Jésus-Christ
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« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » — Matthieu 16, 15-16
Tout, sur CapBiblique, se rapporte à lui : les lectures du jour, la prière, les sacrements, l'histoire de l'Église. Cette page le regarde directement. Elle distingue trois choses qu'on mélange souvent : ce que l'historien peut établir, ce que les évangiles témoignent, et ce que l'Église confesse dans la foi.
Ce que l'histoire en sait
Un homme de Galilée
Jésus (en hébreu Yeshoua, « Dieu sauve ») est un Juif de Galilée, né sous le règne d'Hérode le Grand, donc avant la mort de ce roi en 4 avant notre ère : vers 6 à 4 av. J.-C. Le décalage vient d'une erreur de calcul du moine Denys le Petit, qui fixa au VIᵉ siècle le point de départ de notre ère. Il grandit à Nazareth, parle araméen, exerce le métier de charpentier ou d'artisan du bâtiment (Mc 6, 3). Vers l'âge de trente ans (Lc 3, 23), il se fait baptiser par Jean le Baptiste, puis parcourt la Galilée et la Judée pendant un à trois ans, selon qu'on suit les trois premiers évangiles ou celui de Jean. Il est crucifié à Jérusalem sous Ponce Pilate, préfet de Judée de 26 à 36, au moment de la Pâque, très probablement en l'an 30 ou 33. L'archéologie a retrouvé le nom de Pilate sur une inscription de Césarée, et l'ossuaire du grand prêtre Caïphe (voir L'archéologie biblique).
Les sources non chrétiennes
Des auteurs extérieurs au christianisme le mentionnent, brièvement :
- Flavius Josèphe, historien juif, vers 93-94 (Antiquités juives) : il évoque la mort de Jacques, « frère de Jésus appelé le Christ » (XX, 200). Un autre passage plus long (XVIII, 63-64, le Testimonium Flavianum) a été retouché par des copistes chrétiens, mais la plupart des historiens pensent qu'il contient un noyau authentique ;
- Tacite, historien romain, vers 116 (Annales XV, 44) : à propos de l'incendie de Rome sous Néron, il explique que le nom des chrétiens vient de Christus, que le procurateur Ponce Pilate (Tacite emploie le titre de son époque ; une inscription de Césarée montre que Pilate portait celui de préfet) avait livré au supplice sous le règne de Tibère ;
- Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie, vers 112 (Lettres X, 96) : il rapporte à l'empereur Trajan que les chrétiens se réunissent à jour fixe avant l'aube et chantent un hymne au Christ comme à un dieu.
Ces textes ne prouvent pas la foi chrétienne ; ils attestent qu'un homme nommé Jésus, appelé Christ, a été exécuté sous Pilate, et que ses disciples l'honoraient comme un dieu dès le début du IIᵉ siècle.
Les évangiles comme sources
Les sources principales restent chrétiennes : les lettres de Paul (années 50), les évangiles (Marc vers 70, Matthieu et Luc vers 80-90, Jean vers 90-100, selon les datations les plus courantes). Ce sont des témoignages de foi, écrits pour faire croire (Jn 20, 31), mais ils s'appuient sur des traditions orales et écrites plus anciennes. Les historiens les étudient avec des critères précis : attestation multiple, cohérence avec le judaïsme du Iᵉʳ siècle, épisodes embarrassants que les disciples n'auraient pas inventés (le baptême par Jean, la crucifixion, le reniement de Pierre).
L'Église n'a pas peur de cette recherche. Vatican II affirme que les évangiles transmettent fidèlement ce que Jésus a fait et enseigné (Dei Verbum 19), et Benoît XVI a écrit ses trois volumes Jésus de Nazareth (2007-2012) en dialogue constant avec l'exégèse historique.
Ce que les évangiles témoignent
Le Règne de Dieu
Le cœur de sa prédication tient en une phrase : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l'Évangile » (Mc 1, 15). Il l'annonce en paraboles (le semeur, le fils prodigue, le bon Samaritain), le rend visible par des guérisons et des exorcismes, et le vit en mangeant avec les pécheurs et les exclus, ce qui scandalise. Il appelle douze disciples, nombre des tribus d'Israël : il ne fonde pas une école, il rassemble un peuple.
