprocher, ils serviront comme diacres. Les femmes, elles aussi, doivent être dignes de respect, ne pas être médisantes, mais sobres et fidèles en tout. Que le diacre soit l'époux d'une seule femme, qu'il mène bien ses enfants et sa propre famille. Les diacres qui remplissent bien leur ministère obtiennent ainsi une position estimable et beaucoup d'assurance grâce à leur foi en Christ Jésus.

Je t'écris avec l'espoir d'aller te voir bientôt. Mais au cas où je tarderais, je veux que tu saches comment il faut se comporter dans la maison de Dieu, c'est-à-dire la communauté, l'Église du Dieu vivant : c'est elle qui est le pilier et le soutien de la vérité.

Assurément, il est grand, le mystère de notre religion. C'est le Christ : manifesté dans la chair, justifié dans l'Esprit, apparu aux anges, proclamé dans les nations, cru dans le monde, enlevé dans la gloire.

Lecture : 1 Timothée 4

L'Esprit dit clairement qu'aux derniers temps, certains abandonneront la foi pour s'attacher à des esprits trompeurs, à des doctrines démoniaques. Ils seront égarés par le double jeu des menteurs dont la conscience est marquée au fer rouge. Ces derniers empêchent les gens de se marier ; ils disent de s'abstenir d'aliments créés pourtant par Dieu pour être consommés dans l'action de grâce par ceux qui sont croyants et connaissent pleinement la vérité. Or, tout ce que Dieu a créé est bon, et rien n'est à rejeter si on le prend dans l'action de grâce, car alors cela est sanctifié par la parole de Dieu et la prière.

En exposant ces choses aux frères, tu seras un bon serviteur du Christ Jésus, nourri des paroles de la foi et de la bonne doctrine que tu as toujours suivie. Quant aux récits mythologiques, ces racontars de vieilles femmes, écarte-les. Exerce-toi au contraire à la piété. En effet, l'exercice physique n'a qu'une utilité partielle, mais la religion concerne tout, car elle est promesse de vie, de vie présente et de vie future.

Voilà une parole digne de foi et qui mérite d'être accueillie sans réserve. Si nous nous donnons de la peine et si nous combattons, c'est parce que nous avons mis notre espérance dans le Dieu vivant qui est le sauveur de tous les hommes, et au plus haut point des croyants.

Voilà ce que tu dois prescrire et enseigner. Que personne n'ait lieu de te mépriser parce que tu es jeune. Au contraire, sois pour les croyants un modèle par ta parole et par ta conduite, par ta charité, ta foi et ta pureté. En attendant que je vienne, applique-toi à lire l'Écriture aux fidèles, à les encourager, à les instruire. Ne néglige pas le don de la grâce en toi, qui t'a été donné au moyen d'une parole prophétique quand le collège des anciens a imposé les mains sur toi. Prends à cœur tout cela, applique-toi, afin que tous voient tes progrès. Veille sur toi-même et sur ton enseignement. Maintiens-toi dans ces dispositions. En agissant ainsi, tu obtiendras le salut, et pour toi-même et pour ceux qui t'écoutent.

Commentaire

Alors je vais vous parler de quoi ? Si, je sais de quoi je vais vous parler. On va parler de la hiérarchie cléricale. Mais oui ! Parce qu'en fait, il en était question dans cette lettre. La hiérarchie cléricale, c'est les prêtres, les évêques, les diacres. En fait, tout ça, ça vient des lettres que vous êtes en train de lire. Mais oui !

Les mots sont parfois un peu fluctuants. Mais là, par exemple, il était question des évêques. Je ne sais pas pourquoi ça a disparu de la traduction, mais c'était le chapitre 3, verset 1 :

Voici une parole digne de foi : si quelqu'un aspire à la responsabilité d'une communauté, c'est une belle tâche qu'il désire.

