23 Cette même nuit, il se leva, prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants et passa le gué du Yabboq.
24 Il les prit et leur fit passer le torrent, et il fit passer aussi tout ce qu'il possédait.
25 Et Jacob resta seul. Et quelqu'un lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore.
26 Voyant qu'il ne le maîtrisait pas, il le frappa à l'emboîture de la hanche, et la hanche de Jacob se démit pendant qu'il luttait avec lui.
27 Il dit : Lâche-moi, car l'aurore est levée, mais Jacob répondit : Je ne te lâcherai pas, que tu ne m'aies béni.
28 Il lui demanda : Quel est ton nom ? - Jacob, répondit-il.
29 Il reprit : On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre tous les hommes et tu l'as emporté.
30 Jacob fit cette demande : Révèle-moi ton nom, je te prie, mais il répondit : Et pourquoi me demandes-tu mon nom ? et, là même, il le bénit.
31 Jacob donna à cet endroit le nom de Penuel, car, dit-il, j'ai vu Dieu face à face et j'ai eu la vie sauve .
32 Au lever du soleil, il avait passé Penuel et il boitait de la hanche.
33 C'est pourquoi les Israélites ne mangent pas, jusqu'à ce jour, le nerf sciatique qui est à l'emboîture de la hanche, parce qu'il avait frappé Jacob à l'emboîture de la hanche au nerf sciatique.
Genèse
DU LIVRE DE LA GENESE
Commentaire
1. Situation
Le Livre de la Genèse est le premier livre de la Bible, et le premier des 5 livres attribués à la tradition de Moïse, et dont les différents éléments qui le composent se sont additionnés pendant plusieurs siècles jusqu'au temps de la rédaction finale, aux environs du 6ème siècle, et très probablement après le retour de l'exil Babylonien.
Ce livre nous présente d'abord une histoire des origines des nations, avec la création du monde (1, 1 - 2, 3), ainsi que de l'homme et de la femme, leur descendance et l'expansion de la civilisation (2,4 - 4, 24), la vie des générations d'avant le Déluge, le Déluge (4, 25 - 6, 8), et la repopulation jusqu'au moment de la dispersion (6, 9 - 9, 29), suite à l'orgueil manifesté par les hommes de la grande ville de Babel, avec sa tour (10, 1 - 11, 9).
Nous entrons ensuite - après un court interlude nous présentant la généalogie de Sem à Terah, le père d'Abraham (11, 10 -26) - dans une seconde grande partie, l'histoire des ancètres d'sraël (11, 27 - 50, 26), qui comprend le cycle d'Abraham et de Sarah (11, 27 - 25, 18), le cycle d'Isaac et Jacob (25, 19 - 36, 43), et, finalement, l'histoire de Joseph (37, 10 - 50, 26).
Toujours dans la seconde grande partie du Livre de la Genèse, nous sommes entrés dans le deuxième cycle de l'histoire des ancêtres d'Israël, celui qui nous raconte les péripéties de l'histoire d'Isaac et de son fils cadet Jacob (25, 19 - 36, 43), cycle que nous allons traverser, en sautant beaucoup de pages, en seulement trois lectures de notre liturgie.
Nous aurions pu y assister à la naissance des deux fils d'Isaac, Esaü et Jacob. Le nom de "Jacob" voulant dire "Que Dieu protège", ou "Celui qui supplante", cette dernière interprétation nous indique bien que ce second-né des deux jumeaux a pris la place du premier-né, d'abord en lui faisant renoncer par serment à son droit d'aînesse pour un plat de lentilles quand il s'était senti affamé, puis en se substituant à lui frauduleusement pour lui voler la bénédiction qu'Isaac réservait à son fils aîné.
Cette bénédiction n'était rien d'autre que la transmission de la "vitalité" paternelle et ne pouvait donc être reprise. Si bien que Jacob le menteur est devenu le porteur de la promesse et de la bénédiction. Esaü, pour se venger, va chercher à faire disparaître son frère, mais Rebecca, qui chérit Jacob, s'arrange pour que ce dernier s'en aille rapidement trouver une épouse dans la parenté de ses ascendants (ce que, selon une autre tradition, lui demande également son Père Isaac, qui, de son côté, l'envoie en mission dans ce même but, avec sa bénédiction).
L'absence de Jacob durera 20 ans, car le trompeur sera lui-même trompé par son futur beau-père, si bien que Rebecca ne reverra plus son fils Jacob.
Les dés sont jetés. Selon Malachie, 1, 3, Dieu a fait son choix: "J'ai aimé Jacob, et j'ai haï Esaü". II apparaît clairement, à travers cette histoire, que c'est le clan de Jacob-Israël et non celui de Esaü-Edom, qui sera désormais porteur de la promesse de Dieu.
Avec notre page, nous retrouvons Jacob, qui, après 20 ans passés à travailler chez son oncle Laban, revient en terre de Canaan avec ses deux épouses, ses onze fils, et ses grands troupeaux. Comme il s'apprête à rencontrer son frère Esaü, il vient de lui envoyer en présent des éléments de son troupeau, en préparation d'une démarche de paix.
2. Message
Au gué du Yabboq, affluent du Jourdain, Jacob vient de faire traverser ses troupeaux, ses femmes et ses enfants, et, comme il reste seul, il se trouve engagé dans un long combat singulier avec un inconnu, combat qui dure une nuit entière.
