Solennité
Triduum — Dimanche 5 avril 2026 · Année A · blanc
🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée
🕯️ Veillée pascale
📖 1ère lecture — Gn 1, 1 – 2, 2 ↗
Lire le texte — Gn 1, 1 – 2, 2
Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres. Dieu appela la lumière « jour », il appela les ténèbres « nuit ». Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour. Et Dieu dit : « Qu’il y ait un firmament au milieu des eaux, et qu’il sépare les eaux. » Dieu fit le firmament, il sépara les eaux qui sont au-dessous du firmament et les eaux qui sont au-dessus. Et ce fut ainsi. Dieu appela le firmament « ciel ». Il y eut un soir, il y eut un matin : deuxième jour. Et Dieu dit : « Les eaux qui sont au-dessous du ciel, qu’elles se rassemblent en un seul lieu, et que paraisse la terre ferme. » Et ce fut ainsi. Dieu appela la terre ferme « terre », et il appela la masse des eaux « mer ». Et Dieu vit que cela était bon. Dieu dit : « Que la terre produise l’herbe, la plante qui porte sa semence, et que, sur la terre, l’arbre à fruit donne, selon son espèce, le fruit qui porte sa semence. » Et ce fut ainsi. La terre produisit l’herbe, la plante qui porte sa semence, selon son espèce, et l’arbre qui donne, selon son espèce, le fruit qui porte sa semence. Et Dieu vit que cela était bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : troisième jour. Et Dieu dit : « Qu’il y ait des luminaires au firmament du ciel, pour séparer le jour de la nuit ; qu’ils servent de signes pour marquer les fêtes, les jours et les années ; et qu’ils soient, au firmament du ciel, des luminaires pour éclairer la terre. » Et ce fut ainsi. Dieu fit les deux grands luminaires : le plus grand pour commander au jour, le plus petit pour commander à la nuit ; il fit aussi les étoiles. Dieu les plaça au firmament du ciel pour éclairer la terre, pour commander au jour et à la nuit, pour séparer la lumière des ténèbres. Et Dieu vit que cela était bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : quatrième jour. Et Dieu dit : « Que les eaux foisonnent d’une profusion d’êtres vivants, et que les oiseaux volent au-dessus de la terre, sous le firmament du ciel. » Dieu créa, selon leur espèce, les grands monstres marins, tous les êtres vivants qui vont et viennent et foisonnent dans les eaux, et aussi, selon leur espèce, tous les oiseaux qui volent. Et Dieu vit que cela était bon. Dieu les bénit par ces paroles : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez les mers, que les oiseaux se multiplient sur la terre. » Il y eut un soir, il y eut un matin : cinquième jour. Et Dieu dit : « Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce, bestiaux, bestioles et bêtes sauvages selon leur espèce. » Et ce fut ainsi. Dieu fit les bêtes sauvages selon leur espèce, les bestiaux selon leur espèce, et toutes les bestioles de la terre selon leur espèce. Et Dieu vit que cela était bon. Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre. » Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » Dieu dit encore : « Je vous donne toute plante qui porte sa semence sur toute la surface de la terre, et tout arbre dont le fruit porte sa semence : telle sera votre nourriture. À tous les animaux de la terre, à tous les oiseaux du ciel, à tout ce qui va et vient sur la terre et qui a souffle de vie, je donne comme nourriture toute herbe verte. » Et ce fut ainsi. Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour. Ainsi furent achevés le ciel et la terre, et tout leur déploiement. Le septième jour, Dieu avait achevé l’œuvre qu’il avait faite. Il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite. – Parole du Seigneur. OU LECTURE BREVE
🎙️ La symphonie de la création (J1 · matin) · 📖 Transcription
📘 Comprendre
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Le Livre de la Genèse est le premier livre de la Bible, et le premier des 5 livres attribués à la tradition de Moïse, et dont les différents éléments qui le composent se sont additionnés pendant plusieurs siècles jusqu’au temps de la rédaction finale, aux environs du 6ème siècle, et très probablement après le retour de l’exil Babylonien.
Ce livre nous présente d’abord une histoire des origines des nations, avec la création du monde, ainsi que de l’homme et de la femme, la vie des générations d’avant le Déluge, le Déluge et la repopulation jusqu’au moment de la dispersion, suite à l’orgueil manifesté par les hommes de la grande ville de Babel, avec sa tour (1, 1 - 11, 26).
Nous y lisons, ensuite, dans une seconde grande partie, l’histoire des ancètres d’sraël (11, 27 - 50, 26), qui comprend le cycle d’Abraham et de Sarah (11, 27 - 25, 18), le cycle d’Isaac et Jacob (25, 19 - 36, 43), et, finalement, l’histoire de Joseph (37, 10 - 50, 26).
Les 11 premiers chapitres du Livre, dans lesquels se trouve notre page, constituent le Prologue de ce Livre de la Genèse. Ils nous rapportent l’activité de Dieu avant que l’univers vienne à exister, et que l’homme apparaisse. Ensuite, ils situent le plan de Dieu créant un monde selon son désir, mais qui est différent du nôtre, marqué par le péché de l’homme. Par exemple, le nombre très important d’années que vivent les grands personnages qui nous sont nommés, suggère bien cette différence d’avec notre réalité historique, dans laquelle le Livre entre dès l’appel d’Abraham, au chapitre 12. Les histoires diverses qui se succèdent dans ces 11 premiers chapitres, sont reliées par des généalogies plus ou moins “artificielles”.
Le but de toutes ces descriptions et de tous ces récits, au-delà de la satisfaction d’une légitime curiosité sur les origines de l’humanité, semble être de fortifier l’identité du Peuple d’Israël, et de le situer à sa place dans le concert des nations, et sur une carte du monde établie à partir d’une conception d’une origine humaine, unique et commune à tous les hommes de tous les temps (Genèse, 10). C’est également de montrer comment l’histoire d’Israël, en sa dimension religieuse, reflète, par son monothéisme unique, une fidélité à Dieu vu comme le seul et véritable Créateur du ciel et de la terre, Dieu dont l’unicité ne souffre aucun compromis.
D’autre part, ces chapitres, qui nous relatent le péché de l’homme et son expulsion de l’Eden, reflètent, en termes symboliques, le bannissement de sa terre, connu par Israël, et mérité en raison de son infidélité à Yahvé son Dieu, au temps de son exil babylonien. De la même façon, la vie sauve obtenue par Noé, et l’acceptation par Dieu du sacrifice qu’il lui offre après la fin du Déluge, traduisent à la fois la patience de Dieu et sa volonté de pardonner et de maintenir son plan de salut de l’humanité, qu’exprime à son tour le retour de l’Exil (l’exil et la fin de l’exil sont considérés comme étant la période à laquelle on rattache volontiers la rédaction de ces premiers chapitres du Livre de la Genèse).
Message
A la différence des récits non bibliques de la création du monde, celui-ci est, d’une part, absolument “monothéiste”, et, d’autre part, nous présente un Dieu souverain et sans égal, qui n’à pas à livrer le moindre combat contre quelque autre être existant que ce soit, pour créer le monde.
Si ce magnifique récit de la création (1, 1 - 2, 4), dont nous lisons aujourd’hui les 4 premers jours de Dieu, ne nous explique en rien pourquoi, et dans quel but, Dieu a ainsi créé le monde, il nous montre néanmoins clairement que le projet de Dieu, dans cet acte créateur, est bien de tout conduire et centrer sur la création de l’homme, sommet de l’activité créatrice de Dieu.
Tout ce qui a été créé auparavant (la lumière, le jour et la nuit, la terre sèche, les corps célestes, les plantes et les animaux), tout cela est ordonné à la vie de l’homme, et à ses possibilités, puisque l’homme reçoit les plantes pour s’en nourrir, et se voit confié un pouvoir sur les animaux.
Par dessus tout, l’homme est créé “à l’image et à la ressemblance” de Dieu (1, 26 - 27). Ce qui , au delà de toutes les interprétations différentes qu’on a pu en donner, exprime bien que l’homme est “à part”, et jouit d’un autre statut que le reste des créatures, car il est placé dans une relation, particulière et unique, avec Dieu lui-même.
Les répétitions régulières dans le texte, qui constatent que Dieu voit que ce qu’il fait est bon, jusqu’à la déclaration finale “Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et cela était très bon” nous renvoient à une image de “Dieu artisan et artiste”, content de son oeuvre, qui correspond à son projet, et qui, du même coup, traduit à la fois l’intention de qualité poursuivie par son auteur, et la qualité du travail accompli. Le terme “bon” semble devoir être pris ici comme synonyme de “utile au service de l’homme”, sommet de la création.
D’un bout à l’autre de ce récit de la création, Dieu crée par sa Parole, immédiatement suivie d’effet : Il parle, ce qu’il dit est fait, ce qu’il veut existe.
Le monde créé est bien notre terre, vue de façon non scientifique, à la manière dont les hommes des 5 ou 6ème siècles avant JC la percevaient, avec sa plateforme stable séparée des mers, sa voûte céleste, ses réservoirs d’eau constitués sous la terre et au-dessus des cieux. La voûte céleste pourvoit à la distribution de la Lumière, elle-même créée avant le soleil qui la distribue le jour, et la lune qui en fait autant la nuit.
Cette description du cosmos correspond d’autre part à celle d’un Temple, avec ses deux grands luminaires jaillissant de sa voûte ornée d’étoiles. Ce Temple n’a pas besoin d’une représentation directe de Dieu, qui sera toujours interdite en Israël, car l’image de Dieu qui en est le centre, n’est autre que l’homme vivant que Dieu vient juste de créer.
A noter également que l’homme est proclamé “lieutenant” de Dieu, c’est-à-dire “tenant-lieu” de Dieu, chargé du monde, et non pas “maître” de ce monde, qui, ne l’oublions jamais, lui a été confié gratuitement, aussi gratuitement que son être propre qu’il n’a pu “programmer”. S’il peut, certes, en tirer profit, il n’a jamais le droit de se l’annexer, et se doit donc de le respecter entièrement.
A ce stade de son origine, l’homme est créé “végétarien”. Ce n’est qu’après l’événement, à la fois punitif et sauveur, du Déluge, qu’il aura le droit de verser le sang des animaux. Par son péché, l’homme aura alors brisé l’harmonie primitive entre les vivants, harmonie jamais totalement reconstituée.
Decouvertes
D’autres récits de la création, d’origine certainement différente, existent dans l’Ancien Testament, à commencer par celui, considéré comme beaucoup plus ancien, des chapitres 2 et suivants de la Genèse (confection de l’homme à partir de la glaise et du souffle de Dieu, création de la femme, don, puis expulsion de l’Eden, suite à la désobéissance, etc.). Voir également Psaume 74, 13 - 14, Isaïe, 51, 9, Proverbes, 8, 22 - 31, ainsi que des passages çà et là dans le Livre de Job.
On s’est interrogé sur la 1ère personne du pluriel utilisée à propos de la création de l’homme : “Faisons l’homme…”, allusion probable à une cour d’êtres célestes que Dieu se serait constituée auparavant, et devant laquelle il crée particulièrement l’homme.
“L’image” et la “ressemblance” (1, 26 - 27) sont à prendre dans le même sens. L’homme ressemble ainsi à Dieu d’une façon bien distincte des animaux (1, 28 et Psaume 8, 3 - 8). Cette “ressemblance” se situe probablement dans la capacité de l’homme à communiquer avec Dieu selon un esprit, une pensée et une parole qui ont du “sens”.
Le repos de Dieu au 7ème jour implique et explique le repos du Sabbat, jour, qui, de ce fait, sera saint (2, 3 et Exode, 20, 8 et 11).
Prolongement
Le salut actuellement offert à l’homme dans le Christ ressuscité est à présent réception de cette première création transformée en création nouvelle. Le Christ, en toutes ses dimensions de Verbe de Dieu fait homme, nous est présenté comme auteur-acteur de ces deux créations.
17 Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là.
18 Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation.
19 Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation
20 Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ,
21 qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire, avec cette force qu’il a de pouvoir même se soumettre toutes choses.
1 Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle - car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus.
2 Je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux.
3 J’entendis alors une voix clamer, du trône : ” Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu.
4 Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. ”
5 Alors, Celui qui siège sur le trône déclara : ” Voici, je fais l’univers nouveau. ”
1 Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu.
2 Il était au commencement avec Dieu.
3 Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut.
4 Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
5 et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie.
15 Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature,
16 car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui.
17 Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui.
18 Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église : Il est le Principe, Premier-né d’entre les morts, il fallait qu’il obtînt en tout la primauté ,
19 car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude
20 et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.
🙏 Seigneur Jésus, en toi se trouve la réalité de Dieu créateur, qui, par toi et en toi, en ta qualité de verbe de Dieu, a crée toutes choses, en toi se trouve tout autant notre réalité humaine d’image de Dieu portée à son point le plus sublime, dans la mesure où tu es l’image parfaite du Dieu invisible et le premier-ne de toute creature : donne-moi de vivre dans l’action de grâces cette unité entre ce que j’ai reçu de Dieu mon créateur, et de toi, l’agent de cette création initiale et de cette création nouvelle, qui inaugure en moi la transfiguration définitive, par le don de ton Esprit Saint, qui me rend capable de devenir toujours plus fils de lumière à ton image et à ta ressemblance. AMEN.
Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
Un Poème Optimiste
Parce qu’il s’agit d’un poème, il ne faut pas se méprendre sur le sens des deux premiers mots : « Au commencement ». L’auteur ne prétend pas décrire un fait historique et il ne prétend nullement être scientifique ; ce n’est pas un savant, c’est un poète qui parle, c’est surtout un croyant… qui médite sur la relation entre Dieu et l’humanité. On pense qu’il écrit au sixième siècle av. J.-C., pendant l’Exil à Babylone.
Qui dit Babylone dit exil, persécution, idolâtrie ambiante : là-bas, chaque année, pour la fête en l’honneur du dieu Mardouk, on récitait un poème (on l’appelle le « poème babylonien de la création », ou « l’Enouma Elish ») qui racontait les débuts du monde et la création de l’humanité.
Face à cette idolâtrie, les prêtres d’Israël cherchaient à maintenir vivante la foi du peuple exilé et la pratique du sabbat. Ils ont donc composé leur propre poème de création qui se démarque du texte babylonien pour défendre la foi au Dieu unique.
On peut noter au moins trois points d’insistance : Premièrement, le Dieu de la Bible est l’Unique : Il est le Créateur de tout l’univers, il n’est pas un élément de la Création : par exemple, si le soleil et la lune sont appelés seulement les « luminaires », c’est pour bien manifester qu’ils ne sont que des créatures, et qu’ils ne sont là que pour remplir la fonction pour laquelle Dieu a décidé de les créer.
Et Dieu Vit Que Cela Était Bon
Deuxième insistance de ce poème biblique : la Création est une œuvre d’amour. La formule « Dieu vit que cela était bon » revient sept fois comme un refrain. Et le mot « TOV », en hébreu, signifie bon, bien, bonheur ; nous ne sommes pas livrés au hasard, nous sommes dans la main du Père. En cela les croyants d’Israël se démarquent de leur entourage : le poème babylonien, au contraire, considérait la création comme fondamentalement mélangée, bonne et mauvaise à la fois.
Troisième insistance : l’humanité est l’image de Dieu et cette image est à deux visages « Il les créa homme et femme. » Voilà pourquoi, en Israël toute représentation de Dieu est interdite : l’être humain créé par Dieu est sa seule image possible ; on comprend aussi la prédication des prophètes sur le respect de tout homme.
Et l’ordre donné par Dieu dit bien la vocation de l’homme : « Remplissez la terre et soumettez-la ». Cela veut dire que l’humanité est responsable de la création : l’homme est au sommet de la création et a vocation à régner sur elle, à l’image de Dieu. En Mésopotamie, au contraire, on imaginait l’humanité créée pour servir les dieux fatigués de se nourrir eux-mêmes.
Ce rôle prévu par Dieu pour l’homme signifie que la création est une aventure en devenir ; tout n’est pas joué, ce n’est pas du « clé en mains » : à la fin des temps, les sept jours aboutiront à un huitième.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
La lecture du récit de la création ouvre la Vigile pascale comme un rappel solennel de l’origine divine de tout ce qui existe. Rédigé par la tradition sacerdotale après l’exil, ce texte proclame un Dieu souverain qui crée par sa seule parole, en opposition aux cosmogonies mésopotamiennes où les dieux luttent pour façonner le monde. La formule initiale « Au commencement » (bərēšît) trouve son écho dans le Prologue johannique (Jn 1,1), invitant à lire la création à la lumière du Verbe incarné. La lumière, première œuvre divine, anticipe typologiquement le Christ ressuscité, « lumière du monde » (Jn 8,12). Saint Basile, dans son Hexaemeron, voit dans le souffle de Dieu planant sur les eaux une préfiguration de l’Esprit qui, dans le baptême, renouvelle toute chair. Saint Augustin, dans le De Genesi ad litteram, insiste sur l’ordre rationnel de la création : les six jours révèlent un Dieu qui agit avec sagesse et bonté. La répétition de « Dieu vit que cela était bon » souligne que la création est fondamentalement bonne, avant même la chute. À la Vigile pascale, ce texte proclame que la résurrection du Christ est une nouvelle création (2 Co 5,17), accomplie dans les eaux baptismales où le catéchumène meurt et renaît, recréé à l’image de Dieu.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Seigneur, donne-moi d’entendre ta voix qui dit sur moi, sur ma vie, sur ce que je suis : « Cela est très bon. »
Composition de lieu — Il n’y a rien encore. Pas de décor, pas de paysage. Imagine cela : le vide, « l’informe », l’abîme — et au-dessus, un souffle. Comme un battement d’ailes immense au-dessus d’eaux noires. Pas de bruit, sinon celui de ce souffle. Et puis une voix. La première voix qui ait jamais résonné. « Que la lumière soit. » Sens la lumière arriver — pas comme un interrupteur qu’on allume, mais comme une aurore qui monte, lente, irrésistible. La chaleur sur ton visage. Les yeux qui s’ouvrent.
Méditation — Le texte est un poème, et il faut le recevoir comme tel. Remarque le rythme : « Dieu dit… et ce fut ainsi… Dieu vit que cela était bon. » Parole, accomplissement, regard. Dieu ne fabrique pas dans la précipitation. Il parle, il regarde, il savoure. Il « sépare » — la lumière des ténèbres, les eaux d’en haut des eaux d’en bas, la mer de la terre. Dieu est celui qui met de l’ordre dans le chaos, qui distingue, qui nomme. « Il appela la lumière jour, il appela les ténèbres nuit. » Nommer, c’est donner une place, une dignité, même aux ténèbres. Qu’est-ce qui, dans ta vie, attend d’être nommé, séparé, mis en ordre par cette parole ?
Et puis il y a ce crescendo. Six jours, et à chaque étape : « Dieu vit que cela était bon. » Bon — pas parfait, pas achevé, pas performant. Bon. Mais au sixième jour, quand l’homme et la femme sont là, créés « à notre image, selon notre ressemblance », le texte change : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon. » Ce « très » est pour toi. Dieu te regarde — toi, avec tes zones informes et tes abîmes — et il dit « très bon ». Non pas parce que tu l’as mérité, mais parce qu’il te reconnaît. Tu portes sa ressemblance. Est-ce que tu oses le croire, cette nuit ?
Et puis le septième jour : « Il se reposa. » Dieu s’arrête. Non par fatigue, mais par plénitude. Le repos de Dieu n’est pas une absence — c’est une présence qui n’a plus besoin de faire, seulement d’être là. Dans cette Vigile où tout est silence et attente, tu es invité à ce repos-là. Non pas à faire quelque chose pour Dieu, mais à le laisser te regarder.
Colloque — Seigneur, cette nuit je suis devant toi comme la terre au premier matin : « informe et vide ». Il y a en moi des zones de chaos, des eaux que personne n’a séparées, des ténèbres que je n’ose pas nommer. Mais ton souffle plane. Dis ta parole sur moi. Dis « que la lumière soit » — là où j’ai peur, là où je ne vois plus rien. Et si tu veux bien, regarde-moi comme tu as regardé ta création : avec ce « très bon » qui ne dépend pas de moi.
Question pour la relecture : Quel est le chaos en moi — cette zone « informe et vide » — sur lequel le souffle de Dieu plane cette nuit, et que je n’ai pas encore laissé nommer ?
📖 1ère lecture — Gn 1, 1.26-31a ↗
Lire le texte — Gn 1, 1.26-31a
Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre. » Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » Dieu dit encore : « Je vous donne toute plante qui porte sa semence sur toute la surface de la terre, et tout arbre dont le fruit porte sa semence : telle sera votre nourriture. À tous les animaux de la terre, à tous les oiseaux du ciel, à tout ce qui va et vient sur la terre et qui a souffle de vie, je donne comme nourriture toute herbe verte. » Et ce fut ainsi. Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour. – Parole du Seigneur.
📘 Comprendre
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Le Livre de la Genèse est le premier livre de la Bible, et le premier des 5 livres attribués à la tradition de Moïse, et dont les différents éléments qui le composent se sont additionnés pendant plusieurs siècles jusqu’au temps de la rédaction finale, aux environs du 6ème siècle, et très probablement après le retour de l’exil Babylonien.
Ce livre nous présente d’abord une histoire des origines des nations, avec la création du monde, ainsi que de l’homme et de la femme, la vie des générations d’avant le Déluge, le Déluge et la repopulation jusqu’au moment de la dispersion, suite à l’orgueil manifesté par les hommes de la grande ville de Babel, avec sa tour (1, 1 - 11, 26).
Nous y lisons, ensuite, dans une seconde grande partie, l’histoire des ancètres d’sraël (11, 27 - 50, 26), qui comprend le cycle d’Abraham et de Sarah (11, 27 - 25, 18), le cycle d’Isaac et Jacob (25, 19 - 36, 43), et, finalement, l’histoire de Joseph (37, 10 - 50, 26).
Les 11 premiers chapitres du Livre, dans lesquels se trouve notre page, constituent le Prologue de ce Livre de la Genèse. Ils nous rapportent l’activité de Dieu avant que l’univers vienne à exister, et que l’homme apparaisse. Ensuite, ils situent le plan de Dieu créant un monde selon son désir, mais qui est différent du nôtre, marqué par le péché de l’homme. Par exemple, le nombre très important d’années que vivent les grands personnages qui nous sont nommés, suggère bien cette différence d’avec notre réalité historique, dans laquelle le Livre entre dès l’appel d’Abraham, au chapitre 12. Les histoires diverses qui se succèdent dans ces 11 premiers chapitres, sont reliées par des généalogies plus ou moins “artificielles”.
Le but de toutes ces descriptions et de tous ces récits, au-delà de la satisfaction d’une légitime curiosité sur les origines de l’humanité, semble être de fortifier l’identité du Peuple d’Israël, et de le situer à sa place dans le concert des nations, et sur une carte du monde établie à partir d’une conception d’une origine humaine, unique et commune à tous les hommes de tous les temps (Genèse, 10). C’est également de montrer comment l’histoire d’Israël, en sa dimension religieuse, reflète, par son monothéisme unique, une fidélité à Dieu vu comme le seul et véritable Créateur du ciel et de la terre, Dieu dont l’unicité ne souffre aucun compromis.
D’autre part, ces chapitres, qui nous relatent le péché de l’homme et son expulsion de l’Eden, reflètent, en termes symboliques, le bannissement de sa terre, connu par Israël, et mérité en raison de son infidélité à Yahvé son Dieu, au temps de son exil babylonien. De la même façon, la vie sauve obtenue par Noé, et l’acceptation par Dieu du sacrifice qu’il lui offre après la fin du Déluge, traduisent à la fois la patience de Dieu et sa volonté de pardonner et de maintenir son plan de salut de l’humanité, qu’exprime à son tour le retour de l’Exil (l’exil et la fin de l’exil sont considérés comme étant la période à laquelle on rattache volontiers la rédaction de ces premiers chapitres du Livre de la Genèse).
Message
A la différence des récits non bibliques de la création du monde, celui-ci est, d’une part, absolument “monothéiste”, et, d’autre part, nous présente un Dieu souverain et sans égal, qui n’à pas à livrer le moindre combat contre quelque autre être existant que ce soit, pour créer le monde.
Si ce magnifique récit de la création (1, 1 - 2, 4), dont nous lisons aujourd’hui les 4 premers jours de Dieu, ne nous explique en rien pourquoi, et dans quel but, Dieu a ainsi créé le monde, il nous montre néanmoins clairement que le projet de Dieu, dans cet acte créateur, est bien de tout conduire et centrer sur la création de l’homme, sommet de l’activité créatrice de Dieu.
Tout ce qui a été créé auparavant (la lumière, le jour et la nuit, la terre sèche, les corps célestes, les plantes et les animaux), tout cela est ordonné à la vie de l’homme, et à ses possibilités, puisque l’homme reçoit les plantes pour s’en nourrir, et se voit confié un pouvoir sur les animaux.
Par dessus tout, l’homme est créé “à l’image et à la ressemblance” de Dieu (1, 26 - 27). Ce qui , au delà de toutes les interprétations différentes qu’on a pu en donner, exprime bien que l’homme est “à part”, et jouit d’un autre statut que le reste des créatures, car il est placé dans une relation, particulière et unique, avec Dieu lui-même.
Les répétitions régulières dans le texte, qui constatent que Dieu voit que ce qu’il fait est bon, jusqu’à la déclaration finale “Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et cela était très bon” nous renvoient à une image de “Dieu artisan et artiste”, content de son oeuvre, qui correspond à son projet, et qui, du même coup, traduit à la fois l’intention de qualité poursuivie par son auteur, et la qualité du travail accompli. Le terme “bon” semble devoir être pris ici comme synonyme de “utile au service de l’homme”, sommet de la création.
D’un bout à l’autre de ce récit de la création, Dieu crée par sa Parole, immédiatement suivie d’effet : Il parle, ce qu’il dit est fait, ce qu’il veut existe.
Le monde créé est bien notre terre, vue de façon non scientifique, à la manière dont les hommes des 5 ou 6ème siècles avant JC la percevaient, avec sa plateforme stable séparée des mers, sa voûte céleste, ses réservoirs d’eau constitués sous la terre et au-dessus des cieux. La voûte céleste pourvoit à la distribution de la Lumière, elle-même créée avant le soleil qui la distribue le jour, et la lune qui en fait autant la nuit.
Cette description du cosmos correspond d’autre part à celle d’un Temple, avec ses deux grands luminaires jaillissant de sa voûte ornée d’étoiles. Ce Temple n’a pas besoin d’une représentation directe de Dieu, qui sera toujours interdite en Israël, car l’image de Dieu qui en est le centre, n’est autre que l’homme vivant que Dieu vient juste de créer.
A noter également que l’homme est proclamé “lieutenant” de Dieu, c’est-à-dire “tenant-lieu” de Dieu, chargé du monde, et non pas “maître” de ce monde, qui, ne l’oublions jamais, lui a été confié gratuitement, aussi gratuitement que son être propre qu’il n’a pu “programmer”. S’il peut, certes, en tirer profit, il n’a jamais le droit de se l’annexer, et se doit donc de le respecter entièrement.
A ce stade de son origine, l’homme est créé “végétarien”. Ce n’est qu’après l’événement, à la fois punitif et sauveur, du Déluge, qu’il aura le droit de verser le sang des animaux. Par son péché, l’homme aura alors brisé l’harmonie primitive entre les vivants, harmonie jamais totalement reconstituée.
Decouvertes
D’autres récits de la création, d’origine certainement différente, existent dans l’Ancien Testament, à commencer par celui, considéré comme beaucoup plus ancien, des chapitres 2 et suivants de la Genèse (confection de l’homme à partir de la glaise et du souffle de Dieu, création de la femme, don, puis expulsion de l’Eden, suite à la désobéissance, etc.). Voir également Psaume 74, 13 - 14, Isaïe, 51, 9, Proverbes, 8, 22 - 31, ainsi que des passages çà et là dans le Livre de Job.
On s’est interrogé sur la 1ère personne du pluriel utilisée à propos de la création de l’homme : “Faisons l’homme…”, allusion probable à une cour d’êtres célestes que Dieu se serait constituée auparavant, et devant laquelle il crée particulièrement l’homme.
“L’image” et la “ressemblance” (1, 26 - 27) sont à prendre dans le même sens. L’homme ressemble ainsi à Dieu d’une façon bien distincte des animaux (1, 28 et Psaume 8, 3 - 8). Cette “ressemblance” se situe probablement dans la capacité de l’homme à communiquer avec Dieu selon un esprit, une pensée et une parole qui ont du “sens”.
Le repos de Dieu au 7ème jour implique et explique le repos du Sabbat, jour, qui, de ce fait, sera saint (2, 3 et Exode, 20, 8 et 11).
Prolongement
Le salut actuellement offert à l’homme dans le Christ ressuscité est à présent réception de cette première création transformée en création nouvelle. Le Christ, en toutes ses dimensions de Verbe de Dieu fait homme, nous est présenté comme auteur-acteur de ces deux créations.
17 Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là.
18 Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation.
19 Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation
20 Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ,
21 qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire, avec cette force qu’il a de pouvoir même se soumettre toutes choses.
1 Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle - car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus.
2 Je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux.
3 J’entendis alors une voix clamer, du trône : ” Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu.
4 Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. ”
5 Alors, Celui qui siège sur le trône déclara : ” Voici, je fais l’univers nouveau. ”
1 Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu.
2 Il était au commencement avec Dieu.
3 Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut.
4 Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
5 et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie.
15 Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature,
16 car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui.
17 Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui.
18 Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église : Il est le Principe, Premier-né d’entre les morts, il fallait qu’il obtînt en tout la primauté ,
19 car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude
20 et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.
🙏 Seigneur Jésus, en toi se trouve la réalité de Dieu créateur, qui, par toi et en toi, en ta qualité de verbe de Dieu, a crée toutes choses, en toi se trouve tout autant notre réalité humaine d’image de Dieu portée à son point le plus sublime, dans la mesure où tu es l’image parfaite du Dieu invisible et le premier-ne de toute creature : donne-moi de vivre dans l’action de grâces cette unité entre ce que j’ai reçu de Dieu mon créateur, et de toi, l’agent de cette création initiale et de cette création nouvelle, qui inaugure en moi la transfiguration définitive, par le don de ton Esprit Saint, qui me rend capable de devenir toujours plus fils de lumière à ton image et à ta ressemblance. AMEN.
Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
Un Poème Optimiste
Parce qu’il s’agit d’un poème, il ne faut pas se méprendre sur le sens des deux premiers mots : « Au commencement ». L’auteur ne prétend pas décrire un fait historique et il ne prétend nullement être scientifique ; ce n’est pas un savant, c’est un poète qui parle, c’est surtout un croyant… qui médite sur la relation entre Dieu et l’humanité. On pense qu’il écrit au sixième siècle av. J.-C., pendant l’Exil à Babylone.
Qui dit Babylone dit exil, persécution, idolâtrie ambiante : là-bas, chaque année, pour la fête en l’honneur du dieu Mardouk, on récitait un poème (on l’appelle le « poème babylonien de la création », ou « l’Enouma Elish ») qui racontait les débuts du monde et la création de l’humanité.
Face à cette idolâtrie, les prêtres d’Israël cherchaient à maintenir vivante la foi du peuple exilé et la pratique du sabbat. Ils ont donc composé leur propre poème de création qui se démarque du texte babylonien pour défendre la foi au Dieu unique.
On peut noter au moins trois points d’insistance : Premièrement, le Dieu de la Bible est l’Unique : Il est le Créateur de tout l’univers, il n’est pas un élément de la Création : par exemple, si le soleil et la lune sont appelés seulement les « luminaires », c’est pour bien manifester qu’ils ne sont que des créatures, et qu’ils ne sont là que pour remplir la fonction pour laquelle Dieu a décidé de les créer.
Et Dieu Vit Que Cela Était Bon
Deuxième insistance de ce poème biblique : la Création est une œuvre d’amour. La formule « Dieu vit que cela était bon » revient sept fois comme un refrain. Et le mot « TOV », en hébreu, signifie bon, bien, bonheur ; nous ne sommes pas livrés au hasard, nous sommes dans la main du Père. En cela les croyants d’Israël se démarquent de leur entourage : le poème babylonien, au contraire, considérait la création comme fondamentalement mélangée, bonne et mauvaise à la fois.
Troisième insistance : l’humanité est l’image de Dieu et cette image est à deux visages « Il les créa homme et femme. » Voilà pourquoi, en Israël toute représentation de Dieu est interdite : l’être humain créé par Dieu est sa seule image possible ; on comprend aussi la prédication des prophètes sur le respect de tout homme.
Et l’ordre donné par Dieu dit bien la vocation de l’homme : « Remplissez la terre et soumettez-la ». Cela veut dire que l’humanité est responsable de la création : l’homme est au sommet de la création et a vocation à régner sur elle, à l’image de Dieu. En Mésopotamie, au contraire, on imaginait l’humanité créée pour servir les dieux fatigués de se nourrir eux-mêmes.
