Les chrétiens du Moyen-Orient
Sommaire
« Et c'est à Antioche que, pour la première fois, les disciples reçurent le nom de "chrétiens". » — Actes des Apôtres 11, 26
Le christianisme est né au Moyen-Orient, et il y a toujours été présent. Mais les chrétiens de la région, héritiers d'Églises fondées aux premiers siècles, sont aujourd'hui une petite minorité, dont le nombre a fortement baissé en une génération en Irak et en Syrie. Cette page présente leur diversité, pays par pays, avec des chiffres datés et prudents, rappelle les violences qu'ils ont subies et les visites des papes, et montre ce qui les lie à la France.
Le berceau
Jérusalem, où le Christ est mort et ressuscité, a été la première Église. De là, la foi a gagné Damas, où Paul a été baptisé, puis Antioche, qui a donné son nom aux chrétiens (Ac 11, 26), Alexandrie, que la tradition rattache à saint Marc, Édesse et la Mésopotamie, où l'on priait en syriaque, une forme de l'araméen, la langue que parlait Jésus.
Les premiers conciles œcuméniques se sont tous tenus dans l'actuelle Turquie : Nicée (325), Constantinople (381), Éphèse (431), Chalcédoine (451). Aux Vᵉ et VIᵉ siècles, les débats sur la personne du Christ ont séparé des Églises qui existent encore : l'Église de l'Orient, qui s'est étendue jusqu'en Chine (stèle de Xi'an, 781) et en Inde, et les Églises dites « orthodoxes orientales » (copte, syriaque, arménienne), qui n'ont pas reçu Chalcédoine. Après les conquêtes arabes du VIIᵉ siècle, les chrétiens sont devenus, sous des régimes musulmans successifs, des communautés protégées mais subordonnées (statut de dhimmi), puis, dans l'Empire ottoman, des « millets » administrés par leurs chefs religieux.
Une grande diversité d'Églises
Au Moyen-Orient, on ne dit pas seulement « je suis chrétien », mais « je suis maronite », « copte », « chaldéen » ou « grec-orthodoxe ». Chaque Église a sa langue liturgique, son calendrier, souvent son quartier et ses familles.
| Famille | Principales Églises au Moyen-Orient |
|---|---|
| Catholiques orientaux | maronites, melkites, chaldéens, syriaques catholiques, arméniens catholiques, coptes catholiques |
| Catholiques latins | patriarcat latin de Jérusalem, Custodie franciscaine de Terre sainte, vicariats apostoliques d'Arabie (surtout des travailleurs migrants), communautés latines d'Égypte, du Liban, de Turquie… |
| Orthodoxes (chalcédoniens) | patriarcats grecs-orthodoxes d'Antioche (Damas), de Jérusalem et d'Alexandrie ; patriarcat œcuménique de Constantinople (Istanbul) |
| Orthodoxes orientaux | Église copte orthodoxe (la plus nombreuse de la région), Église syriaque orthodoxe, Église apostolique arménienne |
| Église de l'Orient | Église assyrienne de l'Orient et Ancienne Église de l'Orient (Irak, Iran, Syrie, diaspora) |
| Protestants et évangéliques | Églises présentes depuis le XIXᵉ siècle (Égypte, Liban, Syrie, Iran), communautés évangéliques en croissance |
Les Églises catholiques orientales sont présentées en détail sur la page Les Églises catholiques orientales.
Cette diversité est aussi un chantier œcuménique. En 1994, Jean-Paul II et le patriarche Mar Dinkha IV ont signé une déclaration christologique commune qui met fin à une controverse vieille de quinze siècles avec l'Église assyrienne de l'Orient. En 2001, Rome a reconnu la validité de l'anaphore d'Addaï et Mari, qui ne contient pas le récit de l'institution sous une forme explicite, ce qui permet dans certains cas aux fidèles chaldéens et assyriens de communier dans l'Église de l'autre. Le 11 mai 2023, François a annoncé l'inscription au Martyrologe romain des 21 chrétiens, dont 20 coptes orthodoxes, égorgés par Daech en Libye en février 2015 (voir plus bas).
Combien sont-ils ?