Une autorité inouïe
Jésus ne parle pas comme les prophètes, qui disaient « Ainsi parle le Seigneur ». Il dit : « Eh bien ! moi, je vous dis » (Mt 5, 22), pardonne les péchés, ce qui revient à Dieu seul (Mc 2, 5-7), se dit maître du sabbat (Mc 2, 28), et appelle Dieu Abba, « Père » (Mc 14, 36), dans une relation que le Catéchisme décrit comme une connaissance « intime et immédiate » de son Père (CEC 473). C'est cette prétention, plus que sa morale, qui pose la question : qui est-il ?
La Croix et la Résurrection
Il monte à Jérusalem en sachant ce qui l'attend, célèbre un dernier repas avec ses disciples, où il donne le pain et la coupe comme son corps et son sang, est arrêté, condamné et crucifié. Le troisième jour, des femmes trouvent le tombeau vide ; puis il apparaît à ses disciples. Paul transmet, vers 55, une formule qu'il a lui-même reçue, sans doute dans les années 30 : le Christ est mort pour nos péchés, il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour, il est apparu à Pierre, puis aux Douze (1 Co 15, 3-5).
La Résurrection n'est pas un retour à la vie terrestre, comme pour Lazare (CEC 646), mais l'entrée de son humanité dans la vie de Dieu (voir Les mystères). Sans elle, dit Paul, notre foi serait sans contenu (1 Co 15, 14).
Ses titres
- Christ : traduction grecque de l'hébreu Messie, « celui qui a reçu l'onction », le roi attendu d'Israël ;
- Fils de l'homme : l'expression qu'il emploie le plus pour parler de lui-même ; elle renvoie à la figure céleste du livre de Daniel (Dn 7, 13-14) ;
- Fils de Dieu : dans l'Ancien Testament, un titre donné au peuple ou au roi ; appliqué à Jésus, il désigne une relation unique au Père (CEC 441-444) ;
- Seigneur (Kyrios) : le mot par lequel la Bible grecque traduit le nom divin. Dire « Jésus est Seigneur » (Rm 10, 9), c'est lui reconnaître ce qui revient à Dieu.
Ce que l'Église confesse
Vrai Dieu et vrai homme
La foi en la divinité du Christ ne date pas des conciles. Paul cite, vers 55-60, un hymne peut-être antérieur à lui, qui dit du Christ qu'il avait « la condition de Dieu » (Ph 2, 6), et l'évangile de Jean s'ouvre sur le Verbe qui « s'est fait chair » (Jn 1, 14). Ce que les conciles ont fait, c'est préciser cette foi contre des interprétations qui la déformaient :
| Concile | Contre | Ce qu'il affirme |
|---|---|---|
| Nicée (325) | Arius : le Fils serait la première des créatures | Le Fils est « engendré, non pas créé, consubstantiel au Père » (homoousios), selon la traduction du Missel romain |
| Constantinople I (381) | Ceux qui nient la divinité de l'Esprit Saint | Complète le Credo : c'est le Symbole de Nicée-Constantinople, dit à la messe |
| Éphèse (431) | Nestorius : deux sujets en Jésus, l'homme et le Verbe | Une seule personne : Marie est donc Theotokos, « Mère de Dieu » |
| Chalcédoine (451) | Eutychès : l'humanité absorbée dans la divinité | Deux natures, divine et humaine, en une seule personne, « sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation » |
| Constantinople III (681) | Le monothélisme : une seule volonté dans le Christ | Deux volontés, la volonté humaine étant soumise à la volonté divine |
Avant ces débats, l'Église avait déjà écarté le docétisme, pour qui Jésus n'aurait eu qu'une apparence de corps : le Christ a vraiment eu faim, vraiment pleuré, vraiment souffert.