Ça, en fait, en grec, c'est « si quelqu'un aspire à l'épiscopos », ce qui vous a donné « épiscopal », ce qui vous a donné « évêque ». Si quelqu'un aspire à être évêque, c'est une belle tâche qu'il désire. L'évêque doit être irréprochable, époux d'une seule femme, un homme sobre, raisonnable, équilibré, accueillant, capable d'enseigner, etc.

Ensuite, il était question des diacres. Alors là, pour le coup, je ne sais pas pourquoi, mais ils le laissent. C'est le verset 8 :

Les diacres, eux aussi, doivent être dignes de respect, n'avoir qu'une parole, ne pas s'adonner à la boisson…

Et plus tard — ce sera demain, au chapitre 5 — il sera question des anciens, littéralement les prêtres, qui exercent bien la présidence et méritent une double rémunération. Prêtres, diacres, épiscopos : ça va devenir plus tard les trois degrés de la cléricature.

Mais il n'y a pas que dans la lettre à Timothée qu'on en parle. Il était question des diacres au début des Actes des Apôtres. On parlera des presbytes d'Éphèse en Actes, chapitre 20. La lettre à Tite parlera des presbytes, puis décrira l'épiscopat avec des critères parallèles. Dans la lettre aux Philippiens, on saluait les épiscopes et les diacres. Bref, ça vient, ça revient et ça revient.

Alors, ces termes d'épiscope, de presbyte, de diacre, c'est un peu flou, c'est un peu interchangeable. On ne sait pas exactement ce que ça veut dire. Ça se cherche. Ce qu'on peut dire au minimum, c'est que ça désigne des ministères stables, institués, hiérarchiques et ritualisés, parce qu'il y a le geste d'imposition des mains. Pour le reste, c'est difficile d'aller un peu plus dans les détails.

Mais ce qui est intéressant, c'est que dans la première lettre à Timothée, on a le sentiment qu'on a franchi une étape. Parce que là, on commence à vous donner des critères d'admission à ces ministères. Ça veut dire que non seulement ils sont institués, mais que là, on est en train d'envisager que ça dure. Et les trois seuls ministères pour lesquels on envisage de tels critères, c'est les diacres, les prêtres, les épiscopos.

Et d'ailleurs, je fais juste un tout petit excursus, mais pour comprendre cette notion d'institution et d'Église qui est en train de se constituer en magistère, c'est-à-dire qui donne un enseignement doctrinal, sacramentel, rituel de prière — les mots ne sont pas encore là, mais regardez ce verset, chapitre 3, verset 15 :

Mais au cas où je tarderais, je veux que tu saches comment il faut se comporter dans la maison de Dieu, c'est-à-dire la communauté, l'Église du Dieu vivant, elle qui est le pilier et le soutien de la vérité.

Le mot de magistère n'est pas là, mais l'idée est là. C'est-à-dire que l'Église est considérée comme une institution qui est là pour garantir la fiabilité d'un enseignement. Et pour qu'elle accomplisse cette tâche, on va lui donner des ministères reconnus, institués, hiérarchiques. Voilà, quoi.

Dans le chapitre 4, on vous précise le ministère d'enseignement : discerner contre les doctrines dévoyées, les hérésies, lecture publique, exhortation, enseignement, charisme d'état reçu par imposition des mains par le presbyterium. C'était le verset 14 :

Ne néglige pas le don de la grâce en toi, qui t'a été donné au moyen d'une parole prophétique quand le collège des anciens a imposé les mains sur toi.

Le collège des anciens, des prêtres. Ça, plus tard, c'est ce qui vous a donné le rite de l'ordination. Moi, c'est comme ça que j'ai été ordonné prêtre. Il y a des prêtres qui sont venus, qui ont imposé leurs mains sur moi, avec un épiscope, avec un évêque.

