Jour 358 ☾ — Le Trône, l'Agneau et la clé de l'Histoire
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Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre une nouvelle partie de l'Apocalypse avec l'image des « lunettes de soleil » : chaque grande section commence par une vision qui colore tout ce qui suivra, et ces visions se superposent sans jamais s'enlever. Ici, le chapitre 4 déploie une liturgie cosmique autour du trône — quatre vivants, vingt-quatre anciens, éclairs et mer de cristal — centrée sur l'adoration du Dieu créateur ; le chapitre 5 introduit le rouleau scellé et l'Agneau immolé, adoration du Dieu sauveur. Le commentaire explique que croire en Dieu et comprendre le sens de sa propre vie sont deux choses différentes : le livre fermé, c'est l'histoire humaine, et seul l'Agneau est digne de l'ouvrir. Le frère détaille enfin les symboles — trône céleste contre trône de Rome, couronnes déposées, reprise du Sinaï et d'Ézéchiel, quatre vivants lus par Irénée de Lyon comme les quatre évangélistes.
Introduction
Nous passons à une nouvelle partie du livre de l'Apocalypse. On aura eu une introduction qui commençait par une vision, et c'était cette vision-là qui avait amené saint Jean à s'adresser aux autres Églises. En fait, ça, c'est un schéma qui reviendra souvent, c'est-à-dire que chaque grande partie, généralement, va commencer par une vision. C'est comme si, pour que vous puissiez mieux voir les événements qu'on va vous décrire dans les chapitres à venir, on commençait par poser sur votre nez des lunettes de soleil. Forcément, ces lunettes de soleil vont colorer tout ce que vous allez voir par la suite, mais ça vous permettra aussi de mieux discerner certains détails.
Donc, on a déjà commencé par poser sur notre nez une première paire de lunettes de soleil. C'était cette vision inaugurale du Fils d'homme qui revenait dans sa gloire, avec, qui sortait de sa bouche, l'épée à double tranchant, et dans sa main, la lampe avec les sept étoiles. Ça, c'était le chapitre 1. Et chapitres 2 et 3, une fois qu'on avait ces lunettes de soleil sur le nez, on pouvait mieux voir les Églises. C'est vrai que quand on a les yeux remplis du Christ en gloire, on s'aperçoit qu'Éphèse avait perdu sa ferveur première, et que certaines églises ont besoin d'être encouragées, et d'autres ont besoin qu'au contraire, on leur mette un petit coup de pied aux fesses. Ça, c'est pour vous montrer comment ça fonctionne.
Je vous dis ça parce que là, on commence une nouvelle partie, et à nouveau, on aura une vision inaugurale. On va voir le trône de gloire, on va voir les quatre vivants, on va voir l'Agneau immolé. Eh bien ça, c'est comme de nouvelles lunettes de soleil que saint Jean est en train de nous poser sur le nez pour qu'on voie mieux ce qui va arriver dans la suite.
Alors, petite parenthèse, c'est là où ça devient subtil. Si jamais je vous perds, vous me le dites. En fait, ces lunettes de soleil, on les met les unes par-dessus les autres. On n'enlève pas la première pour ensuite mettre la deuxième : on les met les unes à la suite des autres. Et à la fin, ça recompose une vision d'ensemble, cette fameuse vision d'Ézéchiel, le char divin. On avait déjà mis le Fils d'homme, eh bien maintenant, on met le trône et les quatre vivants.
Donc ça, ça vous montre l'importance de cette vision que vous allez avoir pour comprendre la suite. Donc je veux que vous soyez attentifs. Quand on va parler du trône, je veux que vous soyez à côté. Quand on va parler des quatre vivants, je veux que vous les voyiez. Quand on va parler de l'Agneau immolé, je veux que vous soyez juste à côté. Mettez-vous-en plein les yeux, s'il vous plaît. Et on se retrouve dans les commentaires.