Ce rôle prévu par Dieu pour l’homme signifie que la création est une aventure en devenir ; tout n’est pas joué, ce n’est pas du « clé en mains » : à la fin des temps, les sept jours aboutiront à un huitième.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
La lecture du récit de la création ouvre la Vigile pascale comme un rappel solennel de l’origine divine de tout ce qui existe. Rédigé par la tradition sacerdotale après l’exil, ce texte proclame un Dieu souverain qui crée par sa seule parole, en opposition aux cosmogonies mésopotamiennes où les dieux luttent pour façonner le monde. La formule initiale « Au commencement » (bərēšît) trouve son écho dans le Prologue johannique (Jn 1,1), invitant à lire la création à la lumière du Verbe incarné. La lumière, première œuvre divine, anticipe typologiquement le Christ ressuscité, « lumière du monde » (Jn 8,12). Saint Basile, dans son Hexaemeron, voit dans le souffle de Dieu planant sur les eaux une préfiguration de l’Esprit qui, dans le baptême, renouvelle toute chair. Saint Augustin, dans le De Genesi ad litteram, insiste sur l’ordre rationnel de la création : les six jours révèlent un Dieu qui agit avec sagesse et bonté. La répétition de « Dieu vit que cela était bon » souligne que la création est fondamentalement bonne, avant même la chute. À la Vigile pascale, ce texte proclame que la résurrection du Christ est une nouvelle création (2 Co 5,17), accomplie dans les eaux baptismales où le catéchumène meurt et renaît, recréé à l’image de Dieu.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Seigneur, donne-moi d’entendre ta voix qui dit sur moi, sur ma vie, sur ce que je suis : « Cela est très bon. »
Composition de lieu — Il n’y a rien encore. Pas de décor, pas de paysage. Imagine cela : le vide, « l’informe », l’abîme — et au-dessus, un souffle. Comme un battement d’ailes immense au-dessus d’eaux noires. Pas de bruit, sinon celui de ce souffle. Et puis une voix. La première voix qui ait jamais résonné. « Que la lumière soit. » Sens la lumière arriver — pas comme un interrupteur qu’on allume, mais comme une aurore qui monte, lente, irrésistible. La chaleur sur ton visage. Les yeux qui s’ouvrent.
Méditation — Le texte est un poème, et il faut le recevoir comme tel. Remarque le rythme : « Dieu dit… et ce fut ainsi… Dieu vit que cela était bon. » Parole, accomplissement, regard. Dieu ne fabrique pas dans la précipitation. Il parle, il regarde, il savoure. Il « sépare » — la lumière des ténèbres, les eaux d’en haut des eaux d’en bas, la mer de la terre. Dieu est celui qui met de l’ordre dans le chaos, qui distingue, qui nomme. « Il appela la lumière jour, il appela les ténèbres nuit. » Nommer, c’est donner une place, une dignité, même aux ténèbres. Qu’est-ce qui, dans ta vie, attend d’être nommé, séparé, mis en ordre par cette parole ?
Et puis il y a ce crescendo. Six jours, et à chaque étape : « Dieu vit que cela était bon. » Bon — pas parfait, pas achevé, pas performant. Bon. Mais au sixième jour, quand l’homme et la femme sont là, créés « à notre image, selon notre ressemblance », le texte change : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon. » Ce « très » est pour toi. Dieu te regarde — toi, avec tes zones informes et tes abîmes — et il dit « très bon ». Non pas parce que tu l’as mérité, mais parce qu’il te reconnaît. Tu portes sa ressemblance. Est-ce que tu oses le croire, cette nuit ?
Et puis le septième jour : « Il se reposa. » Dieu s’arrête. Non par fatigue, mais par plénitude. Le repos de Dieu n’est pas une absence — c’est une présence qui n’a plus besoin de faire, seulement d’être là. Dans cette Vigile où tout est silence et attente, tu es invité à ce repos-là. Non pas à faire quelque chose pour Dieu, mais à le laisser te regarder.
Colloque — Seigneur, cette nuit je suis devant toi comme la terre au premier matin : « informe et vide ». Il y a en moi des zones de chaos, des eaux que personne n’a séparées, des ténèbres que je n’ose pas nommer. Mais ton souffle plane. Dis ta parole sur moi. Dis « que la lumière soit » — là où j’ai peur, là où je ne vois plus rien. Et si tu veux bien, regarde-moi comme tu as regardé ta création : avec ce « très bon » qui ne dépend pas de moi.
Question pour la relecture : Quel est le chaos en moi — cette zone « informe et vide » — sur lequel le souffle de Dieu plane cette nuit, et que je n’ai pas encore laissé nommer ?
🕊️ Psaume — Ps 103 (104), 1-2a, 5-6, 10.12, 13-14ab, 24.35c ↗
Lire le texte — Ps 103 (104), 1-2a, 5-6, 10.12, 13-14ab, 24.35c
Bénis le Seigneur, ô mon âme ; Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! Revêtu de magnificence, tu as pour manteau la lumière ! Tu as donné son assise à la terre : qu’elle reste inébranlable au cours des temps. Tu l’as vêtue de l’abîme des mers : les eaux couvraient même les montagnes. Dans les ravins tu fais jaillir des sources et l’eau chemine aux creux des montagnes ; les oiseaux séjournent près d’elle : dans le feuillage on entend leurs cris. De tes demeures tu abreuves les montagnes, et la terre se rassasie du fruit de tes œuvres ; tu fais pousser les prairies pour les troupeaux, et les champs pour l’homme qui travaille. Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur ! Tout cela, ta sagesse l’a fait ; la terre s’emplit de tes biens. Bénis le Seigneur, ô mon âme ! OU BIEN
🕊️ Psaume — Ps 32 (33), 4-5, 6-7, 12-13, 20.22 ↗
Lire le texte — Ps 32 (33), 4-5, 6-7, 12-13, 20.22
Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ; il est fidèle en tout ce qu’il fait. Il aime le bon droit et la justice ; la terre est remplie de son amour. Le Seigneur a fait les cieux par sa parole, l’univers, par le souffle de sa bouche. Il amasse, il retient l’eau des mers ; les océans, il les garde en réserve. Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu, heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine ! Du haut des cieux, le Seigneur regarde : il voit la race des hommes. Nous attendons notre vie du Seigneur : il est pour nous un appui, un bouclier. Que ton amour, Seigneur, soit sur nous comme notre espoir est en toi !
📖 2e lecture — Gn 22, 1-18 ↗
Lire le texte — Gn 22, 1-18
En ces jours-là, Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit : « Abraham ! » Celui-ci répondit : « Me voici ! » Dieu dit : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai. » Abraham se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux de ses serviteurs et son fils Isaac. Il fendit le bois pour l’holocauste, et se mit en route vers l’endroit que Dieu lui avait indiqué. Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit l’endroit de loin. Abraham dit à ses serviteurs : « Restez ici avec l’âne. Moi et le garçon, nous irons jusque là-bas pour adorer, puis nous reviendrons vers vous. » Abraham prit le bois pour l’holocauste et le chargea sur son fils Isaac ; il prit le feu et le couteau, et tous deux s’en allèrent ensemble. Isaac dit à son père Abraham : « Mon père ! – Eh bien, mon fils ? » Isaac reprit : « Voilà le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répondit : « Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste, mon fils. » Et ils s’en allaient tous les deux ensemble. Ils arrivèrent à l’endroit que Dieu avait indiqué. Abraham y bâtit l’autel et disposa le bois, puis il lia son fils Isaac et le mit sur l’autel, par-dessus le bois. Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils. Mais l’ange du Seigneur l’appela du haut du ciel et dit : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! » L’ange lui dit : « Ne porte pas la main sur le garçon ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. » Abraham leva les yeux et vit un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils. Abraham donna à ce lieu le nom de « Le-Seigneur-voit ». On l’appelle aujourd’hui : « Sur-le-mont-le-Seigneur-est-vu. » Du ciel, l’ange du Seigneur appela une seconde fois Abraham. Il déclara : « Je le jure par moi-même, oracle du Seigneur : parce que tu as fait cela, parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance occupera les places fortes de ses ennemis. Puisque tu as écouté ma voix, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance. » – Parole du Seigneur. OU LECTURE BREVE
🎙️ Abraham : la foi éprouvée (J10 · matin) · 📖 Transcription
📘 Comprendre
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Le Livre de la Genèse est le premier livre de la Bible, et le premier des 5 livres attribués à la tradition de Moïse, et dont les différents éléments qui le composent se sont additionnés pendant plusieurs siècles jusqu’au temps de la rédaction finale, aux environs du 6ème siècle, et très probablement après le retour de l’exil Babylonien.
Ce livre nous présente d’abord une histoire des origines des nations, avec la création du monde (1, 1 - 2, 3), ainsi que de l’homme et de la femme, leur descendance et l’expansion de la civilisation (2,4 - 4, 24), la vie des générations d’avant le Déluge, le Déluge (4, 25 - 6, 8), et la repopulation jusqu’au moment de la dispersion (6, 9 - 9, 29), suite à l’orgueil manifesté par les hommes de la grande ville de Babel, avec sa tour (10, 1 - 11, 9).
Nous entrons ensuite - après un court interlude nous présentant la généalogie de Sem à Terah, le père d’Abraham (11, 10 -26) - dans une seconde grande partie, l’histoire des ancètres d’sraël (11, 27 - 50, 26), qui comprend le cycle d’Abraham et de Sarah (11, 27 - 25, 18), le cycle d’Isaac et Jacob (25, 19 - 36, 43), et, finalement, l’histoire de Joseph (37, 10 - 50, 26).
Notre page fait partie du cycle d’Abraham, qu’elle continue de nous développer.
Depuis son premier appel par Dieu (12, 1 -9), Abraham a cheminé, est passé par l’Egypte, s’est séparé de son neveu Lot, et a vaincu des rois envahisseurs qui avaient capturé Lot,
De son côté, Dieu, en dépit de la lenteur apparente des réalisations de ses promesses à Abraham, les lui a nettement renouvelées et précisées, continuant de lui annoncer une descendance issue de son sang, ainsi que la possession de la terre de Canaan, même après la naissance d’Ismaël qu’Abraham a engendré de sa servante, Hagar, que Sarah lui avait envoyée,
Selon donc cette promesse de Dieu, maintes fois renouvelée, un fils est finalement né de Sarah à Abraham. Dieu a donc bel et bien tenu parole et Abraham a eu raison de lui faire confiance et de croire en lui.
Cependant, des difficultés concrètes apparaissent rapidement : Abraham, qui a donc maintenant deux fils, l’un né de Agar, l’esclave de Sarah, Ismaël, l’autre né de son épouse Sarah, Isaac, se voit contraint de chasser Agar et son fils, dont Sarah ne tolère plus la présence. De plus, voici que Dieu vient lui demander une démarche quasi impossible et apparemment totalement en contradiction avec sa promesse d’une descendance.
Message
Situation extrême et dramatique à laquelle se trouve confronté Abraham, en cette scène, où Dieu lui demande le renoncement le plus total à la réalisation, qui vient de s’accomplir, de la promese qu’il lui avait faite, et renouvelée si souvent, d’un fils né de Sarah, et qui serait le porteur de sa bénédiction pour une immense descendance.
Et cela, au nom de l’obéissance à Dieu, l’auteur et l’acteur de cette promesse.
Abraham avait déjà tout quitté pour répondre dans la foi à la promesse de Dieu, mais il est ici conduit à effectuer un grand pas de plus, pour aller jusqu’au bout de l’obéissance absolue et inconditionnelle. Comme il répond OUI au Seigneur qui le met ainsi à l’épreuve, Dieu constate sa foi et lui renouvelle une fois de plus sa bénédiction.
Cependant, en même temps, Dieu réprouve les sacrifices humains souvent pratiqués à cette époque ancienne : la vie qui nous est donnée par Dieu en ce monde doit toujours être respectée, et ce, d’autant plus qu’elle est appelée à se trouver traansfigurée dans la vie éternelle de Dieu lui-même.
Decouvertes
Ce texte a été interprété très souvent et déjà dès le Nouveau Testament, en Hébreux, 11, 17 et Jacques, 2, 21. La plupart des spécialistes de la Bible estiment pourtant qu’il n’existe aucune interprétation totalement adéquate de ce passage.
Ce récit est d”une qualité littéraire exceptionnelle, tout rempli qu’il est de précisions, de fine sensibilité chez les personnsages, de sens psychologique. On se demande pourtant pourquoi l’auteur nous l’a composé : peut-être existait-il, à l’arrière plan, le souvenir de sacrifices humains de premiers-nés au Proche Orient, mais cette pratique a toujours été absolument interdite et considérée avec horreur en Israël.
Cette page relate clairement que Dieu veut mettre Abraham à l’épreuve, vérifier jusqu’où va son obéissance, et à quel point il craint le Seigneur. Cela est indiqué dès le verset 1. Abraham se voit obligé de choisir entre obéir à un acte incompréhensible et repoussant et l’amour total qu’il a pour son fils Isaac, amour auquel fait allusion le verset 2.
Remarquons l’ironie dramatique de la situation : Dieu n’avait pas l’intention que soit accompli l’acte qu’il demande à Abraham d’exécuter, mais Abraham ne pouvait pas le savoir.
Avec ce passage, nous atteignons le point culminant des risques et dangers attachés à la promesse de Dieu. Après l’accomplissement miraculeux de la promesse, maintes fois répétée, que Dieu a faite à Abraham de la future naissance d’Isaac, voici l’existence de cet enfant vouée à une fin tragique prématurée.
Tous les détails du voyage vers la montagne du sacrifice, ainsi que les préparatifs de l’holocauste, nous sont rapportés avec une précision méticuleuse.
L’Ange de Yahvé, dont l’intervention empêche l’acte fatal à l’encontre du jeune Isaac, n’est autre que Yahvé-Dieu lui-même.
Le nom “Dieu pourvoit” donné par Abraham à la montagne de ce sacrifice est à lire en écho à la réponse évasive qu’Abraham avait donnée à Isaac, lorsque celui-ci l’interrogeait sur la victime de l’holocauste.
Les versets 15 - 18 représentent probablement une addition postérieure soulignant une deuxième fois dans cette page l’obéissance d’Abraham et renouvelant tous les aspects de la promesse de Dieu à Abraham, qui en est maintenant déclaré digne.
Prolongement
Relectures directes de ce passage dans le Nouveau Testament :
17 Par la foi, Abraham, mis à l’épreuve, a offert Isaac, et c’est son fils unique qu’il offrait en sacrifice, lui qui était le dépositaire des promesses,
18 lui à qui il avait été dit : C’est par Isaac que tu auras une postérité.
19 Dieu, pensait-il, est capable même de ressusciter les morts ; c’est pour cela qu’il recouvra son fils, et ce fut un symbole.
20 Veux-tu savoir, homme insensé, que la foi sans les œuvres est stérile ?
21 Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les œuvres quand il offrit Isaac, son fils, sur l’autel ?
22 Tu le vois : la foi coopérait à ses œuvres et par les œuvres sa foi fut rendue parfaite.
23 Ainsi fut accomplie cette parole de l’Écriture : Abraham crut à Dieu, cela lui fut compté comme justice et il fut appelé ami de Dieu. ”
Le don qu’Abraham fait à Dieu de son fils unique, selon une obéissance qui montre que pour lui il s’agit d’aimer Dieu plus que tout, est annonce du don gratuit que Dieu lui-même nous fait, par amour, de son unique Fils :
31 Que dire après cela ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
32 Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ?
10 En ceci consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés.
11 Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres.
🙏 Seigneur Jésus, ton obéissance au Père jusqu’au don de ta vie, pour tous ceux auprés desquels tu étais envoyé pour les sauver gratuitement, a été à la fois la manifestation de l’amour gratuit du Père qui t’avait envoyé en mission parmi nous et ta réponse parfaite à cette démarche du Père : fais-moi découvrir à quel point toutes mes expressions de ce OUI que je dois, avec toi, dans l’Esprit, adresser au Père ainsi qu’à tous mes frères et soeurs, sont le fruit en moi de cet amour de Dieu qui m’a rejoint et a transformé mon existence. AMEN.
Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
Un Texte À Lire Dans La Foi
Le malheur de ce texte, c’est qu’il y a deux manières de le lire ! La manière épouvantable qui imagine Dieu donnant un ordre à Abraham pour le seul plaisir de voir si Abraham obéira… et seulement ensuite, arrive le contrordre : « Ne porte pas la main sur l’enfant ».
On a envie de dire : Il était temps ! Et, toujours dans cette même optique, (épouvantable !) on pense que, parce qu’Abraham s’est bien conduit, parce qu’il a fait ce qui lui était commandé (deux fois de suite, il répond seulement « me voici »), Dieu lui promet monts et merveilles.
Mais, cela, c’est une lecture païenne ! Avec un Dieu qui nous attend au tournant et qui récompense et punit souverainement… un Dieu tel que nous l’imaginons parfois, et pas tel qu’Il est vraiment.
La lecture de la foi est toute différente ; vous savez, comme on dit qu’on regarde celui ou celle qu’on aime avec les « yeux de l’amour », il existe des « yeux de la foi ». D’ailleurs, si nous avions eu le temps de lire ce texte en entier, tel que la Bible le raconte (ici, nous avons eu la lecture liturgique qui est malheureusement très abrégée), vous auriez constaté que le thème du regard est très présent dans ces lignes : les mots « voir, regarder, lever les yeux » reviennent tout le temps ; le nom même de Moriah est un jeu de mots sur le verbe voir : il veut dire à la fois « Le SEIGNEUR voit » et « Le SEIGNEUR est vu ». Manière de dire que la foi est un peu comme une paire de lunettes qu’on chausse pour regarder Dieu et le monde.
Donc, si vous voulez bien, je vous propose une lecture croyante de ce texte, une lecture avec les yeux de la foi.
Premièrement, quand ce texte est écrit, il y a mille ans au moins que tout le monde sait qu’Isaac n’a pas été tué par Abraham, et qu’il a au contraire vécu jusqu’à un âge très avancé. L’auteur de ce récit ne nous propose donc pas une sorte de film à suspense.
Deuxièmement, quand ce texte est écrit (seulement vers 700 av. J.-C. alors qu’Abraham a vécu au deuxième millénaire av. J.-C.), on sait parfaitement bien que Dieu refuse absolument les sacrifices humains ! Et cela depuis toujours. On sait aussi qu’il est bien difficile d’obéir à cette interdiction quand les peuples environnants pratiquent, eux, des sacrifices humains. Cela exige une conversion du regard de l’homme sur Dieu. Et donc les descendants d’Abraham lisent ce texte comme le récit de la conversion du regard d’Abraham sur Dieu ; un peu comme si Dieu lui disait : « Quel regard as-tu sur moi, Abraham, quand je te demande un sacrifice ? Imagines-tu un Dieu qui veut la mort de ton enfant ? Eh bien, tu te trompes ! Pourtant, j’ai tout fait pour te rappeler que je n’ai pas oublié ma Promesse de te donner une descendance, par ce fils, précisément. »
Dieu N’A Pas Oublié Sa Promesse
Cette fameuse Promesse, nous la connaissons par les chapitres précédents du livre de la Genèse : « Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai. Je rendrai grand ton nom… En toi seront bénies toutes les familles de la terre… Je multiplierai ta descendance comme la poussière de la terre… Contemple le ciel, compte les étoiles si tu peux les compter : telle sera ta descendance… C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom… » (toutes ces promesses se trouvent dans les chapitres 12 à 21 de la Genèse).
Au moment d’éprouver Abraham, Dieu prend soin de lui rappeler cette promesse pour lui montrer qu’il ne l’a pas oubliée. Cela commence dès le premier mot : « Abraham… ». Dieu l’appelle, non par son nom de naissance, Abram, mais par le nom qu’Il lui a donné depuis qu’ils ont fait Alliance, « Abraham » qui veut dire « Père des multitudes ». « Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac… »
Dans la lecture païenne, on dira : non seulement Dieu lui demande une chose horrible, mais en plus il s’amuse à « retourner le fer dans la plaie », comme on dit…
L’autre lecture c’est : si Dieu insiste « ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac… », c’est une manière de dire : Je n’ai pas oublié ma Promesse, je n’ai pas oublié que c’est sur lui, Isaac, que tous nos espoirs reposent… « Ton Unique », c’est par lui et par lui seul que la Promesse se réalisera, par qui ta descendance naîtra… »
Isaac, son nom veut dire « l’enfant du rire » : rappelle-toi, Abraham, tu as ri quand je te l’ai promis ; et Sara aussi a ri… tu n’y croyais plus à cette naissance, à ton âge, et elle est venue, parce que je te l’ai promis. « Ton Unique », c’est par lui et par lui seul que la Promesse se réalisera, par qui ta descendance naîtra… » Une descendance aussi nombreuse que les grains de poussière de la terre (Gn 13), aussi nombreuse que les étoiles (Gn 15).
Vous avez remarqué, certainement, au passage, que j’ai employé une curieuse formule ; j’ai imaginé que Dieu dit à Abraham « C’est sur Isaac que tous nos espoirs reposent … » : elle est là la différence entre la lecture païenne et la lecture de la foi : le païen soupçonne Dieu de se désintéresser de lui ; le croyant, lui au contraire, découvre que l’espoir de l’homme peut être aussi l’espoir de Dieu, il croit que les intérêts de l’humanité et ceux de Dieu sont les mêmes, puisque Dieu s’est engagé dans l’aventure de l’Alliance ; croire, j’y reviens toujours, c’est croire, malgré tout ce qui peut arriver, que le dessein de Dieu n’est que bienveillant !
Justement, Abraham avait la foi jusque-là ; jusqu’à croire que, d’une manière qui lui échappait, mais d’une manière certaine, Dieu accomplirait sa Promesse de lui donner une descendance, par Isaac et non par un autre ; et c’est pour cela qu’Abraham est donné en exemple à ses descendants ; et c’est pour cela aussi que Dieu a pu éprouver sa foi jusque-là.
Et, du coup, grâce à cette foi invincible d’Abraham, un tournant unique, décisif a été franchi dans l’histoire de la Révélation. Abraham a découvert que quand Dieu dit « sacrifie », il ne dit pas « tue » ; comme si le sang lui faisait plaisir ! Dieu a bien dit à Abraham « offre-moi ton fils en sacrifice » ; et Abraham a découvert que cela veut seulement dire « fais-le vivre, sans jamais oublier que c’est moi qui te l’ai donné ». Désormais, on saura pour toujours en Israël que Dieu ne veut jamais la mort de l’homme, sous aucun motif.
Alors, parce qu’Abraham n’a pas quitté la confiance, il peut réentendre à nouveau la promesse dont il n’a jamais douté : « Je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance tiendra les places fortes de ses ennemis. Puisque tu m’as obéi, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance. » Ce qui est l’exacte reprise des promesses des chapitres 12 à 21 de la Genèse.
Encore aujourd’hui, cette promesse de Dieu n’est pas accomplie : la descendance innombrable existe, certes, mais qu’elle soit source de bénédictions pour l’humanité tout entière à commencer par elle-même, c’est encore à venir ! Quand on voit quelle est la rudesse des luttes entre les descendants eux-mêmes ! Méritent d’être appelés « fils d’Abraham » aujourd’hui ceux qui croient que la Promesse de Dieu se réalisera, quoi qu’il arrive, simplement parce que Dieu l’a promis et qu’il est fidèle. Ou plutôt… Méritent, à vrai dire, d’être appelés « fils d’Abraham » aujourd’hui ceux qui croient à cette Promesse et œuvrent de toutes leurs forces pour qu’elle advienne !
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Le sacrifice d’Isaac (l’Aqedah) constitue le cœur typologique de la Vigile pascale. Abraham est soumis à une épreuve radicale : offrir Isaac, fils de la promesse, par qui devait naître une descendance aussi nombreuse que les étoiles. Trois détails retiennent l’attention exégétique : le « troisième jour » du voyage (v. 4), qui préfigure la résurrection ; le bois de l’holocauste chargé sur les épaules d’Isaac, figure de la croix ; et la réponse d’Abraham : « Dieu saura bien trouver l’agneau », prophétie accomplie en Jean-Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1,36). Origène, dans ses Homélies sur la Genèse, voit en Isaac le type parfait du Christ : fils unique, aimé, offert librement par son père. Saint Méliton de Sardes, dans sa Peri Pascha, s’écrie : « Comme un bélier il fut lié… c’est Lui le Pâque de notre salut. » Le bélier substitué révèle la logique sacrificielle de l’alliance : Dieu lui-même pourvoit à la victime, comme il pourvoit en livrant son propre Fils (Rm 8,32). La bénédiction finale — « toutes les nations de la terre s’adresseront la bénédiction par le nom de ta descendance » — annonce l’universalité de la rédemption accomplie par ce nouvel Isaac que le Père n’a pas épargné.
🔥 Contempler
Grâce à demander Recevoir la grâce d’une foi totale, capable de s’abandonner à Dieu même quand il se tait et semble demander l’impossible.
Composition de lieu Il est encore nuit quand Abraham sellait l’âne. L’air est froid et sec ; les étoiles promesses — si nombreuses — brillent au-dessus du désert. Tu marches maintenant sur le sentier pierreux qui monte vers Moriah ; derrière toi le bruit des sabots, devant toi le silence. Isaac avance à tes côtés, le faisceau de bois pesant sur ses épaules ; tu portes le couteau et le feu. La montagne est grande, le ciel immense, et la question de l’enfant — où est l’agneau ? — résonne dans ta poitrine comme un coup sourd.
Méditation Abraham ne comprend pas. Il ne peut pas comprendre. Pourtant il se lève, il marche, il dispose le bois. Sa foi n’est pas une certitude confortable : c’est un acte nu, posé dans l’obscurité totale. « Nous reviendrons », dit-il aux serviteurs — et cette petite phrase est peut-être la plus grande déclaration de foi de toute l’histoire sainte. Il croit que Dieu voit, que Dieu pourvoit — Yhwh Jireh, le Seigneur voit.
Ce soir, à la Vigile, le Père lui-même n’a pas refusé son propre Fils. Le bélier pris dans le buisson annonce l’Agneau couronné d’épines. Ce que Dieu a demandé à Abraham, il l’a lui-même accompli : il a livré son Unique pour nous. Laisse-toi saisir par cette vérité : tu es la descendance promise, tu es le fruit de cette foi-là. Demande à Abraham de t’apprendre à marcher sans voir, en faisant confiance à Celui qui voit pour toi.
📖 2e lecture — Gn 22, 1-2.9a.10-13.15-18 ↗
Lire le texte — Gn 22, 1-2.9a.10-13.15-18
En ces jours-là, Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit : « Abraham ! » Celui-ci répondit : « Me voici ! » Dieu dit : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai. » Quand ils furent arrivés à l’endroit que Dieu avait indiqué, Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils. Mais l’ange du Seigneur l’appela du haut du ciel et dit : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! » L’ange lui dit : « Ne porte pas la main sur le garçon ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. » Abraham leva les yeux et vit un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils. Du ciel, l’ange du Seigneur appela une seconde fois Abraham. Il déclara : « Je le jure par moi-même, oracle du Seigneur : parce que tu as fait cela, parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance occupera les places fortes de ses ennemis. Puisque tu as écouté ma voix, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance. » – Parole du Seigneur.
📘 Comprendre
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Le Livre de la Genèse est le premier livre de la Bible, et le premier des 5 livres attribués à la tradition de Moïse, et dont les différents éléments qui le composent se sont additionnés pendant plusieurs siècles jusqu’au temps de la rédaction finale, aux environs du 6ème siècle, et très probablement après le retour de l’exil Babylonien.
Ce livre nous présente d’abord une histoire des origines des nations, avec la création du monde (1, 1 - 2, 3), ainsi que de l’homme et de la femme, leur descendance et l’expansion de la civilisation (2,4 - 4, 24), la vie des générations d’avant le Déluge, le Déluge (4, 25 - 6, 8), et la repopulation jusqu’au moment de la dispersion (6, 9 - 9, 29), suite à l’orgueil manifesté par les hommes de la grande ville de Babel, avec sa tour (10, 1 - 11, 9).
Nous entrons ensuite - après un court interlude nous présentant la généalogie de Sem à Terah, le père d’Abraham (11, 10 -26) - dans une seconde grande partie, l’histoire des ancètres d’sraël (11, 27 - 50, 26), qui comprend le cycle d’Abraham et de Sarah (11, 27 - 25, 18), le cycle d’Isaac et Jacob (25, 19 - 36, 43), et, finalement, l’histoire de Joseph (37, 10 - 50, 26).
Notre page fait partie du cycle d’Abraham, qu’elle continue de nous développer.
Depuis son premier appel par Dieu (12, 1 -9), Abraham a cheminé, est passé par l’Egypte, s’est séparé de son neveu Lot, et a vaincu des rois envahisseurs qui avaient capturé Lot,
De son côté, Dieu, en dépit de la lenteur apparente des réalisations de ses promesses à Abraham, les lui a nettement renouvelées et précisées, continuant de lui annoncer une descendance issue de son sang, ainsi que la possession de la terre de Canaan, même après la naissance d’Ismaël qu’Abraham a engendré de sa servante, Hagar, que Sarah lui avait envoyée,
Selon donc cette promesse de Dieu, maintes fois renouvelée, un fils est finalement né de Sarah à Abraham. Dieu a donc bel et bien tenu parole et Abraham a eu raison de lui faire confiance et de croire en lui.
Cependant, des difficultés concrètes apparaissent rapidement : Abraham, qui a donc maintenant deux fils, l’un né de Agar, l’esclave de Sarah, Ismaël, l’autre né de son épouse Sarah, Isaac, se voit contraint de chasser Agar et son fils, dont Sarah ne tolère plus la présence. De plus, voici que Dieu vient lui demander une démarche quasi impossible et apparemment totalement en contradiction avec sa promesse d’une descendance.
Message
Situation extrême et dramatique à laquelle se trouve confronté Abraham, en cette scène, où Dieu lui demande le renoncement le plus total à la réalisation, qui vient de s’accomplir, de la promese qu’il lui avait faite, et renouvelée si souvent, d’un fils né de Sarah, et qui serait le porteur de sa bénédiction pour une immense descendance.
Et cela, au nom de l’obéissance à Dieu, l’auteur et l’acteur de cette promesse.
Abraham avait déjà tout quitté pour répondre dans la foi à la promesse de Dieu, mais il est ici conduit à effectuer un grand pas de plus, pour aller jusqu’au bout de l’obéissance absolue et inconditionnelle. Comme il répond OUI au Seigneur qui le met ainsi à l’épreuve, Dieu constate sa foi et lui renouvelle une fois de plus sa bénédiction.
Cependant, en même temps, Dieu réprouve les sacrifices humains souvent pratiqués à cette époque ancienne : la vie qui nous est donnée par Dieu en ce monde doit toujours être respectée, et ce, d’autant plus qu’elle est appelée à se trouver traansfigurée dans la vie éternelle de Dieu lui-même.
Decouvertes
Ce texte a été interprété très souvent et déjà dès le Nouveau Testament, en Hébreux, 11, 17 et Jacques, 2, 21. La plupart des spécialistes de la Bible estiment pourtant qu’il n’existe aucune interprétation totalement adéquate de ce passage.
Ce récit est d”une qualité littéraire exceptionnelle, tout rempli qu’il est de précisions, de fine sensibilité chez les personnsages, de sens psychologique. On se demande pourtant pourquoi l’auteur nous l’a composé : peut-être existait-il, à l’arrière plan, le souvenir de sacrifices humains de premiers-nés au Proche Orient, mais cette pratique a toujours été absolument interdite et considérée avec horreur en Israël.
Cette page relate clairement que Dieu veut mettre Abraham à l’épreuve, vérifier jusqu’où va son obéissance, et à quel point il craint le Seigneur. Cela est indiqué dès le verset 1. Abraham se voit obligé de choisir entre obéir à un acte incompréhensible et repoussant et l’amour total qu’il a pour son fils Isaac, amour auquel fait allusion le verset 2.
Remarquons l’ironie dramatique de la situation : Dieu n’avait pas l’intention que soit accompli l’acte qu’il demande à Abraham d’exécuter, mais Abraham ne pouvait pas le savoir.
Avec ce passage, nous atteignons le point culminant des risques et dangers attachés à la promesse de Dieu. Après l’accomplissement miraculeux de la promesse, maintes fois répétée, que Dieu a faite à Abraham de la future naissance d’Isaac, voici l’existence de cet enfant vouée à une fin tragique prématurée.
Tous les détails du voyage vers la montagne du sacrifice, ainsi que les préparatifs de l’holocauste, nous sont rapportés avec une précision méticuleuse.
L’Ange de Yahvé, dont l’intervention empêche l’acte fatal à l’encontre du jeune Isaac, n’est autre que Yahvé-Dieu lui-même.
Le nom “Dieu pourvoit” donné par Abraham à la montagne de ce sacrifice est à lire en écho à la réponse évasive qu’Abraham avait donnée à Isaac, lorsque celui-ci l’interrogeait sur la victime de l’holocauste.
Les versets 15 - 18 représentent probablement une addition postérieure soulignant une deuxième fois dans cette page l’obéissance d’Abraham et renouvelant tous les aspects de la promesse de Dieu à Abraham, qui en est maintenant déclaré digne.
Prolongement
Relectures directes de ce passage dans le Nouveau Testament :
17 Par la foi, Abraham, mis à l’épreuve, a offert Isaac, et c’est son fils unique qu’il offrait en sacrifice, lui qui était le dépositaire des promesses,
18 lui à qui il avait été dit : C’est par Isaac que tu auras une postérité.
19 Dieu, pensait-il, est capable même de ressusciter les morts ; c’est pour cela qu’il recouvra son fils, et ce fut un symbole.
20 Veux-tu savoir, homme insensé, que la foi sans les œuvres est stérile ?
21 Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les œuvres quand il offrit Isaac, son fils, sur l’autel ?
22 Tu le vois : la foi coopérait à ses œuvres et par les œuvres sa foi fut rendue parfaite.
23 Ainsi fut accomplie cette parole de l’Écriture : Abraham crut à Dieu, cela lui fut compté comme justice et il fut appelé ami de Dieu. ”
Le don qu’Abraham fait à Dieu de son fils unique, selon une obéissance qui montre que pour lui il s’agit d’aimer Dieu plus que tout, est annonce du don gratuit que Dieu lui-même nous fait, par amour, de son unique Fils :
31 Que dire après cela ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
32 Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ?
10 En ceci consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés.
11 Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres.
🙏 Seigneur Jésus, ton obéissance au Père jusqu’au don de ta vie, pour tous ceux auprés desquels tu étais envoyé pour les sauver gratuitement, a été à la fois la manifestation de l’amour gratuit du Père qui t’avait envoyé en mission parmi nous et ta réponse parfaite à cette démarche du Père : fais-moi découvrir à quel point toutes mes expressions de ce OUI que je dois, avec toi, dans l’Esprit, adresser au Père ainsi qu’à tous mes frères et soeurs, sont le fruit en moi de cet amour de Dieu qui m’a rejoint et a transformé mon existence. AMEN.
Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
Un Texte À Lire Dans La Foi
Le malheur de ce texte, c’est qu’il y a deux manières de le lire ! La manière épouvantable qui imagine Dieu donnant un ordre à Abraham pour le seul plaisir de voir si Abraham obéira… et seulement ensuite, arrive le contrordre : « Ne porte pas la main sur l’enfant ».
On a envie de dire : Il était temps ! Et, toujours dans cette même optique, (épouvantable !) on pense que, parce qu’Abraham s’est bien conduit, parce qu’il a fait ce qui lui était commandé (deux fois de suite, il répond seulement « me voici »), Dieu lui promet monts et merveilles.
Mais, cela, c’est une lecture païenne ! Avec un Dieu qui nous attend au tournant et qui récompense et punit souverainement… un Dieu tel que nous l’imaginons parfois, et pas tel qu’Il est vraiment.
La lecture de la foi est toute différente ; vous savez, comme on dit qu’on regarde celui ou celle qu’on aime avec les « yeux de l’amour », il existe des « yeux de la foi ». D’ailleurs, si nous avions eu le temps de lire ce texte en entier, tel que la Bible le raconte (ici, nous avons eu la lecture liturgique qui est malheureusement très abrégée), vous auriez constaté que le thème du regard est très présent dans ces lignes : les mots « voir, regarder, lever les yeux » reviennent tout le temps ; le nom même de Moriah est un jeu de mots sur le verbe voir : il veut dire à la fois « Le SEIGNEUR voit » et « Le SEIGNEUR est vu ». Manière de dire que la foi est un peu comme une paire de lunettes qu’on chausse pour regarder Dieu et le monde.
Donc, si vous voulez bien, je vous propose une lecture croyante de ce texte, une lecture avec les yeux de la foi.
Premièrement, quand ce texte est écrit, il y a mille ans au moins que tout le monde sait qu’Isaac n’a pas été tué par Abraham, et qu’il a au contraire vécu jusqu’à un âge très avancé. L’auteur de ce récit ne nous propose donc pas une sorte de film à suspense.
Deuxièmement, quand ce texte est écrit (seulement vers 700 av. J.-C. alors qu’Abraham a vécu au deuxième millénaire av. J.-C.), on sait parfaitement bien que Dieu refuse absolument les sacrifices humains ! Et cela depuis toujours. On sait aussi qu’il est bien difficile d’obéir à cette interdiction quand les peuples environnants pratiquent, eux, des sacrifices humains. Cela exige une conversion du regard de l’homme sur Dieu. Et donc les descendants d’Abraham lisent ce texte comme le récit de la conversion du regard d’Abraham sur Dieu ; un peu comme si Dieu lui disait : « Quel regard as-tu sur moi, Abraham, quand je te demande un sacrifice ? Imagines-tu un Dieu qui veut la mort de ton enfant ? Eh bien, tu te trompes ! Pourtant, j’ai tout fait pour te rappeler que je n’ai pas oublié ma Promesse de te donner une descendance, par ce fils, précisément. »
Dieu N’A Pas Oublié Sa Promesse
Cette fameuse Promesse, nous la connaissons par les chapitres précédents du livre de la Genèse : « Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai. Je rendrai grand ton nom… En toi seront bénies toutes les familles de la terre… Je multiplierai ta descendance comme la poussière de la terre… Contemple le ciel, compte les étoiles si tu peux les compter : telle sera ta descendance… C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom… » (toutes ces promesses se trouvent dans les chapitres 12 à 21 de la Genèse).
Au moment d’éprouver Abraham, Dieu prend soin de lui rappeler cette promesse pour lui montrer qu’il ne l’a pas oubliée. Cela commence dès le premier mot : « Abraham… ». Dieu l’appelle, non par son nom de naissance, Abram, mais par le nom qu’Il lui a donné depuis qu’ils ont fait Alliance, « Abraham » qui veut dire « Père des multitudes ». « Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac… »
Dans la lecture païenne, on dira : non seulement Dieu lui demande une chose horrible, mais en plus il s’amuse à « retourner le fer dans la plaie », comme on dit…
L’autre lecture c’est : si Dieu insiste « ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac… », c’est une manière de dire : Je n’ai pas oublié ma Promesse, je n’ai pas oublié que c’est sur lui, Isaac, que tous nos espoirs reposent… « Ton Unique », c’est par lui et par lui seul que la Promesse se réalisera, par qui ta descendance naîtra… »
Isaac, son nom veut dire « l’enfant du rire » : rappelle-toi, Abraham, tu as ri quand je te l’ai promis ; et Sara aussi a ri… tu n’y croyais plus à cette naissance, à ton âge, et elle est venue, parce que je te l’ai promis. « Ton Unique », c’est par lui et par lui seul que la Promesse se réalisera, par qui ta descendance naîtra… » Une descendance aussi nombreuse que les grains de poussière de la terre (Gn 13), aussi nombreuse que les étoiles (Gn 15).
Vous avez remarqué, certainement, au passage, que j’ai employé une curieuse formule ; j’ai imaginé que Dieu dit à Abraham « C’est sur Isaac que tous nos espoirs reposent … » : elle est là la différence entre la lecture païenne et la lecture de la foi : le païen soupçonne Dieu de se désintéresser de lui ; le croyant, lui au contraire, découvre que l’espoir de l’homme peut être aussi l’espoir de Dieu, il croit que les intérêts de l’humanité et ceux de Dieu sont les mêmes, puisque Dieu s’est engagé dans l’aventure de l’Alliance ; croire, j’y reviens toujours, c’est croire, malgré tout ce qui peut arriver, que le dessein de Dieu n’est que bienveillant !
Justement, Abraham avait la foi jusque-là ; jusqu’à croire que, d’une manière qui lui échappait, mais d’une manière certaine, Dieu accomplirait sa Promesse de lui donner une descendance, par Isaac et non par un autre ; et c’est pour cela qu’Abraham est donné en exemple à ses descendants ; et c’est pour cela aussi que Dieu a pu éprouver sa foi jusque-là.
Et, du coup, grâce à cette foi invincible d’Abraham, un tournant unique, décisif a été franchi dans l’histoire de la Révélation. Abraham a découvert que quand Dieu dit « sacrifie », il ne dit pas « tue » ; comme si le sang lui faisait plaisir ! Dieu a bien dit à Abraham « offre-moi ton fils en sacrifice » ; et Abraham a découvert que cela veut seulement dire « fais-le vivre, sans jamais oublier que c’est moi qui te l’ai donné ». Désormais, on saura pour toujours en Israël que Dieu ne veut jamais la mort de l’homme, sous aucun motif.
Alors, parce qu’Abraham n’a pas quitté la confiance, il peut réentendre à nouveau la promesse dont il n’a jamais douté : « Je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance tiendra les places fortes de ses ennemis. Puisque tu m’as obéi, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance. » Ce qui est l’exacte reprise des promesses des chapitres 12 à 21 de la Genèse.
Encore aujourd’hui, cette promesse de Dieu n’est pas accomplie : la descendance innombrable existe, certes, mais qu’elle soit source de bénédictions pour l’humanité tout entière à commencer par elle-même, c’est encore à venir ! Quand on voit quelle est la rudesse des luttes entre les descendants eux-mêmes ! Méritent d’être appelés « fils d’Abraham » aujourd’hui ceux qui croient que la Promesse de Dieu se réalisera, quoi qu’il arrive, simplement parce que Dieu l’a promis et qu’il est fidèle. Ou plutôt… Méritent, à vrai dire, d’être appelés « fils d’Abraham » aujourd’hui ceux qui croient à cette Promesse et œuvrent de toutes leurs forces pour qu’elle advienne !
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Le sacrifice d’Isaac (l’Aqedah) constitue le cœur typologique de la Vigile pascale. Abraham est soumis à une épreuve radicale : offrir Isaac, fils de la promesse, par qui devait naître une descendance aussi nombreuse que les étoiles. Trois détails retiennent l’attention exégétique : le « troisième jour » du voyage (v. 4), qui préfigure la résurrection ; le bois de l’holocauste chargé sur les épaules d’Isaac, figure de la croix ; et la réponse d’Abraham : « Dieu saura bien trouver l’agneau », prophétie accomplie en Jean-Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1,36). Origène, dans ses Homélies sur la Genèse, voit en Isaac le type parfait du Christ : fils unique, aimé, offert librement par son père. Saint Méliton de Sardes, dans sa Peri Pascha, s’écrie : « Comme un bélier il fut lié… c’est Lui le Pâque de notre salut. » Le bélier substitué révèle la logique sacrificielle de l’alliance : Dieu lui-même pourvoit à la victime, comme il pourvoit en livrant son propre Fils (Rm 8,32). La bénédiction finale — « toutes les nations de la terre s’adresseront la bénédiction par le nom de ta descendance » — annonce l’universalité de la rédemption accomplie par ce nouvel Isaac que le Père n’a pas épargné.
🔥 Contempler
Grâce à demander Recevoir la grâce d’une foi totale, capable de s’abandonner à Dieu même quand il se tait et semble demander l’impossible.
Composition de lieu Il est encore nuit quand Abraham sellait l’âne. L’air est froid et sec ; les étoiles promesses — si nombreuses — brillent au-dessus du désert. Tu marches maintenant sur le sentier pierreux qui monte vers Moriah ; derrière toi le bruit des sabots, devant toi le silence. Isaac avance à tes côtés, le faisceau de bois pesant sur ses épaules ; tu portes le couteau et le feu. La montagne est grande, le ciel immense, et la question de l’enfant — où est l’agneau ? — résonne dans ta poitrine comme un coup sourd.
Méditation Abraham ne comprend pas. Il ne peut pas comprendre. Pourtant il se lève, il marche, il dispose le bois. Sa foi n’est pas une certitude confortable : c’est un acte nu, posé dans l’obscurité totale. « Nous reviendrons », dit-il aux serviteurs — et cette petite phrase est peut-être la plus grande déclaration de foi de toute l’histoire sainte. Il croit que Dieu voit, que Dieu pourvoit — Yhwh Jireh, le Seigneur voit.
Ce soir, à la Vigile, le Père lui-même n’a pas refusé son propre Fils. Le bélier pris dans le buisson annonce l’Agneau couronné d’épines. Ce que Dieu a demandé à Abraham, il l’a lui-même accompli : il a livré son Unique pour nous. Laisse-toi saisir par cette vérité : tu es la descendance promise, tu es le fruit de cette foi-là. Demande à Abraham de t’apprendre à marcher sans voir, en faisant confiance à Celui qui voit pour toi.
🕊️ Psaume — Ps 15 (16), 5.8, 9-10, 11 ↗
Lire le texte — Ps 15 (16), 5.8, 9-10, 11
Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort. Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable. Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance : tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption. Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! À ta droite, éternité de délices !
📖 lecture_3 — Ex 14, 15 – 15, 1a ↗
Lire le texte — Ex 14, 15 – 15, 1a
En ces jours-là, le Seigneur dit à Moïse : « Pourquoi crier vers moi ? Ordonne aux fils d’Israël de se mettre en route ! Toi, lève ton bâton, étends le bras sur la mer, fends-la en deux, et que les fils d’Israël entrent au milieu de la mer à pied sec. Et moi, je ferai en sorte que les Égyptiens s’obstinent : ils y entreront derrière eux ; je me glorifierai aux dépens de Pharaon et de toute son armée, de ses chars et de ses guerriers. Les Égyptiens sauront que je suis le Seigneur, quand je me serai glorifié aux dépens de Pharaon, de ses chars et de ses guerriers. » L’ange de Dieu, qui marchait en avant d’Israël, se déplaça et marcha à l’arrière. La colonne de nuée se déplaça depuis l’avant-garde et vint se tenir à l’arrière, entre le camp des Égyptiens et le camp d’Israël. Cette nuée était à la fois ténèbres et lumière dans la nuit, si bien que, de toute la nuit, ils ne purent se rencontrer. Moïse étendit le bras sur la mer. Le Seigneur chassa la mer toute la nuit par un fort vent d’est ; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent. Les fils d’Israël entrèrent au milieu de la mer à pied sec, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche. Les Égyptiens les poursuivirent ; tous les chevaux de Pharaon, ses chars et ses guerriers entrèrent derrière eux jusqu’au milieu de la mer. Aux dernières heures de la nuit, le Seigneur observa, depuis la colonne de feu et de nuée, l’armée des Égyptiens, et il la frappa de panique. Il faussa les roues de leurs chars, et ils eurent beaucoup de peine à les conduire. Les Égyptiens s’écrièrent : « Fuyons devant Israël, car c’est le Seigneur qui combat pour eux contre nous ! » Le Seigneur dit à Moïse : « Étends le bras sur la mer : que les eaux reviennent sur les Égyptiens, leurs chars et leurs guerriers ! » Moïse étendit le bras sur la mer. Au point du jour, la mer reprit sa place ; dans leur fuite, les Égyptiens s’y heurtèrent, et le Seigneur les précipita au milieu de la mer. Les eaux refluèrent et recouvrirent les chars et les guerriers, toute l’armée de Pharaon qui était entrée dans la mer à la poursuite d’Israël. Il n’en resta pas un seul. Mais les fils d’Israël avaient marché à pied sec au milieu de la mer, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche. Ce jour-là, le Seigneur sauva Israël de la main de l’Égypte, et Israël vit les Égyptiens morts sur le bord de la mer. Israël vit avec quelle main puissante le Seigneur avait agi contre l’Égypte. Le peuple craignit le Seigneur, il mit sa foi dans le Seigneur et dans son serviteur Moïse. Alors Moïse et les fils d’Israël chantèrent ce cantique au Seigneur :
🎙️ La foi triomphe de l’armée (J32 · matin) · 📖 Transcription
📘 Comprendre
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Deuxième des 5 premiers livres de l’Ancien Testament rattachés à la tradition de Moïse, le Livre de l’Exode nous relate deux étapes de l’histoire d’Israël : - Les Hébreux esclaves se libèrent de la tutelle de Pharaon (1, 1 - 18, 27), - Le peuple d’Israël au Sinaï (19, 1 - 40, 38).
La 1ère partie nous montre d’abord les dangers que Pharaon fait courir au peuple d’Israël en Egypte (1, 1 - 2, 22), puis nous fait découvrir la nission que Dieu confie à Moise de faire sortir le peuple d’Egypte (2, 23 - 7, 7). Au nom du Seigneur, le Dieu d’Israël, Moïse va infliger les 10 plaies sur l’Egypte (7, 8 - 13, 16) puis conduire le peuple hors d’Egypte, en lui faisant traverser la mer des Roseaux dans laquelle sera détruite l’armée égyptienne (13, 17 - 15, 21).
Dans la 2nde partie, nous verrons comment, ayant ainsi vaincu ce Pharaon et libéré son peuple, Dieu va, au désert du Sinaï, confirmer Moïse comme le chef de son peuple, leur donner une Loi ou règle de vie, établir le signe et le lieu de sa présence au milieu d’eux, et les mettre en route, en dépit de leurs résistances et de leurs révoltes, vers la terre de Canaan (avec toute une série de séquences très détaillées : la conclusion de l’Alliance avec Dieu, qui donne les 10 commandements, les directives de Dieu concernant l’Arche, le culte et le sacerdoce, l’apostasie du peuple et le renouvellement de l’Alliance, la construction de la “Demeure”).
Mais, avant tous ces événements si importants, Moïse, serviteur de Dieu, aura anticipé dans sa propre histoire le déplacement du peuple, depuis l’Egypte jusqu’au Sinaï (chapitres 2 - 4). L’Exode (la sortie d’Egypte) va révéler Moïse grand serviteur de Dieu et le modèle à imiter pour les grandes figures bibliques qui le suivront : Josué, Jérémie, le 2nd Prophète Isaïe, et, pour nous, Jésus, qui nous sera présenté, entre autres figures, comme “le nouveau Moïse”. Partageant la souffrance du peuple, Moïse est en même temps proche de Dieu, et, par sa médiation, arrivera à maintenir le peuple en bons termes avec Yahvé son Dieu.
Toujours dans la première partie du Livre de l’Exode, qui traite de la libération des fils d’Israël de l’esclavage de Pharaon (Exode, 1, 1 - 15, 31), nous en sommes au moment où le grand tournant de cette aventure a été franchi. Après la 10ème plaie d’Egypte, concomitante de la célébration de la 1ère Pâque des Hébreux, la nuit du passage de Dieu qui les libère, Pharaon a donné l’ordre à Moïse et Aaron de faire sortir Israël du milieu de son peuple (12, 31 - 40). Et le peuple tout entier s’est mis en route sous la conduite de Moïse.
Nous entrons maintenant dans le dernier épisode de ce combat entre Dieu et Pharaon : Pharaon et son armée doivent être totalement anéantis dans une guerre sainte (14, 28), Et après cette victoire définitive, le peuple entier n’aura plus qu’à proclamer la louange de son Dieu par un grand cantique d’action de grâces (15, 1 - 21).
Auparavant, pour tendre un piège à Pharaon, et l’inviter à poursuivre Israël, Dieu ordonne à Moïse de changer d’itinéraire avec le peuple, en revenant sur le grand trajet normal et habituel, alors que c’est lui-même qui leur avait fait prendre une route différente de la plus courte et la plus directe (13, 17 - 18). Pharaon, ainsi provoqué, va croire Israël perdu et tournant en rond dans le désert, et il va entrer dans le piège qui lui est tendu. (14, 1 - 9).
Message
Voici donc le peuple d’Israël près de la mer, et qui voit s’approcher de lui les chars de Pharaon. En conséquence, le peuple prend peur, et reproche à Moïse de l’avoir emmené hors de l’Egypte. Pour toute réponse, Moïse leur demande de se préparer à assister à une guerre sainte que Dieu va mener contre ses adversaires, et bien entendu, avec succès, dans la mesure où il est le seul vrai Dieu (14, 5 - 14).La seule chose demandée au peuple est donc d’avoir confiance et de ne pas paniquer.
A partir du verset 15, la victoire se réalise par le passage de tout le peuple d’Israël à travers la mer des Roseaux. Si notre texte de ce jour s’arrête avant de nous décrire l’événement lui-même, il nous fait part, en détail, des ordres de Dieu qui demande à Moïse de lui servir de signe, en faisant, avec son bâton, des gestes sur la mer, et de relais, en demandant au peuple de traverser la mer. Dieu précise alors à Moïse que les Egyptiens vont les y suivre pour y être détruits par Dieu, qui, ainsi, manifestera sa gloire.
Decouvertes
Ce récit de la traverée de la mer des Roseaux est l’un des plus célèbres parmi les textes bibliques. Dieu y intervient de manière éclatante afin de libérer définitivement son peuple, au moment le plus délicat de l’Exode d’Egypte. et, avec cette intervention, s’achève l’action de Dieu qui met fin à l’esclavage Egyptien.
Le souvenir de cet épisode de gloire traverse toute l’histoire d’Israël, et toute la Bible, et dicte l’attitude du peuple à l’égard de Dieu Tout-Puissant {Deutéronome, 11, 4; Josué, 24, 6 - 7; Isaïe, 51, 10; Isaïe, 63, 11 - 13; Psaume 74, 13).
Le ton, déjà très dramatique et épique, de notre texte est bien plus accentué encore dans les psaumes qui chantent cet événement : Psaumes, 66, 6; 77, 15 - 21; 78, 13; 106, 7 - 12; 114, 1 - 6; 136, 11 - 15. A noter également sur ce point que c’est dans le livre le plus récent incorporé dans l’Ancien Testament de la Bible chrétienne par l’Eglise Catholique, livre écrit vers 70 seulement avant Jésus Christ, que ce ton dramatique atteint son point culminant (Sagesse, 10, 18 - 20 et 19, 7 - 9).
Le récit de la traversée de la mer, qui va suivre immédiatement notre page, est un mélange de traditions différentes. Selon l’une, Moïse fend la mer en deux avec son bâton, le peuple traverse à pieds secs entre deux murailles d’eau, et, quand le peuple est arrivé de l’autre côté, Moïse va, de même, refermer la mer, dont les murailles d’eau vont écraser les Egyptiens.
Selon une autre tradition, Dieu va faire se lever un vent qui fait reculer la mer suffisamment loin pour que peuple puisse la traverser, et, ensuite, il la fera revenir à son point de départ. Voir également le psaume 48, 5 - 8.
A remarquer que, quelle que soit la tradition constatée, si on accepte ces hypothèses, la victoire n’appartient qu’à Dieu (14, 19 - 31).
Prolongement
Pau] a “relu” cet événement de la traversée de la mer, ainsi que ceux qui l’ont suivi dans le désert du Sinaï, en 1 Corinthiens , 10, 1 - 13, pour nous inviter à nous comporter mieux que les membres du peuple d’Israël qui ne tarderont pas à murmurer souvent contre Dieu et contre Moïse à chaque difficulté rencontrée dans le désert :
1 Car je ne veux pas que vous l’ignoriez, frères: nos pères ont tous été sous la nuée, tous ont passé à travers la mer,
2 tous ont été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer,
3 tous ont mangé le même aliment spirituel
4 et tous ont bu le même breuvage spirituel - ils buvaient en effet à un rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher c’était le Christ.
5 Cependant, ce n’est pas le plus grand nombre d’entre eux qui plut à Dieu, puisque leurs corps jonchèrent le désert.
6 Ces faits se sont produits pour nous servir d’exemples, pour que nous n’ayons pas de convoitises mauvaises, comme ils en eurent eux-mêmes.
Pour nous, chrétiens, cette traversée de libération s’est accomplie définitivement, une fois pour toutes, par le passage victorieux de Jésus le Christ à travers la mort, et donc son entrée dans la résurrection qui le situe désormais à la droite de Dieu, passage qui nous est transmis comme naissance nouvelle et transfiguration dans notre baptême, reçu et vécu comme “plongée” dans la mort-résurrection de Jésus, et, par là, entrée dans une vie toute de nouveauté :
3 Ou bien ignorez-vous que, baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés ‘!
4 Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle.
5 Car si c’est un même être avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable;
6 comprenons-le, notre vieil homme a été crucifié avec lui, pour que fût réduit à l’impuissance ce corps de péché, afin que nous cessions d’être asservis au péché.
7 Car celui qui est mort est affranchi du péché.
8 Mais si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivons aussi avec lui,
9 sachant que le Christ une fois ressuscité des morts ne meurt plus, que la mort n’exerce plus de pouvoir sur lui.
10 Sa mort fut une mort au péché, une fois pour toutes; mais sa vie est une vie à Dieu.
11 Et vous de même, considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus.
🙏 Seigneur Jésus, puisqu’il nous est accordé, dans l’Esprit Saint, d’entrer dans le mystère de ton passage au Père en ta mort-résurrection, et d’être ainsi saisis dans l’Exode définitif que tu as ouvert à toute l’humanité, afin qu’elle pénètre, avec toi et en toi, dans la terre promise du Royaume de Dieu qui nous offre d’y partager sa gloire, : donne-moi de me laisser illuminer par cette extraordinaire Bonne Nouvelle du salut de Dieu accompli, et de me laisser conduire par toi, qui es pour toujours avec moi, sur la seule route qui compte, celle du Règne de Dieu en ma vie, dès aujourd’hui, et ce, à travers tous mes cheminements humains de chaque jour. AMEN.
Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
Le Miracle Du Passage De La Mer
La Bible, tout entière, résonne de cet événement : les psaumes le chantent, les prophètes le racontent pour soutenir la foi dans les temps difficiles ; car Dieu a prouvé là, une fois pour toutes, son amour, mieux, son engagement aux côtés de son peuple. Au long des siècles, le récit devient de plus en plus impressionnant :
En voici quelques exemples : « Par la mer passait ton chemin, tes sentiers par les eaux profondes, et nul n’en connaît la trace. Tu as conduit comme un troupeau ton peuple par la main de Moïse et d’Aaron. » (Ps 76, 20-21). « Ainsi parle le SEIGNEUR, lui qui fit un chemin dans la mer, un sentier dans les eaux puissantes… » (Is 43, 16). « De la mer Rouge surgit un chemin sans obstacles, et, des flots impétueux, une plaine verdoyante. C’est là que le peuple entier, protégé par ta main, traversa en contemplant des prodiges merveilleux. » (Sg 19, 7-8).
Car il y a eu là, incontestablement, un miracle, celui de l’œuvre de Dieu, et inséparablement, celui de la foi du peuple. Et le récit du livre de l’Exode n’a pour objectif que de répandre ce message : Dieu est le meilleur défenseur de la liberté des hommes. Grâce à Dieu, et avec lui, la liberté aura toujours le dernier mot. Les perdants, ce sont Pharaon et, avec lui, tous les oppresseurs. Sous-entendu, « Qu’on se le dise ! »
Dieu, Notre Libérateur
Mais la foi de Moïse fut la plus forte : depuis la révélation du buisson ardent (Ex 3), il savait que Dieu était aux côtés de son peuple pour le libérer. Cette foi lui inspira les paroles décisives : « N’ayez pas peur ! Tenez bon ! Vous allez voir aujourd’hui ce que le SEIGNEUR va faire pour vous sauver. Car, ces Égyptiens que vous voyez aujourd’hui, vous ne les verrez plus jamais. Le SEIGNEUR combattra pour vous, et vous, vous n’aurez rien à faire. » Traduisez : le salut vient de Dieu et de lui seul, à une seule condition, mettez votre confiance en lui. En fin de compte, quand on affirme « c’est la foi qui sauve » on ne croit pas si bien dire.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Le passage de la mer des Roseaux est, avec la création, la lecture centrale de la Vigile pascale : il figure le baptême et la libération définitive du péché. La structure narrative met en scène un Dieu qui combat pour son peuple — « c’est le Seigneur qui combat pour eux » (v. 25) — tandis qu’Israël marche « à pied sec » entre des murailles d’eau. Saint Paul est le premier à en donner la lecture typologique : les pères « ont tous été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer » (1 Co 10,1-2). L’eau qui noie les armées de Pharaon devient chemin de salut pour Israël : mort pour les uns, vie pour les autres — exactement comme le baptême pascal, mort au péché et résurrection à la vie nouvelle. Tertullien, dans son De Baptismo, affirme que depuis les origines « l’eau a toujours été le milieu de l’Esprit Saint » et voit dans ce passage la préfiguration du sacrement. Saint Cyrille de Jérusalem, dans ses Catéchèses mystagogiques, invite les néophytes à reconnaître en Pharaon l’image du diable, dont les eaux baptismales les ont libérés. Le cantique de Moïse qui s’ouvre à la fin de la péricope annonce le chant pascal de l’Église : la victoire sur la mort n’est pas une victoire humaine, mais divine.
🔥 Contempler
Grâce à demander Éprouver dans ma chair la puissance libératrice de Dieu, qui fend en deux ce qui semblait infranchissable pour m’ouvrir un passage vers la vie.
Composition de lieu C’est la nuit. Tu es au bord de la mer, dos au désert, face à l’eau noire. Derrière, les torches et le grondement des chars de Pharaon. Le vent d’est commence à souffler — d’abord tiède, puis violent, sifflant dans les oreilles et couchant les roseaux. Sous tes pieds la boue se raffermit, les eaux se divisent ; à ta droite et à ta gauche une muraille d’eau verte et froide, translucide sous la lune. L’air sent le sel et la frayeur mêlés. Tu entends le peuple qui avance, une foule entière marchant au sec dans le gouffre ouvert de la mer.
Méditation Moïse n’a qu’un geste à faire : étendre le bras. C’est Dieu qui combat. C’est le Seigneur qui combat pour eux contre nous, crient les Égyptiens — et dans cet aveu de l’ennemi se cache la plus grande catéchèse : notre libération n’est pas notre œuvre.
Israël a marché dans la nuit, entre deux parois d’eau, sans savoir ce qui allait advenir — mais il a marché. La foi n’attend pas que la mer soit déjà fendue pour partir ; elle part, et la mer se fend.
Cette nuit de Pâques est cette nuit-là. Le baptême est cette mer-là. Ce que tu traverses — doutes, péchés, peurs, servitudes intérieures — Dieu peut le fendre en deux. Laisse-le étendre son bras sur ce qui te retient captif. Demande la grâce de te mettre en route avant d’y voir clair, comme Israël, et de chanter après, comme Moïse, lorsque tu auras vu de quelle main puissante le Seigneur t’a sauvé.
📖 cantique — Ex 15, 1b, 2, 3-4, 5-6, 17-18 ↗
Lire le texte — Ex 15, 1b, 2, 3-4, 5-6, 17-18
Je chanterai pour le Seigneur ! Éclatante est sa gloire : il a jeté dans la mer cheval et cavalier. Ma force et mon chant, c’est le Seigneur : il est pour moi le salut. Il est mon Dieu, je le célèbre ; j’exalte le Dieu de mon père. Le Seigneur est le guerrier des combats ; son nom est « Le Seigneur ». Les chars du Pharaon et ses armées, il les lance dans la mer. L’élite de leurs chefs a sombré dans la mer Rouge. L’abîme les recouvre : ils descendent, comme la pierre, au fond des eaux. Ta droite, Seigneur, magnifique en sa force, ta droite, Seigneur, écrase l’ennemi. Tu les amènes, tu les plantes sur la montagne, ton héritage, le lieu que tu as fait, Seigneur, pour l’habiter, le sanctuaire, Seigneur, fondé par tes mains. Le Seigneur régnera pour les siècles des siècles.
🎙️ Louange et confiance en Dieu (J32 · soir) · 📖 Transcription
📖 lecture_4 — Is 54, 5-14 ↗
Lire le texte — Is 54, 5-14
Parole du Seigneur adressée à Jérusalem : Ton époux, c’est Celui qui t’a faite, son nom est « Le Seigneur de l’univers ». Ton rédempteur, c’est le Saint d’Israël, il s’appelle « Dieu de toute la terre ». Oui, comme une femme abandonnée, accablée, le Seigneur te rappelle. Est-ce que l’on rejette la femme de sa jeunesse ? – dit ton Dieu. Un court instant, je t’avais abandonnée, mais dans ma grande tendresse, je te ramènerai. Quand ma colère a débordé, un instant, je t’avais caché ma face. Mais dans mon éternelle fidélité, je te montre ma tendresse, – dit le Seigneur, ton rédempteur. Je ferai comme au temps de Noé, quand j’ai juré que les eaux ne submergeraient plus la terre : de même, je jure de ne plus m’irriter contre toi, et de ne plus te menacer. Même si les montagnes s’écartaient, si les collines s’ébranlaient, ma fidélité ne s’écarterait pas de toi, mon alliance de paix ne serait pas ébranlée, – dit le Seigneur, qui te montre sa tendresse. Jérusalem, malheureuse, battue par la tempête, inconsolée, voici que je vais sertir tes pierres et poser tes fondations sur des saphirs. Je ferai tes créneaux avec des rubis, tes portes en cristal de roche, et toute ton enceinte avec des pierres précieuses. Tes fils seront tous disciples du Seigneur, et grande sera leur paix. Tu seras établie sur la justice : loin de toi l’oppression, tu n’auras plus à craindre ; loin de toi la terreur, elle ne t’approchera plus. – Parole du Seigneur.
🎙️ Un amour plus fort que l’infidélité (J214 · soir)
📘 Comprendre
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Selon une hypothèse généralement admise depuis quelques décennies, mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, les chapitres 40 - 55 du Livre d’Isaïe nous retraceraient la prédication, vers la fin de l’exil Babylonien, d’un prophète anonyme, connu sous le nom du “2ème Prophète Isaïe”, du fait qu’il semble appartenir à une école de pensée qui relit, médite et adpate à des temps nouveaux l’oeuvre du grand Prophète Isaïe, qui, lui, avait vécu au 8ème siècle.
Avec quelques chapitres attribués - toujours selon la même hypothèse - à celui qu’on appelle le “3ème Prophète Isaïe” (Isaîe, 56 - 66), qui aurait vécu sa mission quelques décennies plus tard, juste après le retour d’exil, en Palestine, l’oeuvre du “2ème Isaïe” aurait été, par la suite, jointe à celle du “1er Isaïe” (Isaïe, 1 - 39) pour constituer notre Livre Biblique d’Isaïe (Isaïe, 1 - 66).
Ce Livre , qu’on attribue ainsi au “2ème Prophète Isaïe” est aussi connu sous le nom de “Livre de la consolation d’ Israël”. Il s’ouvre par l’appel du prophète et son dialogue avec Israël (40, 1 - 31), puis nous propose une série de chapitres annonçant l’accomplissemnt des prophéties concernant un nouvel Exode (41, 1 - 48, 22). Une 3ème partie a pour objet de consoler Sion-Jérusalem (49, 1 - 54, 17), et le livre se termine par une conclusion.
Les plus grosses objections à cette théorie séduisante de trois prophètes dont les oeuvres formeraient notre Livre d’Isaïe, tiennent, d’abord, à ce que le Livre de notre Bible, en son entier, est attesté comme tel dès au moins 2 siècles avant notre ère chrétienne, et a toujours été considéré comme oeuvre unique jusque pratiquement le début du 20ème siècle, et, ensuite, à ce qu’un certain nombre de passages des 39 premiers chapitres, attribués, selon l’hypothèse, au 1er Isaïe, paraissent être également d’une époque bien postérieure au 8ème siècle, où il a vécu.
Message
Le Seigneur invite Jérusalem à la joie d’ujne fécondité remarquable. Elle, qui était considérée comme stérile, va donner le jour à une descendance incalculable, au delà de tout attente.
Tel sera le fruit de la réconciliation effectuée par Dieu, qui se compare à un époux qui, après avor abandonné et rejeté son épouse, la rappelle, la reprend, la sauve et lui promet la conclusion avec elle d’une alliance de paix que rien, désormais, ne pourra plus faire chanceler. .
Decouvertes
Le poème se déroule ici en trois parties :
D’abord, de même que la grande souffrance du “Serviteur”, décrite juste auparavant (Isaïe, 52, 13 - 53, 12) s’était achevée en sa libération, l’espérance est ici offerte et rendue à la femme stérile, honteuse de son état (54, 1 - 3).