Les chiffres sur les chrétiens du Moyen-Orient sont fragiles : peu de pays publient des recensements confessionnels, et les estimations des Églises, des États et des ONG divergent, parfois fortement. Les données ci-dessous sont des ordres de grandeur.
| Pays | Estimation | Source et date |
|---|---|---|
| Ensemble Moyen-Orient – Afrique du Nord | environ 13 millions, soit 3 % de la population (y compris les travailleurs migrants chrétiens du Golfe) | Pew Research Center, données 2020, publiées en juin 2025 |
| Égypte | environ 10 % de la population selon l'estimation la plus courante ; entre 5 et 15 % selon les sources | aucun recensement confessionnel publié récemment ; chiffre discuté |
| Liban | 34,4 % des électeurs inscrits en 2022 ; pas de recensement depuis 1932 | listes électorales du ministère de l'Intérieur (mai 2022), chiffre rappelé par la Fondation maronite dans le monde (février 2023, L'Orient-Le Jour) ; chiffre discuté |
| Syrie | 300 000 à 400 000 en 2025, soit une baisse d'environ 80 % depuis 2011 | L'Œuvre d'Orient, rapport de novembre 2025 (via Vatican News) |
| Irak | environ 1,5 million avant 2003 ; environ 250 000 en 2024, d'autres estimations étant plus basses | Aide à l'Église en détresse, juillet 2024 |
| Israël | 184 200, soit 1,9 % de la population, fin 2024 ; près de 80 % sont arabes | Bureau central de statistique d'Israël, décembre 2025 |
En Jordanie, en Turquie et en Iran, les chrétiens forment de petites minorités (moins de 1 % en Turquie et en Iran selon toutes les estimations), faute de chiffres officiels récents et fiables.
Pays par pays
Liban
C'est le seul pays de la région dont le chef de l'État est chrétien : le président de la République est traditionnellement maronite, et les sièges du Parlement sont partagés à parité entre chrétiens et musulmans. Le patriarche maronite, le cardinal Béchara Boutros Raï, réside à Bkerké. Le pays a traversé la guerre civile (1975-1990), l'effondrement financier de 2019, l'explosion du port de Beyrouth (4 août 2020), puis la guerre entre Israël et le Hezbollah (2023-2024), qui a repris le 2 mars 2026 ; plusieurs villages chrétiens du Sud se sont alors retrouvés isolés et en partie vidés de leurs habitants. Un cessez-le-feu, annoncé le 16 avril 2026, est entré en vigueur le 17 avril et a été prolongé depuis, sans que les frappes cessent entièrement. Chaque crise accélère l'émigration, notamment des jeunes diplômés.
Syrie
Avant 2011, les chrétiens de Syrie (grecs-orthodoxes, melkites, syriaques, arméniens, maronites, latins…) vivaient surtout à Damas, Alep, Homs et dans la vallée des chrétiens. La guerre les a dispersés : Alep, grande ville chrétienne, n'en compterait plus qu'un sixième de ce qu'elle avait, selon L'Œuvre d'Orient (2025). Après la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, l'incertitude domine. Le 22 juin 2025, un attentat-suicide pendant la Divine Liturgie à l'église grecque-orthodoxe Saint-Élie (Mar Elias) de Damas a fait 25 morts et 63 blessés selon le bilan des autorités syriennes.
Irak
Les chrétiens d'Irak sont surtout chaldéens, mais aussi assyriens, syriaques catholiques et orthodoxes, arméniens. Depuis 2003, enlèvements, assassinats et attentats se sont multipliés : le 31 octobre 2010, l'attaque de la cathédrale syriaque catholique Notre-Dame-du-Salut (Sayidat al-Najat) de Bagdad pendant la messe a tué deux prêtres et 46 fidèles. En juin 2014, Daech a pris Mossoul ; en juillet, il a sommé les chrétiens de se convertir, de payer un tribut ou de partir avant le 19 juillet. Dans la nuit du 6 au 7 août 2014, la plaine de Ninive, dont Qaraqosh, principale ville chrétienne du pays, s'est vidée de ses habitants, réfugiés au Kurdistan. Mossoul a été reprise en juillet 2017. À Qaraqosh, environ la moitié des habitants chrétiens sont revenus (environ 25 000, contre 50 000 avant 2014), selon le clergé local (Vatican News, juillet 2024).
Du 5 au 8 mars 2021, François a été le premier pape à se rendre en Irak : Bagdad, Nadjaf (rencontre avec l'ayatollah Ali al-Sistani), Ur, la ville d'Abraham, Mossoul, Qaraqosh et Erbil. À Mossoul, au milieu des églises en ruines, il a déclaré : « La diminution tragique des disciples du Christ, ici et dans tout le Moyen-Orient, est un dommage incalculable non seulement pour les personnes et les communautés intéressées, mais pour la société elle-même qu'ils laissent derrière eux. »
En avril 2026, le synode chaldéen a élu patriarche Paul III Nona, ancien archevêque de Mossoul, qui avait vécu l'exode de 2014.
