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Le canon de la Bible

≈ 15 min de lecture · 8 parties

Sommaire
  1. Qu'est-ce que le canon ?
  2. Comment il s'est formé : un discernement de plusieurs siècles
  3. Les sept livres deutérocanoniques
  4. Le piège du vocabulaire
  5. Les apocryphes : ce que l'Église n'a pas retenu
  6. Idées reçues
  7. Et pour vous ?
  8. Pour approfondir

« Toute l'Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice. » — 2 Timothée 3, 16


Une Bible catholique compte 73 livres, la plupart des Bibles protestantes 66. Et l'on entend parler d'évangiles « cachés ». Cette page explique ce qu'est le canon des Écritures, comment il s'est formé, et ce que désignent les mots deutérocanonique et apocryphe, qui ne veulent pas dire la même chose pour tout le monde.


Qu'est-ce que le canon ?

Le mot vient du grec kanôn, la règle, la tige qui sert à mesurer. La Commission biblique pontificale le définit ainsi : on nomme « canon » « la liste des livres reconnus comme inspirés par Dieu et ayant valeur de règle pour la foi et les mœurs » (Le peuple juif et ses Saintes Écritures dans la Bible chrétienne, 2001, n° 16).

Pour l'Église catholique, cette liste compte 46 livres pour l'Ancien Testament et 27 pour le Nouveau, soit 73 (CEC 120 et 138 ; 45 pour l'Ancien si l'on compte Jérémie et les Lamentations ensemble). Le Catéchisme renvoie au décret attribué au pape Damase, au concile de Florence et au concile de Trente (DS 179 ; 1334-1336 ; 1501-1504).

L'Église n'a pas « fabriqué » ses Écritures : elle les a reconnues. « C'est la Tradition apostolique qui a fait discerner à l'Église quels écrits devaient être comptés dans la liste des Livres Saints » (CEC 120, reprenant Dei Verbum 8).


Comment il s'est formé : un discernement de plusieurs siècles

L'Ancien Testament : deux héritages

Au Iᵉʳ siècle, les Écritures d'Israël circulaient en hébreu et dans une traduction grecque commencée à Alexandrie au IIIᵉ siècle avant J.-C., la Septante, qui contenait des livres absents de la Bible hébraïque. Selon la Commission biblique pontificale, la Loi et les Prophètes formaient alors des recueils clos, mais le troisième ensemble (les « Écrits ») n'était, semble-t-il, pas aussi bien défini ; la liste juive n'est devenue exclusive que plus tard (n° 16). L'idée ancienne d'un « synode de Jamnia » qui aurait clos le canon juif vers l'an 90 est aujourd'hui largement abandonnée par les historiens.

Les chrétiens de langue grecque, de plus en plus nombreux, ont reçu les Écritures sous la forme de la Septante (n° 17) : d'où une Bible chrétienne plus large que la Bible hébraïque.

Le Nouveau Testament : trois critères

Pour les écrits chrétiens, l'Église ancienne a retenu, sans les codifier d'un coup, trois critères :

  • l'origine apostolique : le texte remonte aux apôtres ou à leur entourage immédiat ;
  • l'usage liturgique : il est lu dans les assemblées, partout, depuis longtemps ;
  • la conformité à la « règle de foi » : il s'accorde avec la foi reçue des apôtres.

Vers 180, saint Irénée de Lyon affirme déjà qu'il ne peut y avoir ni plus ni moins de quatre évangiles (Contre les hérésies III, 11, 8). Au début du IVᵉ siècle, l'historien Eusèbe de Césarée distingue les livres reçus par tous, ceux qui sont discutés (Jacques, Jude, 2 Pierre, 2 et 3 Jean) et ceux qu'il faut rejeter (Histoire ecclésiastique III, 25).

