L'Église en Europe
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« Pendant la nuit, Paul eut une vision : un Macédonien lui apparut, debout, qui lui faisait cette demande : « Passe en Macédoine et viens à notre secours. » » — Actes des Apôtres 16, 9
L'Europe a été pendant des siècles le cœur du catholicisme : elle a donné à l'Église ses grandes écoles de spiritualité, ses universités, la plupart de ses saints canonisés et tous ses papes du VIIIᵉ siècle à 2013. Elle est aujourd'hui le continent où la pratique a le plus reculé, et celui où surgissent des signes inattendus de renouveau. Cette page présente ces contrastes avec des chiffres datés, sans cacher la crise des abus, et termine par un encadré sur l'Amérique du Nord.
Des racines anciennes
L'Évangile entre en Europe avec Paul, appelé en Macédoine (Ac 16, 9) : à Philippes, vers l'an 50, Lydie, marchande de pourpre, est la première baptisée connue du continent (Ac 16, 14-15). Pierre et Paul meurent martyrs à Rome, dont l'évêque devient le point de référence de la communion des Églises.
L'évangélisation du continent s'étend ensuite sur un millénaire : la Gaule (Irénée de Lyon, Martin de Tours), le baptême de Clovis vers 500, les moines irlandais comme Colomban, Boniface en Germanie, Cyrille et Méthode chez les Slaves au IXᵉ siècle, le baptême de Mieszko Iᵉʳ de Pologne en 966 et celui de Vladimir de Kiev en 988. Les monastères portent la liturgie, l'écrit et la culture.
Cette histoire a ses pages sombres : conversions imposées par les armes (Saxons sous Charlemagne, croisades baltes), croisades, Inquisition, persécution et expulsion des Juifs, guerres de religion après la Réforme. La page Histoire de l'Église les présente plus en détail.
L'Église a reconnu cette double racine, romaine et slave, en donnant à l'Europe six saints patrons : saint Benoît (proclamé par Paul VI en 1964 ; fêté le 11 juillet), saints Cyrille et Méthode (Jean-Paul II, 1980 ; 14 février), puis, en 1999, trois femmes : sainte Brigitte de Suède (23 juillet), sainte Catherine de Sienne (29 avril) et sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, Edith Stein, morte à Auschwitz (9 août). En Europe, ces jours sont des fêtes.
Au XXᵉ siècle, des catholiques ont compté parmi les pères de la construction européenne : Robert Schuman, né au Luxembourg et député de la Moselle, a été déclaré vénérable par François en 2021.
Les chiffres : un continent qui se sécularise
À l'échelle du continent, fin 2024, les catholiques forment 39,7 % de la population de l'Europe, et l'Europe réunit 20,1 % des catholiques du monde (20,20 % dans le détail publié par L'Osservatore Romano), désormais à peine moins que l'Afrique (20,27 %). Elle garde 152 608 prêtres, plus d'un tiers du total mondial, mais en a perdu près de 2 500 en un an, et ses séminaristes ont diminué de 5,5 % entre 2023 et 2024 (Annuarium Statisticum Ecclesiae 2024). La moyenne est d'un peu plus de 1 800 catholiques par prêtre, la plus basse des continents, avec un clergé vieillissant.
Ces moyennes cachent des situations très différentes. Quatre pays, quatre repères :
| Pays | Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|---|
| France | Adultes se déclarant catholiques | 46 % (février 2025) | Ifop pour l'Observatoire français du catholicisme, juin 2025 |
| Baptisés catholiques allant à la messe tous les dimanches | 2 % (et 4 % « le plus souvent possible ») ; 66 % n'y vont jamais | idem | |
| Français allant à la messe au moins quelques fois par an | 26 %, contre 68 % en 1961 | idem | |
| Ordinations sacerdotales | 84 en 2026, contre 90 en 2025 et 105 en 2024 | CEF, juin 2026 | |
| Italie | Personnes fréquentant un lieu de culte au moins une fois par semaine | 18 % en 2023, contre 36 % en 2001 | Istat, enquête Aspetti della vita quotidiana |
| Pologne | Catholiques présents à la messe du dimanche (dominicantes) | 29,6 % en 2024, contre 36,9 % en 2019 et 51 % en 1980 | Institut statistique de l'Église catholique (ISKK) |
| Allemagne | Membres de l'Église catholique | 19,2 millions fin 2025 (19 219 601), soit environ 23 % de la population (estimation) | Conférence épiscopale allemande, mars 2026 |
| Sorties d'Église | 307 117 en 2025 ; environ 322 000 en 2024 ; plus de 520 000 en 2022 (record) | idem | |
| Participation à la messe dominicale | 6,8 % des catholiques en 2025 (9,1 % en 2019) | idem |
Quelques clés de lecture :
- En France, 76 % des adultes se disent baptisés catholiques (92 % en 1961), mais la messe dominicale est devenue le fait d'une petite minorité ; la chute s'est accélérée à partir des années 1960.