Ensuite, en 54, 4 - 8, de nosvelles appràches de l’identité de Dieu nous sont proposées : il est le fondateur et le rédempteur du peuple d’Israël, et se présente comme l’époux de ce peuple,qu’il compare à une femme stérile qui ve mettre au monde des enfants après avoir été reprise par on époux après son abandon par lui.
Finalement, en 54, 9 - 10, à partir d’une comparaison avec le récit du Déluge au Livre de la Genèse, à la fin duquel Dieu s’était engagé à ne plus jamais châtier ainsi l’humanité pécheresse, nous le découvrons ici adopter une semblable atititude de non éxécution de jugement dans la promesse qu’il fait d’une alliance de paix, absolument inébranlable, qu’il va conclure dans l’amour avec son peuple.
Prolongement
Paul a repris l’image de l’époux qu’est Dieu, en l’attirbuant au Christ Jésus dans sa relation avec son peuple devenu notre Eglise en chacune de ses communautés en communion les unes avec les autres :
Ephésiens
5.23… le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Église, qui est son corps, et dont il est le Sauveur.
5.24 Or, de même que l’Église est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l’être à leurs maris en toutes choses.
5.25 Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l’Église, et s’est livré lui-même pour elle,
5.26 afin de la sanctifier par la parole, après l’avoir purifiée par le baptême d’eau,
5.27 afin de faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible.
5.28 C’est ainsi que les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Celui qui aime sa femme s’aime lui-même.
5.29 Car jamais personne n’a haï sa propre chair; mais il la nourrit et en prend soin, comme Christ le fait pour l’Église,
5.30 parce que nous sommes membres de son corps.
5.31 C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair.
5.32 Ce mystère est grand; je dis cela par rapport à Christ et à l’Église.
2 Corinthiens
11.1 Oh! si vous pouviez supporter de ma part un peu de folie! Mais vous, me supportez!
11.2 Car je suis jaloux de vous d’une jalousie de Dieu, parce que je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter à Christ comme une vierge pure.
🙏 Seigneur Jésus Ouvre-moi davantage à cette proximité réelle de ta présence et de ton intimité, de façon à ce que je ne doute jamais le moins du monde qu’ainsi, par toi, dans l’Esprit Saint, Dieu ton Père me soutient et m’aide sur ton chemin de gloire. AMEN.
Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
Bientôt La Fin De L’Exil
Il suffit d’entendre ce message de réconfort pour deviner qu’il a été écrit en période difficile : effectivement ce chapitre 54 du livre d’Isaïe est l’œuvre de celui qu’on appelle le second Isaïe ; il prêche pendant l’exil à Babylone, donc dans l’une des périodes les plus douloureuses de l’histoire du peuple juif. « Jérusalem malheureuse, battue par la tempête, inconsolée », toutes ces expressions ne sont pas trop fortes : en fait de tempête, le passage des troupes de Nabuchodonosor en 587 valait bien un cyclone.
Et donc, le prophète entrevoit déjà la fin de l’Exil et c’est pour cela qu’il appelle Dieu le Rédempteur d’Israël, qui signifie tout simplement « libérateur ». Quand Isaïe dit aux juifs exilés à Babylone, « Dieu est votre Rédempteur », ils comprennent très bien : Dieu va intervenir, l’heure de votre libération va sonner.
Ton Époux C’Est Ton Créateur
On trouve souvent dans la Bible la conscience de la grandeur infinie de Dieu, le tout-Autre que l’homme, mais on y trouve aussi (et en particulier dans ce texte) de véritables déclarations d’amour de Dieu pour son peuple. L’une des phrases les plus fortes de ce texte, d’ailleurs, c’est peut-être la formule qui paraît si simple à première vue : « Ton époux, c’est Celui qui t’a faite, son nom est le SEIGNEUR de l’Univers » : on ne peut pas mieux dire à la fois l’intimité et la distance, la tendresse de l’époux et la toute-puissance du Créateur de toutes choses.
« Même si les montagnes s’écartaient, si les collines s’ébranlaient, ma fidélité ne s’écarterait pas de toi, mon alliance de paix ne serait pas ébranlée, dit le SEIGNEUR, qui te montre sa tendresse. »
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Ce poème du Deutéro-Isaïe s’inscrit dans un cycle d’oracles de consolation adressés à Jérusalem après le désastre de l’exil babylonien. Dieu y est présenté comme l’époux qui rappelle son épouse momentanément répudiée : la rupture n’était pas définitive, elle était pédagogique. La métaphore sponsale, héritée d’Osée et de Jérémie, atteint ici une intensité théologique remarquable : « mon éternelle fidélité » (hesed ôlam) révèle un amour qui dépasse toute infidélité humaine. La référence à Noé élargit la perspective : comme après le déluge, Dieu renouvelle une alliance cosmique et irréversible. L’image de la cité reconstruite en pierres précieuses — saphirs, rubis, cristal — anticipe la Jérusalem céleste de l’Apocalypse (Ap 21,19-20), et à travers elle l’Église née du baptême pascal. Origène voit dans ce texte la préfiguration de l’Église, épouse du Christ, purifiée par son sang et enrichie de dons spirituels. Saint Ambroise, dans son De mysteriis, rapproche l’image de la cité reconstruite de l’âme du baptisé, ornée de grâces divines après avoir été libérée du péché. À la Vigile pascale, cette lecture proclame que la résurrection du Christ est la réponse définitive à toutes les blessures de l’histoire : l’alliance de paix que Dieu offre en cette nuit ne sera plus jamais ébranlée.
🔥 Contempler
Grâce à demander Accueillir avec tout mon être la tendresse de Dieu époux fidèle, qui me cherche et me ramène même quand je m’étais éloigné.
Composition de lieu Imagine Jérusalem au lendemain de l’exil : les pierres noircies, les rues désertes, le silence où résonnaient les pleurs. Puis, peu à peu, une lumière qui n’est pas le soleil — une lumière plus chaude. Les murs se relèvent, mais ils sont différents : des reflets de saphir dans les fondations, des éclats de rubis aux créneaux, des pierres précieuses partout où il n’y avait que ruines. L’air sent la terre mouillée après la pluie, ce parfum d’après-orage quand la tempête est passée. Et dans ce silence reconstruit, une voix — douce, ferme, qui reconnaît et qui appelle par son nom.
Méditation Dieu parle en époux blessé qui revient. Il n’efface pas la douleur de l’abandon — un court instant, je t’avais abandonnée — mais il l’inscrit dans une promesse plus grande : dans mon éternelle fidélité, je te montre ma tendresse. Ce n’est pas la fidélité de celui qui n’a jamais souffert ; c’est la fidélité de celui qui a traversé l’épreuve et qui choisit encore.
L’alliance est comparée à celle de Noé : plus jamais les eaux ne submergeront la terre. Plus jamais. Même si les montagnes bougent, même si les collines tremblent. Cette stabilité que Dieu promet, c’est la stabilité de la croix plantée dans le rocher.
Ce soir, en veillant, laisse ces paroles atteindre les endroits en toi qui se croient trop abîmés pour être aimés. Jérusalem était en ruines, et elle est devenue saphir. Qu’est-ce que Dieu veut reconstruire en toi cette nuit ?
🕊️ Psaume — Ps 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13 ↗
Lire le texte — Ps 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13
Quand j’ai crié vers toi, Seigneur, mon Dieu, tu m’as guéri ; Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme et revivre quand je descendais à la fosse. Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles, rendez grâce en rappelant son nom très saint. Sa colère ne dure qu’un instant, sa bonté, toute la vie. Avec le soir, viennent les larmes, mais au matin, les cris de joie ! Tu as changé mon deuil en une danse, mes habits funèbres en parure de joie ! Que mon cœur ne se taise pas, qu’il soit en fête pour toi ; et que sans fin, Seigneur, mon Dieu, je te rende grâce !
📖 lecture_5 — Is 55, 1-11 ↗
Lire le texte — Is 55, 1-11
Ainsi parle le Seigneur : Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David. Lui, j’en ai fait un témoin pour les peuples, pour les peuples, un guide et un chef. Toi, tu appelleras une nation inconnue de toi ; une nation qui ne te connaît pas accourra vers toi, à cause du Seigneur ton Dieu, à cause du Saint d’Israël, car il fait ta splendeur. Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. – Parole du Seigneur.
🎙️ Un amour plus fort que l’infidélité (J214 · soir)
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Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
Une Étonnante Révélation
Vous avez entendu au milieu de ce texte la petite phrase « oracle du SEIGNEUR ». Quand un prophète l’emploie, c’est toujours pour signaler une révélation importante ou difficile à accepter : une sorte de précaution, en somme. De quoi s’agit-il ici ?
« Mes pensées ne sont pas vos pensées, dit Dieu… Vos chemins ne sont pas mes chemins »… et l’image utilisée par Isaïe est forte : « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » Il est bien vrai que les cieux sont hauts par rapport à la terre. Eh bien les pensées de Dieu sont aussi loin des nôtres, paraît-il !
Si je comprends bien, pour nous ajuster aux pensées de Dieu, il va falloir opérer une véritable révolution de nos pensées spontanées. Pour nous y préparer, Isaïe a commencé par un petit discours un peu surprenant : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer ». C’est un discours sur la gratuité. Le prophète, ici, cherche à nous faire comprendre que notre relation avec Dieu n’est pas de l’ordre du commerce, du calcul, du donnant-donnant ; et il continue : « Que le méchant abandonne son chemin, que l’homme pervers abandonne ses pensées ! Qu’il revienne vers le SEIGNEUR, qui aura pitié de lui, vers notre Dieu, qui est riche en pardon. CAR mes pensées ne sont pas vos pensées et mes chemins ne sont pas vos chemins ». Ce petit mot « Car » nous dit en quoi consiste cette si grande distance qui nous sépare de Dieu, qui sépare nos pensées de ses pensées : Lui, il a pitié, Lui, il est riche en pardon.
Au fond, cela ne devrait pas nous étonner, puisque, comme dit saint Jean, Dieu est Amour ; et donc, Il est sur le registre de la gratuité, on dit « la grâce ».
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Nous, nous sommes parfois sur le registre du calcul, du donnant-donnant. Nous voulons que les bons soient récompensés et les méchants punis. Nous calculons nos mérites et ceux des autres à notre égard ; nous disons « je ne mérite pas » le pardon de Dieu, ou celui qui m’a offensé ne « mérite » ni mon pardon ni celui de Dieu ; sans nous apercevoir qu’en disant cela, c’est comme si nous calculions à la place de Dieu !
Dieu, lui, ne demande à personne de mériter quoi que ce soit ! « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes », comme dit Jésus dans le sermon sur la montagne (Mt 5,45). Nous parlons de « gagner » notre ciel, Lui, nous propose de vivre une relation d’amour, donc gratuite par définition.
Et c’est pour cela qu’Isaïe insiste tellement dans le début de ce texte sur la gratuité : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer. »
Et voilà la révolution de la pensée qui nous est demandée : Isaïe nous invite à emprunter à notre tour ce chemin-là, ces pensées-là, de gratuité, de pitié, de pardon. Pourquoi ne pas admettre une fois pour toutes que nous sommes sans argent (je veux dire sans titres à faire valoir) devant Dieu et qu’il n’attend de nous qu’un cœur offert, une « oreille ouverte » : « Écoutez et vous vivrez », dit Isaïe.
Vous allez peut-être me dire : « si nous n’avons pas besoin de gagner des mérites, alors nous allons nous conduire n’importe comment … » Je ne le crois pas du tout ; le jour où nous serons vraiment convaincus, et donc éblouis de l’amour de Dieu, alors notre cœur changera et nous commencerons à lui ressembler : le feu prendra et nous entrerons petit à petit dans le registre de la gratuité.
Notre Église a une tâche redoutable, il me semble : elle est une institution humaine, elle vit dans une société bâtie sur le commerce plus que sur le service ; et c’est au cœur même de cette société qu’elle doit faire germer le royaume de la gratuité. Notre mission de baptisés, c’est de témoigner au milieu des hommes non pas d’un AILLEURS, mais d’un AUTREMENT.
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Selon une hypothèse généralement admise depuis quelques décennies, mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, les chapitres 40 - 55 du Livre d’Isaïe nous retraceraient la prédication, vers la fin de l’exil Babylonien, d’un prophète anonyme, connu sous le nom du “2ème Prophète Isaïe”, du fait qu’il semble appartenir à une école de pensée qui relit, médite et adpate à des temps nouveaux l’oeuvre du grand Prophète Isaïe, qui, lui, avait vécu au 8ème siècle.
Avec quelques chapitres attribués - toujours selon la même hypothèse - à celui qu’on appelle le “3ème Prophète Isaïe” (Isaîe, 56 - 66), qui aurait vécu sa mission quelques décennies plus tard, juste après le retour d’exil, en Palestine, l’oeuvre du “2ème Isaïe” aurait été, par la suite, jointe à celle du “1er Isaïe” (Isaïe, 1 - 39) pour constituer notre Livre Biblique d’Isaïe (Isaïe, 1 - 66).
Ce Livre , qu’on attribue ainsi au “2ème Prophète Isaïe” est aussi connu sous le nom de “Livre de la consolation d’ Israël”. Il s’ouvre par l’appel du prophète et son dialogue avec Israël (40, 1 - 31), puis nous propose une série de chapitres annonçant l’accomplissemnt des prophéties concernant un nouvel Exode (41, 1 - 48, 22). Une 3ème partie a pour objet de consoler Sion-Jérusalem (49, 1 - 54, 17), et le livre se termine par une conclusion.
Les plus grosses objections à cette théorie séduisante de trois prophètes dont les oeuvres formeraient notre Livre d’Isaïe, tiennent, d’abord, à ce que le Livre de notre Bible, en son entier, est attesté comme tel dès au moins 2 siècles avant notre ère chrétienne, et a toujours été considéré comme oeuvre unique jusque pratiquement le début du 20ème siècle, et, ensuite, à ce qu’un certain nombre de passages des 39 premiers chapitres, attribués, dans l’hyopothèse, au 1er Isaïe, paraissent être également d’une époque bien postérieure au 8ème siècle, où il a vécu.
Message
La Parole qui nous vient de Dieu est d’une totale efficacité et porte beaucoup de fruit. Elle ne nous est pas envoyée pour rester entre ciel et terre. Elle doit féconder notre monde et nos vies, et ensuite, retourner vers Dieu de la même façon que se lèvent et se dressent les arbres, dont l’eau, reçue en terre, permet de hâter la croissance.
L’Esprit et la Parole de Dieu pénètrent les êtres humains que nous sommes et y portent des fruits que Dieu a prévus et qu’il attend.
Le 2ème Isaïe explique l’histoire du monde par la manifestation de la Parole de Dieu. Pour ce prophète, la Parole de Dieu est moins un message précis qu’un événement (Isaïe, 41, 17 - 20), et, qui mieux est, un événement lié au mystère du salut d’Israël (44, 24 - 45, 8).
Nous le voyons, la Parole de Dieu ne peut pas ne pas être efficace.
Decouvertes
L’accent sur la grande efficacité de la Parole signifie, du même coup, l’importance du Prophète, dans la mesure où cette Parole lui est adressée et où il la reçoit.
Néanmoins, ce texte invite à une nouvelle interprétation de la Parole de Dieu, présentée comme agissant d’elle-même et se personnalisant, et qui va prendre de plus en plus d’importance encore, dans les récits postérieurs, tels que l’Evangile de Jean, en son Prologue, tout spécialement. Dans cette perspective, la Parole de Dieu acquiert une autonomie comparable à celle que certains textes Bibliques accordent à la Sagesse de Dieu (Sagesse, 8, 1 - 8; Proverbes, 9, 1 - 6;. Voir également Osée 6, 5 et Sagesse, 18, 15).
A noter que les deux versets de notre page de ce jour répondent, en forme d’inclusion, aux versets 6 - 8 du chapitre 40, dans lesquels il nous est dit qu’à la différence de l’herbe et de la fleur, qui se fânent, la Parole de notre Dieu se réalise à jamais. De cette conjonction entre ces deux textes, il ressort que tout le Livre du 2ème Isaïe se situe entre ces 2 passages qui se répondent au début et à la fin du Livre, et va donc se trouver fortement marqué par le très grand rôle et le caractère incontournable de la Parole de Dieu.
Prolongement
Jésus est, personnellement, dans sa vie d’homme, la “Parole de Dieu faite chair”, selon les trois grandes introductions christologiques de Jean, 1, 1 - 18, de 1 Jean, 1, 1 - 4, et de la Lettre aux Hébreux, 1, 1 - 2.
En Jésus, la Parole agissante de Dieu a atteint son efficacité maximum en notre humanité. Elle est devenue action immédiate du salut de Dieu proposé par Jésus : elle est donc tout autant action et événement que message.
On pourrait relire à ce propos l’explication de la Parabole du Semeur, en Marc, 4, 14 - 20, ainsi que la Parabole sur la semence qui croit d’elle-même, en Marc, 4, 26 - 29 : dans ce dernier cas, s’agit-il de la Parole, de l’action ou de la vie nouvelle qui nous a pénétrés et qui “pousse” en nous ?
Quant à Paul, il fait de cette Parole de Dieu le centre et l’efficacité de sa propre prédication :
8 Que dit-elle donc ? La parole est tout près de toi, sur tes lèvres et dans ton cœur, entends : la parole de la foi que nous prêchons.
9 En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé.
10 Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut.
🙏 Seigneur Jésus, toi-même es la Parole de Dieu faite chair, à la fois pour agir au nom de Dieu pour notre salut, et, en même temps, révéler ce qu’implique ta mission, qui est de nous introduire dans le monde de Dieu, là où il peut régner en nos coeurs et accomplir tous les désirs de salut, de vérité, ainsi que de paix et de bonheur, de notre existence humaine : donne-moi de me laisser saisir, pétrir, transformer, par cette Parole toute Puissante que tu es, à mesure qu’elle grandit dans mon esprit comme Lumière qui me révèle les secrets de Dieu, ton Père et notre Père, qui nous appelle, toutes et tous, à partager sa vie divine et sa gloire. AMEN.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Ce passage du Deutéro-Isaïe, prononcé à la fin de l’exil babylonien, proclame le retour gratuit de Dieu vers son peuple. L’invitation à venir boire et manger sans argent évoque la manne du désert et anticipe l’Eucharistie : le salut ne s’achète pas, il se reçoit. L’« alliance éternelle » confirmée aux descendants de David s’accomplit dans le Christ, nouveau David et témoin universel. Le cœur du passage est la puissance de la Parole divine (vv. 10-11), comparée à la pluie qui féconde la terre : elle ne revient pas à Dieu « sans résultat ». À la Vigile pascale, cette parole efficace désigne le Verbe incarné, mort et ressuscité, accomplissant définitivement sa mission salvatrice. Origène (Homélies sur Isaïe) voit dans l’eau et le vin l’image du baptême et de l’Eucharistie, les deux sacrements de la nuit pascale. Saint Augustin (Confessions, I,1) fait écho à ce texte : le cœur est créé pour Dieu et ne trouve repos qu’en Lui, car ses « pensées » transcendent infiniment nos calculs humains. La liturgie place ce texte avant le baptême des catéchumènes pour souligner que l’initiation chrétienne est pure grâce — eau vive offerte gratuitement à ceux qui ont soif.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Recevoir la Parole de Dieu comme une eau vive qui féconde mon cœur cette nuit de Pâques.
Composition de lieu : C’est la nuit. Une source jaillit au milieu d’une place de marché déserte. L’air est frais, presque froid. Autour, des jarres vides, des bourses épuisées. Le bruit de l’eau couvre le silence — gratuite, abondante, insistante. Je suis là, assoiffé, les mains vides.
Méditation : “Venez, sans argent, sans rien payer.” Dieu ne vend rien. Il donne — ce que nous n’avons pas su chercher là où cela se trouve vraiment. Combien de fois ai-je dépensé mes forces pour ce qui ne rassasie pas, couru après ce qui me laissait vide ? Ce soir, Dieu me retourne doucement : écoute.
La Parole de Dieu n’est pas une idée. Elle est comme la pluie sur la terre asséchée — elle ne revient pas sans avoir fécondé. Elle accomplit. Elle accomplit en moi aussi, si je consens à m’ouvrir comme la terre s’ouvre à l’averse.
Ce soir, la terre du tombeau s’est ouverte. La Parole faite chair est descendue jusqu’à la mort — et elle n’est pas revenue à vide. Elle a accompli sa mission : vaincre la mort, faire germer la vie là où rien ne pouvait plus pousser.
Je reste un moment devant cette source. Je laisse l’eau toucher mes lèvres. Seigneur, que ta Parole, cette nuit, accomplisse en moi ce que tu désires.
📖 cantique — Is 12, 2, 4bcd, 5-6 ↗
Lire le texte — Is 12, 2, 4bcd, 5-6
Voici le Dieu qui me sauve : j’ai confiance, je n’ai plus de crainte. Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut. Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom, annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! Redites-le : « Sublime est son nom ! » Jouez pour le Seigneur, il montre sa magnificence, et toute la terre le sait. Jubilez, criez de joie, habitants de Sion, car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !
📖 lecture_6 — Ba 3, 9-15.32 – 4, 4 ↗
Lire le texte — Ba 3, 9-15.32 – 4, 4
Écoute, Israël, les commandements de vie, prête l’oreille pour acquérir la connaissance. Pourquoi donc, Israël, pourquoi es-tu exilé chez tes ennemis, vieillissant sur une terre étrangère, souillé par le contact des cadavres, inscrit parmi les habitants du séjour des morts ? – Parce que tu as abandonné la Source de la Sagesse ! Si tu avais suivi les chemins de Dieu, tu vivrais dans la paix pour toujours. Apprends où se trouvent et la connaissance, et la force, et l’intelligence ; pour savoir en même temps où se trouvent de longues années de vie, la lumière des yeux et la paix. Mais qui donc a découvert la demeure de la Sagesse, qui a pénétré jusqu’à ses trésors ? Celui qui sait tout en connaît le chemin, il l’a découvert par son intelligence. Il a pour toujours aménagé la terre, et l’a peuplée de troupeaux. Il lance la lumière, et elle prend sa course ; il la rappelle, et elle obéit en tremblant. Les étoiles brillent, joyeuses, à leur poste de veille ; il les appelle, et elles répondent : « Nous voici ! » Elles brillent avec joie pour celui qui les a faites. C’est lui qui est notre Dieu : aucun autre ne lui est comparable. Il a découvert les chemins du savoir, et il les a confiés à Jacob, son serviteur, à Israël, son bien-aimé. Ainsi, la Sagesse est apparue sur la terre, elle a vécu parmi les hommes. Elle est le livre des préceptes de Dieu, la Loi qui demeure éternellement : tous ceux qui l’observent vivront, ceux qui l’abandonnent mourront. Reviens, Jacob, saisis-la de nouveau ; à sa lumière, marche vers la splendeur : ne laisse pas ta gloire à un autre, tes privilèges à un peuple étranger. Heureux sommes-nous, Israël ! Car ce qui plaît à Dieu, nous le connaissons. – Parole du Seigneur.
🎙️ La sagesse est apparue sur la terre (J220 · soir)
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Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
Le Thème Des Deux Voies
Certains pensent que ce texte est une homélie prononcée à l’occasion d’une célébration pénitentielle. C’est un auditoire, en tout cas, qui traverse une période d’éloignement, de détresse. Il se sent exilé en quelque sorte. On en a la preuve dans ces versets : « Pourquoi, donc, Israël, pourquoi es-tu exilé chez tes ennemis, vieillissant sur une terre étrangère ? »
La réponse, on la connaît d’avance, elle est celle de tous les prophètes : on pourrait la résumer en quelques mots : tu récoltes ce que tu as semé, tu t’es coupé toi-même de la source de la vie et du bonheur. À partir du moment où tu as cessé d’être fidèle à l’Alliance, tu as été l’artisan de ton propre malheur.
Le Livre du Deutéronome, les psaumes, les prophètes développent souvent ce thème qu’on appelle des « deux voies » : il y a deux manières de vivre, la bonne et la mauvaise, le bon chemin et le mauvais ; « se convertir », littéralement, c’est faire demi-tour quand on découvre qu’on a pris le mauvais chemin.
Écoute, Israël
« Écoute, Israël » : vous avez reconnu : ce sont les deux premiers mots de notre texte d’aujourd’hui ; ce sont également les mots de la profession de foi juive ; à eux seuls, ils remettent en mémoire toute la méditation du livre du Deutéronome.
La conviction des prophètes, de Baruc et de tous les autres, est double : d’une part, Dieu seul connaît le secret du bonheur de l’homme, sa créature. Ce qui est normal, après tout, puisqu’il nous a créés. D’autre part, ce secret, qu’il appelle la Sagesse et que Dieu seul détient, il l’a révélé à son peuple choisi, son Serviteur, son Bien-Aimé : « Il a découvert les chemins du savoir et il les a confiés à Jacob, son serviteur, à Israël, son bien-aimé ».
Ce texte de Baruc a dessiné en quelque sorte la fresque du projet de Dieu : il évoque la Création puis le don de la Loi par Dieu à son peuple comme un chemin de vie et de liberté ; il dit aussi les fausses routes et les malheurs du peuple quand il oublie la Loi ; dans la nuit pascale, l’évangile de la résurrection achèvera la fresque : en Jésus-Christ, c’est l’humanité tout entière qui entre dans la vie.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Ce passage de Baruch médite sur l’exil comme conséquence de l’abandon de la Sagesse. La question « qui a découvert la demeure de la Sagesse ? » (3,15) reçoit une réponse stupéfiante : Dieu lui-même en a confié le chemin à Israël sous forme de Loi (4,1). Mais la tradition patristique lit ce texte christologiquement : « la Sagesse est apparue sur la terre, elle a vécu parmi les hommes » (3,38) est interprétée comme une prophétie de l’Incarnation. Origène (De Principiis, I,2) identifie cette Sagesse au Fils éternel, Verbe fait chair. Saint Irénée de Lyon (Adversus Haereses, IV,20) voit dans la révélation de la Sagesse à Israël une pédagogie divine préparant la pleine révélation en Christ. À la Vigile pascale, ce texte éclaire la résurrection comme triomphe définitif de la divine Sagesse sur la mort et le péché — la vraie « splendeur » (4,2) vers laquelle marchent les baptisés. L’exhortation finale « Reviens, Jacob, saisis-la de nouveau » résonne comme l’appel à la conversion qui précède le baptême : c’est en saisissant le Christ-Sagesse que le catéchumène « vivra » (4,1), passant de l’exil du péché à la patrie de la grâce.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Reconnaître en Jésus ressuscité la Sagesse de Dieu venue habiter parmi nous, et retrouver le chemin de la paix.
Composition de lieu : J’imagine un vieil exilé assis sur une pierre, loin de chez lui, dans une ville étrangère. Le bruit d’une langue qu’il ne comprend plus. Le soir tombe. Dans ses mains, un parchemin froissé — les mots de Baruch. Il lit à voix basse, les yeux humides. Je m’assieds près de lui.
Méditation : “Pourquoi es-tu en exil ?” La question me traverse. Combien de fois me suis-je éloigné de ma propre profondeur — de ce lieu en moi où Dieu habite — pour m’installer dans le bruit, dans l’agitation, dans des certitudes vides ? L’exil de Baruch, c’est aussi le mien : l’exil du cœur qui a abandonné la Source.
Mais la Sagesse n’est pas introuvable. Elle n’est pas cachée dans les étoiles ni enfouie dans des trésors inaccessibles. “Elle est apparue sur la terre, elle a vécu parmi les hommes.” Cette nuit, l’Église proclame ce que Baruch pressentait : la Sagesse a un visage, un nom, des mains percées. Elle est descendue jusqu’au séjour des morts — et elle en est ressortie vivante.
“Reviens, Jacob, saisis-la de nouveau.” Ce verbe — saisir — est un verbe d’amour, d’urgence tendre. Comme Marie de Magdala au matin de Pâques qui veut tenir le Ressuscité. Je laisse moi aussi cette invitation me toucher : revenir, saisir, marcher dans sa lumière.
Seigneur, apprends-moi à revenir.
🕊️ Psaume — Ps 18 (19), 8, 9, 10, 11 ↗
Lire le texte — Ps 18 (19), 8, 9, 10, 11
La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie ; la charte du Seigneur est sûre, qui rend sages les simples. Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur ; le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard. La crainte qu’il inspire est pure, elle est là pour toujours ; les décisions du Seigneur sont justes et vraiment équitables : plus désirables que l’or, qu’une masse d’or fin, plus savoureuses que le miel qui coule des rayons.
📖 lecture_7 — Ez 36, 16-17a.18-28 ↗
Lire le texte — Ez 36, 16-17a.18-28
La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d’homme, lorsque les gens d’Israël habitaient leur pays, ils le rendaient impur par leur conduite et leurs actes. Alors j’ai déversé sur eux ma fureur, à cause du sang qu’ils avaient versé dans le pays, à cause des idoles immondes qui l’avaient rendu impur. Je les ai dispersés parmi les nations, ils ont été disséminés dans les pays étrangers. Selon leur conduite et leurs actes, je les ai jugés. Dans les nations où ils sont allés, ils ont profané mon saint nom, car on disait : ‘C’est le peuple du Seigneur, et ils sont sortis de son pays !’ Mais j’ai voulu épargner mon saint nom, que les gens d’Israël avaient profané dans les nations où ils sont allés. Eh bien ! tu diras à la maison d’Israël : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Ce n’est pas pour vous que je vais agir, maison d’Israël, mais c’est pour mon saint nom que vous avez profané dans les nations où vous êtes allés. Je sanctifierai mon grand nom, profané parmi les nations, mon nom que vous avez profané au milieu d’elles. Alors les nations sauront que Je suis le Seigneur – oracle du Seigneur Dieu – quand par vous je manifesterai ma sainteté à leurs yeux. Je vous prendrai du milieu des nations, je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre. Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères : vous, vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu. – Parole du Seigneur.
🎙️ Un cœur nouveau, un esprit nouveau (J212 · matin)
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Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Le prophète Ezéchiel a prêché durant l’exil des déportés du royaume de Juda à Babylone, à une période des plus dramatiques de l’histoire d’Israël. Emmené en exil avec les premiers déportés de 598, donc avant la ruine de Jérusalem et le second départ en exil un peu plus de 10 ans plus tard, il y a prêché des années 593 à environ 571.
Son livre se développe en trois grandes parties : - des oracles de jugement (1, 1 - 24, 27), - des oracles contre les nations étrangères (25, 1 - 32, 32), des oracles de restauration (33, 1 - 48, 35), parmi lesquels les derniers chapitres (40, 1 - 48, 35) concernent le nouveau Temple et le nouveau Culte à Jérusalem.
Ezéchiel est connu pour la puissance de ses visions, particulièrement celle de son appel prophétique, également par ses mimes prophétiques, autant que par son insistance sur la fidélité à l’Alliance conclue avec Dieu, son sens de la grandeur, de la sainteté et de la fidélité de Yahvé-Dieu, et des exigences de la vie morale et de l’exercice du culte authentique à rendre à Dieu.
Message
Malgré toutes les infidélités d’Israël, Yahvé-Dieu annonce un renouvellement solennel de son Alliance avec son peuple, selon la grande formule : “Vous serez mon peuple, et moi, votre Dieu”.
Il est déjà clair, d’après le ton de ce message, et tous les verbes au futur qui l’énoncent, que cette Alliance va demeurer de façon définitive, et ne sera plus rompue.
Et pour qu’il en soit bien ainsi, Yahvé-Dieu va intervenir “autrement”, et selon un grande nouveauté : non seulement il va ramener son peuple sur sa terre, mais il va en purifier tous les membres, et leur donner un coeur nouveau, pour remplacer leur coeur de pierre ou de péché, ainsi qu’un esprit nouveau.
En cela sera manifestée la sainteté de Dieu face à toutes les nations.
Decouvertes
Cet oracle est d’abord un message de révélation sur Dieu lui-même, qui, en agissant ainsi, manifeste sa sainteté. L’ensemble auquel appartient notre page (36, 16 - 38) peut s’intituler : “Restauration de l’honneur de Yahvé-Dieu”, dont le Nom avait été profané.
Cette restauration de l’honneur de Dieu, face à toutes les nations, suppose donc beaucoup plus qu’un simple rapatriement des Israélites sur leur terre.
En effet, le fait que Yahvé ait permis la déportation du peuple, la ruine du Temple et de la Ville Sainte, peut donner aux païens l’impression que Dieu était incapable de protéger son peuple et son culte.
D’où les “grands moyens” qu’annonce le Seigneur : il rend désormais son peuple incapable de souiller son Nom à l’avenir, en le purifiant dans le don d’un coeur nouveau, acquis définitivement à Dieu.
Prolongement
Cette page est très semblable à l’oracle de Jérémie 31, 31 - 34, et est facilement relue par nous, les chrétiens, comme une annonce très proche de ce que réalisera Jésus dans sa mission, sa mort et sa résurrection.
Le don de l’Esprit Saint par Jésus ressuscité en est pour nous l’accomplissement absolu :
21 Il leur dit alors, de nouveau : ” Paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. ”
22 Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit : ” Recevez l’Esprit Saint.
23 Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. ”
6 Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père !
7 Aussi n’es-tu plus esclave mais fils ; fils, et donc héritier de par Dieu.
3 C’est pourquoi, je vous le déclare : personne, parlant avec l’Esprit de Dieu, ne dit : ” Anathème à Jésus ”, et nul ne peut dire : ” Jésus est Seigneur ”, s’il n’est avec l’Esprit Saint.
5 Et l’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné.
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent.
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir.
14 Lui me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous le dévoilera.
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous le dévoilera.