Quelques jalons

DateTexteCe qu'il apporte
Fin IIᵉ siècle ?Fragment de MuratoriLa plus ancienne liste connue de livres du Nouveau Testament, découverte à Milan et publiée par L. A. Muratori en 1740. Datée traditionnellement vers 170-200 ; une minorité de chercheurs la place au IVᵉ siècle.
36739ᵉ lettre festale d'Athanase d'AlexandriePremière liste connue des 27 livres du Nouveau Testament, exactement ceux d'aujourd'hui. Pour l'Ancien, Athanase retient 22 livres, avec Baruch et la Lettre de Jérémie mais sans Esther ; il range Sagesse, Siracide, Esther, Judith et Tobie (ainsi que la Didachè et le Pasteur d'Hermas) parmi les livres à lire aux catéchumènes.
382Synode de Rome sous DamaseUne liste complète lui est attribuée (DS 179), transmise par le « décret gélasien » ; l'authenticité de cette attribution est discutée, une partie des historiens y voyant une compilation du VIᵉ siècle.
393Synode d'HipponeListe qui correspond pour l'essentiel au canon catholique actuel, connue par le résumé repris à Carthage en 397. Saint Augustin, alors prêtre à Hippone, y prend la parole ; il défendra ensuite l'usage large des Églises.
397Concile de CarthageReprend la liste d'Hippone, en demandant qu'elle soit confirmée par l'Église « d'outre-mer » (transmarina Ecclesia), c'est-à-dire Rome.
1442Concile de Florence, bulle Cantate Domino (décret pour les Jacobites, 4 février)Premier concile œcuménique à énumérer tout le canon (DS 1334-1336).
1546Concile de Trente, IVᵉ session (8 avril), décret SacrosanctaDéfinit solennellement la liste des 73 livres, reçus avec toutes leurs parties (DS 1501-1504).
1870Vatican I, Dei Filius (24 avril), chap. 2Précise pourquoi ces livres sont canoniques : non parce que, œuvres purement humaines, ils auraient été approuvés ensuite par l'Église, ni seulement parce qu'ils contiennent la Révélation sans erreur, mais parce qu'ils ont été écrits sous l'inspiration de l'Esprit Saint, ont Dieu pour auteur et ont été transmis comme tels à l'Église (DS 3006).

Vatican II (1965) résume l'ensemble : « C'est cette même tradition, qui fait connaître à l'Église le canon intégral des Livres Saints » (Dei Verbum 8). Et l'Église « tient pour sacrés et canoniques tous les livres tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l'inspiration de l'Esprit Saint […], ils ont Dieu pour auteur et qu'ils ont été transmis comme tels à l'Église elle-même » (Dei Verbum 11).

Trente n'a donc pas inventé une liste : il a tranché, pour les catholiques, des doutes anciens. En adoptant ce canon plus large que le canon hébreu, note la Commission biblique, le concile « a préservé une mémoire authentique des origines chrétiennes » (2001, n° 18).


Les sept livres deutérocanoniques

Deutérocanonique veut dire « entré en second dans le canon » : ce sont les livres dont l'appartenance a été discutée avant d'être reçue. Le mot a été forgé en 1566 par un théologien catholique, Sixte de Sienne. Il n'indique pas une inspiration de second rang : ces livres sont Parole de Dieu au même titre que les autres.

Il s'agit de Tobie (ou Tobit), Judith, 1 et 2 Maccabées, la Sagesse, le Siracide (ou Ecclésiastique) et Baruch, dont le chapitre 6 est la Lettre de Jérémie. S'y ajoutent des passages grecs d'Esther et de Daniel : la prière d'Azarias et le cantique des trois jeunes gens (Dn 3, 24-90), Suzanne (Dn 13), Bel et le dragon (Dn 14).

Vous les connaissez sans le savoir. Le cantique des trois jeunes gens (Dn 3) se chante aux laudes de chaque dimanche. À bien des funérailles, on lit le livre de la Sagesse : « Mais les âmes des justes sont dans la main de Dieu ; aucun tourment n'a de prise sur eux » (Sg 3, 1). Et la prière pour les défunts s'appuie notamment sur le deuxième livre des Maccabées (2 M 12, 46, cité en CEC 1032).

Pourquoi la Réforme les a mis à part

Au XVIᵉ siècle, les Réformateurs ont voulu revenir à la « vérité hébraïque », dans le sillage de saint Jérôme, qui préférait le canon hébreu tout en traduisant Tobie et Judith. Dans sa Bible complète de 1534, Luther a regroupé ces livres à la fin de l'Ancien Testament, sous le titre Apocrypha : des livres qu'il ne tenait pas pour égaux à l'Écriture sainte, mais qu'il jugeait utiles et bons à lire. Les controverses du temps ont aussi compté : 2 M 12 était invoqué en faveur de la prière pour les défunts et du purgatoire. Par la suite, beaucoup d'éditions protestantes les ont omis ; d'autres, comme certaines éditions de la Bible de Luther ou la TOB (œcuménique), les donnent dans une section à part.

Et les orthodoxes ?