Le Catéchisme résume : l'Incarnation ne signifie pas que Jésus-Christ soit en partie Dieu et en partie homme, ni un mélange confus des deux ; « il s'est fait vraiment homme en restant vraiment Dieu. Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme » (CEC 464). Voir aussi Théologie, et la section sur l'Incarnation dans Les mystères.
Pourquoi c'est important
Ces formules ne sont pas des subtilités de spécialistes. Si Jésus n'était qu'un homme, il serait un modèle, pas un sauveur. S'il n'était pas vraiment homme, Dieu n'aurait pas vraiment partagé notre condition. Toute la foi chrétienne tient à ce « et » : en Jésus, Dieu vient réellement à nous, et l'humanité est réellement reprise en Dieu.
Idées reçues
« Jésus n'a jamais existé. » Cette thèse, dite mythiste, est très minoritaire chez les historiens, croyants ou non. L'existence de Jésus, son baptême par Jean et sa crucifixion sous Pilate sont tenus pour solidement établis par la quasi-totalité des historiens. Même un historien agnostique comme Bart Ehrman l'a défendue dans un livre entier (Did Jesus Exist?, 2012).
« Sa divinité a été inventée à Nicée. » Non. Pline le Jeune rapporte vers 112 que les chrétiens chantent au Christ comme à un dieu, et les textes de Paul et de Jean sont bien antérieurs. Nicée a précisé une foi déjà vécue ; il n'a pas non plus « voté » la divinité à une courte majorité : seuls deux évêques ont refusé de signer.
« C'était un sage, un maître de morale. » Ses paroles morales sont admirables, mais ce n'est pas pour elles qu'il a été condamné. Il a pardonné les péchés, s'est placé au-dessus du sabbat, a annoncé au grand prêtre qu'on verrait le Fils de l'homme siéger à la droite du Tout-Puissant (Mc 14, 62). On peut refuser cette prétention ; on peut difficilement la réduire à celle d'un sage.
« Jésus était marié à Marie de Magdala. » Aucune source ancienne ne dit qu'il était marié. L'idée s'appuie sur une lecture forcée d'apocryphes tardifs, comme l'évangile de Philippe (IIIᵉ siècle), et sur des romans ; le détail est dans Le canon de la Bible.
« Toutes les religions disent la même chose de Jésus. » Le judaïsme le considère généralement comme un maître juif, non comme le Messie. L'islam le vénère comme un grand prophète, né de la Vierge Marie, mais nie sa divinité et affirme qu'il n'a pas été crucifié (sourate 4, 157). La foi chrétienne, elle, confesse qu'il est mort et ressuscité, Fils de Dieu. Les différences sont réelles, et le dialogue commence par les reconnaître.
Et pour vous ?
On ne connaît pas Jésus comme on connaît un personnage historique : on le rencontre. Benoît XVI l'a dit en ouvrant sa première encyclique : « À l'origine du fait d'être chrétien, il n'y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (Deus caritas est 1).
Quelques chemins :
- Lire un évangile en entier, d'une traite si possible : celui de Marc se lit en deux heures environ. Les lectures du jour sur CapBiblique vous en donnent chaque jour un passage commenté.
- Le contempler : la prière ignatienne propose d'entrer dans une scène de l'Évangile, de voir, d'entendre, de se laisser toucher. Voyez les prières guidées et la lectio divina.
- Le recevoir dans les sacrements, d'abord l'eucharistie.
- Le servir dans les plus petits : « chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40).
Pour approfondir
- Catéchisme de l'Église catholique, n° 422 à 682 — « Je crois en Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu »
- Dei Verbum, n° 18 et 19 — Vatican II sur l'origine apostolique et l'historicité des évangiles
- Joseph Ratzinger – Benoît XVI, Jésus de Nazareth, 3 volumes : t. I, Flammarion, 2007 ; t. II, Éditions du Rocher – Parole et Silence, 2011 ; t. III, L'enfance de Jésus, Flammarion, 2012
- John P. Meier, Un certain juif, Jésus. Les données de l'histoire, Cerf, « Lectio divina » — la somme de référence sur le Jésus historique
- Romano Guardini, Le Seigneur (1937) — une méditation classique sur la personne du Christ
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