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Livre de · 40 chapitres

Exode

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Ex 3,1-8
Liturgie · 3ᵉ dim. Carême C
AELF · Bible liturgique

1 Moïse gardait le troupeau de son beau-père Jéthro,

prêtre de Madiane.

Il mena le troupeau au-delà du désert

et parvint à l'Horeb, la montagne de Dieu.

2 L'Ange du SEIGNEUR lui apparut au milieu d'un feu

qui sortait d'un buisson.

Moïse regarda : le buisson brûlait

sans se consumer.

3 Moïse se dit alors :

« Je vais faire un détour

pour voir cette chose extraordinaire :

pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? »

4 Le SEIGNEUR vit qu'il avait fait un détour pour venir regarder,

et Dieu l'appela du milieu du buisson :

« Moïse ! Moïse ! »

Il dit : « Me voici ! »

5 Dieu dit alors :

« N'approche pas d'ici !

Retire tes sandales,

car le lieu que foulent tes pieds est une terre sainte !

6 Je suis le Dieu de ton père,

Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob. »

Moïse se voila le visage

car il craignait de porter son regard sur Dieu.

7 Le SEIGNEUR dit à Moïse :

« J'ai vu, oui, j'ai vu la misère de mon peuple

qui est en Egypte,

et j'ai entendu ses cris

sous les coups des chefs de corvée.

Oui, je connais ses souffrances.

8 Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens

et le faire monter de cette terre

vers une terre spacieuse et fertile,

vers une terre ruisselant de lait et de miel,

vers le pays de Canaan.

Ex 3,1-8
Commentaire

J’Ai Vu La Misère De Mon Peuple

Ce récit magnifique est capital pour la foi d'Israël et donc aussi pour la nôtre : c’est la première fois que l’humanité découvrait qu’elle était aimée de Dieu ; au point qu’il voit, qu’il entend, qu’il connaît nos souffrances. Seul, le peuple élu pouvait accéder à cette découverte, parce que personne au monde n’y a pensé tout seul, il a fallu la Révélation. C’est sur ce socle, cette conviction désormais inébranlable que s’est construite la foi d’Israël, et donc, encore une fois, la nôtre. Il faut entendre la force du texte biblique. Notre traduction liturgique est presque trop faible ; quand nous lisons « J'ai vu, oui, j'ai vu la misère de mon peuple », le texte hébreu est beaucoup plus insistant ; il faudrait traduire « pour voir, j’ai vu » ou « vraiment j’ai vu, oui, j’ai vu » la misère de mon peuple en Égypte.

Cette misère du peuple était bien réelle, effectivement. L’immigration des Hébreux avait eu lieu des siècles plus tôt, à l’occasion d’une famine, et au début les choses allaient bien ; mais au fil des siècles, ces Hébreux s’étaient multipliés et au moment de la naissance de Moïse, ils commençaient à inquiéter le pouvoir. On les gardait parce que c’était une main-d’œuvre à bon marché, mais on venait de décider de les empêcher de se reproduire ; un bon moyen, tout bébé garçon serait tué par la sage-femme dès sa naissance. On sait comment Moïse avait échappé miraculeusement à cette mort programmée et comment il avait finalement été adopté par la fille du Pharaon et élevé à la cour. Mais il n’avait pas oublié ses origines : il était sans cesse écartelé entre sa famille adoptive et ses frères de race, réduits à l’impuissance et à la révolte.

Un jour, il prit parti : témoin des violences des Égyptiens contre les Hébreux, il tua un Égyptien. Consciemment ou non, il venait de choisir son camp. Le lendemain, voyant deux Hébreux s’empoigner, il leur avait fait la morale ; mais il avait essuyé une fin de non-recevoir ; on l’avait accusé de se mêler de ce qui ne le regardait pas. Ce qui signifiait que personne n’était prêt à lui confier la responsabilité de mener une quelconque révolte contre le Pharaon. En même temps, il avait entendu dire que le Pharaon avait décidé de le châtier pour le meurtre de l’Égyptien. Finie la vie à la cour, il fut obligé de s’exiler pour échapper aux représailles. Il s’enfuit dans le désert du Sinaï, il y rencontra et épousa une Madianite, Cippora, la fille de Jéthro.

Le Dieu Tout-Autre Se Fait Tout-Proche

C’est là que commence notre texte d’aujourd’hui : « Moïse était berger du troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiane. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint la montagne de Dieu, à l’Horeb. » Moïse, est certainement à ce moment-là dans les meilleures conditions qui soient pour rencontrer Dieu et recevoir sa vocation : il est sensible à la misère de ses frères, puisqu’il a pris des risques pour s’engager à leurs côtés, en tuant un Égyptien pour sauver un Hébreu ; mais en même temps, il a pris la mesure de son impuissance : le seul geste qu’il ait osé est un échec ; il est un paria désormais, et même ses frères de race ne lui reconnaissent aucune autorité. C’est cet homme pauvre qui s’approche d’un étrange buisson en feu.

Je ferai deux remarques : tout d’abord, Dieu se révèle en même temps comme le Tout-Autre et comme le Tout-proche ; Il est le Tout-Autre, celui qu’on ne peut approcher qu’avec crainte et respect ET en même temps, il est le Tout Proche, celui qui voit la misère de son peuple et lui suscite un libérateur. Commençons par les expressions qui manifestent la sainteté de Dieu et l’immense respect de l’homme qui se trouve en sa présence : la phrase « L’Ange du SEIGNEUR lui apparut dans la flamme d’un buisson en feu », par exemple, est caractéristique ; pour dire la présence de Dieu lui-même dans le buisson, on prend une circonlocution ; l’expression « L’Ange du SEIGNEUR » est une manière pudique de parler de Dieu. Ou encore, des expressions comme « N’approche pas d’ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! »  Ou enfin « Moïse se voila le visage car il craignait de porter son regard sur Dieu. »  En même temps, Dieu se révèle comme le Tout Proche des hommes, celui qui se penche sur leur malheur.

Deuxième remarque, il faut retenir l’articulation de l’intervention de Dieu. Il voit la souffrance des hommes, donc il intervient, donc il envoie Moïse : l’action de Dieu suppose la collaboration de celui que Dieu appelle… Encore faut-il que celui que Dieu appelle accepte de répondre à cet appel… Encore faut-il que celui qui souffre accepte d’être secouru.

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