Les Églises orthodoxes, qui lisent l'Ancien Testament dans la Septante, reçoivent les mêmes livres que les catholiques, et généralement quelques autres : 3 Esdras (appelé 1 Esdras dans la Bible grecque), 3 Maccabées, la Prière de Manassé, le Psaume 151 ; 4 Maccabées figure souvent en annexe. Elles les appellent volontiers anagignoskomena, les livres « à lire ». Aucun concile de toute l'Orthodoxie n'a fixé la liste avec la précision de Trente, et elle varie un peu d'une Église à l'autre. L'Église éthiopienne, qui appartient aux Églises orthodoxes orientales, a le canon le plus large, avec le livre d'Hénoch et celui des Jubilés.


Le piège du vocabulaire

Les mêmes mots ne désignent pas les mêmes livres selon la tradition.

LivresChez les catholiquesChez les protestants
Tobie, Judith, Sagesse, Siracide, Baruch, 1-2 Maccabées, passages grecs d'Esther et Danieldeutérocanoniques (dans le canon)apocryphes (hors canon, ou en annexe)
Livre d'Hénoch, Jubilés, évangile de Thomas, évangile de Pierre…apocryphespseudépigraphes (surtout pour l'Ancien Testament) ou apocryphes

Quand un auteur protestant parle des « apocryphes », il désigne donc souvent des livres que votre Bible contient : c'est un autre usage des mots, pas une attaque.


Les apocryphes : ce que l'Église n'a pas retenu

Apocryphe signifie « caché », « tenu à l'écart ». Pour les catholiques, ce sont des écrits qui se présentent comme bibliques, souvent sous le nom d'un apôtre, mais que l'Église n'a pas reçus comme inspirés. Il en existe plusieurs dizaines, pour l'Ancien comme pour le Nouveau Testament, et de valeur très inégale. Voici les principaux, rangés par genre.

Évangiles gnostiques ou proches de la gnose : une révélation secrète, réservée à quelques initiés, qui sauverait par la connaissance (gnose). La plupart ont été retrouvés à Nag Hammadi.

  • l'évangile de Thomas (IIᵉ siècle probablement) : 114 paroles attribuées à Jésus, sans récit ni Passion ; connu par des fragments grecs et par une version copte ;
  • l'évangile de Marie (IIᵉ siècle probablement) : Marie de Magdala y rapporte aux disciples un enseignement que le Sauveur lui aurait confié, sur la remontée de l'âme à travers des puissances hostiles ; Pierre et André doutent, Lévi prend sa défense. Il n'est pas de sa main : son nom lui a été attribué, comme ceux de Thomas ou de Judas. Connu par un codex copte du Vᵉ siècle (le codex de Berlin 8502, publié en 1955) et deux fragments grecs du IIIᵉ siècle, il nous est parvenu à moitié environ ;
  • l'évangile de Philippe (IIIᵉ siècle probablement, retrouvé à Nag Hammadi) : un recueil de méditations gnostiques sur les sacrements. Il appelle Marie de Magdala la « compagne » du Seigneur et dit qu'il l'embrassait souvent ; le mot qui suit est perdu dans une lacune du manuscrit ;
  • l'évangile de Judas (avant 180) : Irénée le mentionne déjà comme une fiction d'un groupe gnostique (Contre les hérésies I, 31, 1) ; une copie copte (le codex Tchacos) a été publiée en 2006 ;
  • l'évangile de Vérité (IIᵉ siècle) : une méditation sur le salut par la connaissance du Père, qu'Irénée attribue déjà aux disciples de Valentin (Contre les hérésies III, 11, 9).

Évangiles de l'enfance : ils comblent le silence des évangiles sur la jeunesse de Marie et de Jésus.

  • le Protévangile de Jacques (IIᵉ siècle, vers 150-200) : l'enfance de Marie ;
  • l'évangile de l'Enfance selon Thomas (IIᵉ siècle probablement, sans rapport avec l'évangile de Thomas) : les miracles de Jésus enfant, dont les oiseaux d'argile qui s'envolent, épisode que le Coran reprend (sourates 3, 49 et 5, 110) ;
  • l'évangile du Pseudo-Matthieu (latin, VIIᵉ siècle environ), qui reprend et amplifie le Protévangile.