🙏 Seigneur Jésus, lorsque Paul, ton apôtre, déclare que ce n’est plus lui qui vit, mais toi qui vis en lui, il rend compte de l’intériorité de ta présence, avec le Père, en nous, par ton Esprit Saint, sans lequel nous ne pouvons ni te reconnaître, ni découvrir que Dieu est notre Père, ni aimer nos frères et nos sœurs en vérité : rends-moi docile à cette force transformante que tu nous as transmise, lors de ton “heure” de passage au Père, de façon à ce que les fruits de bienveillance, d’ouverture, de miséricorde, et de vérité, qui le révèlent, se manifestent vraiment à travers tous mes comportements. AMEN.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Cette oracle d’Ézéchiel, prononcée durant l’exil, révèle un renversement théologique majeur : Dieu agira non pas à cause de la fidélité d’Israël — qui a profané son nom — mais pour sanctifier son propre nom parmi les nations. La gratuité absolue du salut est ici saisissante. La double promesse — « je répandrai sur vous une eau pure » et « je vous donnerai un cœur nouveau » — constitue l’un des textes les plus explicitement baptismaux de tout l’Ancien Testament. L’eau purificatrice préfigure les eaux du baptême ; le « cœur de chair » remplaçant le « cœur de pierre » désigne la transformation intérieure opérée par l’Esprit Saint. Saint Cyrille de Jérusalem (Catéchèses mystagogiques, III) cite ce passage pour expliquer aux néophytes l’action de l’Esprit dans le baptême : c’est Lui qui « fait marcher selon les lois de Dieu ». Tertullien (De Baptismo, V) reconnaît dans l’« eau pure » la figure du bain baptismal qui sanctifie. À la Vigile pascale, cette lecture annonce directement la liturgie baptismale qui va suivre : les catéchumènes vont recevoir l’eau, l’Esprit, un cœur nouveau — non par leurs mérites, mais par la seule fidélité de Dieu à son alliance éternelle.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Accueillir le don d’un cœur nouveau — laisser Dieu ôter en moi ce qui est pierre et y poser de la chair vivante.
Composition de lieu : Une salle de bain rituelle, un baptistère de pierre. L’eau y est pure, immobile. Des cierges projettent des ombres dansantes sur les murs. Cette nuit, des adultes vont descendre dans cette eau. Je les vois, debout, tremblants, les yeux fermés. L’eau coule sur leur tête. Quelque chose meurt. Quelque chose naît.
Méditation : Le texte d’Ézéchiel est d’une franchise bouleversante : “Ce n’est pas pour vous que j’agis.” Dieu ne restaure pas Israël parce qu’Israël le mérite. Il agit pour la gloire de son Nom — c’est-à-dire pour révéler qui il est : un Dieu qui ne se lasse pas, qui rassemble ce qu’il a dispersé, qui purifie ce qui est souillé.
“Je vous donnerai un cœur nouveau.” Non pas : je vous demanderai de changer de cœur. Non pas : faites des efforts. Il donne. Il ôte. Il pose. C’est le verbe de la grâce : unilatéral, inattendu, gratuit.
Ce soir, dans le baptistère, c’est exactement cela qui se passe. L’eau tombe — eau pure, eau pascale — et avec elle, quelque chose se dépose dans la chair de ces hommes et femmes : l’Esprit de Dieu. Non plus un cœur de pierre qui résiste, calcifié par la peur, la fatigue, le péché. Mais un cœur de chair — vulnérable, vivant, capable d’être touché.
Je pose ma main sur ma poitrine. Seigneur, là où je suis encore pierre, fais de moi de la chair. Là où je suis mort, fais jaillir la vie.
🕊️ Psaume — Ps 41 (42), 3, 5efgh ; 42 (43), 3, 4 ↗
Lire le texte — Ps 41 (42), 3, 5efgh ; 42 (43), 3, 4
(S’il n’y a pas de baptême) Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant ; quand pourrai-je m’avancer, paraître face à Dieu ? Je conduisais vers la maison de mon Dieu la multitude en fête, parmi les cris de joie et les actions de grâce. Envoie ta lumière et ta vérité : qu’elles guident mes pas et me conduisent à ta montagne sainte, jusqu’en ta demeure. J’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu, vers Dieu qui est toute ma joie ; je te rendrai grâce avec ma harpe, Dieu, mon Dieu. OU BIEN
🕊️ Psaume — Ps 50 (51), 12-13, 14-15, 18-19 ↗
Lire le texte — Ps 50 (51), 12-13, 14-15, 18-19
(Lorsqu’il y a baptême) Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint. Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne. Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront les égarés. Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.
📖 epitre — Rm 6, 3b-11 ↗
Lire le texte — Rm 6, 3b-11
Frères, nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. Car, si nous avons été unis à lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection qui ressemblera à la sienne. Nous le savons : l’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui pour que le corps du péché soit réduit à rien, et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché. Car celui qui est mort est affranchi du péché. Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Car lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ. – Parole du Seigneur.
🎙️ De la mort à la vie : libres en Christ (J336 · matin)
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Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
L’Histoire D’Une Belle Amitié Humaine
Cela se passe donc à Sunam, qui est un petit village du royaume du Nord ; Élisée est au début de sa carrière, vers 850 av. J.-C. Et il va s’instaurer entre l’homme de Dieu, Élisée, et cette famille, une relation forte et durable d’amitié. Évidemment, on peut se demander pourquoi les auteurs bibliques s’intéressent de si près à l’histoire d’une famille de Sunam ; ce n’est certainement pas uniquement pour l’anecdote. Aucun livre de la Bible n’est écrit dans le seul but de nous donner des connaissances historiques ! Les auteurs ont toujours un but théologique qui est de nous faire connaître et vivre la proposition d’Alliance de Dieu.
Et ce qui intéresse l’auteur du livre des Rois, ici, c’est qu’il voit dans la longue Alliance entre le prophète Élisée et la famille de Sunam une image de l’Alliance entre Dieu et le peuple d’Israël ; mais commençons par lire l’histoire de cette famille de Sunam et de son amitié avec le prophète Élisée.
Elle se déroule en quatre actes ; ce dimanche, nous lisons seulement le premier épisode. Le premier acte, c’est donc la promesse d’un enfant pour une femme stérile ; à vues humaines, il n’y avait certainement plus d’espoir de grossesse pour cette femme puisqu’elle ne prend pas la promesse au sérieux ; elle semble même reprocher au prophète de remuer le couteau dans la plaie en la berçant d’illusions ; nous avons entendu la promesse d’Élisée : « (L’an prochain), à cette même époque, tu tiendras un fils dans tes bras »… mais nous n’avons pas entendu la réponse de la Sunamite, la voici : » Non, mon seigneur, homme de Dieu, ne dis pas de mensonge à ta servante ». Ce qui prouve que, même si elle considère Élisée comme un homme de Dieu, elle n’est pas crédule pour autant.
Sa réaction fait irrésistiblement penser, bien sûr, à celle de Sara, la femme d’Abraham, au chêne de Mambré. Elle aussi stérile, recevant, elle aussi, une promesse de naissance, avait trouvé cette affirmation si saugrenue, vu son âge, qu’elle s’était mise à rire… Et son fils, Isaac, s’appelle justement « l’enfant du rire ». Notre Sunamite ne rit pas, mais elle ne prend pas plus au sérieux la promesse d’Élisée ; et elle lui rappelle gentiment que lui, homme de Dieu, ne peut pas se permettre de mentir… Mais l’année suivante, le bébé était là.
Deuxième acte, quelques années passent, l’enfant grandit, mais un jour qu’il a accompagné son père aux champs pour la moisson, il est pris d’un violent mal de tête, peut-être une insolation, et quelques heures après, il meurt sur les genoux de sa maman. Elle ne perd pas la tête, elle dépose l’enfant sur le lit dans la chambre du prophète, là-haut sur la terrasse, et elle court le chercher dans sa maison. Elle ne prévient même pas son mari : inutile de l’affoler puisque, de toute manière, d’ici peu, l’enfant sera debout ! On a envie de dire « C’est beau la foi »… Elle se précipite donc chez Élisée ; et la première chose qu’elle lui dit, c’est : « Quand tu m’as promis cet enfant, je ne t’avais rien demandé, à tel point, rappelle-toi, que je ne pouvais pas y croire ; et je t’avais dit « Non, mon seigneur, homme de Dieu, ne dis pas de mensonge à ta servante ». Sous-entendu, « Tu ne m’as pas donné cet enfant, que je ne te demandais pas, pour me le reprendre ! »… Et vous connaissez la suite, Élisée ressuscite l’enfant (2 R 4,18-37).
Troisième acte, quelques années passent encore, et fidèle à cette amitié, Élisée va sauver, une fois de plus, la famille de la Sunamite ; il la prévient de la famine imminente :
« Élisée parla à la femme dont il avait fait revivre le fils et dit : ‘Lève-toi, pars, toi et ta famille, séjourne où tu pourras, car le SEIGNEUR a appelé la famine et même elle vient sur le pays pour sept ans ». (2 R 8,1). Et la suite nous apprend qu’elle écoute le conseil et s’exile pour sept ans au pays des Philistins.
Seulement voilà « qui va à la chasse perd sa place » ; quand la petite famille revient, ses biens, qui n’étaient pas minces, puisqu’on disait qu’elle était riche, sa maison et son champ ont été réquisitionnés par les officiers du roi (c’était la règle, d’ailleurs). C’est encore l’intervention d’Élisée qui la fait rentrer en possession de sa terre, et c’est le quatrième acte*.*
Image De La Longue Alliance Entre Dieu Et Son Peuple
Voici donc l’histoire d’Élisée et de la famille sunamite. Mais quelle leçon l’auteur biblique en tire-t-il à notre profit ? Je vous l’ai dit, il considère cette histoire comme symbolique de l’Alliance entre Dieu et son peuple, Israël ; le prophète étant l’image de Dieu. On peut relever au moins cinq traits : d’abord, la durée de cette histoire dit la fidélité de Dieu que même l’incrédulité ne rebute pas. Ensuite, la sollicitude sans faille de l’homme de Dieu pour son hôtesse dit la sollicitude constante de Dieu pour son peuple. Et cette sollicitude va jusqu’à vouloir habiter au milieu de son peuple, comme Élisée accepte de s’installer dans la chambre sur la terrasse ; (rappelez-vous toute l’histoire de la construction du Temple de Salomon : Dieu habite au milieu de son peuple). Plus tard, ce souci d’Élisée de redonner à la femme ses biens évoquent la promesse de Dieu de redonner à Israël sa terre ; or, vous savez qu’on pense généralement que le livre des Rois date de la période de l’Exil à Babylone : un moment où il est essentiel de relire l’histoire et de s’appuyer sur les promesses de Dieu. Enfin, la promesse de la naissance et la résurrection de l’enfant sont le signe que Dieu est le Dieu de la vie.
Quant à la femme, son attitude nous est donnée en modèle ; un modèle finalement bien simple à suivre : « accueillir le prophète en sa qualité de prophète », comme dira plus tard Jésus (Mt 10,41, notre évangile de ce dimanche) et faire une confiance si totale qu’on ose parler du fond de son cœur, y compris pour dire ses besoins et sa révolte. Heureuse la femme de Sunam qui a su reconnaître en Élisée un « saint homme de Dieu » ; mais au fait, nous savons désormais que Dieu habite le cœur de tout homme ; à nous de savoir l’y reconnaître et d’accueillir tout homme en conséquence.
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
La Lettre aux Romains est la plus longue, la plus importante et la mieux structurée des lettres de Paul.
Son interprétation a été décisive dans les grands moments de crise de l’Eglise, surtout au 5ème siècle (face à l’hérésie du moine Pélage : l’homme gagne son salut par son effort personnel), et au 16ème siècle (Luther et Calvin se séparent de Rome).
C’est à partir de leur relecture de la Lettre aux Romains que les Réformés et les Luthériens du 16ème siècle ont formulé leurs thèses sur le salut de Dieu par la grâce acceptée dans la foi.
Cette lettre a été écrite par Paul lui-même (en la dictant à un secrétaire-écrivain) au printemps de 57 ou de 58, et probablement depuis Corinthe. On n’a jamais mis en doute son authenticité.
Paul estime avoir terminé son oeuvre apostolique en Orient. Il forme donc le projet de passer par Rome pour aller en Espagne (15, 19 - 31).Il envoie donc d’avance aux chrétiens de Rome ce qui représente le coeur de sa prédication et de son Evangile.
En effet, cette Lettre aborde en profondeur les points les plus centraux du message chrétien : la puissance du salut de Dieu, présenté comme une grâce à recevoir dans la foi, pour en être transformé. C’est une vie avec le Christ ressuscité, mais marquée par l’événement suprême du dessein de salut de Dieu que constituent enemble la prédication, le témoignage, la mort et la résurrection de Jésus. L’Esprit Saint que nous avons reçu insère en nous toute la richesse de vie et de nouveauté, qui est le fruit de cet événement unique.
Cet enseignement à la fois général, et sans doute adapté à des circonstances particulières de l’Eglise de Rome, se réalise en deux parties : - l’une doctrinale (1 - 11), - l’autre exhortative, pour encourager à une manière de vivre avec et selon le Christ, et qui traite de différents aspects de notre existence humaine (12 - 16).
La partie proprement doctrinale de la Lettre de Paul aux Romains (1, 16 - 11, 36), qui commence dès la fin des présentations (1, 1 - 15), est toute entière consacrée à la Bonne Nouvelle ou l’Evangile de Dieu qui nous vient de notre Seigneur Jésus le Christ, et elle se développe en trois thèmes : - La justice de Dieu nous est révélée par l’Evangile comme force de justice pour qui l’accueille avec foi (1, 16 - 4, 25), - L’amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (5, 1 - 8, 39), - Cette réalisation du salut de Dieu n’est pas en contradiction avec la promesse de Dieu faite jadis à Israël (9, 1 - 11, 36)
A côté de cette répartition de cette Lettre en deux parties, comme il vient d’être indiqué, on peut tout aussi bien n’y voir, d’un bout à l’autre que le développement, en trois temps successifs, d’une seule idée force très prégnante : - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière selon laquelle Dieu traite les Juifs et les paiens (1 - 8), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière dont Dieu traite le peuple d’Israël (9 - 11), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la vie de ceux qui croient au Christ. (12 - 15).
Selon le premier découpage de cette Lettre, que nous continuons de suivre, Paul développe ensuite une 2ème série d’arguments autour d’un 2ème thème : L’amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (5, 1 - 8, 39).
Ce thème est successivement : annoncé (le chrétien, justifié par la foi, réconcilié à Dieu, sera sauvé : 5, 1 - 11), puis expliqué (la vie chrétienne apporte une triple libération : du péché et de la mort, en 5, 12 - 21, de l’homme lui-même, désormais uni au Christ, en 6, 1 - 23, de la Loi, en 7, 1 - 25), enfin développé (la vie chrétienne est vie dans l’Esprit, destinée à la gloire, selon la force de l’Esprit qui fait de nous des enfants de Dieu, dont nous devons chanter l’amour indéfectible : 8, 1 - 39).
Notre passage se situe au niveau de la 2ème des 3 libérations mentionnées ci-dessus (5, 12 - 7, 25) : la libération de soi-même dans l’union au Christ Vivant (6, 1 -23), qui fait suite à !a libération du péché et de la mort (5, 12 - 21), et qui précède la libération de la Loi (7, 1 - 25).
Message
Comme le chrétien a reçu une nouvelle vie dans le Christ (5, 12 - 21), c’est le Christ qui désormais tient la première place dans son existence, et non plus le péché et la mort.
Cette nouvelle vie, cependant, change radicalement l’existence et l’être de celui ou de celle qui, par son baptême, a été associé à la mort-résurrection du Christ et a reçu, de ce fait, une nouvelle identité.
Ainsi, morts au péché, comme des vivants revenus de la mort, nous ne sommes plus sujets que de la grâce de Dieu, attachés à Dieu comme un esclave l’est à son Maître.
En ce sens, Paul peut dire que, libérés du péché, nous sommes devenus “esclaves de la justice”.
Decouvertes
Au verset 12 : Bien que, par le baptême dans la mort-résurrection du Christ, le chrétien soit libéré du péché, cette libération n’est pas encore définitive et il y a risque de rechute, D’où l’exhortation de Paul aux versets 12 - 13 - 14.
Au verset 13, Paul emploie un vocabulaire militaire lorsqu’iI parle des armes de l’mjustice.
Au verset 16 : I’image de “l’esclave” est à interpréter au sens d’attachement à un maître au service duquel l’on se met.
A travers tout ce texte, Paul nous signale que nous avons changé de maître : libérés du péché, de la mort et de la Loi, nous sommes attachés à Dieu par le Christ, ainsi qu’à la justice que Dieu nous transmet si nous l’accueillons dans l’obéissance de la foi à l’Evangile du salut.
Prolongement
Pour aller jusqu’au hout de la compréhension de notre page, il faut lire le chapitre 6 tout entier
En écho à notre page ainsi située, relisons la reprise que nous en donne, sous forme de résumé, la Lettre aux Ephésiens, 2, 4 - 10, Et que cela nous conduise à l’action de grâces !
4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés,
5 alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ - c’est par grâce que vous êtes sauvés ! -
6 avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.
7 Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus,
8 Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi, Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu;
9 il ne vient pas des oeuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier.
10 Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes oeuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions,
🙏 Seigneur Jésus, de même que tu nous as déclare que tu ne faisais “qu’un” avec le Père, accomplissant en tous temps sa volonté, attache-moi sans cesse davantage à toi, de façon à ce que rien ne puisse jamais m’éloigner de ta présence vivante dans ton Esprit Saint, avec la force duquel tu nous proposes de nous conduire au Père. AMEN.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Ce passage est le sommet de la théologie baptismale paulinienne. Paul déploie le mystère du baptême comme participation réelle à la mort et à la résurrection du Christ : le verbe grec συνθάπτω (« être mis au tombeau avec ») exprime une véritable co-sépulture, non une simple imitation symbolique. Le baptême par immersion, pratiqué dans l’Église ancienne, rendait visible cette plongée dans la mort du Christ et cette émergence vers la vie nouvelle. L’« homme ancien » crucifié désigne le moi dominé par le péché ; le but est que nous menions une « vie nouvelle » (v. 4) — expression qui, à la Vigile, désigne à la fois la résurrection du Christ et l’existence sacramentelle des baptisés. Saint Jean Chrysostome (Homélie sur Rm, X) commente : « La mort du Christ est devenue notre mort, et sa résurrection notre résurrection. » Saint Augustin (De Baptismo, I) insiste sur le fait que ce n’est pas l’eau qui sauve, mais la grâce du Christ mort et ressuscité à laquelle l’eau nous unit. La conclusion — « vivants pour Dieu en Jésus Christ » — définit l’existence chrétienne entière comme participation permanente au mystère pascal, que la Vigile célèbre dans toute son intensité sacramentelle.
🔥 Contempler
Grâce à demander Seigneur, donne-moi de sentir en profondeur que je suis mort avec toi et que ta vie nouvelle pulse déjà en moi.
Composition de lieu Je me tiens au bord d’une eau vive, dans la nuit encore sombre de la Vigile. La flamme du cierge pascal se reflète sur l’eau qui tremble doucement. Je sens le froid de l’eau baptismale sur ma peau, l’odeur du chrême. Autour de moi, d’autres baptisés sortent de l’eau, le visage transformé.
Méditation Paul ne parle pas d’un souvenir — il parle d’une réalité qui me porte maintenant. Par le baptême, je suis entré dans la mort du Christ, non pour y demeurer, mais pour en ressortir autrement. L’homme ancien — celui qui s’agrippe au péché, qui tourne autour de lui-même — a été cloué avec Jésus sur la croix. Il n’a plus le dernier mot.
Je m’arrête sur cette phrase : la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Et donc sur moi. Ce n’est pas un vœu pieux, c’est un fait accompli dans la chair du Christ ressuscité. Ma liberté est déjà gagnée. Ce qui reste, c’est de m’en souvenir — de « penser » que je suis mort au péché, comme dit Paul. Non par effort de volonté, mais par foi lucide.
Je demande la grâce de vivre ce jour pour Dieu, non par obligation, mais parce que c’est désormais ma demeure.
🕊️ Psaume — Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23 ↗
Lire le texte — Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23
Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour ! Oui, que le dise Israël : Éternel est son amour ! Le bras du Seigneur se lève, le bras du Seigneur est fort ! Non, je ne mourrai pas, je vivrai, pour annoncer les actions du Seigneur. La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.
✝️ Évangile — Mt 28, 1-10 ↗
Lire le texte — Mt 28, 1-10
Après le sabbat, à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent pour regarder le sépulcre. Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ; l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. Il avait l’aspect de l’éclair, et son vêtement était blanc comme neige. Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent, se mirent à trembler et devinrent comme morts. L’ange prit la parole et dit aux femmes : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Puis, vite, allez dire à ses disciples : ‘Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; là, vous le verrez.’ Voilà ce que j’avais à vous dire. » Vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui. Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » – Acclamons la Parole de Dieu.
🎙️ La victoire de la vie sur la mort (J89 · soir)
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Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
Le Tombeau Vide
Jean note qu’il faisait encore sombre : la lumière de la Résurrection a troué la nuit ; on pense évidemment au Prologue du même évangile de Jean : « La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée (littéralement ‘saisie’) » au double sens du mot « saisir », qui signifie à la fois « comprendre » et « arrêter » ; les ténèbres n’ont pas compris la lumière, parce que, comme dit Jésus également chez saint Jean « le monde ne peut recevoir l’Esprit de vérité » (Jn 14,17) ; ou encore : « la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière » (Jn 3,19) ; mais, malgré tout, les ténèbres ne pourront pas l’arrêter, au sens de l’empêcher de briller ; c’est toujours saint Jean qui nous rapporte la phrase qui dit la victoire du Christ : « Moi, je suis vainqueur du monde ! » (Jn 16,33).
Donc, « alors que ce sont encore les ténèbres », Marie de Magdala voit que la pierre a été enlevée du tombeau ; elle court trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, (on suppose qu’il s’agit de Jean lui-même) et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Évidemment, les deux disciples se précipitent ; vous avez remarqué la déférence de Jean à l’égard de Pierre ; Jean court plus vite, il est plus jeune, probablement, mais il laisse Pierre entrer le premier dans le tombeau.
« Pierre entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. » Leur découverte se résume à cela : le tombeau vide et les linges restés sur place ; mais quand Jean entre à son tour, le texte dit : « C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit et il crut. » Pour saint Jean, ces linges sont des pièces à conviction : ils prouvent la Résurrection ; au moment même de l’exécution du Christ, et encore bien longtemps après, les adversaires des chrétiens ont répandu le bruit que les disciples de Jésus avaient tout simplement subtilisé son corps. Saint Jean répond : ‘Si on avait pris le corps, on aurait pris les linges aussi ! Et s’il était encore mort, s’il s’agissait d’un cadavre, on n’aurait évidemment pas enlevé les linges qui le recouvraient.’
Ces linges sont la preuve que Jésus est désormais libéré de la mort : ces deux linges qui l’enserraient symbolisaient la passivité de la mort. Devant ces deux linges abandonnés, désormais inutiles, Jean vit et il crut ; il a tout de suite compris. Quand Lazare avait été ramené à la vie par Jésus, quelques jours auparavant, il était sorti lié ; son corps était encore prisonnier des chaînes du monde : il n’était pas un corps ressuscité ; Jésus, lui, sort délié : pleinement libéré ; son corps ressuscité ne connaît plus d’entrave.
La dernière phrase est un peu étonnante : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »
Croire Pour Entrer Dans L’Intelligence Des Écritures
Jean a déjà noté à plusieurs reprises dans son évangile qu’il a fallu attendre la Résurrection pour que les disciples comprennent le mystère du Christ, ses paroles et son comportement. Au moment de la Purification du Temple, lorsque Jésus avait fait un véritable scandale en chassant les vendeurs d’animaux et les changeurs, l’évangile de Jean dit : « Quand il (Jésus) se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite. » (Jn 2,22). Même chose lors de son entrée triomphale à Jérusalem, Jean note : « Cela, ses disciples ne le comprirent pas sur le moment ; mais, quand Jésus fut glorifié, ils se rappelèrent que l’Écriture disait cela de lui : c’était bien ce qu’on lui avait fait. » (Jn 12,16).
Mais soyons francs : vous ne trouverez nulle part dans toute l’Écriture une phrase pour dire que le Messie ressuscitera. Au bord du tombeau vide, Pierre et Jean ne viennent donc pas d’avoir une illumination comme si une phrase précise, mais oubliée, de l’Écriture revenait tout d’un coup à leur mémoire ; mais, d’un trait, c’est l’ensemble du plan de Dieu qui leur est apparu ; comme dit saint Luc à propos des disciples d’Emmaüs, leurs esprits se sont ouverts à « l’intelligence des Écritures ».
« Il vit et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts… » C’est parce que Jean a cru que l’Écriture s’est éclairée pour lui : jusqu’ici combien de choses de l’Écriture lui étaient demeurées obscures ; mais parce que, tout d’un coup, il donne sa foi, sans hésiter, alors tout devient clair : il relit l’Écriture autrement et elle lui devient lumineuse. L’expression « il fallait » dit cette évidence. Comme disait saint Anselme, il ne faut pas comprendre pour croire, il faut croire pour comprendre.
À notre tour, nous n’aurons jamais d’autre preuve de la Résurrection du Christ que ce tombeau vide… Dans les jours qui suivent, il y a eu les apparitions du Ressuscité. Mais aucune de ces preuves n’est vraiment contraignante… Notre foi devra toujours se donner sans autre preuve que le témoignage des communautés chrétiennes qui l’ont maintenue jusqu’à nous. Mais si nous n’avons pas de preuves, nous pouvons vérifier les effets de la Résurrection : la transformation profonde des êtres et des communautés qui se laissent habiter par l’Esprit, comme dit Paul, est la plus belle preuve que Jésus est bien vivant !
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Notre page se situe dans la toute dernière partie de cet Evangile, la 11ème, (26, 1 - 28, 20), et dans sa 2ème section, qui traite de la résurrection du Christ (28, 1 - 20) : Matthieu nous y fait, en quelque sorte, assister aux signes extérieurs qui ont accompagné la résurrection de Jésus (28, 1 - 10), puis au rapport des gardes du tombeau (28, 11 - 15), et, pour terminer, au solennel envoi des disciples en mission jusqu’aux ultimes confins de la terre (28, 16 - 20).
Message
Il est difficile de lire ces versets indépendamment des versets 1 à 7 qui les précèdent dans ce chapitre, et forment un tout avec eux.
Les femmes au tombeau en ce matin du 1er jour de la semaine sont celles-là mêmes qui avaient été présentes à la mort de Jésus sur sa croix (27, 55. 61). Après avoir observé le sabbat, eles reviennent visiter le tombeau de Jésus. et deviennent, de ce fait, témoins, à la fois, de la mort et de la résurrrection de Jésus. Et si, comme cela se faisait à l’époque, elles sont peut-être d’abord venues, après 3 jours, pour vérifier que Jésus était bien mort, et sans s’être chargées d’aromates pour traiter son corps, puisque le tombeau était scellé et gardé, c’est une toute autre confirmation qu’elles obtiennent à son sujet, à savoir qu’il est vivant, d’une toute autre et toute nouvelle vie. Ce n’est plus donc Jésus, qui est mort, mais plutôt les gardes qui sont figés et terrassés comme dans une attitude de morts.
Nous voyons maintenant Jésus ressuscité, qui rencontre ces femmes, alors que, tremblantes et joyeuses, elles s’en vont annoncer aux disciples le message qu’elles reçu de l’Ange au tombeau, à savoir que Jésus est ressuscité et qu’il les précède en Galilée, où ils le verront. Et Jésus de leur répéter exactement ce message même de l’Ange du tombeau. Cette 1ère apparition de Jésus ressuscité à celles qu l’ont suivi jusqu’à l’heure de sa mort est orientée vers la grande et unique apparition de Jésus aux apôtres et disciples, dans le grand final de l’Evangile, où Jésus les enverra en mission jusqu’aux extrémités de la terre.
A noter que, comme dans les trois autres Evangiles, ce sont ces femmes qui sont les 1ers témoins de la résurrection, chargées d’annoncer aux disciples de Jésus, qui l’avaient tous abandonné, que Jésus est bien vivant et ressuscité.
A l’inverse, les gardes placés auprès du tombeau (27, 62 - 66), et témoins des mêmes signes bouleversants que ces femmes, lorsque l’Ange de Dieu est descendu rouler la pierre du tombeau et en faisant trembler la terre, s’en vont rendre compte de ces événements aux autorités Juives, qui ne contestent pas le fait du tombeau vide, mais essayent de répandre l’idée que le corps de Jésus a tout simplement été volé.
Decouvertes
Deux parallélismes dans cette page sur la résurrection de Jésus. Le premier se trouve dans le rapprochement entre les signes qui accompagnent la mort de Jésus et ceux qui marquent sa résurrection. Comparons , 27, 51 - 55 et 28, 1 - 11. Dans les 2 cas, il se passe un tremblement de terre, l’ouverture d’un ou de plusieurs tombeaux, une résurrection ou un réveil de morts, une réaction de peur chez les gardes ou soldats qui sont témoins de l’événement, une entrée dans Jérusalem (des saints relevés de la mort ou des gardes), la présence de femmes, qui sont d’autres témoins.
L’autre parallélisme se situe entre les 2 groupes de personnes dont notre page rend compte auprès du tombeau de Jésus : le groupe des femmes, et le groupe des gardes. Ces 2 groupes se trouvent autour du tombeau de Jésus (28, 1 et 4). Ces 2 groupes assistent à la manifestation de l’Ange (28, 2 et 5), connaissent ensuite des réactions de peur (28, 4 et 8), et puis vont quitter le tombeau pour aller raconter à d’autres ce qui s’est passé (28, 8 et 11). La différence est que les femmes portent un message de vérité, tandis que les gardes vont recevoir l’ordre de dire un mensonge.
Prolongement
Comme il l’avait dit lors de ses derniers propos avant son arrestation, que nous rapporte l’Evangile de Jean, Jésus a vraiment vaincu le monde (Jean, 16, 32 - 33), et nous assistons dans cette page de Matthieu aux signes spectaculaires de cette victoire, victoire de la Vie selon Dieu, aux dimensions cosmiques et eschatologiques, qui montrent bien que la résurrection de Jésus est, pour toute l’humanité, une entrée dans la fin des temps, selon le projet de Dieu, qui se trouve totalement accompli dans la mort-résurrrection de Jésus Christ..
Ce qui n’empêche pas Jésus, le Ressuscité, pour autant de demeurer proche de ces femmes et de ses disciples, auxquels il s’est manifesté, et de les envoyer en mission. N’est-ce pas ce qu’il nous offre encore aujourd’hui, - sa présence permanente auprès de nous - , et ce qu’il nous demande, - d’être en toutes occasions ses témoins - , dans toutes les situations humaines que nous rencontrons (28, 16 - 20) ?
🙏 Seigneur Jésus, de la même façon que tu venais à la rencontre de ces quelques femmes qui étaient chargées d’annoncer la Bonne Nouvelle de ta résurrection, tu reviens sans cesse à notre rencontre par le don de ta présence dans ton Esprit Saint, sur tous les chemins où tu nous envoies vivre notre histoire en témoignant de toi : donne-moi cette joie de te savoir toujours à mes côtés, apprends-moi à ne jamais te quitter du regard, à ne jamais cesser de t’écouter en relisant les souvenirs écrits de ta Parole, toi qui es la seule source de la vraie Vie selon la qualité d’existence de Dieu, et sa miséricorde pour toute cette humanité, à laquelle tu appartiens comme nous, et que tu as définitivement sauvée de la mort et du péché. AMEN.
🙏 Seigneur Jésus, de la même façon que tu venais à la rencontre de ces quelques femmes qui étaient chargées d’annoncer la Bonne Nouvelle de ta résurrection, tu reviens sans cesse à notre rencontre par le don de ta présence dans ton Esprit Saint, sur tous les chemins où tu nous envoies vivre notre histoire en témoignant de toi : donne-moi cette joie de te savoir toujours à mes côtés, apprends-moi à ne jamais te quitter du regard, à ne jamais cesser de t’écouter en relisant les souvenirs écrits de ta Parole, toi qui es la seule source de la vraie Vie selon la qualité d’existence de Dieu, et sa miséricorde pour toute cette humanité, à laquelle tu appartiens comme nous, et que tu as définitivement sauvée de la mort et du péché. AMEN.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Le récit de la résurrection selon Matthieu 28, 1-10, proclamé à la Vigile pascale, est le point culminant de tout l’Évangile. Matthieu écrit pour une communauté judéo-chrétienne, probablement à Antioche de Syrie, dans les années 80-85. Son récit pascal se distingue nettement des autres Synoptiques par des éléments qui lui sont propres : le tremblement de terre (seismos), la descente visible de l’ange qui roule la pierre, les gardes paralysés de terreur, et surtout l’apparition de Jésus aux femmes sur le chemin du retour. Ces traits relèvent d’un genre littéraire que les exégètes qualifient de « théophanie apocalyptique » : Matthieu raconte la résurrection non comme un événement discret et silencieux (comme chez Marc), mais comme une irruption cosmique de la puissance divine, dans la lignée des théophanies vétérotestamentaires du Sinaï (Ex 19, 18) et des visions de Daniel (Dn 10, 6).
Le seismos megas (« grand tremblement de terre », v. 2) fait écho au séisme qui accompagnait la mort de Jésus en Mt 27, 51-54, où la terre avait tremblé, les rochers s’étaient fendus et les tombeaux s’étaient ouverts. Matthieu construit ainsi un diptyque sismique : la mort du Christ ébranle la création, sa résurrection l’ébranle à nouveau. Le tremblement de terre est, dans la tradition prophétique, le signe de la visite de Dieu (theophania) : « Devant lui la terre tremble » (Na 1, 5 ; Jl 2, 10 ; Ps 68, 9). L’ange est décrit avec les traits classiques de l’être céleste : son eidea (« aspect ») est comme l’éclair (astrapē), son vêtement blanc comme neige — exactement les attributs du « Fils de l’homme » en Daniel 7, 9 et du Christ transfiguré en Mt 17, 2. Par ce vocabulaire, Matthieu signale que la résurrection est un événement de même nature que la Transfiguration : une manifestation anticipée de la gloire eschatologique. Les gardes, eux, « devinrent comme morts » (egenēthēsan hōs nekroi, v. 4) — ironie théologique saisissante : ceux qui gardaient un mort deviennent comme morts, tandis que le mort devient vivant.