Dans le même genre d'idée — alors je spoile, parce que ce sera dans deux chapitres, au chapitre 6 — mais Paul dira plus tard à Timothée : « Garde le dépôt de la foi. » Le dépôt, en latin traditum, ce qui a été donné, ce qui a donné le mot de tradition. Le but de cette institution qui est en train de se mettre en place autour des prêtres, des anciens, des diacres, etc., c'est de vérifier que la tradition objective est gardée intègre et transmise à la génération suivante.

Plus tard, ça vous donnera la théologie du magistère qu'on trouvera, par exemple, dans la théologie catholique : les conciles, le magistère ordinaire, le magistère extraordinaire, le sensus fidei. Bon, on ne va pas rentrer dans tous les détails, ça nous amènerait trop loin, mais c'est pour vous montrer qu'il y a des liens avec ce qu'on est en train de lire aujourd'hui.

L'articulation Écriture, Tradition, magistère, la structure cléricale évêque, presbyte, diacre : tout ça se trouve déjà en germe dans le Nouveau Testament, de manière inchoative, c'est-à-dire encore floue, qui se cherche encore. Mais, c'est ce que je vous disais, ça va très vite se fixer.

Par exemple, un document célébrissime qui s'appelle la Didachè. La Didachè, ça veut dire « l'enseignement » ; c'est daté des années 80-100, c'est-à-dire l'époque du Nouveau Testament, et ça vous mentionne les évêques et les diacres. Dans la première lettre de Clément — alors Clément, ça aussi, c'est un auteur célébrissime, c'est un pape qui vivait à Rome et qui écrivait aux Corinthiens, en 96, ce n'est même pas une génération après les apôtres — on défend la succession régulière de ministres institués par les apôtres. Ça veut dire que là, on a la conscience d'un ordre hiérarchique à respecter.

Et surtout, vous avez Ignace d'Antioche. Ignace d'Antioche, c'est 107-110. L'évêque d'Antioche — Antioche, ça pèse dans le jeu des premières églises, ça fait partie des trois plus grands sièges. On vous dit que c'est le deuxième ou troisième évêque d'Antioche, disciple direct des apôtres Pierre et Jean. Et il écrit, je vous cite, entre autres dans la lettre aux Magnésiens, mais il y en aurait d'autres : « … qui tiennent la place du collège des apôtres, et des diacres à qui est confié le service de Jésus-Christ. »

Enfin, tout ça se met tellement vite en place qu'on a même pu qualifier l'Église primitive de « proto-catholicisme ». Alors, ça n'empêche pas que l'Église catholique en a rajouté dessus. Donc c'est parfois difficile de faire la différence entre ce qui vient du Nouveau Testament et ce que la tradition, qui s'est instaurée au fur et à mesure des siècles, a rajouté par-dessus. Bon, vous voyez, tout ça, ça méritait d'être dit.

Eh oui. Nous terminons par une prière. Au nom du Père et du Fils.

Prière

Seigneur, je te confie l'Église. Je te confie l'Église invisible, celle de la communion de tous les croyants entre eux, qui ne forment qu'une seule foi, une seule prière. Je te confie aussi l'Église visible, qui parfois est belle, qui parfois est moins belle. Et je te confie toute cette structure qui vise à garder intègre le dépôt de la foi.

Je te demande, Seigneur, d'avoir des évêques qui soient attentifs, épiscopos, qui voulait dire vigilants. Je te demande, Seigneur, d'avoir des prêtres qui soient des anciens, presbuteroï, c'est-à-dire des gens versés dans la sagesse. Je te demande, Seigneur, d'avoir des diacres, c'est-à-dire des gens qui servent.

Je te demande, Seigneur, d'être moi-même, dans ma propre vie, un épiscopos, un prêtre et un diacre. Je te demande, Seigneur, que ce que je demande à ma hiérarchie et aux ministres du culte, je sois le premier à l'accomplir dans ma propre vie.

Seigneur, garde-les en ta sainte garde, et je te remercie pour eux, pour le don de leur vie.


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