Évangiles de la Passion et de la résurrection :

  • l'évangile de Pierre (IIᵉ siècle) : un récit de la Passion, dont Sérapion, évêque d'Antioche vers 200, déconseilla la lecture après l'avoir examiné (Eusèbe, Histoire ecclésiastique VI, 12) ;
  • l'évangile de Nicodème, ou Actes de Pilate (rédigé à partir du IVᵉ siècle) : le procès de Jésus, puis sa descente aux enfers, où il libère Adam et les justes ; c'est lui qui donne son nom, Dismas, au bon larron.

Évangiles judéo-chrétiens : l'évangile des Hébreux, celui des Nazaréens et celui des Ébionites, utilisés par des communautés chrétiennes d'origine juive. Ils sont perdus ; on ne les connaît que par des citations d'Origène, d'Épiphane ou de saint Jérôme.

Actes apocryphes des apôtres : des récits romancés des missions et des martyres.

  • les Actes de Paul et Thècle (IIᵉ siècle) : Tertullien rapporte que leur auteur, un prêtre d'Asie, fut démis de sa charge (Du baptême 17) ;
  • les Actes de Pierre (IIᵉ siècle) : d'eux viennent la scène du Quo vadis ? et la crucifixion de Pierre la tête en bas ;
  • les Actes de Jean, d'André et de Thomas (IIᵉ-IIIᵉ siècles) : ces derniers portent la tradition de la mission de Thomas en Inde.

Lettres :

  • la correspondance de Jésus et du roi Abgar d'Édesse, qu'Eusèbe dit avoir traduite du syriaque (Histoire ecclésiastique I, 13) ;
  • la Lettre aux Laodicéens, un centon de phrases de Paul en latin, recopié dans beaucoup de Bibles latines du Moyen Âge ;
  • la correspondance de Paul et de Sénèque (IVᵉ siècle), quatorze lettres qui font du philosophe un ami de l'apôtre.

Apocalypses :

  • l'Apocalypse de Pierre (IIᵉ siècle), visite des châtiments de l'au-delà ; le fragment de Muratori la cite, en notant que certains refusent de la lire à l'église ;
  • l'Apocalypse de Paul (IVᵉ siècle), qui développe le voyage de Paul « jusqu'au troisième ciel » (2 Co 12, 2) et a beaucoup nourri l'imaginaire médiéval de l'au-delà.

Récits sur Marie : les récits de la Dormition ou du Transitus Mariae (Vᵉ siècle et après) racontent la mort de Marie et son entrée dans la gloire. Ils ont nourri les icônes de la Dormition ; le dogme de l'Assomption (1950) ne repose pas sur eux, mais sur la foi de l'Église.

Pour l'Ancien Testament, les catholiques parlent plutôt de pseudépigraphes : le livre d'Hénoch, que la lettre de Jude cite (Jude 14-15) et que l'Église éthiopienne tient pour canonique, le livre des Jubilés, les Testaments des douze patriarches, l'Ascension d'Isaïe…

Pourquoi ne pas les avoir retenus ? Parce qu'ils ne répondaient pas aux critères : trop tardifs pour être apostoliques, absents de la liturgie des Églises, ou porteurs d'une doctrine étrangère à la foi reçue (le salut par une connaissance secrète, un Christ qui n'aurait pas vraiment souffert).

Ni apocryphes ni Écriture : les Pères apostoliques

D'autres écrits anciens ne sont pas des apocryphes : ils ne se font pas passer pour ce qu'ils ne sont pas. La Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens (vers 96), la Didachè (fin du Iᵉʳ ou début du IIᵉ siècle), le Pasteur d'Hermas ou la Lettre de Barnabé (IIᵉ siècle) étaient lus avec respect dans l'Église ancienne ; certains figurent même dans de grands manuscrits bibliques, comme le Pasteur et Barnabé dans le codex Sinaïticus. Le fragment de Muratori recommande de lire le Pasteur, mais pas en public à l'église, car il ne fait pas partie des Écritures. L'Église les range parmi les Pères apostoliques : des témoins précieux de la foi des premières générations, non la Parole de Dieu.