La parole de l’ange aux femmes est structurée avec une précision remarquable. Elle commence par un impératif négatif — mē phobeisthe hymeis (« vous, n’ayez pas peur », v. 5) — où le pronom hymeis est emphatique et contrastif : « vous » (les femmes), par opposition aux gardes qui, eux, ont raison de trembler. La peur (phobos) est la réponse naturelle à la théophanie, mais l’ange la lève pour les femmes parce qu’elles viennent avec une intention juste : « Je sais que vous cherchez Jésus le crucifié. » La désignation ton estaurōmenon (« le crucifié », participe parfait passif) maintient le lien entre le Ressuscité et le Crucifié — ce n’est pas un autre, c’est le même, et les marques de la croix demeurent dans sa gloire. Puis vient le kérygme fondamental : ēgerthē (« il a été ressuscité », passif divin aoriste, v. 6). Le passif indique que c’est Dieu le Père qui est l’agent de la résurrection — ce que Paul exprime dans l’épître par « la toute-puissance du Père » (doxa tou patros, Rm 6, 4). L’ajout « comme il l’avait dit » (kathōs eipen) renvoie aux trois annonces de la Passion en Mt 16, 21 ; 17, 23 ; 20, 19, et inscrit la résurrection dans le plan divin annoncé.
Grégoire le Grand, dans ses Homélies sur les Évangiles (Homélie 21), s’arrête sur le fait que les femmes sont les premières messagères de la résurrection : « Une femme avait servi la mort à l’homme au paradis ; une femme annonce la vie aux hommes depuis le tombeau. Marie Madeleine transmet les paroles de celui qui donne la vie, comme Ève avait transmis les paroles du serpent qui donne la mort. » Cette lecture typologique Ève-Marie Madeleine est ancienne et féconde : elle inverse la malédiction de Genèse 3 par la grâce pascale. Origène, dans son Commentaire sur Matthieu (fragment sur Mt 28), interprète le « venez voir l’endroit où il reposait » comme une invitation pédagogique : le tombeau vide ne prouve pas la résurrection, mais il prépare à la foi en montrant l’absence. Pour Origène, le véritable « lieu » du Christ n’est plus le tombeau de pierre mais le cœur du croyant — lecture spirituelle caractéristique de l’école alexandrine, qui complète sans la contredire la lecture historique du tombeau vide.
L’apparition de Jésus aux femmes (v. 9-10) est propre à Matthieu et constitue un moment théologiquement dense. Le salut de Jésus — chairete (« réjouissez-vous », littéralement) — est la salutation grecque ordinaire, mais dans le contexte pascal elle reprend son sens plénier de joie messianique (cf. So 3, 14 LXX ; Lc 1, 28 à l’Annonciation). Les femmes « lui saisirent les pieds » (ekratēsan autou tous podas) : ce geste de prostration rappelle la femme pécheresse de Lc 7, 38 et anticipe le « ne me retiens pas » de Jn 20, 17. Matthieu insiste sur la corporéité du Ressuscité — on peut le toucher, il a des pieds — tout en montrant que la réponse appropriée est la prosternation (prosekynēsan, le même verbe utilisé pour l’adoration des Mages en Mt 2, 11). L’inclusion est remarquable : l’Évangile de Matthieu commence par des païens qui se prosternent devant un enfant et s’achève par des femmes qui se prosternent devant le Ressuscité. L’appel « allez dire à mes frères » (tois adelphois mou, v. 10) est bouleversant : c’est la première fois dans Matthieu que Jésus appelle ses disciples « mes frères » (cf. Mt 12, 49 où il désigne la foule, pas les Douze spécifiquement après leur fuite). La trahison, le reniement, la fuite de Gethsémani sont effacés par ce mot fraternel : la résurrection est d’abord réconciliation.
Le rendez-vous en Galilée (v. 7.10) constitue un motif théologique majeur propre à la tradition matthéenne (et marcienne : Mc 14, 28 ; 16, 7). La Galilée n’est pas seulement un lieu géographique mais un lieu théologique : c’est là que Jésus a commencé son ministère (Mt 4, 12-17), là qu’il a appelé ses premiers disciples, là qu’il a prononcé le Sermon sur la montagne. Retourner en Galilée, c’est recommencer — non pas répéter, mais reprendre le chemin de la suite du Christ avec les yeux de Pâques. C’est aussi, pour Matthieu, la « Galilée des nations » (Galilaia tōn ethnōn, Mt 4, 15 citant Is 8, 23), carrefour entre Israël et les peuples païens : le rendez-vous pascal prépare directement l’envoi en mission universelle de Mt 28, 19. Un débat exégétique persiste sur la relation entre la tradition galiléenne des apparitions (Matthieu, Jean 21) et la tradition hiérosolymitaine (Luc, Jean 20). S’agit-il de traditions concurrentes issues de communautés différentes, ou de strates complémentaires d’une mémoire complexe ? La question reste ouverte, mais l’essentiel pour Matthieu est clair : le Ressuscité précède (proagei, v. 7) ses disciples. Il ne les attend pas passivement ; il marche devant eux, comme le berger devant le troupeau (cf. Jn 10, 4), ouvrant le chemin vers la mission universelle qui clôturera l’Évangile.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Seigneur, donne-moi la grâce de courir vers toi — comme Marie Madeleine, comme Pierre, comme le disciple bien-aimé — et de voir les signes de ta vie là où je ne vois que du vide.
Composition de lieu — « C’était encore les ténèbres. » Le premier jour de la semaine, et il fait noir. Marie Madeleine marche seule vers le tombeau. Sens le froid du petit matin, la rosée sur l’herbe du jardin, l’odeur de la terre humide. Le silence est total — celui d’après la catastrophe. Elle ne vient pas chercher un Ressuscité. Elle vient regarder une tombe. Et elle voit : « la pierre a été enlevée. » Pas une lumière glorieuse. Un trou. Une absence. Quelque chose qui manque.
Méditation — Jean raconte la résurrection comme une enquête. Personne ne voit Jésus ressuscité dans ce texte. Marie voit une pierre enlevée. Pierre voit « les linges, posés à plat ». Le disciple bien-aimé voit « le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place ». Les détails sont étranges, minutieux — ces linges bien rangés, ce suaire « roulé à part ». Comme si quelqu’un s’était levé calmement, sans hâte, avait plié ce qui l’enveloppait et était sorti. Pas une explosion. Pas un coup de tonnerre. Un geste paisible, intime, dans le noir. La résurrection, chez Jean, ressemble à cela : un ordre silencieux dans le lieu de la mort.
Et puis cette course. Marie court vers Pierre et le disciple. Eux courent vers le tombeau. « Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite. » Il y a une urgence, un élan du corps — les jambes qui portent avant que la tête ait compris. Le disciple bien-aimé arrive le premier mais « n’entre pas ». Il attend. Pierre entre — Pierre qui a renié, Pierre qui porte sa honte — et il constate. Et c’est seulement quand le disciple bien-aimé entre à son tour que le texte dit : « Il vit, et il crut. » Voir et croire. Non pas comprendre — Jean précise : « les disciples n’avaient pas compris. » La foi, ce matin-là, précède l’intelligence. Quelque chose se passe dans le regard avant de se passer dans la pensée. Qu’est-ce que tu vois, toi, quand tu regardes les signes — ces linges posés à plat, ce vide qui n’est pas un vide, cette absence qui est une présence ?
Il y a aussi cette notation de Matthieu qu’il faut garder en mémoire, même si on lit Jean ce matin : « Jésus vint à leur rencontre. » Ce n’est pas elles qui le trouvent. C’est lui qui vient. « Je vous salue » — littéralement : « Réjouissez-vous. » Et elles « lui saisirent les pieds ». Elles le touchent. Le Ressuscité se laisse toucher, se laisse saisir. Il n’est pas un fantôme, pas une idée. Il a des pieds. Et il dit : « Soyez sans crainte. » C’est peut-être le premier mot de la résurrection : n’aie pas peur.
Colloque — Jésus, je viens à ton tombeau cette nuit, et je ne sais pas bien ce que j’espère trouver. Peut-être que je suis comme Marie Madeleine — je viens par fidélité, par amour, sans trop croire que quelque chose a changé. Et je trouve du vide. Des linges posés à plat. Un suaire roulé. Apprends-moi à voir ce que le disciple bien-aimé a vu — cet ordre dans le chaos, cette paix dans le tombeau. Et si tu veux venir à ma rencontre sur le chemin du retour, je ne demande qu’une chose : laisse-moi te saisir les pieds.
Question pour la relecture : Où sont les « linges posés à plat » dans ma vie — ces signes discrets, silencieux, que le Christ est passé par ma mort et qu’il en est sorti ?
☀️ Messe du jour de Pâques
📖 1ère lecture — Ac 10, 34a.37-43 ↗
Lire le texte — Ac 10, 34a.37-43
En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. » – Parole du Seigneur.
📘 Comprendre
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Le Livre de la Genèse est le premier livre de la Bible, et le premier des 5 livres attribués à la tradition de Moïse, et dont les différents éléments qui le composent se sont additionnés pendant plusieurs siècles jusqu’au temps de la rédaction finale, aux environs du 6ème siècle, et très probablement après le retour de l’exil Babylonien.
Ce livre nous présente d’abord une histoire des origines des nations, avec la création du monde, ainsi que de l’homme et de la femme, la vie des générations d’avant le Déluge, le Déluge et la repopulation jusqu’au moment de la dispersion, suite à l’orgueil manifesté par les hommes de la grande ville de Babel, avec sa tour (1, 1 - 11, 26).
Nous y lisons, ensuite, dans une seconde grande partie, l’histoire des ancètres d’sraël (11, 27 - 50, 26), qui comprend le cycle d’Abraham et de Sarah (11, 27 - 25, 18), le cycle d’Isaac et Jacob (25, 19 - 36, 43), et, finalement, l’histoire de Joseph (37, 10 - 50, 26).
Les 11 premiers chapitres du Livre, dans lesquels se trouve notre page, constituent le Prologue de ce Livre de la Genèse. Ils nous rapportent l’activité de Dieu avant que l’univers vienne à exister, et que l’homme apparaisse. Ensuite, ils situent le plan de Dieu créant un monde selon son désir, mais qui est différent du nôtre, marqué par le péché de l’homme. Par exemple, le nombre très important d’années que vivent les grands personnages qui nous sont nommés, suggère bien cette différence d’avec notre réalité historique, dans laquelle le Livre entre dès l’appel d’Abraham, au chapitre 12. Les histoires diverses qui se succèdent dans ces 11 premiers chapitres, sont reliées par des généalogies plus ou moins “artificielles”.
Le but de toutes ces descriptions et de tous ces récits, au-delà de la satisfaction d’une légitime curiosité sur les origines de l’humanité, semble être de fortifier l’identité du Peuple d’Israël, et de le situer à sa place dans le concert des nations, et sur une carte du monde établie à partir d’une conception d’une origine humaine, unique et commune à tous les hommes de tous les temps (Genèse, 10). C’est également de montrer comment l’histoire d’Israël, en sa dimension religieuse, reflète, par son monothéisme unique, une fidélité à Dieu vu comme le seul et véritable Créateur du ciel et de la terre, Dieu dont l’unicité ne souffre aucun compromis.
D’autre part, ces chapitres, qui nous relatent le péché de l’homme et son expulsion de l’Eden, reflètent, en termes symboliques, le bannissement de sa terre, connu par Israël, et mérité en raison de son infidélité à Yahvé son Dieu, au temps de son exil babylonien. De la même façon, la vie sauve obtenue par Noé, et l’acceptation par Dieu du sacrifice qu’il lui offre après la fin du Déluge, traduisent à la fois la patience de Dieu et sa volonté de pardonner et de maintenir son plan de salut de l’humanité, qu’exprime à son tour le retour de l’Exil (l’exil et la fin de l’exil sont considérés comme étant la période à laquelle on rattache volontiers la rédaction de ces premiers chapitres du Livre de la Genèse).
Message
A la différence des récits non bibliques de la création du monde, celui-ci est, d’une part, absolument “monothéiste”, et, d’autre part, nous présente un Dieu souverain et sans égal, qui n’à pas à livrer le moindre combat contre quelque autre être existant que ce soit, pour créer le monde.
Si ce magnifique récit de la création (1, 1 - 2, 4), dont nous lisons aujourd’hui les 4 premers jours de Dieu, ne nous explique en rien pourquoi, et dans quel but, Dieu a ainsi créé le monde, il nous montre néanmoins clairement que le projet de Dieu, dans cet acte créateur, est bien de tout conduire et centrer sur la création de l’homme, sommet de l’activité créatrice de Dieu.
Tout ce qui a été créé auparavant (la lumière, le jour et la nuit, la terre sèche, les corps célestes, les plantes et les animaux), tout cela est ordonné à la vie de l’homme, et à ses possibilités, puisque l’homme reçoit les plantes pour s’en nourrir, et se voit confié un pouvoir sur les animaux.
Par dessus tout, l’homme est créé “à l’image et à la ressemblance” de Dieu (1, 26 - 27). Ce qui , au delà de toutes les interprétations différentes qu’on a pu en donner, exprime bien que l’homme est “à part”, et jouit d’un autre statut que le reste des créatures, car il est placé dans une relation, particulière et unique, avec Dieu lui-même.
Les répétitions régulières dans le texte, qui constatent que Dieu voit que ce qu’il fait est bon, jusqu’à la déclaration finale “Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et cela était très bon” nous renvoient à une image de “Dieu artisan et artiste”, content de son oeuvre, qui correspond à son projet, et qui, du même coup, traduit à la fois l’intention de qualité poursuivie par son auteur, et la qualité du travail accompli. Le terme “bon” semble devoir être pris ici comme synonyme de “utile au service de l’homme”, sommet de la création.
D’un bout à l’autre de ce récit de la création, Dieu crée par sa Parole, immédiatement suivie d’effet : Il parle, ce qu’il dit est fait, ce qu’il veut existe.
Le monde créé est bien notre terre, vue de façon non scientifique, à la manière dont les hommes des 5 ou 6ème siècles avant JC la percevaient, avec sa plateforme stable séparée des mers, sa voûte céleste, ses réservoirs d’eau constitués sous la terre et au-dessus des cieux. La voûte céleste pourvoit à la distribution de la Lumière, elle-même créée avant le soleil qui la distribue le jour, et la lune qui en fait autant la nuit.
Cette description du cosmos correspond d’autre part à celle d’un Temple, avec ses deux grands luminaires jaillissant de sa voûte ornée d’étoiles. Ce Temple n’a pas besoin d’une représentation directe de Dieu, qui sera toujours interdite en Israël, car l’image de Dieu qui en est le centre, n’est autre que l’homme vivant que Dieu vient juste de créer.
A noter également que l’homme est proclamé “lieutenant” de Dieu, c’est-à-dire “tenant-lieu” de Dieu, chargé du monde, et non pas “maître” de ce monde, qui, ne l’oublions jamais, lui a été confié gratuitement, aussi gratuitement que son être propre qu’il n’a pu “programmer”. S’il peut, certes, en tirer profit, il n’a jamais le droit de se l’annexer, et se doit donc de le respecter entièrement.
A ce stade de son origine, l’homme est créé “végétarien”. Ce n’est qu’après l’événement, à la fois punitif et sauveur, du Déluge, qu’il aura le droit de verser le sang des animaux. Par son péché, l’homme aura alors brisé l’harmonie primitive entre les vivants, harmonie jamais totalement reconstituée.
Decouvertes
D’autres récits de la création, d’origine certainement différente, existent dans l’Ancien Testament, à commencer par celui, considéré comme beaucoup plus ancien, des chapitres 2 et suivants de la Genèse (confection de l’homme à partir de la glaise et du souffle de Dieu, création de la femme, don, puis expulsion de l’Eden, suite à la désobéissance, etc.). Voir également Psaume 74, 13 - 14, Isaïe, 51, 9, Proverbes, 8, 22 - 31, ainsi que des passages çà et là dans le Livre de Job.
On s’est interrogé sur la 1ère personne du pluriel utilisée à propos de la création de l’homme : “Faisons l’homme…”, allusion probable à une cour d’êtres célestes que Dieu se serait constituée auparavant, et devant laquelle il crée particulièrement l’homme.
“L’image” et la “ressemblance” (1, 26 - 27) sont à prendre dans le même sens. L’homme ressemble ainsi à Dieu d’une façon bien distincte des animaux (1, 28 et Psaume 8, 3 - 8). Cette “ressemblance” se situe probablement dans la capacité de l’homme à communiquer avec Dieu selon un esprit, une pensée et une parole qui ont du “sens”.
Le repos de Dieu au 7ème jour implique et explique le repos du Sabbat, jour, qui, de ce fait, sera saint (2, 3 et Exode, 20, 8 et 11).
Prolongement
Le salut actuellement offert à l’homme dans le Christ ressuscité est à présent réception de cette première création transformée en création nouvelle. Le Christ, en toutes ses dimensions de Verbe de Dieu fait homme, nous est présenté comme auteur-acteur de ces deux créations.
17 Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là.
18 Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation.
19 Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation
20 Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ,
21 qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire, avec cette force qu’il a de pouvoir même se soumettre toutes choses.
1 Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle - car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus.
2 Je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux.
3 J’entendis alors une voix clamer, du trône : ” Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu.
4 Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. ”
5 Alors, Celui qui siège sur le trône déclara : ” Voici, je fais l’univers nouveau. ”
1 Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu.
2 Il était au commencement avec Dieu.
3 Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut.
4 Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
5 et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie.
15 Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature,
16 car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui.
17 Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui.
18 Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église : Il est le Principe, Premier-né d’entre les morts, il fallait qu’il obtînt en tout la primauté ,
19 car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude
20 et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.
🙏 Seigneur Jésus, en toi se trouve la réalité de Dieu créateur, qui, par toi et en toi, en ta qualité de verbe de Dieu, a crée toutes choses, en toi se trouve tout autant notre réalité humaine d’image de Dieu portée à son point le plus sublime, dans la mesure où tu es l’image parfaite du Dieu invisible et le premier-ne de toute creature : donne-moi de vivre dans l’action de grâces cette unité entre ce que j’ai reçu de Dieu mon créateur, et de toi, l’agent de cette création initiale et de cette création nouvelle, qui inaugure en moi la transfiguration définitive, par le don de ton Esprit Saint, qui me rend capable de devenir toujours plus fils de lumière à ton image et à ta ressemblance. AMEN.
Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
Pierre, Le Juif, Chez Le Païen Corneille
Pierre est à Césarée sur Mer (il y avait là effectivement une garnison romaine), et il est entré dans la maison de Corneille, un officier romain. Comment en est-il arrivé là ? Et que vient-il y faire ? En fait, si Pierre est là, c’est parce qu’il a été quelque peu bousculé par l’Esprit Saint. Il faut relire le récit de la vision de Joppé dans ce même chapitre des Actes. D’autre part, peu de temps auparavant, Pierre vient d’accomplir deux miracles : il a guéri un homme, Énée, à Lydda, et ensuite, il a ressuscité une femme, Tabitha, à Joppé (on dirait aujourd’hui Jaffa ; Ac 9,32-43). Ces deux miracles lui ont prouvé que le Seigneur ressuscité était avec lui et agissait à travers lui. Car Jésus avait bien annoncé que, comme lui, et en son nom, les apôtres chasseraient les démons, guériraient les malades, et ressusciteraient les morts.
Ce sont ces deux miracles qui ont donné à Pierre la force de franchir l’étape suivante, qui est décisive : il s’agit cette fois d’un miracle sur lui-même, si l’on peut dire ! Car, pour la première fois, contrairement à toute son éducation, à toutes ses certitudes, Pierre, le Juif, franchit le seuil d’un païen, Corneille, le centurion romain ; il est vrai que Corneille est un païen très ami des Juifs, on dit qu’il est un « craignant Dieu » ; c’est-à-dire un converti à la religion juive mais qui n’est pas allé jusqu’à en adopter toutes les pratiques, y compris la circoncision. Or la circoncision est la marque de l’Alliance ; donc un « craignant Dieu » reste un incirconcis, un païen. Et c’est chez ce païen, Corneille, que Pierre est entré et il y annonce la grande nouvelle : Jésus de Nazareth est ressuscité ! (Et, ce même jour, Corneille sera baptisé ainsi que toute sa famille.) Traduisez : l’Évangile est en train de déborder les frontières d’Israël !
On dit souvent que Paul est l’apôtre des païens, mais il faut rendre justice à Pierre : si l’on en croit les Actes des Apôtres, c’est lui qui a commencé, et à Césarée, justement, chez le centurion romain Corneille. Et ce que nous venons d’entendre, c’est donc le discours que Pierre a prononcé chez Corneille, en ce jour mémorable. Et sa dernière phrase est une véritable révolution : « Quiconque croit en lui (Jésus) reçoit par son nom le pardon de ses péchés. » Pierre vient de le comprendre : « Quiconque », cela veut dire « pas seulement les Juifs ». Même des païens peuvent entrer dans l’Alliance. Le salut a d’abord été annoncé à Israël, mais désormais il suffit de croire en Jésus-Christ pour recevoir le pardon de ses péchés, c’est-à-dire pour entrer dans l’Alliance avec Dieu. Et donc tout homme, même non-Juif (c’est le sens du mot « païen » ici), peut être baptisé au nom de Jésus. Visiblement, ce fut la grande découverte des premiers chrétiens, Paul et Pierre y insistent tous les deux : il suffit de croire en Jésus pour être sauvé !
Il Suffit De Croire En Jésus Pour Être Sauvé
L’ensemble du discours de Pierre chez Corneille est révélateur de l’état d’esprit des Apôtres dans les années qui ont suivi la Résurrection de Jésus. Ils avaient été les témoins privilégiés des paroles et des gestes de Jésus, et ils avaient peu à peu compris qu’il était le Messie que tout le peuple attendait. Et puis, il y avait eu le Vendredi-saint : Dieu avait laissé mourir Jésus de Nazareth ; certainement, Dieu n’aurait pas laissé mourir son Messie, son Envoyé ; leur déception avait été immense ; Jésus de Nazareth ne pouvait pas être le Messie.
Et puis ce fut le coup de tonnerre de la Résurrection : non, Dieu n’avait pas abandonné son Envoyé, il l’avait ressuscité. Et les Apôtres avaient eu de nombreuses rencontres avec Jésus vivant ; et maintenant, depuis l’Ascension et la Pentecôte, ils consacraient toutes leurs forces à l’annoncer à tous ; c’est très exactement ce que Pierre dit à Corneille : « Nous, (les Apôtres), nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour… Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. »
Il restera pour les Apôtres une tâche immense : si la résurrection de Jésus était la preuve qu’il était bien l’Envoyé de Dieu, elle n’expliquait pas pourquoi il avait fallu passer par cette mort infamante et cet abandon de tous. La plupart des gens attendaient un Messie qui serait un roi puissant, glorieux, chassant les Romains ; Jésus ne l’était pas. Quelques-uns imaginaient que le Messie serait un prêtre, il ne l’était pas non plus, il ne descendait pas de Lévi ; et l’on pourrait faire la liste de toutes les attentes déçues.
Alors les Apôtres ont entrepris un formidable travail de réflexion : ils ont relu toutes leurs Écritures, la Loi, les Prophètes et les Psaumes, pour essayer de comprendre. Il a fallu tout ce travail de relecture, après la Pentecôte, à la lumière de l’Esprit Saint, pour arriver à dire, comme le fait Pierre ici : « C’est à Jésus que tous les prophètes rendent témoignage… Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts ».
Un autre aspect tout à fait remarquable de ce discours de Pierre, c’est son insistance pour dire que c’est Dieu qui agit ! Jésus de Nazareth était un homme apparemment semblable à tous les autres, mortel comme tous les autres… eh bien, Dieu agissait en lui et à travers lui : « Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance, Dieu était avec lui, Dieu l’a ressuscité, Dieu lui a donné de se manifester à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, Dieu l’a établi Juge des vivants et des morts… »
Et la phrase qui résume tout cela : « Dieu lui a donné l’onction d’Esprit-Saint et de puissance. » Désormais, Pierre vient de le comprendre, tout homme, Juif ou païen, peut grâce à Jésus-Christ être lui aussi consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force !
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Le discours de Pierre chez Corneille (Ac 10, 34a.37-43) constitue l’un des grands kérygmes apostoliques — ces proclamations nucléaires de la foi pascale — que Luc a insérés dans les Actes comme jalons théologiques de l’expansion de l’Évangile. Le contexte est capital : Pierre ne parle pas dans une synagogue ni devant le Sanhédrin, mais dans la maison d’un centurion romain, Corneille, à Césarée Maritime, capitale administrative de la Judée romaine. Pour la première fois dans le récit lucanien, le kérygme franchit la frontière ethnique et religieuse d’Israël. Ce cadre explique pourquoi la liturgie de Pâques retient ce texte : la résurrection n’est pas un événement communautaire clos, mais une ouverture universelle. Le choix de ce passage pour le Jour de Pâques signale que la résurrection du Christ porte en elle-même la vocation missionnaire de l’Église.
Pierre déploie un résumé christologique qui suit un schéma narratif précis : onction par l’Esprit — ministère de guérison — mort sur le bois — résurrection le troisième jour — apparitions aux témoins choisis — mission de témoignage. Ce schéma, que les exégètes comme C.H. Dodd et M. Dibelius ont identifié comme la structure fondamentale de la prédication primitive, est remarquablement condensé. L’expression « Dieu lui a donné l’onction (échrisen) d’Esprit Saint et de puissance » fait écho à Isaïe 61,1 (« L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint ») et joue sur l’étymologie même du titre Christos (« oint »). Jésus est ainsi présenté non d’abord comme un thaumaturge autonome, mais comme celui que Dieu a investi : la formule « car Dieu était avec lui » (hoti ho theos ēn met’ autou) rappelle les grandes figures vétérotestamentaires — Joseph (Gn 39,2), Moïse, les juges — tout en les surpassant.
L’expression « le suspendant au bois » (kremasantes epi xylou) renvoie directement à Deutéronome 21,22-23, passage où quiconque est « pendu au bois » est déclaré « maudit de Dieu ». Paul exploite cette même référence en Galates 3,13. L’utilisation de xylon (bois) plutôt que stauros (croix) est délibérée : elle ancre la mort de Jésus dans la catégorie deutéronomique de la malédiction, pour mieux faire éclater le renversement opéré par la résurrection. Dieu a ressuscité celui que la Loi déclarait maudit. Ce contraste entre l’action des hommes (« ils l’ont supprimé ») et l’action de Dieu (« Dieu l’a ressuscité ») structure tout le discours et constitue le cœur du kérygme pascal : la résurrection est l’acte par lequel Dieu contredit le verdict humain.
Le thème du témoignage (martyria) traverse le texte avec insistance : « nous sommes témoins », « des témoins que Dieu avait choisis d’avance », « Dieu nous a chargés de témoigner ». La précision « à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » est théologiquement décisive. Elle ancre la résurrection dans la corporéité : le Ressuscité n’est pas un fantôme ni une vision extatique, mais quelqu’un avec qui on partage un repas. Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur les Actes des Apôtres (Homélie 23), souligne que cette mention de la commensalité post-pascale est la preuve la plus convaincante de la résurrection réelle, car « rien ne manifeste davantage la vérité d’un corps que de manger et de boire ». Chrysostome y voit aussi une préfiguration eucharistique : le Ressuscité se donne à reconnaître dans le repas partagé.
Augustin, dans le Sermon 233 pour le jour de Pâques, commente ce passage des Actes en insistant sur le fait que Dieu n’a pas manifesté le Ressuscité « à tout le peuple, mais à des témoins choisis d’avance ». Pour Augustin, cette restriction n’est pas un défaut de publicité, mais le fondement même de la foi : si la résurrection avait été un spectacle public indéniable, la foi n’aurait plus été foi mais évidence contrainte. Le choix divin de témoins particuliers institue l’économie de la foi transmise par témoignage, ce qui fonde la structure ecclésiale elle-même. Ce point reste un lieu de débat exégétique : certains historiens (comme Gerd Lüdemann) voient dans cette restriction un aveu que les « apparitions » furent des expériences subjectives limitées ; les exégètes croyants y lisent au contraire une pédagogie divine qui respecte la liberté humaine.
La conclusion du discours — « Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés » — est d’une portée universaliste remarquable dans la bouche de Pierre. Le pas ho pisteuōn (« quiconque croit ») abolit la distinction entre Juif et païen, ce qui est précisément le point du récit de Corneille dans l’économie lucanienne. Le pardon des péchés (aphesis hamartiōn), thème central de la prédication lucanienne (Lc 1,77 ; 3,3 ; 24,47 ; Ac 2,38 ; 13,38), est ici rattaché non à la circoncision ni aux sacrifices du Temple, mais à la foi au nom de Jésus. Tous les prophètes (pantes hoi prophētai) convergent vers ce témoignage : Luc présente ainsi la résurrection comme l’accomplissement non d’une prophétie isolée, mais de toute la dynamique prophétique d’Israël.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Seigneur, donne-moi d’entendre ta voix qui dit sur moi, sur ma vie, sur ce que je suis : « Cela est très bon. »
Composition de lieu — Il n’y a rien encore. Pas de décor, pas de paysage. Imagine cela : le vide, « l’informe », l’abîme — et au-dessus, un souffle. Comme un battement d’ailes immense au-dessus d’eaux noires. Pas de bruit, sinon celui de ce souffle. Et puis une voix. La première voix qui ait jamais résonné. « Que la lumière soit. » Sens la lumière arriver — pas comme un interrupteur qu’on allume, mais comme une aurore qui monte, lente, irrésistible. La chaleur sur ton visage. Les yeux qui s’ouvrent.
Méditation — Le texte est un poème, et il faut le recevoir comme tel. Remarque le rythme : « Dieu dit… et ce fut ainsi… Dieu vit que cela était bon. » Parole, accomplissement, regard. Dieu ne fabrique pas dans la précipitation. Il parle, il regarde, il savoure. Il « sépare » — la lumière des ténèbres, les eaux d’en haut des eaux d’en bas, la mer de la terre. Dieu est celui qui met de l’ordre dans le chaos, qui distingue, qui nomme. « Il appela la lumière jour, il appela les ténèbres nuit. » Nommer, c’est donner une place, une dignité, même aux ténèbres. Qu’est-ce qui, dans ta vie, attend d’être nommé, séparé, mis en ordre par cette parole ?
Et puis il y a ce crescendo. Six jours, et à chaque étape : « Dieu vit que cela était bon. » Bon — pas parfait, pas achevé, pas performant. Bon. Mais au sixième jour, quand l’homme et la femme sont là, créés « à notre image, selon notre ressemblance », le texte change : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon. » Ce « très » est pour toi. Dieu te regarde — toi, avec tes zones informes et tes abîmes — et il dit « très bon ». Non pas parce que tu l’as mérité, mais parce qu’il te reconnaît. Tu portes sa ressemblance. Est-ce que tu oses le croire, cette nuit ?
Et puis le septième jour : « Il se reposa. » Dieu s’arrête. Non par fatigue, mais par plénitude. Le repos de Dieu n’est pas une absence — c’est une présence qui n’a plus besoin de faire, seulement d’être là. Dans cette Vigile où tout est silence et attente, tu es invité à ce repos-là. Non pas à faire quelque chose pour Dieu, mais à le laisser te regarder.
Colloque — Seigneur, cette nuit je suis devant toi comme la terre au premier matin : « informe et vide ». Il y a en moi des zones de chaos, des eaux que personne n’a séparées, des ténèbres que je n’ose pas nommer. Mais ton souffle plane. Dis ta parole sur moi. Dis « que la lumière soit » — là où j’ai peur, là où je ne vois plus rien. Et si tu veux bien, regarde-moi comme tu as regardé ta création : avec ce « très bon » qui ne dépend pas de moi.
Question pour la relecture : Quel est le chaos en moi — cette zone « informe et vide » — sur lequel le souffle de Dieu plane cette nuit, et que je n’ai pas encore laissé nommer ?
🕊️ Psaume — Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23 ↗
Lire le texte — Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23
Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour ! Oui, que le dise Israël : Éternel est son amour ! Le bras du Seigneur se lève, le bras du Seigneur est fort ! Non, je ne mourrai pas, je vivrai, pour annoncer les actions du Seigneur. La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.
📖 2e lecture — Col 3, 1-4 ↗
Lire le texte — Col 3, 1-4
Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire. – Parole du Seigneur. OU AU CHOIX
📘 Comprendre
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Le Livre de la Genèse est le premier livre de la Bible, et le premier des 5 livres attribués à la tradition de Moïse, et dont les différents éléments qui le composent se sont additionnés pendant plusieurs siècles jusqu’au temps de la rédaction finale, aux environs du 6ème siècle, et très probablement après le retour de l’exil Babylonien.
Ce livre nous présente d’abord une histoire des origines des nations, avec la création du monde (1, 1 - 2, 3), ainsi que de l’homme et de la femme, leur descendance et l’expansion de la civilisation (2,4 - 4, 24), la vie des générations d’avant le Déluge, le Déluge (4, 25 - 6, 8), et la repopulation jusqu’au moment de la dispersion (6, 9 - 9, 29), suite à l’orgueil manifesté par les hommes de la grande ville de Babel, avec sa tour (10, 1 - 11, 9).
Nous entrons ensuite - après un court interlude nous présentant la généalogie de Sem à Terah, le père d’Abraham (11, 10 -26) - dans une seconde grande partie, l’histoire des ancètres d’sraël (11, 27 - 50, 26), qui comprend le cycle d’Abraham et de Sarah (11, 27 - 25, 18), le cycle d’Isaac et Jacob (25, 19 - 36, 43), et, finalement, l’histoire de Joseph (37, 10 - 50, 26).