- En Italie, près de la moitié des jeunes de 18 à 24 ans (49 % des 18-19 ans, 50 % des 20-24 ans) ne fréquentent jamais un lieu de culte en 2023, contre environ un sur cinq en 2001 (Istat), avec de fortes différences entre les régions.
- En Pologne, longtemps l'exception européenne, le recul s'est accéléré avec la pandémie de Covid-19 (28,3 % de dominicantes en 2021), avant une stabilisation autour de 29 à 30 % entre 2022 et 2024. La pratique reste très forte dans le sud-est du pays (62,3 % dans le diocèse de Tarnów en 2024).
- En Allemagne, l'appartenance à l'Église est déclarée à l'administration et donne lieu à l'impôt ecclésiastique (Kirchensteuer) ; « sortir de l'Église » (Kirchenaustritt) est une démarche administrative, d'où des chiffres officiels précis. Le pic de 2022 a coïncidé avec la publication, en janvier, d'un rapport sur les abus dans l'archidiocèse de Munich et Freising. Depuis, les sorties diminuent chaque année, et les admissions et réadmissions augmentent un peu (2 269 entrées et 5 443 réadmissions en 2025).
Les causes de cette sécularisation sont débattues (urbanisation, individualisation, fin de la transmission familiale, crise de confiance liée aux abus) ; aucune n'explique tout, et le recul touche aussi les Églises protestantes.
Des signes de vitalité
La sécularisation n'est pas toute l'histoire. Plusieurs indicateurs montrent une vitalité nouvelle, surtout parmi les jeunes adultes.
Les catéchumènes adultes en France. Selon l'enquête annuelle du Service national de la catéchèse et du catéchuménat, 13 234 adultes devaient être baptisés dans la nuit de Pâques 2026 en France, soit une hausse de 28 % sur 2025 (10 384) et plus de trois fois plus qu'en 2016 (4 124). S'y ajoutent plus de 8 100 catéchumènes adolescents, dans 89 diocèses. Les 18-25 ans forment le groupe le plus nombreux, juste devant les 26-40 ans ; les femmes représentent environ 62 % des catéchumènes adultes (enquête du catéchuménat 2026).
Les vocations, un frémissement. Si les ordinations continuent de baisser en France, les entrées en année de propédeutique, qui précède le séminaire, sont passées de 99 en 2023 à 145 en 2025 (CEF, juin 2026). Il est trop tôt pour dire si la tendance durera.
Les pèlerinages. Le bureau des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle a délivré 530 987 « compostelas » en 2025, un record, sans être une année jacquaire. Le Jubilé de 2025 a attiré plus de 33 millions de pèlerins à Rome, dont près de 63 % d'Européens, selon le bilan présenté par Mgr Rino Fisichella en janvier 2026. Lourdes, Fátima, Częstochowa, Medjugorje (où le Dicastère pour la doctrine de la foi a reconnu en septembre 2024 des fruits spirituels, sans se prononcer sur le caractère surnaturel des apparitions), le pèlerinage de Chartres ou les rassemblements de Taizé attirent des foules, souvent jeunes.
Les nouvelles communautés. Le XXᵉ siècle a vu naître en Europe de nombreux mouvements et communautés : Focolari (1943), Communion et Libération (1954), Chemin néocatéchuménal (1964), Sant'Egidio (1968), Emmanuel (1972), Chemin Neuf (1973)… Ils ont renouvelé la prière et la mission. Plusieurs communautés fondées dans les mêmes années ont aussi été marquées par des abus commis par leur fondateur, établis par des enquêtes : la page Emprise et dérives sectaires les présente, avec les réformes engagées.
Une Église plus diverse. Les catholiques venus d'autres continents remplissent beaucoup d'églises des grandes villes, et près de 1 900 prêtres venus d'autres pays exerçaient une mission pastorale en France en 2023 (CEF ; voir L'Église dans le monde).