Lecture : Apocalypse 4-5
Après cela, j'ai vu. Et voici qu'il y avait une porte ouverte dans le ciel. Et la voix que j'avais entendue, pareille au son d'une trompette, me parlait en disant : « Monte jusqu'ici, et je te ferai voir ce qui doit ensuite advenir. »
Aussitôt, je fus saisi en esprit. Voici qu'un trône était là, dans le ciel, et sur le trône siégeait quelqu'un. Celui qui siège a l'aspect d'une pierre de jaspe ou de cornaline. Il y a tout autour du trône un halo de lumière avec des reflets d'émeraude. Tout autour de ce trône, vingt-quatre trônes, où siègent vingt-quatre Anciens portant des vêtements blancs, et sur leur tête, des couronnes d'or.
Et du trône sortent des éclairs, des fracas, des coups de tonnerre. Et sept torches enflammées qui brûlent devant le trône : ce sont les sept esprits de Dieu. Devant le trône, il y a comme une mer, aussi transparente que du cristal.
Au milieu, autour du trône, quatre Vivants, criblés d'yeux par-devant et par-derrière. Le premier Vivant ressemble à un lion. Le deuxième Vivant ressemble à un jeune taureau. Le troisième Vivant a comme un visage d'homme. Et le quatrième Vivant ressemble à un aigle en plein vol. Les quatre Vivants ont chacun six ailes, avec des yeux innombrables tout autour et au-dedans. Jour et nuit, ils ne cessent de dire : « Saint, Saint, Saint, le Seigneur, le souverain de l'univers, Celui qui était, qui est et qui vient. »
Lorsque les Vivants rendent gloire, honneur et action de grâce à Celui qui siège sur le trône, lui qui vit pour les siècles des siècles, les vingt-quatre Anciens se jettent devant Celui qui siège sur le trône. Ils se prosternent face à Celui qui vit pour les siècles des siècles. Et ils lancent leur couronne devant le trône en disant : « Tu es digne, Seigneur notre Dieu, de recevoir la gloire, l'honneur et la puissance. C'est toi qui créas l'univers. Tu as voulu qu'il soit, et il fut créé. »
J'ai vu, dans la main droite de Celui qui siège sur le trône, un livre en forme de rouleau, écrit au-dedans et à l'extérieur, scellé de sept sceaux. Puis j'ai vu un ange plein de force qui proclamait d'une voix puissante : « Qui donc est digne d'ouvrir le livre et d'en briser les sceaux ? » Mais personne, au ciel, sur terre ou sous la terre, ne pouvait ouvrir le livre et regarder.
Je pleurais beaucoup, parce que personne n'avait été trouvé digne d'ouvrir le livre et de regarder. Mais l'un des Anciens me dit : « Ne pleure pas. Voilà qu'il a remporté la victoire, le Lion de la tribu de Juda, le rejeton de David. C'est lui qui ouvrira le livre aux sept sceaux. »
Et j'ai vu, entre le trône, les quatre Vivants et les Anciens, un Agneau, debout comme égorgé. Ses cornes étaient au nombre de sept, ainsi que ses yeux, qui sont les sept esprits de Dieu envoyés sur toute la terre. Il s'avança et prit le livre dans la main droite de Celui qui siégeait sur le trône.
Quand l'Agneau eut pris le livre, les quatre Vivants et les vingt-quatre Anciens se jetèrent à ses pieds. Ils tenaient chacun une cithare et des coupes d'or pleines de parfums, qui sont les prières des saints. Ils chantaient ce cantique nouveau : « Tu es digne de prendre le livre et d'en ouvrir les sceaux, car tu fus immolé, rachetant pour Dieu par ton sang des gens de toute tribu, langue, peuple et nation. Pour notre Dieu, tu en as fait un royaume et des prêtres, et ils régneront sur la terre. »
Alors j'ai vu, j'ai entendu la voix d'une multitude d'anges qui entouraient le trône, les Vivants et les Anciens. Ils étaient des myriades de myriades, par milliers et par milliers, et ils disaient d'une voix forte : « Il est digne, l'Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange. »
Toute créature, dans le ciel et sur la terre, sous la terre et sur la mer, et tous les êtres qui s'y trouvent, je les entendis proclamer : « À Celui qui siège sur le trône et à l'Agneau, la louange et l'honneur, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles ! »
Et les quatre Vivants disaient : « Amen ! » Et les Anciens, se jetant devant le trône, se prosternèrent.