Notre page fait partie du cycle d’Abraham, qu’elle continue de nous développer.
Depuis son premier appel par Dieu (12, 1 -9), Abraham a cheminé, est passé par l’Egypte, s’est séparé de son neveu Lot, et a vaincu des rois envahisseurs qui avaient capturé Lot,
De son côté, Dieu, en dépit de la lenteur apparente des réalisations de ses promesses à Abraham, les lui a nettement renouvelées et précisées, continuant de lui annoncer une descendance issue de son sang, ainsi que la possession de la terre de Canaan, même après la naissance d’Ismaël qu’Abraham a engendré de sa servante, Hagar, que Sarah lui avait envoyée,
Selon donc cette promesse de Dieu, maintes fois renouvelée, un fils est finalement né de Sarah à Abraham. Dieu a donc bel et bien tenu parole et Abraham a eu raison de lui faire confiance et de croire en lui.
Cependant, des difficultés concrètes apparaissent rapidement : Abraham, qui a donc maintenant deux fils, l’un né de Agar, l’esclave de Sarah, Ismaël, l’autre né de son épouse Sarah, Isaac, se voit contraint de chasser Agar et son fils, dont Sarah ne tolère plus la présence. De plus, voici que Dieu vient lui demander une démarche quasi impossible et apparemment totalement en contradiction avec sa promesse d’une descendance.
Message
Situation extrême et dramatique à laquelle se trouve confronté Abraham, en cette scène, où Dieu lui demande le renoncement le plus total à la réalisation, qui vient de s’accomplir, de la promese qu’il lui avait faite, et renouvelée si souvent, d’un fils né de Sarah, et qui serait le porteur de sa bénédiction pour une immense descendance.
Et cela, au nom de l’obéissance à Dieu, l’auteur et l’acteur de cette promesse.
Abraham avait déjà tout quitté pour répondre dans la foi à la promesse de Dieu, mais il est ici conduit à effectuer un grand pas de plus, pour aller jusqu’au bout de l’obéissance absolue et inconditionnelle. Comme il répond OUI au Seigneur qui le met ainsi à l’épreuve, Dieu constate sa foi et lui renouvelle une fois de plus sa bénédiction.
Cependant, en même temps, Dieu réprouve les sacrifices humains souvent pratiqués à cette époque ancienne : la vie qui nous est donnée par Dieu en ce monde doit toujours être respectée, et ce, d’autant plus qu’elle est appelée à se trouver traansfigurée dans la vie éternelle de Dieu lui-même.
Decouvertes
Ce texte a été interprété très souvent et déjà dès le Nouveau Testament, en Hébreux, 11, 17 et Jacques, 2, 21. La plupart des spécialistes de la Bible estiment pourtant qu’il n’existe aucune interprétation totalement adéquate de ce passage.
Ce récit est d”une qualité littéraire exceptionnelle, tout rempli qu’il est de précisions, de fine sensibilité chez les personnsages, de sens psychologique. On se demande pourtant pourquoi l’auteur nous l’a composé : peut-être existait-il, à l’arrière plan, le souvenir de sacrifices humains de premiers-nés au Proche Orient, mais cette pratique a toujours été absolument interdite et considérée avec horreur en Israël.
Cette page relate clairement que Dieu veut mettre Abraham à l’épreuve, vérifier jusqu’où va son obéissance, et à quel point il craint le Seigneur. Cela est indiqué dès le verset 1. Abraham se voit obligé de choisir entre obéir à un acte incompréhensible et repoussant et l’amour total qu’il a pour son fils Isaac, amour auquel fait allusion le verset 2.
Remarquons l’ironie dramatique de la situation : Dieu n’avait pas l’intention que soit accompli l’acte qu’il demande à Abraham d’exécuter, mais Abraham ne pouvait pas le savoir.
Avec ce passage, nous atteignons le point culminant des risques et dangers attachés à la promesse de Dieu. Après l’accomplissement miraculeux de la promesse, maintes fois répétée, que Dieu a faite à Abraham de la future naissance d’Isaac, voici l’existence de cet enfant vouée à une fin tragique prématurée.
Tous les détails du voyage vers la montagne du sacrifice, ainsi que les préparatifs de l’holocauste, nous sont rapportés avec une précision méticuleuse.
L’Ange de Yahvé, dont l’intervention empêche l’acte fatal à l’encontre du jeune Isaac, n’est autre que Yahvé-Dieu lui-même.
Le nom “Dieu pourvoit” donné par Abraham à la montagne de ce sacrifice est à lire en écho à la réponse évasive qu’Abraham avait donnée à Isaac, lorsque celui-ci l’interrogeait sur la victime de l’holocauste.
Les versets 15 - 18 représentent probablement une addition postérieure soulignant une deuxième fois dans cette page l’obéissance d’Abraham et renouvelant tous les aspects de la promesse de Dieu à Abraham, qui en est maintenant déclaré digne.
Prolongement
Relectures directes de ce passage dans le Nouveau Testament :
17 Par la foi, Abraham, mis à l’épreuve, a offert Isaac, et c’est son fils unique qu’il offrait en sacrifice, lui qui était le dépositaire des promesses,
18 lui à qui il avait été dit : C’est par Isaac que tu auras une postérité.
19 Dieu, pensait-il, est capable même de ressusciter les morts ; c’est pour cela qu’il recouvra son fils, et ce fut un symbole.
20 Veux-tu savoir, homme insensé, que la foi sans les œuvres est stérile ?
21 Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les œuvres quand il offrit Isaac, son fils, sur l’autel ?
22 Tu le vois : la foi coopérait à ses œuvres et par les œuvres sa foi fut rendue parfaite.
23 Ainsi fut accomplie cette parole de l’Écriture : Abraham crut à Dieu, cela lui fut compté comme justice et il fut appelé ami de Dieu. ”
Le don qu’Abraham fait à Dieu de son fils unique, selon une obéissance qui montre que pour lui il s’agit d’aimer Dieu plus que tout, est annonce du don gratuit que Dieu lui-même nous fait, par amour, de son unique Fils :
31 Que dire après cela ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
32 Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ?
10 En ceci consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés.
11 Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres.
🙏 Seigneur Jésus, ton obéissance au Père jusqu’au don de ta vie, pour tous ceux auprés desquels tu étais envoyé pour les sauver gratuitement, a été à la fois la manifestation de l’amour gratuit du Père qui t’avait envoyé en mission parmi nous et ta réponse parfaite à cette démarche du Père : fais-moi découvrir à quel point toutes mes expressions de ce OUI que je dois, avec toi, dans l’Esprit, adresser au Père ainsi qu’à tous mes frères et soeurs, sont le fruit en moi de cet amour de Dieu qui m’a rejoint et a transformé mon existence. AMEN.
Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
Ressuscités Avec Le Christ
Tout d’abord, il faut nous habituer au vocabulaire de saint Paul ; par exemple, nous pouvons être un peu surpris d’entendre : « Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ… vous êtes passés par la mort ». À vrai dire, si nous sommes là, vous et moi, aujourd’hui, c’est que nous sommes bien vivants… c’est-à-dire pas encore morts… et encore moins ressuscités ! Il faut croire que les mots n’ont pas le même sens pour Paul que pour nous ! Car, pour lui, depuis ce fameux matin de Pâques, plus rien n’est comme avant.
Autre problème de vocabulaire : « Pensez aux réalités d’en-haut, non à celles de la terre. » Il ne s’agit pas, en fait, de choses (qu’elles soient d’en-haut ou d’en-bas), il s’agit de conduites, de manières de vivre… Ce que Paul appelle les « réalités d’en-haut », il le dit dans les versets suivants, c’est la bienveillance, l’humilité, la douceur, la patience, le pardon mutuel… Ce qu’il appelle les réalités terrestres, c’est la débauche, l’impureté, la passion, la cupidité, la convoitise… Notre vie tout entière est dans cette tension : notre transformation, notre résurrection est déjà accomplie en Christ mais il nous reste à égrener cette réalité profonde, très concrètement au long des jours.
Si on continuait la lecture, on trouverait cette expression : « Vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau » (Col 3,10) ; et un peu plus loin « puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. » (Col 3,12). Il me semble que c’est le meilleur commentaire du passage que nous lisons aujourd’hui. « Vous avez revêtu », c’est déjà fait… » revêtez », c’est encore à faire.
Nous retrouvons cette tension dans tout le reste de la prédication de Paul et en particulier dans cette même lettre aux Colossiens : « Vous étiez jadis étrangers à Dieu, et même ses ennemis, par vos pensées et vos actes mauvais. Mais maintenant, Dieu vous a réconciliés avec lui, dans le corps du Christ… Cela se réalise si vous restez solidement fondés dans la foi, sans vous détourner de l’espérance que vous avez reçue en écoutant l’Évangile… que personne ne vous égare par des arguments trop habiles. Menez donc votre vie dans le Christ Jésus, le Seigneur, tel que vous l’avez reçu. Soyez enracinés, édifiés en lui, restez fermes dans la foi, comme on vous l’a enseigné… Prenez garde à ceux qui veulent faire de vous leur proie par une philosophie vide et trompeuse, fondée sur la tradition des hommes, sur les forces qui régissent le monde, et non pas sur le Christ… Dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. » (Col 1,21… 2,12).
Purifiez-Vous Des Vieux Ferments
Il ne s’agit donc pas de vivre une autre vie que la vie ordinaire, mais de vivre autrement la vie ordinaire ; sachant que cet « autrement » est désormais possible, car c’est l’Esprit-Saint qui nous en rend capables. Le même Paul dira à peine plus loin, dans cette même lettre : « Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père. » (Col 3,17). C’est ce monde-ci qui est promis au Royaume, il ne s’agit donc pas de le mépriser mais de le vivre déjà comme la semence du Royaume. Il n’est pas question de dénigrer les réalités terrestres ! Dieu nous les a confiées, au contraire, à nous de les transfigurer.
C’est dans cet esprit que Paul nous invite à être une pâte nouvelle : « Purifiez-vous donc des vieux ferments et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. » Ici, il fait allusion au rite des Azymes ; chaque année, au moment où l’on s’apprête à partager l’agneau pascal, on prend bien soin de nettoyer les maisons de toute trace du levain de la récolte de l’année dernière ; le repas de la nuit pascale (le seder) est accompagné de galettes de pain non levé (le pain azyme) et dans la semaine qui suit on continue à manger du pain sans levain en attendant d’avoir pu laisser fermenter le levain nouveau.
Les deux rites de l’agneau pascal et des Azymes étaient liés dans la célébration de la Pâque ; et Paul les lie dans son raisonnement : « Purifiez-vous des vieux ferments… notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ. » Paul fait donc référence à toute la symbolique de la fête pascale juive et il l’applique à la Pâque des chrétiens ; il n’a pas une seconde l’impression de changer le sens de la fête juive en parlant de la Pâque du Christ : au contraire, il voit dans la Résurrection du Christ le parfait achèvement du combat de libération que rappelait chaque année la Pâque juive.
Pour Paul, c’est une évidence : en Jésus l’ancienne fête des Azymes n’a pas perdu sa signification ; au contraire, elle trouve son sens plénier : la Pâque des chrétiens est bien la fête de la libération, mais, désormais, la libération est définitive. Par sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ a triomphé des pires chaînes, celles de la mort et de la haine. Et cette libération est contagieuse ; comme dit Paul, « un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ». L’Esprit qui poursuit son œuvre dans le monde fera irrésistiblement « lever » comme une pâte l’humanité tout entière.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Le bref passage de Colossiens 3,1-4 est un concentré de théologie baptismale et eschatologique. Paul (ou, selon de nombreux exégètes contemporains, un disciple paulinien — la question de l’authenticité de Colossiens reste ouverte) s’adresse à des chrétiens déjà baptisés et leur rappelle la conséquence ontologique de leur baptême : « vous êtes ressuscités avec le Christ » (synēgerthēte tō Christō). Le préfixe syn- (« avec ») est caractéristique de la mystique paulinienne : le croyant n’assiste pas à la résurrection du Christ comme à un événement extérieur, il y participe réellement. La condition est posée par le ei (« si ») initial, qui n’exprime pas un doute mais une prémisse assumée : « puisque vous êtes ressuscités avec le Christ ». Le baptême a opéré une mort et une résurrection qui sont déjà effectives, même si leur manifestation plénière reste à venir.
L’impératif qui en découle — « recherchez les réalités d’en haut (ta anō zēteite), pensez aux réalités d’en haut (ta anō phroneite) » — ne doit pas être compris comme un mépris platonicien du monde matériel. Le contraste « en haut / sur la terre » n’oppose pas l’esprit à la matière, mais deux orientations de l’existence : celle qui prend sa source dans le Christ glorifié, « assis à la droite de Dieu » (citation du Psaume 110,1, le texte vétérotestamentaire le plus cité dans le Nouveau Testament), et celle qui reste enfermée dans l’horizon de la finitude mortelle. Grégoire de Nysse, dans ses Discours catéchétiques (ch. 35-36), explique que « chercher les choses d’en haut » signifie conformer sa volonté au dynamisme de la résurrection, c’est-à-dire orienter toute l’existence vers la transformation que Dieu opère dans le Christ. Il ne s’agit pas de fuir le monde, mais de l’habiter autrement, depuis la nouveauté pascale.
La formule « votre vie reste cachée (kekryptai) avec le Christ en Dieu » est l’une des expressions les plus denses de l’eschatologie paulinienne. Le parfait passif kekryptai indique un état durable résultant d’un acte divin : la vie véritable du baptisé est présentement dérobée aux regards, enfouie dans le mystère de Dieu. Il y a ici une tension féconde entre le « déjà » (vous êtes ressuscités) et le « pas encore » (votre vie est cachée). Augustin, dans son Commentaire sur le Psaume 148 et dans le Sermon 362, développe longuement cette idée de la « vie cachée » : pour lui, le chrétien vit dans une sorte d’hiver spirituel où la sève est invisible mais réelle, en attendant le printemps de la parousie où « quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi vous paraîtrez avec lui dans la gloire ». Cette métaphore végétale d’Augustin éclaire le paradoxe pascal : la résurrection est déjà accomplie en nous, mais demeure imperceptible au monde.
Le texte alternatif, 1 Corinthiens 5,6b-8, déploie une tout autre métaphore — celle du levain et de la Pâque juive — mais converge vers la même affirmation pascale. Paul écrit aux Corinthiens dans un contexte de crise morale (un cas d’inceste toléré par la communauté), et utilise la symbolique pascale pour appeler à la purification. Le « vieux levain » (palaia zymē) représente les pratiques corrompues de l’ancienne existence. La référence est directement rituelle : avant la fête de Pesach, les familles juives procédaient à la recherche et à l’élimination de tout levain dans la maison (bedikat chametz), un rite de purification que Paul transpose dans le registre moral. L’affirmation centrale — « notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ » (to pascha hēmōn etythē Christos) — est l’une des plus anciennes identifications typologiques du Nouveau Testament, rattachant directement la mort du Christ au sacrifice de l’agneau pascal d’Exode 12.
Cette identification Christ/agneau pascal est un carrefour intertextuel majeur. Elle relie Exode 12 (l’agneau dont le sang protège les maisons d’Israël), Isaïe 53,7 (le serviteur « comme un agneau conduit à l’abattoir »), Jean 1,29 (« Voici l’agneau de Dieu »), Jean 19,36 (« pas un os ne lui sera brisé », citation d’Ex 12,46), 1 Pierre 1,19 (« le sang précieux du Christ, comme d’un agneau sans défaut ») et Apocalypse 5,6 (l’Agneau immolé debout au milieu du trône). Jérôme, dans son Commentaire sur l’épître aux Éphésiens (et dans plusieurs lettres), souligne que Paul ne dit pas « le Christ est comme notre agneau pascal » mais « notre agneau pascal a été immolé, c’est le Christ » : l’identification est directe, sans comparaison atténuante. La Pâque juive trouve son accomplissement non par abolition mais par transfiguration dans la mort du Christ. Ambroise de Milan, dans son traité De Sacramentis (IV, 3), développe ce thème en montrant que le pain azyme (sans levain) de la Pâque devient le pain eucharistique de la communauté chrétienne : le passage du rite juif au sacrement chrétien s’opère par le mystère pascal lui-même.
L’opposition finale entre « les ferments de la perversité et du vice » (en zymē kakias kai ponērias) et « le pain sans levain de la droiture et de la vérité » (en azymois eilikrinias kai alētheias) montre que pour Paul, la Pâque n’est pas un souvenir annuel mais un mode d’existence permanent. Le verbe « célébrons la fête » (heortazōmen) est au subjonctif présent, indiquant une action continue : toute la vie chrétienne est une fête pascale. Ce texte, lu en contrepoint d’Actes 10 et de Jean 20, rappelle que la résurrection n’est pas seulement un fait historique à proclamer (Actes) ou un mystère à découvrir (Jean), mais une réalité éthique à vivre dans la purification et la vérité.
🔥 Contempler
Grâce à demander Donne-moi, Seigneur, un désir ardent des réalités d’en haut, là où tu m’attends déjà.
Composition de lieu Je m’imagine dans une maison dont les fenêtres s’ouvrent vers le ciel du matin de Pâques. La lumière entre obliquement, dorée, silencieuse. En bas, le bruit du monde reprend. Mais quelque chose en moi sait que ma vie réelle n’est pas là où l’agitation me tire — elle est cachée, comme un trésor enfoui dans la clarté de Dieu.
Méditation Votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quelle étrange promesse. Non pas que ma vie soit effacée, mais qu’elle soit gardée en lieu sûr, à l’abri des ravages du temps et de mes propres défaillances. Je ne me possède pas — je suis possédé par une Présence qui me précède.
Paul invite à un mouvement du regard : cesser de fixer ce qui passe, lever les yeux vers ce qui demeure. Non par mépris du réel, mais par discernement de ce qui est vraiment réel. Le Christ ressuscité est la mesure de toute chose.
Je reste un moment dans ce silence : ma vie cachée avec toi, Seigneur. Rien ne peut l’atteindre. Quand tu paraîtras, cette vie sera révélée — et ce sera ma gloire, non la mienne propre, mais celle que tu m’auras donnée en partage.
📖 2e lecture — 1 Co 5, 6b-8 ↗
Lire le texte — 1 Co 5, 6b-8
Frères, ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ. Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité. – Parole du Seigneur.
📘 Comprendre
Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
Ressuscités Avec Le Christ
Tout d’abord, il faut nous habituer au vocabulaire de saint Paul ; par exemple, nous pouvons être un peu surpris d’entendre : « Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ… vous êtes passés par la mort ». À vrai dire, si nous sommes là, vous et moi, aujourd’hui, c’est que nous sommes bien vivants… c’est-à-dire pas encore morts… et encore moins ressuscités ! Il faut croire que les mots n’ont pas le même sens pour Paul que pour nous ! Car, pour lui, depuis ce fameux matin de Pâques, plus rien n’est comme avant.
Autre problème de vocabulaire : « Pensez aux réalités d’en-haut, non à celles de la terre. » Il ne s’agit pas, en fait, de choses (qu’elles soient d’en-haut ou d’en-bas), il s’agit de conduites, de manières de vivre… Ce que Paul appelle les « réalités d’en-haut », il le dit dans les versets suivants, c’est la bienveillance, l’humilité, la douceur, la patience, le pardon mutuel… Ce qu’il appelle les réalités terrestres, c’est la débauche, l’impureté, la passion, la cupidité, la convoitise… Notre vie tout entière est dans cette tension : notre transformation, notre résurrection est déjà accomplie en Christ mais il nous reste à égrener cette réalité profonde, très concrètement au long des jours.
Si on continuait la lecture, on trouverait cette expression : « Vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau » (Col 3,10) ; et un peu plus loin « puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. » (Col 3,12). Il me semble que c’est le meilleur commentaire du passage que nous lisons aujourd’hui. « Vous avez revêtu », c’est déjà fait… » revêtez », c’est encore à faire.
Nous retrouvons cette tension dans tout le reste de la prédication de Paul et en particulier dans cette même lettre aux Colossiens : « Vous étiez jadis étrangers à Dieu, et même ses ennemis, par vos pensées et vos actes mauvais. Mais maintenant, Dieu vous a réconciliés avec lui, dans le corps du Christ… Cela se réalise si vous restez solidement fondés dans la foi, sans vous détourner de l’espérance que vous avez reçue en écoutant l’Évangile… que personne ne vous égare par des arguments trop habiles. Menez donc votre vie dans le Christ Jésus, le Seigneur, tel que vous l’avez reçu. Soyez enracinés, édifiés en lui, restez fermes dans la foi, comme on vous l’a enseigné… Prenez garde à ceux qui veulent faire de vous leur proie par une philosophie vide et trompeuse, fondée sur la tradition des hommes, sur les forces qui régissent le monde, et non pas sur le Christ… Dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. » (Col 1,21… 2,12).
Purifiez-Vous Des Vieux Ferments
Il ne s’agit donc pas de vivre une autre vie que la vie ordinaire, mais de vivre autrement la vie ordinaire ; sachant que cet « autrement » est désormais possible, car c’est l’Esprit-Saint qui nous en rend capables. Le même Paul dira à peine plus loin, dans cette même lettre : « Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père. » (Col 3,17). C’est ce monde-ci qui est promis au Royaume, il ne s’agit donc pas de le mépriser mais de le vivre déjà comme la semence du Royaume. Il n’est pas question de dénigrer les réalités terrestres ! Dieu nous les a confiées, au contraire, à nous de les transfigurer.
C’est dans cet esprit que Paul nous invite à être une pâte nouvelle : « Purifiez-vous donc des vieux ferments et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. » Ici, il fait allusion au rite des Azymes ; chaque année, au moment où l’on s’apprête à partager l’agneau pascal, on prend bien soin de nettoyer les maisons de toute trace du levain de la récolte de l’année dernière ; le repas de la nuit pascale (le seder) est accompagné de galettes de pain non levé (le pain azyme) et dans la semaine qui suit on continue à manger du pain sans levain en attendant d’avoir pu laisser fermenter le levain nouveau.
Les deux rites de l’agneau pascal et des Azymes étaient liés dans la célébration de la Pâque ; et Paul les lie dans son raisonnement : « Purifiez-vous des vieux ferments… notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ. » Paul fait donc référence à toute la symbolique de la fête pascale juive et il l’applique à la Pâque des chrétiens ; il n’a pas une seconde l’impression de changer le sens de la fête juive en parlant de la Pâque du Christ : au contraire, il voit dans la Résurrection du Christ le parfait achèvement du combat de libération que rappelait chaque année la Pâque juive.
Pour Paul, c’est une évidence : en Jésus l’ancienne fête des Azymes n’a pas perdu sa signification ; au contraire, elle trouve son sens plénier : la Pâque des chrétiens est bien la fête de la libération, mais, désormais, la libération est définitive. Par sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ a triomphé des pires chaînes, celles de la mort et de la haine. Et cette libération est contagieuse ; comme dit Paul, « un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ». L’Esprit qui poursuit son œuvre dans le monde fera irrésistiblement « lever » comme une pâte l’humanité tout entière.
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Les 2 Livres de Samuel s’occupent de la période durant laquelle deux événements importants se déroulent en Israël : l’un est l’apparition du prophétisme avec l’émergence de Samuel comme prophète pour tout le peuple d’Israël, l’autre est l’institution de la royauté.
Ainsi le 1er Livre commence immédiatement avec l’entrée en scène de Samuel, et le 2nd se termine juste à la veille du tansfert de la royauté de David à son fils Salomon, dans le cadre d’une succession dynastique.
Ce qui est en jeu dans ces 2 Livres, c’est, d’une part, la survivance et la stabilité d’Israël en tant que peuple unifié et nation, et, d’autre part, la continuité de la compréhension que ce peuple a de lui-même comme “peuple de Dieu”, porteur de la promesse de Dieu à Abraham et de l’Alliance conclue à l’époque de Moïse.
Ces Livres traitent successivement :
- du changement qui se produit en Israël, lié à l’apparition de Samuel et au rôle que l’on veut faire jouer à l’Arche d’alliance (1 Samuel, 1, 1 - 7, 17),
- de l’avènement de la royauté avec le choix de Saül (1 Samuel, 8, 1 - 12, 25),
- de la lente stabilisation de la royauté avec la décadence de Saül et la montée de David (1 Samuel, 13, 1 - 2 Samuel, 5, 10),
- de la centralisation du royaume sur Jérusalem (2 Samuel, 5, 11 - 12, 31),
- des essais infructueux pour renverser David (2 Samuel, 13, 1 - 20, 25),
- de la préparation par David de sa succession (2 Samuel, 21, 1 - 24, 25).
Notre passage fait toujours partie de la 4ème section des Livres de Samuel (2 Samuel, 5, 11 - 12, 31), où nous rejoignons David bien installé dans Jérusalem, où il tente de centraliser tout le pouvoir.
Il y a fait venir l’Arche de Dieu, il y a entendu la prophétie de Nathan sur l’avenir promis à sa dynastie que Dieu bénit, il continue de mener des campagnes militaires victorieuses (2 Samuel 5, 11- 10, 19), mais cela n’empêche pas que des difficultés et des conflits commencent de surgir, que David vient de se montrer capable de se créer lui-même, en s’étant rendu coupable d’un adultère doublé d’un meurtre, ce dont le Seigneur lui annonce ici les conséquences.
Message
Suite à son péché, David reçoit la visite du prophète Nathan, que lui envoie le Seigneur.
C’est par une parabole que Nathan commence son message en faisant réagir David à une situation aussi scandaleuse que celle dont il s’est rendu coupable en ordonnant le meurtre de Urie le Hittite suite à son adultère commis avec l’épouse de cet homme.
Quand le roi réagit avec colère suite au récit de Nathan, le prophète lui reproche son péché par une accusation on ne peut plus directe, lui rappelle à ce propos tout ce que Dieu a fait pour lui, de façon à souligner l’horreur de son crime, et lui annonce que, désormais, il connaîtra des malheurs de plus en plus nombreux au sein de sa propre famille, malheurs qui d’ailleurs le frapperont au vu et au su de tout le monde.
David avoue alors son péché, pour s’entendre dire que Dieu lui pardonne sa faute, mais avec, comme sanction immédiate, la mort de l’enfant né de son adultère meurtrier, décès qu’il ne pourra empêcher malgré une très intense supplication qu’il fait monter vers le Seigneur.
Decouvertes
L’implication de la parabole de Nathan est de faire dire à David qu’il est coupable et qu’il mérite la sanction qu’il a lui-même prononcée à l’encontre du “riche” de la parabole qu’il vient d’entendre.
David est en fait accusé d’avoir méprisé le Seigneur, en perpétrant son forfait.
Il existe d’autres paraboles dans l’Ancien Testament : l’apologue de Yotam en Juges, 9, 8 - 15, le chant de la vigne en Isaïe, 5, 1 - 7, l’épine et le cèdre en 2 Rois, 14, 9.
On s’est demandé si ce très beau texte n’avait pas été ajouté par la suite au récit du péché de David. En effet, le verset 15b s’inscrit tout-à-fait normalement à la suite de 11, 27, et, d’autre part, aux versets 16 et suivants, on a l’impression que David ne semble pas connaître la sentence de mort portée contre son enfant.
Il semble également pour certains que les thèmes du repentir et du pardon du verset 13, ainsi que l’interprétation de la parabole de Nathan aux versets 7b - 12 sont une réflexion sur la suite du règne de David et l’avenir de sa dynastie, qui a survécu de façon remarquable aux drames familiaux qui vont suivre notre page, signe que David a été pardonné.
Les malheurs annoncés dans la prophétie de Nathan se réalisent : trois fils de David mourront de mort violente, Amnon, Absalon, Adoniyya, en accomplissement de 10, 10, et la prédiction de Nathan, concernant le Harem de David devient l’événement raconté en 16, 22.
Prolongement
Le psaume 51, attribué à David, et faisant explicitement mention de son péché et et de ses circonstances (51,1 - 2), est un magnifique aveu du péché, et une magnifique sollicitation du pardon de Dieu par le pécheur qui se tourne humblement vers lui.
Notre péché, c’est le Christ qui l’a pris sur lui et l’a porté, en accomplissement du grand poème prophétique du serviteur souffrant d’Isaïe, 52, 13 - 53, 12 :
Isaïe, 53
53 2 Comme un surgeon il a grandi devant lui, comme une racine en terre aride; sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits;
53 3 objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu’un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n’en faisions aucun cas.
53 4 Or ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié.
53 5 Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison.
53 6 Tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin, et Yahvé a fait retomber sur lui nos fautes à tous.
53 7 Maltraité, il s’humiliait, il n’ouvrait pas la bouche, comme l’agneau qui se laisse mener à l’abattoir, comme devant les tondeurs une brebis muette, il n’ouvrait pas la bouche.
53 8 Par contrainte et jugement il a été saisi. Parmi ses contemporains, qui s’est inquiété qu’il ait été retranché de la terre des vivants, qu’il ait été frappé pour le crime de son peuple?
53 9 On lui a donné un sépulcre avec les impies et sa tombe est avec le riche, bien qu’il n’ait pas commis de violence et qu’il n’y ait pas eu de tromperie dans sa bouche.
53 10 Yahvé a voulu l’écraser par la souffrance; s’il offre sa vie en sacrifice expiatoire, il verra une postérité, il prolongera ses jours, et par lui la volonté de Yahvé s’accomplira.
53 11 A la suite de l’épreuve endurée par son âme, il verra la lumière et sera comblé. Par sa connaissance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes en s’accablant lui-même de leurs fautes.
53 12 C’est pourquoi il aura sa part parmi les multitudes, et avec les puissants il partagera le butin, parce qu’il s’est livré lui-même à la mort et qu’il a été compté parmi les criminels, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les criminels.
Relire également, entre autres, quelques textes de Paul :
2 Corinthiens 5
5 20 Nous sommes donc en ambassade pour le Christ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ: laissez-vous réconcilier avec Dieu.
5 21 Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu.
Romains 5
5 6 C’est en effet alors que nous étions sans force, c’est alors, au temps fixé, que le Christ est mort pour des impies; —
5 7 à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir; —
5 8 mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous.
5 9 Combien plus, maintenant justifiés dans son sang, serons-nous par lui sauvés de la colère.
5 10 Si, étant ennemis, nous fûmes réconciliés à Dieu par la mort de son Fils, combien plus, une fois réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie,
🙏 Seigneur Jésus, renouvelle en moi la proclamation de ta Bonne Nnouvelle et le témoignage que je dois lui apporter, afin que tous découvrent, au fil de mes paroles et à travers mes comportements de disciple, que je ne veux connaître et révéler que toi-même, “Jésus Christ crucifié, scandale pour les Juifs, et folie pour les païens”, mais puissance et sagesse de Dieu pour tous ceux qui t’accueillent et croient en toi. AMEN.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Paul s’adresse à la communauté de Corinthe en recourant à une image profondément ancrée dans la mémoire liturgique d’Israël : le rite des pains sans levain (Exode 12-13). Dans la tradition juive, le levain symbolisait la corruption morale et l’ancienne vie, et sa suppression avant la Pâque exprimait une rupture radicale avec le passé. Paul opère une relecture christologique décisive : le Christ est l’agneau pascal immolé (cf. Jn 19, 36 ; Is 53), et sa mort-résurrection inaugure une Pâque nouvelle et définitive.
L’exhortation est de nature baptismale et eucharistique : les chrétiens sont déjà la pâte nouvelle, les azymes du Royaume, en vertu du mystère pascal. Mais cette réalité ontologique exige une conversion morale continue — purifier les « vieux ferments » de la perversité. Il s’agit d’une tension paulinienne classique entre l’indicatif (ce que vous êtes en Christ) et l’impératif (vivez donc en conséquence).
Saint Augustin voit dans ce passage une exhortation à l’unité ecclésiale : « Vous êtes la pâte, le Christ est le pain ; devenez ce que vous avez reçu » (Sermons 227). De son côté, saint Cyrille d’Alexandrie souligne que la suppression du vieux levain désigne le renoncement aux passions héritées du vieil Adam, mort et enseveli avec le Christ au baptême.
Contexte liturgique pascal : ce texte éclaire le sens profond de la Vigile — nuit de passage, de purification et de naissance à une vie sans corruption.
🔥 Contempler
Grâce à demander Seigneur, purge en moi le vieux levain et fais de moi une pâte neuve, capable de célébrer ta Pâque dans la vérité.
Composition de lieu Je suis dans une cuisine de fête, la veille de la Pâque. L’air sent la farine et le pain qui lève. Sur la table, deux pâtes : l’une gonflée de levain ancien, l’autre blanche et simple, sans ferments. À côté, l’agneau immolé. Je tiens dans mes mains un peu de pâte — elle est chaude, malléable, elle attend d’être façonnée.
Méditation Paul parle à des chrétiens qui tolèrent en eux — et entre eux — quelque chose qui corrompt tout, comme le levain imprègne toute la pâte. Un peu de complaisance, de duplicité, de vice accepté : cela suffit. La Pâque exige un nettoyage intérieur, non par scrupule, mais par cohérence avec ce qui s’est accompli.
Notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ. Cette phrase me frappe d’une lumière directe. La Pâque n’est plus un mémorial — elle est présente, accomplie, réelle. Et moi, je suis cette pâte nouvelle que le sacrifice du Christ a rendue possible.
La question n’est pas : ai-je péché ? mais : est-ce que je veux être neuf ? Est-ce que j’accepte de laisser tomber ce vieux ferment qui me tient à l’étroit, pour entrer dans la droiture et la vérité — non comme un idéal lointain, mais comme ma demeure actuelle ?
Célébrons la Fête. Avec joie. Avec légèreté. Avec la liberté de ceux qui ont été rachetés.
📖 sequence — ↗
Lire le texte —
À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange. L’Agneau a racheté les brebis ; le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père. La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne. « Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? » « J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité. J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements. Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée. » Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts. Roi victorieux, prends-nous tous en pitié ! Amen.
