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Livre de · 40 chapitres

Exode

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Ex 12,1-14
Liturgie · Jeudi saint
AELF · Bible liturgique

1 En ces jours-la, dans le pays d'Egypte,

le SEIGNEUR dit a Moise et a son frere Aaron :

2 « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois,

il marquera pour vous le commencement de l'annee.

3 Parlez ainsi a toute la communaute d'Israel :

le dix de ce mois,

que l'on prenne un agneau par famille,

un agneau par maison.

4 Si la maisonnee est trop peu nombreuse pour un agneau,

elle le prendra avec son voisin le plus proche,

selon le nombre des personnes.

Vous choisirez l'agneau d'apres ce que chacun peut manger.

5 Ce sera une bete sans defaut, un male, de l'annee.

Vous prendrez un agneau ou un chevreau.

6 Vous le garderez jusqu'au quatorzieme jour du mois.

Dans toute l'assemblee de la communaute d'Israel,

on l'immolera au coucher du soleil.

7 On prendra du sang,

que l'on mettra sur les deux montants et sur le linteau

des maisons ou on le mangera.

8 On mangera sa chair cette nuit-la,

on la mangera rotie au feu,

avec des pains sans levain et des herbes ameres.

11 Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins,

les sandales aux pieds,

le baton a la main.

Vous mangerez en toute hate :

c'est la Paque du SEIGNEUR.

12 Je traverserai le pays d'Egypte, cette nuit-la ;

je frapperai tout premier-ne au pays d'Egypte,

depuis les hommes jusqu'au betail.

Contre tous les dieux de l'Egypte

j'exercerai mes jugements :

je suis le SEIGNEUR.

13 Le sang sera pour vous un signe,

sur les maisons ou vous serez.

Je verrai le sang,

et je passerai :

vous ne serez pas atteints par le fleau

dont je frapperai le pays d'Egypte.

14 Ce jour-la sera pour vous un memorial.

Vous en ferez pour le SEIGNEUR une fete de pelerinage.

C'est un decret perpetuel : d'age en age vous la feterez. »

Ex 12,1-14
Commentaire

Notre Surprise Devant Cette Lecture

Nous pouvons etre un peu surpris de lire ce passage du livre de l'Exode le jour ou nous celebrons le Jeudi saint. Dieu exige-t-il des hommes des choses si etranges ? Et pourtant, aujourd'hui encore, les Juifs celebrent leur fete de la Paque en faisant reference a ce texte ; et, d'autre part, c'est dans ce cadre-la, precisement, que Jesus a celebre ce que nous appelons la « Cene », son dernier repas avec ses disciples. D'ou l'interet pour nous de le lire, justement, aujourd'hui.

En meme temps, nous sommes un peu desorientes devant cette lecture qui mele des elements tres divers : est-ce le recit de ce qui s'est passe le dernier soir que les esclaves Hebreux ont passe en Egypte, au temps de Moise, avant le franchissement de la mer Rouge ? Ou bien est-ce une loi liturgique sur la facon de celebrer la Paque en Israel ? D'autant plus que certains mots du texte ne peuvent pas dater du temps de Moise : « On prendra du sang, que l'on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons ou on le mangera » ; « Linteau des portes », « maisons » ne sont pas des mots du vocabulaire des nomades : eux parlent de tentes et de poteaux de tentes. Parler de « maisons » et de « linteaux » suppose un peuple installe.

Notre malaise devant ce texte est normal, car, effectivement, il entremele des evenements disparates. D'une part, le souvenir du sacrifice de printemps que les Hebreux ont celebre le dernier soir de leur presence en Egypte, et, d'autre part, les regles liturgiques qui ont ete mises par ecrit, bien longtemps apres, pour celebrer le souvenir de cette liberation, justement.

Je commence par le sacrifice de printemps : on pense que les Hebreux avaient garde cette coutume de nomades. Au printemps, au moment de la pleine lune, on sacrifiait un animal et on mettait un peu de son sang sur les poteaux des tentes pour chasser les mauvais esprits du desert. Pour cette fete, on demandait au Pharaon la permission de partir trois jours au desert. Mais une annee, pour ne pas se priver de cette precieuse main-d'oeuvre au service de ses grands travaux, Pharaon refusa la fameuse permission. Les Hebreux celebrerent donc leur sacrifice de printemps sur place, en Egypte. C'est cette nuit-la que Dieu intervint pour liberer definitivement son peuple.

Il y a donc eu cet evenement historique au temps de Moise, vers 1200 avant notre ere. Mais le texte que nous lisons aujourd'hui est beaucoup plus tardif : il parle de « maisons » et de « linteaux des portes » parce qu'il s'adresse a un peuple qui n'est plus nomade, qui est installe. On pense qu'il a ete redige en Israel, par des pretres au retour de l'Exil a Babylone, c'est-a-dire vers 500 av. J.-C. les pretres rappellent a leurs contemporains l'evenement fondateur de toute leur histoire, la liberation d'Egypte, et leur enjoignent de le celebrer.

La Force Du Memorial Au Long Des Siecles

« Ce jour-la sera pour vous un memorial. Vous en ferez pour le SEIGNEUR une fete de pelerinage » (Ex 12,14). La Paque juive est donc le Memorial de la liberation d'Egypte et le texte d'aujourd'hui nous dit comment ce Memorial est celebre en Israel depuis le temps du retour d'Exil ; c'etait le meme au temps de Jesus.

Le mot « Memorial » est tres riche dans la Bible et dans le Judaisme. Il ne s'agit pas d'une simple commemoration, comme lorsqu'on tourne les pages d'un album de photos. Car l'evenement ancien que l'on celebre reste actuel comme une source est presente dans le fleuve qui en decoule : parce que l'action liberatrice de Dieu ne se tarit jamais. Celebrer un Memorial, c'est se plonger dans le fleuve et remonter jusqu'a la source, en retrouver l'elan, la vigueur, la ferveur. C'est retrouver la force de cooperer a l'oeuvre incessante de Dieu pour liberer l'humanite. Car Dieu continue encore aujourd'hui et continuera encore demain : aux yeux des croyants, la liberation d'Egypte est l'une des etapes, mais seulement une etape, de la grande oeuvre de Dieu en faveur des hommes tout au long de l'histoire humaine. Celebrer le Memorial de la Paque, c'est s'engager a lui apporter notre collaboration, jusqu'au jour ou l'humanite tout entiere pourra se tenir debout, liberee de toutes ses chaines.

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