Commentaire
Alors, ça dépote comme vision. Vous aviez en gros deux chapitres : chapitre 4 et chapitre 5. Dans le chapitre 4, on vous parlait du trône de Dieu. C'était une liturgie cosmique centrée sur l'adoration du Dieu créateur. Et ça, c'était exprimé à travers les quatre vivants, les vingt-quatre anciens, et puis les éclairs de partout. Et chapitre 5, arrive le rouleau scellé et l'Agneau. Ici, cette fois-ci, ce n'est plus tellement l'adoration de Dieu comme créateur, c'est plutôt l'adoration de Dieu comme sauveur. Et c'est le Christ qui rentre en scène.
Donc, ce que cette vision essaye de vous montrer, c'est la souveraineté de Dieu à la fois sur le cosmos et sur l'histoire du salut. Et c'est là où je reprends mon image des lunettes de soleil. Parce que si jamais je mets ça sur mes lunettes, tous les fléaux qu'on va voir s'abattre dans les chapitres à venir, ça n'enlèvera pas cette première vision. Saint Jean a commencé à ancrer votre cœur et le mien dans la vision de la stabilité de Dieu, dans son trône éternel qui règne. Et ce qui suscite en mon cœur, non pas la peur, mais la louange. Et c'est de la même manière que quand on verra les fléaux s'abattre sur terre, on les abordera non pas dans la crainte, mais dans la louange. Parce qu'on sait qu'il y a un Dieu qui règne sur tout cela. Ce n'est pas au petit bonheur la chance, ce n'est pas du chaos à l'état pur, ce n'est pas livré aux forces du mal.
Alors comment est-ce que je vais pouvoir adorer Dieu à travers tous ces fléaux qui vont se développer ? Alors comment est-ce qu'on y arrivera ? La réponse au chapitre suivant. Mais maintenant, vous avez compris comment ça fonctionnait. C'est bon pour tout le monde ? Ok !
On refait un petit tour de piste pour rentrer un peu plus dans les détails. On commençait par le ciel ouvert avec la vision du Dieu créateur. Ça, c'est une liturgie qui est centrée sur la transcendance de Dieu qui a créé et le ciel et la terre. Ensuite, on vous parlait d'un livre fermé. Ce livre fermé, c'est l'histoire humaine.
Ah oui, parce que vous pouvez peut-être adorer Dieu comme créateur et reconnaître sa sainteté, et en même temps, ne pas comprendre ce qui se passe dans votre vie. Le bien, le mal, la vie, la mort : c'est quand même difficile de trouver sa place au beau milieu de tout ça. C'est deux choses différentes, croire en Dieu et comprendre le sens de ce qu'on vit. Vous avez besoin que Dieu vous donne une clé de lecture.
Et là, on voyait saint Jean en train de pleurer. Qui sera digne d'ouvrir le livre ? Ce qui correspond à notre propre détresse devant le mal que l'on subit, devant l'avenir qui nous fait peur. Et à ce moment-là, révélation : l'Agneau immolé. C'est lui la clé de lecture qui vous permettra d'ouvrir le livre. Jésus, qui par l'offrande de sa vie, par sa croix, par sa résurrection, peut ouvrir le livre.