Durant cette lutte, non seulement Jacob se trouve blessé à la hanche, mais il découvre que son adversaire, qui "vient d'ailleurs", est capable de lui donner une bénédiction, que Jacob se met à exiger de lui, avant de le lâcher et de cesser le combat corps à corps.
Cette bénédiction s'accompagne d'un changement du nom de Jacob, déclaré "Israël" , c'est-à-dire "fort contre Dieu". Ce nom d'Israël sera désormais celui de tout le peuple de la descendance d'Abaham, d'Isaac et Jacob.
Même si son opposant lui refuse de révéler son Nom, Jacob finit par l'identifier comme étant Dieu lui-même, rencontré et affronté face à face. D'où le nom de "Pénouel" ("face de Dieu"), qu'il donne à cet endroit.
3. Decouvertes
Cet incident interrompt le compte-rendu de la rencontre de Jacob avec son frère Esaü, qui en était au stade des préparatifs et de l'envoi de présents.
Cet incident n'en demeure pas moins pour autant d'une importance centrale pour toute l'histoire du peuple d'Israël, plus important encore que l'épisode du songe et de la vision de Béthel, qu'avait connus Jacob vingt ans auparavant, lors de son voyage-aller en Mésopotamie (28, 10 - 22).
En effet, une fois de plus, l'héritier des promesses faites à Abraham se trouve en grand danger pour sa vie, et s'il demeure fort jusqu'au terme de ce combat incertain, où il semble l'emporter sur son adversaire sans êtrre vraiment victorieux, il se trouve désormais blessé et boiteux, tout en bénéficiant d'une bénédiction et du don d'un nouveau nom rappelant cette lutte ("Israël", proche de l'hébreu "sâra" qui veut dire "lutte"), et qui sera désormais celui du peuple de sa descendance, peuple dont il est confirmé ici le fondateur, puisque ses onze (bientôt douze) fils vont devenir les ancêtres des douze tribus d'Israël.
En dépit de ce message clair, cet incident demeure difficile à interpréter, et l'on pense qu'il est d'origine pré-Israélite, semblant apparenté aux légendes et contes païens dans lesquels il est question d'esprits ou de démons ayant la garde de certains endroits particuliers, tels des fleuves, et se mettant à attaquer, de nuit seulement (voir ici le verset 27), tout voyageur qui franchit le lieu qu'ils défendent.
Dans notre récit l'attaquant refuse jusqu'au bout de donner son Nom, mais Jacob l'indentifie comme quelqu'un jouissant d'un pouvoir surnaturel, qui peut donc le bénir, avant de le reconnaître, après coup, comme "Elohim", c'est-à-dire Dieu, par qui il s'est trouvé béni et confirmé dans sa propre mission, comme l'indique le nom d'Israël qu'il reçoit.
Le gué du Yabboq était difficile à traverser à pied, et son nom est lui aussi apparenté à un terme hébreu signifiant "lutte" ou "combat" ("abaq").
A noter le dernier verset, qui explique par cet événement l'origine d'un "taboo" alimentaire.
4. Prolongement
Notre existence chrétienne est marquée par ce combat de notre foi, qui, bien que don gratuit reçu dans l'Esprit Saint (qui, seul nous rend capables de proclamer Dieu comme "notre Père", et Jésus comme "Seigneur)", suppose toujours de notre part réponse et disponibilité, l'acceptation de reconnaître notre incapacité de salut, et de la nécessité de nous laisser saisir et conduire par le Seigneur, de nous savoir "faibles" de nous-mêmes pour être remplis de la force de Dieu :
25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
26 Aussi bien, frères, considérez votre appel : il n'y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de gens bien nés.
27 Mais ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort ;
28 ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l'on méprise, voilà ce que Dieu a choisi ; ce qui n'est pas, pour réduire à rien ce qui est,
29 afin qu'aucune chair n'aille se glorifier devant Dieu. ...
2 Non, je n'ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié.
3 Moi-même, je me suis présenté à vous faible, craintif et tout tremblant,
4 et ma parole et mon message n'avaient rien des discours persuasifs de la sagesse ; c'était une démonstration d'Esprit et de puissance,
5 pour que votre foi reposât, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.
26 Et c'est bien ainsi que je cours, moi, non à l'aventure ; c'est ainsi que je fais du pugilat, sans frapper dans le vide.
27 Je meurtris mon corps au contraire et le traîne en esclavage, de peur qu'après avoir servi de héraut pour les autres, je ne sois moi-même disqualifié.
9 Mais il m'a déclaré : " Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse. " C'est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ.
10 C'est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ ; car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort.
Prière
*Seigneur Jésus, toi seul nous as fait connaître, en ton humanité, Dieu que personne n'a jamais vu mais qui n'en demeure pas moins, dans cette proximité inouïe qu'il nous assure en toi, au-delà de toute approche et de toute conception, si bien qu'on ne peut le rencontrer en vérité, par toi dans l'Esprit Saint, que dans une "mort" à nous mêmes dans notre attitude de foi, et de pauvreté d'un coeur toujours en "manque", qui nous vaut d'être saisis dans sa plénitude qui toujours nous dépasse infiniment : fais que je ne me trompe jamais de combat, et que tout mon effort soit de te donner toute la place en ma vie, dans le vide de moi-même, afin que tout mon être, devienne, avec toutes mes capacités humaines, reçues ou acquises, le "lieu" de ta présence et de ton expression en ta Parole et tes gestes de miséricorde. AMEN.
08.07.2003.*