Terre sainte (Israël et Palestine)
Les chrétiens de Terre sainte, en grande majorité arabes, sont grecs-orthodoxes, latins, melkites, arméniens, syriaques, coptes, maronites ; il existe aussi des catholiques de langue hébraïque et de nombreux travailleurs migrants. Deux institutions catholiques y jouent un rôle central :
- le patriarcat latin de Jérusalem, rétabli en 1847, qui couvre Israël, la Palestine, la Jordanie et Chypre ; le patriarche, Pierbattista Pizzaballa, nommé en 2020, est le premier patriarche latin de Jérusalem créé cardinal (30 septembre 2023) ;
- la Custodie franciscaine de Terre sainte, qui garde depuis le XIVᵉ siècle, au nom de l'Église, une grande partie des sanctuaires (Saint-Sépulcre, Nativité, Nazareth…) ; son custode est, depuis juin 2025, le frère Francesco Ielpo.
La guerre ouverte par les massacres du 7 octobre 2023 a frappé aussi la petite communauté chrétienne de Gaza : le 17 juillet 2025, une frappe israélienne sur la paroisse catholique de la Sainte-Famille, qui abritait des déplacés, a fait trois morts et blessé le curé. En Cisjordanie, les chrétiens de Bethléem ou de Taybeh subissent l'effondrement du pèlerinage et, pour certains villages, les violences de colons.
Égypte
La plus grande communauté chrétienne du Moyen-Orient est celle des coptes orthodoxes, conduits par le pape Tawadros II. Les coptes catholiques, bien moins nombreux, sont très présents dans les écoles et les hôpitaux. Les coptes ont été visés par plusieurs attentats revendiqués par Daech, dont ceux du dimanche des Rameaux, le 9 avril 2017, à Tanta et à Alexandrie (45 morts). Ils rencontrent aussi des discriminations dans la vie quotidienne et pour la construction d'églises, domaine où une loi de 2016 a permis de régulariser de nombreux lieux de culte.
Le 15 février 2015, sur une plage de Libye, Daech a égorgé 21 hommes, 20 ouvriers coptes égyptiens et un Ghanéen. L'Église copte orthodoxe les a reconnus comme martyrs. Le 11 mai 2023, recevant Tawadros II, François a annoncé qu'« avec le consentement de Votre Sainteté, ces 21 martyrs seront insérés dans le Martyrologe romain comme signe de la communion spirituelle qui unit nos deux Eglises ». Ils sont commémorés le 15 février.
Jordanie
Les chrétiens de Jordanie, grecs-orthodoxes et latins pour la plupart, vivent dans une relative sécurité et jouent un rôle notable dans l'éducation et la santé. Le pays a accueilli de nombreux chrétiens irakiens et syriens. Le site du baptême du Christ à Béthanie-au-delà-du-Jourdain est un lieu de pèlerinage reconnu.
Turquie
Héritière d'une présence chrétienne considérable jusqu'au début du XXᵉ siècle, la Turquie ne compte plus qu'une très petite minorité chrétienne : grecs-orthodoxes autour du patriarcat œcuménique, arméniens, syriaques du Tur Abdin, catholiques latins et orientaux. Les massacres et déportations de 1915, que l'Église arménienne et la France (loi de 2001) reconnaissent comme un génocide, et les violences contre les Assyro-Chaldéens et les Syriaques, puis les échanges de populations de 1923, ont presque fait disparaître ces communautés. En 2006, le prêtre italien Andrea Santoro a été tué à Trabzon ; en 2010, Mgr Luigi Padovese, vicaire apostolique d'Anatolie, à Iskenderun.
Iran
Les chrétiens historiques d'Iran, arméniens et assyro-chaldéens, sont reconnus et ont des sièges réservés au Parlement. Les convertis venus de l'islam, eux, sont poursuivis : l'apostasie et l'évangélisation exposent à de lourdes peines de prison. Voir la page Les chrétiens persécutés.
Pourquoi ils partent
L'exode des chrétiens a plusieurs causes, qu'il faut tenir ensemble :
- la guerre et le terrorisme, qui touchent toute la population, mais frappent plus durement des minorités sans milice ni protecteur ;
- les persécutions ciblées, dont Daech a été la forme la plus violente ;
- l'effondrement économique (Liban, Syrie) et le chômage des jeunes ;
- l'inégalité juridique dans des États où la religion détermine le statut personnel ;
- l'attraction des diasporas déjà installées en Europe, en Amérique du Nord et en Australie.
Beaucoup de patriarches mettent en garde contre un accueil qui viderait la région : ils demandent à la fois la protection de ceux qui fuient et l'aide à ceux qui restent.
Léon XIV en Turquie et au Liban (2025)
Pour son premier voyage apostolique, du 27 novembre au 2 décembre 2025, Léon XIV s'est rendu en Turquie et au Liban.