Alors il ne l'a pas ouvert dans le chapitre qu'on a lu, mais on vous a dit que c'était lui et lui seul qui était digne de l'ouvrir. Donc petit suspense, parce que ça veut dire que ça va être dans les chapitres à venir qu'il va ouvrir le livre en enlevant les sceaux. Alors qu'est-ce qu'on verra ? Mais là, pour l'instant, on sait déjà qu'il y a quelqu'un qui est capable de déchiffrer pour nous le sens de l'histoire, et qui va pouvoir nous expliquer quel est le sens de tout ce qu'on subit. Eh bien, vous savez, c'est déjà quelque chose. Pour cette jeune église chrétienne qui découvre pour la première fois de son existence ce qu'est une persécution — c'est encore la première génération qui se fait persécuter — on peut souffler, quoi. On sait que quelqu'un va pouvoir nous expliquer à quoi tout cela rime.
C'est bon pour tout le monde ? Troisième tour de piste. On rentre encore un peu plus dans les détails. C'est juste pour vous expliquer quelques symboles.
Déjà, on commence par un trône. Un trône central. Ce qui est un symbole biblique pour vous parler du gouvernement universel de Dieu dans tout le cosmos. Et vous voyez, ça complète la première vision. Première vision, on avait le Fils de l'homme. Deuxième vision, on a le trône sur lequel un jour il va s'asseoir. Parce que pour l'instant, il y a quelqu'un sur ce trône, mais on a encore un peu de mal à faire le lien entre la première vision et ce trône. On se dit qu'un jour, il va falloir mettre les deux ensemble. Vous notez au passage la petite pique politique : sur terre, vous avez peut-être l'impression que c'est l'Empire romain qui domine, mais en fait, le véritable trône, il n'est pas à Rome. Il est autre. Il est dans le ciel.
Alors après, on multipliait les symboles. On vous parlait des vingt-quatre anciens. Ça, on ne sait pas très bien ce que c'est. On suppose que c'est la plénitude du peuple de Dieu : c'est les douze tribus plus les douze apôtres. Et vous les voyez qui déposent leur couronne. Ça veut dire que le pouvoir qu'eux-mêmes ont reçu, ils reconnaissent qu'il vient de Dieu.
Vous aviez des éclairs, des tonnerres, une mer de cristal. Donc tout ça, c'est une reprise du mont Sinaï, Exode 19, du trône céleste d'Ézéchiel. En fait, c'est un condensé de toutes les visions de l'Ancien Testament.
Et on en vient aux quatre vivants. Évidemment, reprise d'Ézéchiel chapitre 1, de sa première grande vision du trône divin. Lui aussi avait vu ces quatre vivants avec leurs quatre faces. Alors on les voit couverts d'yeux — dans Ézéchiel, c'était plutôt les roues qui étaient couvertes d'yeux, mais là, ce sont les quatre vivants qui restent le symbole du savoir, de la vigilance universelle.
Ils ont un visage de lion, de taureau, d'homme, d'aigle. Ça pourrait désigner des attributs de Dieu : le lion, la force ; le taureau, la puissance sacrificielle ; l'homme, la sagesse ; l'aigle, la transcendance. Ça pourrait signifier la création dans sa totalité : le lion, c'est le roi des animaux sauvages ; le taureau, c'est le roi des animaux domestiques ; l'homme, l'humanité ; et l'aigle, c'est les oiseaux, les cieux, les anges.
Mais Irénée de Lyon, deuxième siècle, le disciple du disciple de saint Jean — donc ce n'est pas n'importe qui — vous dit que derrière le taureau, c'est Luc, qui commence par un sacrifice dans le temple. Derrière le lion, c'est Marc, qui commence son évangile par une voix qui crie dans le désert. Derrière l'homme, c'est Matthieu, qui commence son évangile par une généalogie. Et Jean, évidemment, c'est l'aigle, qui plane au-dessus des mystères. À vous de choisir votre interprétation.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur Dieu, toi qui sièges sur le trône de gloire, tout l'univers chante ta sainteté. Mais toi seul, Seigneur, es capable de me faire comprendre ma propre vie.
Seigneur, toi qui es vainqueur par la croix, ouvre mes yeux sur le sens de ce que je vis. Rends-moi participant à ton règne, et je te prie, unis ma voix à la louange des anges et des saints.
À toi l'honneur, la puissance et la gloire dans les siècles des siècles. Amen.