✝️ Évangile — Jn 20, 1-9 ↗
Lire le texte — Jn 20, 1-9
Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. – Acclamons la Parole de Dieu. Au lieu de cet Évangile, on peut lire celui qui a été lu à la Veillée pascale. Pour la messe du soir de Pâques, on peut aussi lire l’évangile ci-dessous :
📘 Comprendre
Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
Le Tombeau Vide
Jean note qu’il faisait encore sombre : la lumière de la Résurrection a troué la nuit ; on pense évidemment au Prologue du même évangile de Jean : « La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée (littéralement ‘saisie’) » au double sens du mot « saisir », qui signifie à la fois « comprendre » et « arrêter » ; les ténèbres n’ont pas compris la lumière, parce que, comme dit Jésus également chez saint Jean « le monde ne peut recevoir l’Esprit de vérité » (Jn 14,17) ; ou encore : « la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière » (Jn 3,19) ; mais, malgré tout, les ténèbres ne pourront pas l’arrêter, au sens de l’empêcher de briller ; c’est toujours saint Jean qui nous rapporte la phrase qui dit la victoire du Christ : « Moi, je suis vainqueur du monde ! » (Jn 16,33).
Donc, « alors que ce sont encore les ténèbres », Marie de Magdala voit que la pierre a été enlevée du tombeau ; elle court trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, (on suppose qu’il s’agit de Jean lui-même) et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Évidemment, les deux disciples se précipitent ; vous avez remarqué la déférence de Jean à l’égard de Pierre ; Jean court plus vite, il est plus jeune, probablement, mais il laisse Pierre entrer le premier dans le tombeau.
« Pierre entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. » Leur découverte se résume à cela : le tombeau vide et les linges restés sur place ; mais quand Jean entre à son tour, le texte dit : « C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit et il crut. » Pour saint Jean, ces linges sont des pièces à conviction : ils prouvent la Résurrection ; au moment même de l’exécution du Christ, et encore bien longtemps après, les adversaires des chrétiens ont répandu le bruit que les disciples de Jésus avaient tout simplement subtilisé son corps. Saint Jean répond : ‘Si on avait pris le corps, on aurait pris les linges aussi ! Et s’il était encore mort, s’il s’agissait d’un cadavre, on n’aurait évidemment pas enlevé les linges qui le recouvraient.’
Ces linges sont la preuve que Jésus est désormais libéré de la mort : ces deux linges qui l’enserraient symbolisaient la passivité de la mort. Devant ces deux linges abandonnés, désormais inutiles, Jean vit et il crut ; il a tout de suite compris. Quand Lazare avait été ramené à la vie par Jésus, quelques jours auparavant, il était sorti lié ; son corps était encore prisonnier des chaînes du monde : il n’était pas un corps ressuscité ; Jésus, lui, sort délié : pleinement libéré ; son corps ressuscité ne connaît plus d’entrave.
La dernière phrase est un peu étonnante : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »
Croire Pour Entrer Dans L’Intelligence Des Écritures
Jean a déjà noté à plusieurs reprises dans son évangile qu’il a fallu attendre la Résurrection pour que les disciples comprennent le mystère du Christ, ses paroles et son comportement. Au moment de la Purification du Temple, lorsque Jésus avait fait un véritable scandale en chassant les vendeurs d’animaux et les changeurs, l’évangile de Jean dit : « Quand il (Jésus) se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite. » (Jn 2,22). Même chose lors de son entrée triomphale à Jérusalem, Jean note : « Cela, ses disciples ne le comprirent pas sur le moment ; mais, quand Jésus fut glorifié, ils se rappelèrent que l’Écriture disait cela de lui : c’était bien ce qu’on lui avait fait. » (Jn 12,16).
Mais soyons francs : vous ne trouverez nulle part dans toute l’Écriture une phrase pour dire que le Messie ressuscitera. Au bord du tombeau vide, Pierre et Jean ne viennent donc pas d’avoir une illumination comme si une phrase précise, mais oubliée, de l’Écriture revenait tout d’un coup à leur mémoire ; mais, d’un trait, c’est l’ensemble du plan de Dieu qui leur est apparu ; comme dit saint Luc à propos des disciples d’Emmaüs, leurs esprits se sont ouverts à « l’intelligence des Écritures ».
« Il vit et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts… » C’est parce que Jean a cru que l’Écriture s’est éclairée pour lui : jusqu’ici combien de choses de l’Écriture lui étaient demeurées obscures ; mais parce que, tout d’un coup, il donne sa foi, sans hésiter, alors tout devient clair : il relit l’Écriture autrement et elle lui devient lumineuse. L’expression « il fallait » dit cette évidence. Comme disait saint Anselme, il ne faut pas comprendre pour croire, il faut croire pour comprendre.
À notre tour, nous n’aurons jamais d’autre preuve de la Résurrection du Christ que ce tombeau vide… Dans les jours qui suivent, il y a eu les apparitions du Ressuscité. Mais aucune de ces preuves n’est vraiment contraignante… Notre foi devra toujours se donner sans autre preuve que le témoignage des communautés chrétiennes qui l’ont maintenue jusqu’à nous. Mais si nous n’avons pas de preuves, nous pouvons vérifier les effets de la Résurrection : la transformation profonde des êtres et des communautés qui se laissent habiter par l’Esprit, comme dit Paul, est la plus belle preuve que Jésus est bien vivant !
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Éclairage exégétique — Synthèse IA
L’évangile de Jean 20,1-9 est un chef-d’œuvre de narration théologique où chaque détail est porteur de sens. Le récit s’ouvre par une notation temporelle solennelle : « le premier jour de la semaine » (tē mia tōn sabbatōn), expression qui deviendra le nom chrétien du dimanche — le jour de la résurrection qui inaugure une création nouvelle. Le « premier jour » fait écho à Genèse 1,1-5 : de même que Dieu sépara la lumière des ténèbres au premier jour, de même la résurrection est un acte créateur qui sépare définitivement la vie de la mort. L’insistance sur les ténèbres (skotias eti ousēs — « c’était encore les ténèbres ») est typiquement johannique : dans le quatrième évangile, la ténèbre n’est pas seulement une indication horaire mais un symbole théologique de l’incompréhension et de l’absence de foi (cf. Jn 1,5 ; 3,19 ; 13,30 — « il faisait nuit » au moment de la sortie de Judas). Marie Madeleine vient au tombeau dans les ténèbres de l’incompréhension ; la lumière de la foi ne se lèvera qu’à la fin du récit.
Marie Madeleine (Maria hē Magdalēnē) est la première au tombeau dans les quatre évangiles, un fait remarquable étant donné que le témoignage féminin n’avait pas de valeur juridique dans le monde juif du Ier siècle. Le critère d’embarras historique (les premiers chrétiens n’auraient pas inventé un témoignage féminin s’il n’était pas ancré dans le souvenir réel) est souvent invoqué en faveur de l’historicité de cette tradition. Chez Jean, Marie constate l’absence : « la pierre a été enlevée » (ērmenon ton lithon). Elle ne voit pas d’ange, ne reçoit pas de message ; elle tire la conclusion la plus naturelle : « On a enlevé le Seigneur » (ēran ton kyrion). Le verbe airō (enlever, emporter) appartient au registre du vol ou du déplacement, non de la résurrection. Marie est encore dans les ténèbres interprétatives. Le pluriel « nous ne savons pas » (ouk oidamen) laisse deviner la présence d’autres femmes, trace probable d’une tradition synoptique que Jean a condensée sur la seule figure de Marie Madeleine.
La course de Pierre et du « disciple que Jésus aimait » est racontée avec une précision quasi cinématographique. Les deux courent ensemble (etrechon hoi dyo homou), mais le disciple bien-aimé court plus vite (proedrame tachion) et arrive le premier. Il se penche (parakypas), voit les linges (ta othonia), mais n’entre pas. Pierre arrive, entre, et voit les linges et le suaire (to soudarion) « roulé à part à sa place » (eis hena topon entetyligmenon). Puis le disciple bien-aimé entre, « il vit et il crut » (eiden kai episteusen). Cette séquence a suscité d’innombrables commentaires. La disposition ordonnée des linges exclut le vol (des voleurs n’auraient pas pris le temps de ranger les bandelettes). Le suaire « roulé à part » (chōris) suggère non pas un arrachement violent mais un abandon paisible : le corps ressuscité a quitté ses enveloppes mortuaires sans les déranger, comme un papillon sort de sa chrysalide.
Le contraste entre Pierre et le disciple bien-aimé a fait couler beaucoup d’encre exégétique. Origène, dans son Commentaire sur l’évangile de Jean (fragment du livre X), interprète la course comme une allégorie : le disciple bien-aimé représente la contemplation (theōria) qui va plus vite que l’action (praxis) représentée par Pierre, mais la contemplation s’incline devant l’autorité pastorale et laisse Pierre entrer le premier. Cette lecture, devenue classique, n’épuise pas le sens du texte mais pointe vers une dimension réelle : chez Jean, l’amour (le disciple « que Jésus aimait ») possède une acuité perceptive que l’autorité institutionnelle seule ne confère pas. Pourtant, c’est bien après Pierre que le disciple bien-aimé entre et croit — la foi naît dans un espace où l’autorité apostolique et l’intuition de l’amour convergent.
La phrase « il vit et il crut » (eiden kai episteusen) est le sommet du récit. Le verbe eidō (voir), ici à l’aoriste, désigne une perception qui dépasse la simple observation physique : ce disciple ne voit que des linges vides et un suaire plié, mais il accède, à travers ces signes d’absence, à la réalité de la résurrection. Cyrille d’Alexandrie, dans son Commentaire sur l’évangile de Jean (livre XII), souligne que le disciple bien-aimé est le premier à croire en la résurrection sans avoir vu le Ressuscité — il croit sur la base d’un tombeau vide et de linges abandonnés. Cyrille y voit le paradigme de la foi de l’Église : croire sans voir le Christ en personne, sur la base des signes qu’il a laissés. Ce thème sera explicité par Jésus lui-même en Jn 20,29 : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
La remarque finale — « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait (dei) que Jésus ressuscite d’entre les morts » — introduit le thème de la nécessité scripturaire. Le verbe dei (il faut, il est nécessaire) exprime chez Luc et Jean non une fatalité aveugle mais le dessein salvifique de Dieu inscrit dans les Écritures. Le texte ne précise pas quelle Écriture : Osée 6,2 (« le troisième jour il nous relèvera »), le Psaume 16,10 (« tu ne laisseras pas ton fidèle voir la corruption »), Jonas 2,1 (trois jours dans le ventre du poisson), Isaïe 53 (le Serviteur souffrant exalté après sa mort) sont les candidats les plus souvent avancés. Ce flou est peut-être volontaire : ce n’est pas un verset isolé qui annonce la résurrection, mais la dynamique entière de l’Écriture — ce que le Ressuscité lui-même expliquera aux disciples d’Emmaüs (Lc 24,27). Jean 20,1-9 laisse le lecteur au seuil de la foi : les ténèbres initiales se sont dissipées, un disciple a cru, mais le Ressuscité ne s’est pas encore montré. La plénitude des apparitions viendra après, mais le texte pascal invite à ce premier acte de foi, celui qui naît devant un tombeau vide et des linges pliés — la foi qui discerne la vie là où tout parle encore de mort.
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Le récit d’Emmaüs (Lc 24,13-35), proposé comme évangile alternatif pour la messe du soir de Pâques, est l’un des plus beaux textes narratifs du Nouveau Testament et une catéchèse lucanienne sur la manière dont le Ressuscité se donne à reconnaître. La structure du récit est celle d’un itinéraire : départ de Jérusalem dans la tristesse et l’incompréhension, marche avec un inconnu qui ouvre les Écritures, reconnaissance dans la fraction du pain, retour à Jérusalem dans la joie. Ce mouvement aller-retour reproduit en miniature le schéma pascal lui-même : descente dans la mort (éloignement de Jérusalem, lieu de la Passion) et remontée dans la vie (retour à Jérusalem, lieu de la communauté pascale). Le chiffre de « deux heures de marche » (littéralement « soixante stades », environ onze kilomètres) donne au récit une durée réaliste : assez de temps pour un long entretien et une exégèse de « Moïse et tous les Prophètes ».
L’expression « leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître » (hoi de ophthalmoi autōn ekratounto tou mē epignōnai auton) est théologiquement capitale. Le passif divin (ekratounto, « étaient retenus ») suggère que c’est Dieu lui-même qui empêche provisoirement la reconnaissance, non pour tourmenter les disciples, mais pour ménager un chemin pédagogique : ils doivent d’abord comprendre par les Écritures avant de reconnaître par les yeux. Grégoire le Grand, dans ses Homélies sur l’Évangile (Homélie 23), commente admirablement : « Le Seigneur se rendait visible à leurs yeux corporels, mais il se cachait aux yeux de leur esprit, afin qu’ils apprennent d’abord par la parole ce qu’ils verraient ensuite par la présence. » Pour Grégoire, toute la scène d’Emmaüs est un paradigme de la vie chrétienne : nous marchons avec un Christ que nous ne reconnaissons pas encore pleinement, mais qui nous instruit par sa Parole en attendant de se révéler dans le sacrement.
Le résumé christologique que les deux disciples font à l’inconnu est un condensé de désillusion : « un prophète puissant… nous espérions… mais voici le troisième jour ». L’imparfait « nous espérions » (ēlpizomen) est déchirant — il conjugue l’espérance au passé, comme une chose finie. Les disciples avaient une christologie politique (« celui qui allait délivrer Israël », ho mellōn lytrousthai ton Israēl), et la croix l’a brisée. Ils connaissent les faits — tombeau vide, vision d’anges, témoignage des femmes — mais ces faits restent pour eux des énigmes sans clé interprétative. La réponse de Jésus est une réprimande (« esprits sans intelligence », anóētoi) suivie d’une herméneutique : « partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta (diērmēneusen) dans toute l’Écriture ce qui le concernait ». Le verbe diērmēneuō (interpréter, expliquer) donne le mot « herméneutique » : Jésus est ici le premier exégète chrétien, celui qui enseigne à lire l’Ancien Testament à la lumière du mystère pascal.
La question « Ne fallait-il pas (ouchi tauta edei) que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » renverse la logique des disciples. Pour eux, la souffrance contredit la messianité ; pour Jésus, elle en est le chemin nécessaire (edei, même verbe de nécessité divine qu’en Jn 20,9). Cette « nécessité » n’est pas un fatalisme : elle exprime la cohérence profonde du dessein de Dieu, où l’amour va jusqu’au bout du don de soi. La théologie de la « gloire par la croix » traverse tout le Nouveau Testament (Ph 2,6-11 ; Hé 2,9-10 ; 1 P 1,11) et trouve ici son expression narrative la plus limpide. Origène, dans ses Homélies sur Luc (Homélie 10 sur le fragment conservé, et Contra Celsum II, 64), insiste sur le fait que cette exégèse christologique de l’Ancien Testament n’est pas un placage arbitraire mais le dévoilement d’un sens objectivement présent dans les textes, que la résurrection a rendu lisible : « Ce que les prophètes avaient dit en énigmes, la résurrection l’a dit en pleine lumière. »
La scène du repas est le sommet du récit. Les quatre verbes — « ayant pris le pain (labōn ton arton), il prononça la bénédiction (eulogēsen), l’ayant rompu (eklasen), il le leur donna (epedidou) » — reproduisent exactement la séquence de l’institution eucharistique (Lc 22,19) et de la multiplication des pains (Lc 9,16). Luc établit ainsi une continuité sacramentelle : le geste du Ressuscité à Emmaüs est le même que celui du Jésus terrestre à la Cène et sur la montagne. « Alors leurs yeux s’ouvrirent » (diēnoichthēsan hoi ophthalmoi) : le verbe dianoigō rappelle Genèse 3,7 (LXX), où les yeux d’Adam et Ève « s’ouvrirent » après la chute. Emmaüs est une anti-chute : à Éden, les yeux s’ouvrent sur la nudité et la honte ; à Emmaüs, ils s’ouvrent sur la présence du Ressuscité. Mais aussitôt reconnu, Jésus « disparut à leurs regards » (aphantos egeneto), signifiant que le mode de présence du Ressuscité n’est plus celui de la visibilité physique permanente mais celui du sacrement et de la Parole.
La phrase « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous (ouchi hē kardia hēmōn kaiomenē ēn) tandis qu’il nous ouvrait les Écritures ? » est une relecture rétrospective qui donne la clé de toute expérience chrétienne de la Parole. Le « cœur brûlant » n’est pas un sentimentalisme mais le signe d’une action de l’Esprit : Jérémie parlait déjà d’un « feu enfermé dans mes os » (Jr 20,9). Ambroise de Milan, dans son Expositio Evangelii secundum Lucam (livre X), commente que la « fraction du pain » est inséparable de l’« ouverture des Écritures » : les deux tables — celle de la Parole et celle de l’Eucharistie — constituent ensemble le lieu où le Ressuscité se laisse reconnaître. Cette double structure (liturgie de la Parole puis liturgie eucharistique) est précisément celle de la messe chrétienne, et de nombreux exégètes (J.-N. Aletti, F. Bovon) voient dans le récit d’Emmaüs une catéchèse mystagogique, c’est-à-dire une initiation au sens de la liturgie destinée aux néophytes baptisés dans la nuit pascale.
Le retour immédiat à Jérusalem (« à l’instant même, ils se levèrent ») clôt la structure narrative par un mouvement inverse : les disciples ne gardent pas pour eux la découverte, ils rejoignent la communauté. La foi pascale est ecclésiale par nature. En arrivant, ils découvrent que la communauté possède déjà la même certitude : « Le Seigneur est réellement ressuscité, il est apparu à Simon-Pierre. » L’adverbe ontōs (« réellement, vraiment ») est un acte de foi communautaire qui précède et encadre le témoignage individuel. Les récits personnels (Emmaüs, Pierre) se confirment mutuellement. Le Ressuscité « s’est fait reconnaître par eux à la fraction du pain » (en tē klasei tou artou) : cette dernière phrase, qui donne à l’Eucharistie son nom le plus ancien (cf. Ac 2,42), signifie que pour Luc, la présence du Ressuscité n’est pas un souvenir du passé mais une réalité sacramentelle toujours actuelle, accessible à toute communauté qui « rompt le pain » en mémoire de lui.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Seigneur, donne-moi la grâce de courir vers toi — comme Marie Madeleine, comme Pierre, comme le disciple bien-aimé — et de voir les signes de ta vie là où je ne vois que du vide.
Composition de lieu — « C’était encore les ténèbres. » Le premier jour de la semaine, et il fait noir. Marie Madeleine marche seule vers le tombeau. Sens le froid du petit matin, la rosée sur l’herbe du jardin, l’odeur de la terre humide. Le silence est total — celui d’après la catastrophe. Elle ne vient pas chercher un Ressuscité. Elle vient regarder une tombe. Et elle voit : « la pierre a été enlevée. » Pas une lumière glorieuse. Un trou. Une absence. Quelque chose qui manque.
Méditation — Jean raconte la résurrection comme une enquête. Personne ne voit Jésus ressuscité dans ce texte. Marie voit une pierre enlevée. Pierre voit « les linges, posés à plat ». Le disciple bien-aimé voit « le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place ». Les détails sont étranges, minutieux — ces linges bien rangés, ce suaire « roulé à part ». Comme si quelqu’un s’était levé calmement, sans hâte, avait plié ce qui l’enveloppait et était sorti. Pas une explosion. Pas un coup de tonnerre. Un geste paisible, intime, dans le noir. La résurrection, chez Jean, ressemble à cela : un ordre silencieux dans le lieu de la mort.
Et puis cette course. Marie court vers Pierre et le disciple. Eux courent vers le tombeau. « Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite. » Il y a une urgence, un élan du corps — les jambes qui portent avant que la tête ait compris. Le disciple bien-aimé arrive le premier mais « n’entre pas ». Il attend. Pierre entre — Pierre qui a renié, Pierre qui porte sa honte — et il constate. Et c’est seulement quand le disciple bien-aimé entre à son tour que le texte dit : « Il vit, et il crut. » Voir et croire. Non pas comprendre — Jean précise : « les disciples n’avaient pas compris. » La foi, ce matin-là, précède l’intelligence. Quelque chose se passe dans le regard avant de se passer dans la pensée. Qu’est-ce que tu vois, toi, quand tu regardes les signes — ces linges posés à plat, ce vide qui n’est pas un vide, cette absence qui est une présence ?
Il y a aussi cette notation de Matthieu qu’il faut garder en mémoire, même si on lit Jean ce matin : « Jésus vint à leur rencontre. » Ce n’est pas elles qui le trouvent. C’est lui qui vient. « Je vous salue » — littéralement : « Réjouissez-vous. » Et elles « lui saisirent les pieds ». Elles le touchent. Le Ressuscité se laisse toucher, se laisse saisir. Il n’est pas un fantôme, pas une idée. Il a des pieds. Et il dit : « Soyez sans crainte. » C’est peut-être le premier mot de la résurrection : n’aie pas peur.
Colloque — Jésus, je viens à ton tombeau cette nuit, et je ne sais pas bien ce que j’espère trouver. Peut-être que je suis comme Marie Madeleine — je viens par fidélité, par amour, sans trop croire que quelque chose a changé. Et je trouve du vide. Des linges posés à plat. Un suaire roulé. Apprends-moi à voir ce que le disciple bien-aimé a vu — cet ordre dans le chaos, cette paix dans le tombeau. Et si tu veux venir à ma rencontre sur le chemin du retour, je ne demande qu’une chose : laisse-moi te saisir les pieds.
Question pour la relecture : Où sont les « linges posés à plat » dans ma vie — ces signes discrets, silencieux, que le Christ est passé par ma mort et qu’il en est sorti ?
✝️ Évangile — Lc 24, 13-35 ↗
Lire le texte — Lc 24, 13-35
Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé. Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux. Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. – Acclamons la Parole de Dieu.
📘 Comprendre
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Dans la dernière partie de cet Evangile, cet épisode se situe entre la proclamation du Message de Pâques par les femmes qui ont visité le tombeau de Jésus (23, 56b - 24, 12), et l’envoi en mission des disciples par le Ressuscité, suivi de l’Ascension (24, 36 - 53).
Message
Jésus ressuscité rejoint deux disciples qui s’en retournent chez eux, le 3ème jour après la crucifixion, déçus de ces événements, mais estimant “l’affaire Jésus” terminée.
Interrogés par Jésus, il lui disent comment ils avaient compris sa mission de prophète puissant en actes et en paroles, et dont ils espéraient qu’il serait le Messie attendu, libérateur d’Israël.
Jésus leur explique alors toute la vérité du dessein de Dieu le concernant, à partir des Ecritures, leur présentant une toute “autre” conception du Messie : il fallait qu’il souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire. ce qui ne peut se comprendre que dans la foi.
Invité à passer la nuit chez eux, Jésus se comporte, non pas comme un invité, mais comme le chef de famille qui les acccueille, et procède ainsi à la bénédiction sur le pain, à la façon des Juifs. Ce à quoi, leurs yeux “s’ouvrent”, ils reconnaissent Jésus, qui, immédiatement, disparaît de leur vue.
Convertis au message du Ressuscité, ils repartent aussitôt à Jérusalem, se rendanr compte, après coup seulement, de la profondeur de leur expérience de “cheminement” avec Jésus leur expliquant les Ecritures.
Decouvertes
Seul Jésus, par sa Parole ou par l’Esprit Saint qu’il nous donne, peut nous révéler la vérité totale de son mystère et de sa mission.
Jésus ressuscité se révéle comme accomplissant toute l’Ecriture, la Bible de l’Ancien Testament, expliquée et relue en ses parties essentielles : les Livres attribués à Moïse (la “Loi”), les récits prophétiques de Josué, des livres des Juges de Samuel et des Rois, ainsi que les écrits des Prophètes (les “Prophètes”).
La fin de notre page nous annonce une apparition (nullement décrite par ailleurs) de Jésus ressuscité à Simon Pierre, faisant écho à l’annonce qu’en avait sans doute faite Jésus en Luc, 22, 31 - 32, et au témoignage de Paul en 1 Corinthiens, 15, 5.
Quelques grands thèmes de la théologie de Luc sont repris ici : celui de la foi qui ouvre les yeux, celui de l’hospitalité, et celui du voyage.
Dans l’ensemble des récits sur la résurrection en Luc, cet épisode joue une rôle comparable à celui des 72 disciples envoyés en mission, du vivant de Jésus (10, 1 - 24) : dans les deux cas il s’agit de disciples autres que les Douze, auxquels Jésus va apparaître dans l’épisode suivant. Luc est, en effet, le seul (avec la finale rajoutée à Marc, en Marc, 16, 12) à nous en parler.
Prolongement
Luc a écrit son Evangile pour “Théophile” (Luc, 1, 3 et Actes, 1, 1) et les chrétiens ou communautés de son temps auxquels il s’adressait. Il l’a donc écrit pour nous.
Jésus ressuscité voyage sans cesse avec son Eglise, qu’il accompagne (Matthieu, 28, 20) dans son pélerinage et ses perplexités au coeur du monde, et sans être toujours reconnu par les croyants.
Comme pour les disciples d’Emmaüs, nos coeurs de croyants se “réchauffent” quand nous écoutons les Ecritures qui nous parlent de Jésus.
Mais Jésus lui-même, est discerné par nous, comme nous donnant sa vie et nous transformant intérieurement, lorsqu’il nous partage son “OUI” au Père dans le mystère de sa mort-résurrection, chaque fois que nous refaisons les gestes Eucharistiques de bénédiction sur le pain et la coupe de vin, qu’il nous a laissés, pour qu’en faisant ainsi “mémoire ” de lui, nous entrions dans sa présence vivante de Crucifié-Ressuscité, qui inaugure en nous une existence de ressuscités avec lui (Colossiens, 3, 1 - 5).
🙏 Seigneur Jésus, en nous laissant, pour faire mémoire de toi, les gestes eucharistiques de bénédiction sur le pain et la coupe de vin, tu nous permets de redevenir chaque fois contemporains de cette “Heure” de ton passage au Père en ta mort-résurrection, et de recevoir de toi, de façon toujours renouvelée, le “OUI” suprême de ton obéissance : apprends-moi à te reconnaître et à t’accueillir vraiment dans les célébrations de ton “mémorial”, et aide-moi à me resituer à tes côtés, tout au long de ton Evangile, en faisant miens tes gestes et tes paroles. AMEN.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
L’épisode des disciples d’Emmaüs, propre à Luc, constitue l’un des sommets de la théologie pascale néo-testamentaire. Son architecture est liturgique : il articule deux mouvements que l’Église reconnaîtra comme structure de sa propre célébration — la liturgie de la Parole (interprétation des Écritures) et la liturgie eucharistique (fraction du pain).
Les deux disciples marchent à rebours : ils s’éloignent de Jérusalem, lieu de la résurrection, portant un deuil et une espérance brisée. Leur non-reconnaissance du Ressuscité (v. 16) n’est pas seulement physique ; elle exprime l’opacité du cœur face au mystère de la croix glorieuse. Le Christ les rejoint précisément dans ce chemin de désillusion — pédagogie divine caractéristique de Luc.
La double clé de reconnaissance est décisive : d’abord les Écritures relues depuis Moïse, « il leur ouvrit l’intelligence » ; puis la fraction du pain, geste qui renvoie explicitement à la Cène (Lc 22, 19). Ce n’est qu’à la synaxe complète que les yeux s’ouvrent — et le Seigneur disparaît, car sa présence devient eucharistique.
Saint Grégoire le Grand (Homélie 23 sur l’Évangile) note : « Il feint d’aller plus loin, pour éprouver leur amour » — la charité est condition de la reconnaissance. Origène insiste : la route elle-même est école ; le cœur brûlant est déjà une forme de présence du Ressuscité avant même que les yeux s’ouvrent.
Pour la liturgie pascale, ce récit fonde la structure de la messe et révèle l’Église comme communauté de pèlerins en route vers la pleine vision.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Seigneur, donne-moi la grâce de courir vers toi — comme Marie Madeleine, comme Pierre, comme le disciple bien-aimé — et de voir les signes de ta vie là où je ne vois que du vide.
Composition de lieu — « C’était encore les ténèbres. » Le premier jour de la semaine, et il fait noir. Marie Madeleine marche seule vers le tombeau. Sens le froid du petit matin, la rosée sur l’herbe du jardin, l’odeur de la terre humide. Le silence est total — celui d’après la catastrophe. Elle ne vient pas chercher un Ressuscité. Elle vient regarder une tombe. Et elle voit : « la pierre a été enlevée. » Pas une lumière glorieuse. Un trou. Une absence. Quelque chose qui manque.
Méditation — Jean raconte la résurrection comme une enquête. Personne ne voit Jésus ressuscité dans ce texte. Marie voit une pierre enlevée. Pierre voit « les linges, posés à plat ». Le disciple bien-aimé voit « le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place ». Les détails sont étranges, minutieux — ces linges bien rangés, ce suaire « roulé à part ». Comme si quelqu’un s’était levé calmement, sans hâte, avait plié ce qui l’enveloppait et était sorti. Pas une explosion. Pas un coup de tonnerre. Un geste paisible, intime, dans le noir. La résurrection, chez Jean, ressemble à cela : un ordre silencieux dans le lieu de la mort.
Et puis cette course. Marie court vers Pierre et le disciple. Eux courent vers le tombeau. « Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite. » Il y a une urgence, un élan du corps — les jambes qui portent avant que la tête ait compris. Le disciple bien-aimé arrive le premier mais « n’entre pas ». Il attend. Pierre entre — Pierre qui a renié, Pierre qui porte sa honte — et il constate. Et c’est seulement quand le disciple bien-aimé entre à son tour que le texte dit : « Il vit, et il crut. » Voir et croire. Non pas comprendre — Jean précise : « les disciples n’avaient pas compris. » La foi, ce matin-là, précède l’intelligence. Quelque chose se passe dans le regard avant de se passer dans la pensée. Qu’est-ce que tu vois, toi, quand tu regardes les signes — ces linges posés à plat, ce vide qui n’est pas un vide, cette absence qui est une présence ?
Il y a aussi cette notation de Matthieu qu’il faut garder en mémoire, même si on lit Jean ce matin : « Jésus vint à leur rencontre. » Ce n’est pas elles qui le trouvent. C’est lui qui vient. « Je vous salue » — littéralement : « Réjouissez-vous. » Et elles « lui saisirent les pieds ». Elles le touchent. Le Ressuscité se laisse toucher, se laisse saisir. Il n’est pas un fantôme, pas une idée. Il a des pieds. Et il dit : « Soyez sans crainte. » C’est peut-être le premier mot de la résurrection : n’aie pas peur.
Colloque — Jésus, je viens à ton tombeau cette nuit, et je ne sais pas bien ce que j’espère trouver. Peut-être que je suis comme Marie Madeleine — je viens par fidélité, par amour, sans trop croire que quelque chose a changé. Et je trouve du vide. Des linges posés à plat. Un suaire roulé. Apprends-moi à voir ce que le disciple bien-aimé a vu — cet ordre dans le chaos, cette paix dans le tombeau. Et si tu veux venir à ma rencontre sur le chemin du retour, je ne demande qu’une chose : laisse-moi te saisir les pieds.
Question pour la relecture : Où sont les « linges posés à plat » dans ma vie — ces signes discrets, silencieux, que le Christ est passé par ma mort et qu’il en est sorti ?
🙏 Prier
Dieu de la première aurore et de cette nuit, toi qui sépares la lumière des ténèbres et qui dis sur toute chose : « Cela est bon », toi qui ouvres la mer quand il n’y a plus de chemin, toi qui promets un cœur nouveau quand l’ancien est de pierre,
cette nuit, je me tiens devant le tombeau vide. Je n’ai pas tout compris. Je n’ai pas besoin de tout comprendre. Comme le disciple bien-aimé, je vois — et je choisis de croire.
Fais de moi une créature nouvelle. Que l’homme ancien descende dans l’eau et n’en remonte pas. Que celui qui sort soit vivant de ta vie — cachée, fragile, réelle.
Viens à ma rencontre sur le chemin, toi le Vivant. Dis-moi « sois sans crainte », et apprends-moi à courir pour annoncer ce que j’ai vu : des linges posés à plat, un suaire roulé à part — et toi, absent du tombeau parce que tu es partout ailleurs, devant moi, en Galilée, là où la vie ordinaire m’attend et où tu me précèdes.
Amen.
🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée avec l’évangile du jour
La prière personnelle est un trésor. Mais la foi se vit aussi ensemble.
🕯️ Entrer dans la prière
C’est la nuit. La nuit la plus longue et la plus dense de l’année liturgique. Tu es passé par le Vendredi, par le silence du Samedi Saint — ce vide où Dieu semblait absent. Et maintenant, dans l’obscurité, l’Église te propose de refaire tout le chemin : depuis le premier matin du monde jusqu’à ce matin-ci, où tout recommence.
Les lectures de cette Vigile ne sont pas une anthologie pieuse. Elles sont une seule histoire, racontée à voix haute dans le noir, comme on raconte autour d’un feu. La Création (Genèse 1), c’est Dieu qui sépare la lumière des ténèbres — et cette nuit, il le fait encore. Le sacrifice d’Abraham (Genèse 22), c’est un fils unique rendu à la vie au troisième jour — et tu sais de quel Fils il s’agit. La traversée de la mer (Exode 14), c’est le passage, la Pâque au sens premier : des eaux qui engloutissent et qui libèrent — et ce sont les eaux du baptême. Isaïe appelle : « Vous tous qui avez soif, venez ! » Ézéchiel promet : « Je vous donnerai un cœur nouveau. » Paul dit : « Unis à sa mort, nous le serons aussi à sa résurrection. » Et puis l’Évangile : une pierre roulée, un tombeau vide, des femmes qui courent.
Assieds-toi dans cette nuit. Ne cherche pas tout de suite la lumière. Laisse les ténèbres être ce qu’elles sont : le lieu où Dieu travaille. « Le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux » — il plane aussi au-dessus de toi, maintenant. Écoute.