Le voyage de Léon XIV en France. Du 25 au 28 septembre 2026, Léon XIV a effectué son premier voyage apostolique en France, en trois étapes. À Paris, il a été reçu à l'Élysée, s'est adressé à l'Unesco, a présidé les vêpres à Notre-Dame avec des prêtres, des diacres, des consacrés et des séminaristes, puis une veillée de prière avec les jeunes au Stade de France ; le lendemain, il a visité la Maison Bakhita, rencontré à l'Institut catholique l'assemblée synodale provinciale, des catéchumènes et des néophytes, et célébré la messe place de la Concorde. À Lourdes, il a prié à la grotte de Massabielle le soir même, puis, le 27 septembre, rencontré les évêques de France et célébré la messe sur la prairie du sanctuaire. Le 28, à Metz, après une rencontre interreligieuse, il a prononcé au centre des congrès Robert-Schuman, en présence d'Emmanuel Macron et d'autres responsables européens, un discours intitulé « Aux racines de l'Europe pour la paix et l'unité », dans lequel il a plaidé pour une Europe de la paix, gardienne de la dignité humaine ; il a célébré une dernière messe à la cathédrale Saint-Étienne avant de regagner Rome.
L'Europe de l'Est : une foi passée par l'épreuve
Pendant plus de quarante ans, les régimes communistes ont persécuté l'Église : évêques et prêtres emprisonnés, ordres religieux dissous ; l'Albanie s'est même proclamée État athée en 1967. Le cardinal Stefan Wyszyński en Pologne (béatifié en 2021) ou le cardinal József Mindszenty en Hongrie ont incarné cette résistance.
La Pologne a donné à l'Église Jean-Paul II (1978-2005), et l'Église y a accompagné Solidarność dans les années 1980. Elle reste l'un des pays les plus catholiques d'Europe.
L'Église gréco-catholique ukrainienne, l'une des deux plus nombreuses Églises catholiques orientales avec l'Église syro-malabare, a été liquidée en 1946 par le pouvoir soviétique, qui l'a rattachée de force à l'Église orthodoxe russe ; elle a survécu dans la clandestinité jusqu'à sa légalisation en 1989. Depuis l'invasion russe de 2022, ses prêtres et ses fidèles vivent la guerre au quotidien. Voir Les Églises catholiques orientales.
D'autres Églises vivent des situations contrastées : forte identité catholique en Slovaquie, en Croatie ou en Lituanie ; sécularisation très avancée en Tchéquie et dans l'ex-Allemagne de l'Est.
La crise des abus
C'est en Europe, comme en Amérique du Nord, qu'ont été publiés les premiers grands rapports nationaux sur les violences sexuelles commises dans l'Église. Voici les principaux, avec leurs résultats établis.
| Pays | Rapport | Date | Principaux résultats |
|---|---|---|---|
| Irlande | Rapport Ryan (institutions tenues par des congrégations) ; rapport Murphy (archidiocèse de Dublin) | 2009 | Violences physiques et sexuelles systématiques dans les écoles industrielles et maisons de redressement ; gestion des plaintes par l'archidiocèse orientée vers la protection de l'institution |
| Pays-Bas | Commission Deetman | décembre 2011 | Estimation de 10 000 à 20 000 mineurs victimes d'abus dans des institutions catholiques entre 1945 et 1981 |
| Allemagne | Étude MHG, commandée par les évêques | 25 septembre 2018 | 3 677 victimes mineures et 1 670 clercs mis en cause (4,4 % des dossiers examinés), 1946-2014 ; les auteurs y voient la partie visible d'un phénomène plus large |
| France | Commission indépendante (CIASE), présidée par Jean-Marc Sauvé | 5 octobre 2021 | Estimation de 216 000 personnes victimes, lorsqu'elles étaient mineures, de clercs ou de religieux depuis 1950 ; 330 000 en comptant les agresseurs laïcs en lien avec l'Église |
| Portugal | Commission indépendante | 13 février 2023 | Au moins 4 815 victimes entre 1950 et 2022, à partir de plus de 500 témoignages |
| Suisse | Étude pilote de l'Université de Zurich | 12 septembre 2023 | 1 002 situations d'abus documentées, 921 victimes, 510 auteurs mis en cause depuis le milieu du XXᵉ siècle ; les chercheuses les décrivent comme la pointe de l'iceberg |
| Espagne | Rapport du Défenseur du peuple | octobre 2023 | Estimation fondée sur un sondage, dont l'extrapolation a été contestée par la conférence épiscopale |
Les conclusions se recoupent : des victimes longtemps ignorées, des agresseurs souvent déplacés plutôt que signalés, une culture du secret et de la protection de l'institution.
Les réponses ont été tardives, mais réelles. En France, les évêques réunis à Lourdes en novembre 2021 ont reconnu la responsabilité institutionnelle de l'Église et créé l'Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (INIRR) ; les religieux ont créé la Commission reconnaissance et réparation (CRR). À Rome, François a réuni les présidents des conférences épiscopales en février 2019, publié en mai 2019 le motu proprio Vos estis lux mundi (rendu définitif en 2023) qui oblige clercs et religieux à signaler les abus et encadre les enquêtes sur les évêques, et levé en décembre 2019 le secret pontifical sur ces dossiers.
