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Hébreux 9, 1-14
AELF · Bible liturgique

1 La première alliance, elle aussi, avait donc des institutions cultuelles ainsi qu'un sanctuaire, celui de ce monde.
2 Une tente, en effet - la tente antérieure - avait été dressée ; là se trouvaient le chandelier, la table, et l'exposition des pains ; c'est celle qui est appelée : le Saint.
3 Puis, derrière le second voile était une tente appelée Saint des Saints,
...
11 Le Christ, lui, survenu comme un grand prêtre des biens à venir, traversant la tente plus grande et plus parfaite qui n'est pas faite de main d'homme, c'est-à-dire qui n'est pas de cette création,
12 entra une fois pour toutes dans le sanctuaire, non pas avec du sang de boucs et de jeunes taureaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle.
13 Si en effet du sang de boucs et de taureaux et de la cendre de génisse, dont on asperge ceux qui sont souillés, les sanctifient en leur procurant la pureté de la chair,
14 combien plus le sang du Christ, qui par un Esprit éternel s'est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes pour que nous rendions un culte au Dieu vivant.

Hébreux 9, 1-14
Commentaire

DE LA LETTRE AUX HEBREUX

Commentaire

1. Situation

Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l'oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d'oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.

Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu'on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.

Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l'an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s'y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.

Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d'Italie (voir Hébreux, 13, 24).

Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu'à progresser dans l'attachement au Christ, et dans l'endurance face aux défis du monde.

Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l'envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d'un "Grand Prêtre" (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu'accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d'un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l'endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l'existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.


Notre page se situe au coeur de la 3ème partie de cette homélie, et du débat ouvert sur la nature du sacerdoce du Christ, débat important s'il en est.

2. Message

Dans la partie centrale de cette Homélie, sont développées les caractéristiques du sacerdoce du Christ : il est un Grand Prêtre d'un genre nouveau (7, 1 - 28), c'est par son offrande personnelle - différente des sacrifices du passé en Israël -, qu'il nous ouvre l'accès au véritable sanctuaire de Dieu (8, 1 - 28), et il nous obtient alors réellement le pardon des péchés (10, 1 er ss.).

Notre passage se situe justement dans ce regard sur l'originalité et la qualité de l'offrande personnelle du Christ Grand Prêtre.

Après un rappel de ce qu'était le sanctuaire, ou Temple terrestre, où se déroulait le culte Juif, avec ses deux composantes, ou tentes, qu'étaient le "Saint" et le "Saint des Saints" (9, 2 - 10), nous est affirmée et expliquée la différence fondamentale du sacrifice du Christ, qui se manifeste de diverses façons :

  • D'abord, Jésus est le Grand Prêtre des réalités définitives du salut de Dieu, autant donc des biens présents que des biens à venir.
  • Ensuite, il officie dans un Temple nouveau, qui n'appartient pas à ce monde, et qui est, soit son corps glorifié en sa résurrection, soit le ciel dans toute son ampleur, qu'il a traversé dans la gloire de son exaltation.
  • De même il officie et célèbre Dieu par son sang, qu'il a effectivement versé lors de sa mort brutale sur la croix, en sauvant le monde, une fois pour toutes.
  • Mais ce sang, qu'il a réellement versé est la manifestation dernière et suprême de sa vie donnée au Père, avec une obésissance constante et totale, et la présence en lui de l'Esprit de Dieu.

C'est pourquoi le Christ, qui n'a pas connu le péché, et que son engagement, en disant toujours "OUI" au Père, et en prenant tous les risques pour demeurer dans la vérité de sa mission prophétique, a conduit à être condamné comme un pécheur et un sédicieux, le Christ peut ainsi, dans cet acte unique qu'il a vécu comme offrande parfaite à Dieu son Père, transformer totalement notre coeur, et nous réconcilier avec Dieu

3. Decouvertes

La "tente plus grande ou plus parfaite" où le Christ est entré, évoque d'abord son passage à travers les cieux en son exaltation (2, 10 et 4, 14). Passage qui coïncide avec une omniprésence, d'une certaine façon, de son corps glorieux de ressuscité.

Dans le Nouveau Testament, en son ensemble, la mort du Christ nous est présentée comme un sacrifice unique qui nous purifie (Actes, 15, 9; Ephésiens, 5, 26; 1 Pierre, 3, 21; 1 Jean, 1, 7).

Même si une certaine ambigüité persiste, notamment sur le rôle de l'Esprit, et le lien entre l'Esprit et le sang, cet Esprit peut être considéré ici soit comme l'Esprit Saint qui donne à l'offrande de Jésus sa dimension totale de "dépassement" et de transcendance, soit également comme l'Esprit de Jésus lui-même, qui pénètre là où règne Dieu en complète transparence.

4. Prolongement

Renouvellement de notre regard sur le Christ mourant sur la croix, et dont le côté vient d'être transpercé par une lance (Jean, 19, 34) :

5 Quel est le vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?

6 C'est lui qui est venu par eau et par sang : Jésus Christ, non avec l'eau seulement mais avec l'eau et avec le sang. Et c'est l'Esprit qui rend témoignage, parce que l'Esprit est la Vérité.

7 Il y en a ainsi trois à témoigner :

8 l'Esprit, l'eau, le sang, et ces trois tendent au même but.

9 Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand. Car c'est le témoignage de Dieu, le témoignage que Dieu a rendu à son Fils.

Prière

*Seigneur Jésus, a ceci nous avons connu l'amour, tu t'es livré pour nous, a ceci également nous avons connu l'amour : ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés et t'a envoyé vers nous, a ceci nous pouvons conclure que Dieu est pour nous, avec nous et non pas contre nous, parce qu'en t'envoyant vivre la mission risquée de ton "OUI" dans l'accomplissement de sa volonté et de son plan de salut, il est allé jusqu'au don suprême de lui-même : fais-moi redécouvrir aujourd'hui le triple "OUI" que tu portes en ta démarche d'obéissance jusqu'à la mort sur ta croix : à travers ta mission dans notre histoire, Dieu nous a dit son "OUI", son amour, sa vérité, puis, dans tout ton parcours terrestre, tu n'as fait que dire ton "OUI" au Père en pleine liberté, enfin, à notre tour nous avons à recevoir ton "OUI", et y situer, afin que tu le portes dans le tien, celui que nous essayons de prononcer dans la foi qui agit par la charité. AMEN.

25.01.2003.*