- En Turquie, il a célébré les 1 700 ans du concile de Nicée : prière œcuménique à İznik, l'ancienne Nicée, avec le patriarche œcuménique Bartholomée le 28 novembre ; déclaration commune signée avec lui le 29 novembre, qui évoque notamment la recherche d'une date commune pour Pâques ; visite de la Mosquée bleue ; rencontres avec les Églises syriaque orthodoxe et arménienne apostolique ; messe à Istanbul.
- Au Liban, du 30 novembre au 2 décembre, il a prié sur la tombe de saint Charbel à Annaya, rencontré le clergé au sanctuaire de Notre-Dame-du-Liban à Harissa, les responsables des Églises et des religions place des Martyrs à Beyrouth, et les jeunes à Bkerké ; il s'est recueilli en silence sur le port de Beyrouth avant une messe finale sur le front de mer de Beyrouth.
La France et les chrétiens d'Orient
Le lien est ancien, et il n'a pas toujours été désintéressé.
- Les capitulations : à partir du XVIᵉ siècle, les accords entre les rois de France et les sultans ottomans ont donné à la France un droit de protection sur les religieux latins de l'Empire, confirmé et élargi par les capitulations de 1673 et de 1740. Louis XIV a aussi adressé des lettres de protection au patriarche maronite. Ce protectorat religieux était aussi un instrument d'influence.
- Le XIXᵉ siècle : après les massacres de 1860 au Mont-Liban et à Damas, Napoléon III envoie un corps expéditionnaire au Liban (1860-1861). Écoles et congrégations françaises se multiplient dans la région.
- Le mandat : après la Première Guerre mondiale, la France administre le Liban et la Syrie sous mandat de la Société des Nations, jusqu'aux indépendances des années 1940. Le « Grand Liban » est proclamé en 1920.
- Aujourd'hui : la France reste propriétaire à Jérusalem de quatre domaines nationaux (Sainte-Anne, l'Éléona, Abou Gosh, le Tombeau des Rois) et exerce une protection historique sur plusieurs communautés religieuses catholiques de Terre sainte. Elle a accueilli des chrétiens d'Irak et de Syrie, notamment depuis 2014, qui ont rejoint les communautés chaldéennes, syriaques, maronites et arméniennes déjà installées.
L'Œuvre d'Orient, fondée le 4 avril 1856 sous le nom d'Œuvre des Écoles d'Orient par des professeurs de la Sorbonne autour du mathématicien Augustin Cauchy, a eu pour premier directeur l'abbé Charles Lavigerie. Elle a fêté ses 170 ans en 2026 et soutient écoles, dispensaires et communautés religieuses dans toute la région.
Et pour vous ?
Prier. Vous pouvez prier pour les chrétiens du Moyen-Orient à la messe, dans la prière universelle, ou en vous associant aux martyrs coptes de Libye le 15 février. Les prières de saint Éphrem ou de saint Charbel sont une manière d'entrer dans leur tradition.
Rencontrer. Les communautés orientales de France vous accueillent : Notre-Dame-du-Liban (maronite) et Saint-Julien-le-Pauvre (melkite) à Paris, Saint-Éphrem-le-Syriaque (syriaque catholique), Saint-Thomas-Apôtre de Sarcelles (chaldéenne), et bien d'autres en région. Les adresses sont sur la page Les Églises catholiques orientales.
Soutenir. L'Œuvre d'Orient, l'Aide à l'Église en détresse (AED) et la CNEWA financent écoles, reconstruction et aide d'urgence. Les pèlerinages en Terre sainte, quand ils sont possibles, font vivre directement les familles chrétiennes de Bethléem et de Jérusalem.
S'informer avec prudence. Les chiffres circulent vite et se contredisent : vérifiez leur source et leur date, et gardez à l'esprit que les chrétiens ne sont pas les seules victimes des guerres de la région.
Pour approfondir
- François, prière pour les victimes de la guerre à Mossoul (7 mars 2021) — texte intégral
- François, discours à Tawadros II (11 mai 2023) — l'annonce de l'inscription des martyrs coptes au Martyrologe romain
- Voyage apostolique de Léon XIV en Turquie et au Liban (27 novembre - 2 décembre 2025) — discours et homélies
- Pew Research Center, Religion in the Middle East and North Africa (2025) — évolution des groupes religieux entre 2010 et 2020, en anglais
- Patriarcat latin de Jérusalem et Custodie de Terre sainte — actualités de l'Église en Terre sainte
- L'Œuvre d'Orient — présentation des Églises, actualités, projets
- Aide à l'Église en détresse — rapports sur la liberté religieuse et sur l'Irak
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