La vigilance reste nécessaire : la prévention, l'écoute des victimes et le contrôle de l'exercice du pouvoir dans l'Église ne sont pas des chantiers achevés.
Et l'Amérique du Nord ?
Aux États-Unis, 19 % des adultes se déclaraient catholiques en 2023-2024, contre 24 % en 2007, selon le Pew Research Center (Religious Landscape Study, février 2025) ; depuis 2014, cette part oscille entre 18 et 21 % dans les enquêtes du Pew, l'immigration, surtout latino-américaine, compensant une partie des départs. C'est une Église d'immigrés successifs (irlandais, italiens, allemands, polonais, puis hispaniques et asiatiques).
C'est aussi aux États-Unis que la crise des abus a éclaté au grand jour, avec l'enquête du Boston Globe en 2002. Une étude du John Jay College, commandée par les évêques et publiée en 2004, a recensé 10 667 accusations visant 4 392 prêtres entre 1950 et 2002 ; la même année 2002, les évêques ont adopté la Charte de Dallas (tolérance zéro).
Au Canada, les catholiques représentaient 29,9 % de la population au recensement de 2021 (Statistique Canada). Le Québec, massivement pratiquant jusqu'aux années 1960, s'est sécularisé très vite à partir de la Révolution tranquille.
L'histoire canadienne est marquée par les pensionnats pour enfants autochtones : entre la fin du XIXᵉ siècle et les années 1990, plus de 150 000 enfants des Premières Nations, des Métis et des Inuits y ont été placés par l'État fédéral, loin de leur famille, de leur langue et de leur culture. La majorité de ces établissements, environ 60 à 70 % selon les décomptes, étaient tenus par des diocèses et des congrégations catholiques. La Commission de vérité et réconciliation (rapport final en 2015) a documenté les violences, les décès et les abus qui s'y sont produits. Le 25 juillet 2022, à Maskwacis (Alberta), au début de ce qu'il a appelé un « pèlerinage pénitentiel », François a déclaré : « Je demande pardon, en particulier, pour la manière dont de nombreux membres de l'Église et des communautés religieuses ont coopéré, même à travers l'indifférence, à ces projets de destruction culturelle et d'assimilation forcée des gouvernements de l'époque, qui ont abouti au système des écoles résidentielles. » En 2023, deux dicastères romains ont répudié la « doctrine de la découverte » qui avait servi à justifier la colonisation.
Enfin, le conclave de mai 2025 a élu le premier pape né aux États-Unis : Léon XIV, Robert Francis Prevost, né à Chicago en 1955, augustinien, missionnaire puis évêque au Pérou. Voir L'Église en Amérique latine.
Et pour vous ?
- Prier pour l'Europe avec ses saints patrons, par exemple le 11 juillet (saint Benoît) ou le 9 août (sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix), et prier pour les personnes victimes d'abus dans l'Église.
- Accueillir les catéchumènes de votre paroisse : proposez-vous comme accompagnateur, ou simplement pour une invitation. Beaucoup arrivent sans aucun lien avec une communauté.
- Découvrir les autres visages de l'Église en Europe : une paroisse gréco-catholique ukrainienne, une messe polonaise ou portugaise, un séjour à Taizé, un tronçon du chemin de Compostelle.
- Soutenir les Églises d'Ukraine et d'Europe de l'Est, par exemple avec l'Aide à l'Église en détresse ou l'Œuvre d'Orient.
- Lire les rapports eux-mêmes plutôt que leurs résumés : le rapport de la CIASE et ses recommandations sont en ligne.
Pour approfondir
- Vatican News — Annuaire pontifical 2026 et Annuarium Statisticum Ecclesiae 2024 (28 mars 2026, en italien) — les chiffres par continent
- Observatoire français du catholicisme — enquête Ifop (juin 2025) — appartenance, pratique et croyance en France
- Enquête du catéchuménat 2026 — Service national de la catéchèse et du catéchuménat
- Rapport final de la CIASE (5 octobre 2021) — le rapport et ses 45 recommandations
- Katholisch.de — Statistique 2025 de l'Église catholique en Allemagne (16 mars 2026, en allemand)
- François, Lettre au peuple de Dieu (20 août 2018)
- François, rencontre avec les peuples autochtones à Maskwacis (25 juillet 2022)
- Pew Research Center — Religious identity in the United States (février 2025, en anglais)
- Voyage apostolique de Léon XIV en France (25-28 septembre 2026, vatican.va) — discours et homélies ; site de la visite (Conférence des évêques de France) ; Vatican News, le discours de Metz sur l'Europe (28 septembre 2026)
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