L'examen ignatien
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« Scrute-moi, mon Dieu, tu sauras ma pensée ; éprouve-moi, tu connaîtras mon cœur. » — Psaume 138 (139), 23
Qu'est-ce que c'est ?
L'examen est une courte prière, faite d'ordinaire le soir, où l'on relit sa journée sous le regard de Dieu. On l'appelle aussi « examen de conscience », « relecture de la journée » ou, en France aujourd'hui, « prière d'alliance ».
Il vient des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, qui en proposent deux formes dès les premières pages de la Première Semaine :
- L'examen particulier (Exercices spirituels, n° 24-31). Il porte sur un seul point que l'on veut corriger : un défaut, une habitude. Ignace le répartit sur trois temps : le matin, on prend la résolution ; après le repas de midi, puis après celui du soir, on fait le compte. Il va jusqu'à proposer de tracer des lignes sur une feuille et d'y marquer un point à chaque chute, pour voir d'un jour à l'autre si l'on progresse (n° 25-26 ; la comparaison d'un jour à l'autre, n° 28-30).
- L'examen général (n° 32-43). Il porte sur toute la journée : pensées, paroles et actions. Ignace le présente d'abord comme une aide pour purifier l'âme et mieux se confesser, puis il en donne une méthode en cinq points (n° 43).
Ce n'est pas un exercice réservé aux spécialistes. Ignace prévoit de donner l'examen particulier puis l'examen général même à ceux qui ne feront qu'une petite partie des Exercices, y compris les personnes simples et sans études (Exercices spirituels, annotation 18).
Chez Ignace et les jésuites
Pour ses compagnons, Ignace fait de l'examen une pratique quotidienne. Les Constitutions de la Compagnie de Jésus en donnent un signe : pendant leurs années d'études, les jeunes jésuites ont une prière réduite à une heure par jour, en plus de la messe, pour se consacrer au travail intellectuel, mais l'examen de conscience deux fois par jour fait partie de cette heure (Constitutions, n° 342 ; voir aussi n° 261 et 344).
Une tradition jésuite, souvent reprise, rapporte qu'Ignace tenait l'examen pour la prière à ne jamais omettre, même les jours où l'on devait écourter tout le reste. On ne la trouve pas sous cette forme dans ses écrits, mais elle dit bien la place que l'examen occupe dans la vie de la Compagnie.
Les cinq points de l'examen
Voici le texte d'Ignace, dans la traduction française classique du P. Pierre Jennesseaux (1847 ; éd. de 1913) :
« Le premier point est de rendre grâces à Dieu, notre Seigneur, des bienfaits que nous avons reçus. Le deuxième, de demander la grâce de connaître nos péchés et de les bannir de notre coeur. Le troisième, de demander à notre âme un compte exact de notre conduite depuis l'heure du lever jusqu'au moment de l'examen […]. Le quatrième, de demander pardon de nos fautes à Dieu, notre Seigneur. Le cinquième, de former la résolution de nous corriger avec le secours de sa grâce. Terminer par le Notre Père. » — Exercices spirituels, n° 43
Comptez une dizaine de minutes. Les jésuites de France parlent de 5 à 10 minutes en fin de journée : mieux vaut un examen court et régulier qu'un long examen de temps en temps.
1. Rendre grâce (2 min)
Ignace commence par le merci, pas par les fautes. Avant de regarder ce qui n'a pas été, regardez ce que vous avez reçu : une rencontre, un repas, un travail mené à bien, une parole juste, un moment de paix. Nommez deux ou trois choses précises et dites merci.
2. Demander la lumière (1 min)
On ne se voit pas bien soi-même. Demandez à l'Esprit Saint de vous montrer votre journée comme Dieu la voit, avec vérité et avec bienveillance. Par exemple : Seigneur, donne-moi de voir ce jour avec tes yeux.
3. Relire la journée (4-5 min)
C'est le cœur de l'examen. Parcourez la journée heure par heure, ou moment par moment : le lever, le travail, les repas, les rencontres. Ignace propose de regarder successivement les pensées, les paroles et les actions.
Ne cherchez pas l'exhaustivité. Laissez remonter ce qui remonte, et arrêtez-vous sur ce qui a laissé une trace : un moment de joie ou de paix, qui vous a rapproché de Dieu et des autres (une consolation) ; un moment de trouble, d'agacement ou de repli (une désolation). Où Dieu était-il présent ? Où l'ai-je laissé de côté ?
4. Demander pardon (1-2 min)
Ce que la relecture a mis en lumière, déposez-le devant Dieu, simplement, sans vous accabler. Le pardon demandé ici n'est pas un tribunal, c'est une relation qui se répare. L'examen ne remplace pas le sacrement de réconciliation, en particulier pour les péchés graves : il y prépare (CEC 1454).
5. Se tourner vers demain (1-2 min)
Prenez une résolution concrète et modeste pour le lendemain, et demandez la grâce de la tenir. Confiez à Dieu les personnes et les situations qui vous attendent. Terminez, comme Ignace, par le Notre Père.