Apocryphes anciens et faux modernes

Un apocryphe n'est pas un faux au sens d'un document fabriqué : l'évangile de Thomas ou celui de Marie sont de vrais textes anciens, dont les manuscrits ont été datés. Ce qui est « faux », c'est leur attribution à un apôtre ou à un proche de Jésus. Il existe en revanche de véritables faux modernes :

  • le « papyrus de la femme de Jésus », un fragment copte présenté en 2012, où Jésus dit « ma femme » : une enquête journalistique a établi en 2016 que sa provenance avait été inventée, et la chercheuse qui l'avait publié a admis qu'il s'agissait probablement d'un faux ;
  • l'« évangile de Barnabé », connu par un manuscrit italien de la fin du XVIᵉ siècle et un manuscrit espagnol plus tardif : il fait de Jésus un prophète qui annonce Mahomet ; les chercheurs le datent entre le XIVᵉ et le XVIᵉ siècle, sans lien avec l'apôtre Barnabé ni avec la Lettre de Barnabé ;
  • l'« évangile secret de Marc », connu seulement par une lettre attribuée à Clément d'Alexandrie, que Morton Smith dit avoir trouvée en 1958 au monastère de Mar Saba ; le manuscrit n'a jamais pu être examiné, et beaucoup de chercheurs y voient aujourd'hui un faux moderne, même si le débat n'est pas clos.

Ce que la tradition leur doit

Écarter un livre du canon n'est pas tout en rejeter. Certains récits ont nourri la prière et l'art :

  • Joachim et Anne, les parents de Marie, ne sont nommés nulle part dans la Bible : leurs noms viennent du Protévangile de Jacques. L'Église les fête le 26 juillet.
  • La Présentation de Marie au Temple, fêtée le 21 novembre, vient du même Protévangile, où Marie est conduite au Temple à trois ans. Paul VI le reconnaît : cette fête, « par-delà les données apocryphes », a « un contenu présentant une haute valeur exemplaire » et prolonge « de vénérables traditions nées surtout en Orient » (Marialis cultus 8, 1974).
  • Le bœuf et l'âne de la crèche ne sont pas dans les évangiles. Ils viennent d'Isaïe : « Le bœuf connaît son propriétaire, et l'âne, la crèche de son maître » (Is 1, 3). Origène rapproche déjà ce verset de la crèche de Bethléem (Homélies sur Luc 13), et l'art chrétien les représente dès le IVᵉ siècle. Le Pseudo-Matthieu (chap. 14) est le premier récit à les faire entrer dans l'histoire de la Nativité.

Idées reçues

« Le concile de Nicée a choisi les évangiles. » Non. Le concile de Nicée (325) a traité de la divinité du Christ contre l'arianisme ; aucun de ses canons ne porte sur la liste des livres (saint Jérôme rapporte seulement, dans sa préface au livre de Judith, avoir lu que le concile avait compté ce livre parmi les Écritures ; aucun acte du concile n'en garde la trace). La légende vient pour l'essentiel d'un recueil grec du IXᵉ siècle, le Synodicon vetus.

« L'Église a caché des évangiles. » Non plus. Les apocryphes étaient connus, lus, discutés : Irénée, Tertullien, Eusèbe les nomment et expliquent pourquoi ils ne sont pas reçus. Le rejet s'est fait au grand jour.

« On a retrouvé les vrais évangiles à Nag Hammadi. » En décembre 1945, près de Nag Hammadi (Haute-Égypte), un paysan a découvert douze codex en copte et les feuillets d'un treizième, copiés vers le IVᵉ siècle, qui contiennent une cinquantaine de traités, pour la plupart gnostiques, dont l'évangile de Thomas. Découverte capitale pour connaître la diversité des premiers siècles, elle montre que ces textes existaient, non qu'ils seraient plus anciens ou plus fiables que les quatre évangiles.

« Da Vinci Code l'a révélé. » Le livre de Dan Brown (2003) est un roman. Ses affirmations sur Constantin, Nicée et les évangiles relèvent de la fiction. Le baiser de Jésus à Marie de Magdala qu'il met en avant vient de l'évangile de Philippe, un texte gnostique du IIIᵉ siècle, et le mot décisif y manque.


Et pour vous ?

Pour lire la Bible dans l'Église, choisissez une édition catholique ou œcuménique complète, qui contient les 73 livres : la traduction liturgique de l'AELF (celle des lectures de la messe, utilisée chaque jour sur CapBiblique), la Bible de Jérusalem, ou la TOB avec les deutérocanoniques. Pour bien commencer, voyez la page Lire la Bible, et parcourez les passages commentés de la Bible commentée.

Les apocryphes, eux, peuvent se lire avec intérêt, comme on lit un témoin de l'histoire et de la piété des premiers siècles, pas comme Parole de Dieu.


Pour approfondir

→ Jésus-Christ · L'archéologie biblique · Lire la Bible · Histoire de l'Église · Les Pères de l'Église · La Bible commentée