La prière d'alliance
En France, cet examen est souvent proposé aujourd'hui sous le nom de prière d'alliance, notamment par les jésuites (Province d'Europe occidentale francophone), Prie en Chemin et la Communauté de Vie Chrétienne (CVX). Les cinq points y sont ramenés à trois mots, après un temps pour se tourner vers le Seigneur et lui demander sa lumière :
- « Merci » : se souvenir de ce qui a été reçu ou donné dans la journée, et y reconnaître le Seigneur à ses côtés ;
- « Pardon » : les moments où l'on s'est coupé de Dieu ou des autres, déposés avec confiance devant lui ;
- « S'il te plaît » : se tourner vers demain, confier les personnes et les situations à venir, demander son aide.
La carte des jésuites de France conclut par le Notre Père et place cette prière en fin de journée, pour 5 à 10 minutes. Le nom dit l'essentiel : il ne s'agit pas de faire un bilan de soi, mais de relire une alliance, la relation vivante entre Dieu et vous, avec ses heures lumineuses et ses heures blessées.
Un examen de la conscience, pas seulement des fautes
Pendant longtemps, l'examen a surtout été compris comme une revue des péchés, en vue de la confession. Au XXᵉ siècle, plusieurs jésuites en ont proposé une lecture plus large. Le plus connu est George Aschenbrenner, dont l'article Consciousness Examen (Review for Religious, 1972) invite à passer d'un examen de la conscience morale à un examen de la conscience spirituelle : apprendre à remarquer comment Dieu agit dans la journée, à travers les consolations et les désolations. Les fautes n'en disparaissent pas, mais elles prennent leur place dans une relation.
Examen du soir et relecture de la prière : deux choses différentes
On les confond souvent, parce qu'on emploie parfois le même mot, « relecture ».
| L'examen quotidien | La relecture de la prière | |
|---|---|---|
| Référence | Exercices spirituels, n° 43 | Exercices spirituels, n° 77 |
| Ce qu'on relit | Toute la journée | Le temps de prière qui vient de s'achever |
| Quand | Le soir (les Constitutions en prévoient deux par jour pour les jésuites) | Juste après la prière, assis ou en marchant |
| Durée | Une dizaine de minutes | Un quart d'heure chez Ignace, quelques minutes en pratique |
| Question centrale | Où Dieu était-il dans ma journée ? | Que s'est-il passé dans ma prière ? |
La relecture de la prière est présentée sur la page Prière ignatienne. Les deux se complètent : la relecture apprend à repérer les mouvements intérieurs dans la prière, l'examen apprend à les repérer dans la vie.
Pièges à éviter
Le scrupule. L'examen n'est pas un inventaire angoissé. Ignace lui-même a traversé à Manrèse une crise de scrupules très douloureuse (Récit du pèlerin, n° 22-25) ; il sait de quoi il parle quand il commence par le merci. Si l'examen vous laisse chaque soir accablé, c'est le signe qu'il faut changer de manière, et en parler à un accompagnateur.
L'autojustification. À l'inverse, on peut relire sa journée en plaidant sa cause : ce n'était pas ma faute. La demande de lumière (deuxième point) sert à cela : regarder avec vérité, sans s'accuser ni s'excuser.
La liste de fautes. Un examen qui ne voit que des fautes oublie Dieu. Un examen qui ne voit que des mercis oublie la conversion. Les deux ensemble font une relation.
Le compte rendu d'activité. Relire sa journée n'est pas faire son agenda. Ce qui compte n'est pas tout ce que vous avez fait, mais ce qui vous a touché.
Quelques conseils pratiques
- Même heure, même lieu : au coucher, dans le train du retour, en marchant. L'habitude porte la prière les soirs de fatigue.
- Court plutôt que rien : les soirs très pleins, gardez au moins le merci et le Notre Père.
- Un carnet : une ligne par soir suffit. Au bout de quelques semaines, vous verrez se dessiner ce qui vous donne vie et ce qui vous en éloigne. C'est le début du discernement.
- L'examen particulier peut revenir pour une période : un seul point, suivi pendant quelques semaines, sans en faire une obsession.
Et sur CapBiblique ?
La page du jour se termine par l'étape Prier, et son oraison finale, qui rassemble les fils du jour. Si vous priez avec CapBiblique le matin, revenez-y le soir : relisez l'oraison, puis enchaînez sur l'examen. La Parole reçue le matin devient alors une question : où l'ai-je vue à l'œuvre aujourd'hui ?
Pour approfondir
Livres
- Ignace de Loyola, Exercices spirituels, traduction du texte autographe par Édouard Gueydan sj et collaborateurs, Desclée de Brouwer, coll. « Christus » n° 61, 1985 : la traduction de référence. La traduction du P. Pierre Jennesseaux (1847, éd. de 1913), citée sur cette page, est lisible en ligne.
Revue Christus
- Claude Flipo sj, « La prière d'alliance », Christus n° 212, octobre 2006.
- Nicolas Rousselot sj, « Aux sources de la prière d'alliance », Christus n° 232, octobre 2011.
En ligne
- La prière d'alliance ou relecture de vie — Prie en Chemin, les étapes pas à pas.
- La carte de la prière d'alliance — jésuites de France, à imprimer et garder près de soi.
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