1 Isaac était devenu vieux et ses yeux avaient faibli jusqu'à ne plus voir. Il appela son fils aîné Ésaü : Mon fils ! lui dit-il, et celui-ci répondit : Oui !
2 Il reprit : Tu vois, je suis vieux et je ne connais pas le jour de ma mort.
3 Maintenant, prends tes armes, ton carquois et ton arc, sors dans la campagne et tue-moi du gibier.
4 Apprête-moi un régal comme j'aime et apporte-le moi, que je mange, afin que mon âme te bénisse avant que je meure. -
5 Or Rébecca écoutait pendant qu'Isaac parlait à son fils Ésaü. - Ésaü alla donc dans la campagne chasser du gibier pour son père.
...
15 Rébecca prit les plus beaux habits d'Ésaü, son fils aîné, qu'elle avait à la maison, et en revêtit Jacob, son fils cadet.
16 Avec la peau des chevreaux elle lui couvrit les bras et la partie lisse du cou.
17 Puis elle mit le régal et le pain qu'elle avait apprêtés entre les mains de son fils Jacob.
18 Il alla auprès de son père et dit : Mon père ! Celui-ci répondit : Oui ! Qui es-tu, mon fils ?
19 Jacob dit à son père : Je suis Ésaü, ton premier-né, j'ai fait ce que tu m'as commandé. Lève-toi, je te prie, assieds-toi et mange de ma chasse, afin que ton âme me bénisse.
20 Isaac dit à son fils Jacob : Comme tu as trouvé vite, mon fils ! - C'est, répondit-il, que Yahvé ton Dieu m'a été propice.
21 Isaac dit à Jacob : Approche-toi donc, que je te tâte, mon fils, pour savoir si, oui ou non, tu es mon fils Ésaü.
22 Jacob s'approcha de son père Isaac, qui le tâta et dit : La voix est celle de Jacob, mais les bras sont ceux d'Ésaü !
23 Il ne le reconnut pas car ses bras étaient velus comme ceux d'Ésaü son frère, et il le bénit.
24 Il dit : Tu es bien mon fils Ésaü ? et l'autre répondit : Oui.
25 Isaac reprit : Sers-moi et que je mange de la chasse de mon fils, afin que mon âme te bénisse. Il le servit et il mangea, il lui présenta du vin et il but.
26 Son père Isaac lui dit : Approche-toi et embrasse-moi, mon fils !
27 Il s'approcha et embrassa son père, qui respira l'odeur de ses vêtements. Il le bénit ainsi : Oui, l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ fertile que Yahvé a béni.
28 Que Dieu te donne la rosée du ciel et les gras terroirs, froment et vin en abondance !
29 Que les peuples te servent, que des nations se prosternent devant toi ! Sois un maître pour tes frères, que se prosternent devant toi les fils de ta mère ! Maudit soit qui te maudira, Béni soit qui te bénira !
Genèse
DU LIVRE DE LA GENESE
Commentaire
1. Situation
Le Livre de la Genèse est le premier livre de la Bible, et le premier des 5 livres attribués à la tradition de Moïse, et dont les différents éléments qui le composent se sont additionnés pendant plusieurs siècles jusqu'au temps de la rédaction finale, aux environs du 6ème siècle, et très probablement après le retour de l'exil Babylonien.
Ce livre nous présente d'abord une histoire des origines des nations, avec la création du monde (1, 1 - 2, 3), ainsi que de l'homme et de la femme, leur descendance et l'expansion de la civilisation (2,4 - 4, 24), la vie des générations d'avant le Déluge, le Déluge (4, 25 - 6, 8), et la repopulation jusqu'au moment de la dispersion (6, 9 - 9, 29), suite à l'orgueil manifesté par les hommes de la grande ville de Babel, avec sa tour (10, 1 - 11, 9).
Nous entrons ensuite - après un court interlude nous présentant la généalogie de Sem à Terah, le père d'Abraham (11, 10 -26) - dans une seconde grande partie, l'histoire des ancètres d'sraël (11, 27 - 50, 26), qui comprend le cycle d'Abraham et de Sarah (11, 27 - 25, 18), le cycle d'Isaac et Jacob (25, 19 - 36, 43), et, finalement, l'histoire de Joseph (37, 10 - 50, 26).
Toujours dans la seconde grande partie du Livre de la Genèse, nous sommes entrés dans le deuxième cycle de l'histoire des ancêtres d'Israël, celui qui nous raconte les péripéties de l'histoire d'Isaac et de son fils cadet Jacob (25, 19 - 36, 43), cycle que nous allons traverser, en sautant beaucoup de pages, en seulement trois lectures de notre liturgie.
Le passage que nous lisons aujourd'hui nous explique comment il s'est fait que ce fut Jacob, et non son frère aîné Esaü, qui devint l'héritier et le porteur de la promesse de Dieu à Abraham.
2. Message
A travers cette machination de Rebecca et de son fils préféré, Jacob, pour frustrer Esaü de la bénédiction qui lui revenait en raison de son droit d'aînesse, à travers cette tromperie et les mensonges qu'elle entraîne, s'accomplit mystérieusement le projet de Dieu, qui avait été annoncé dès la naissance de Jacob, le cadet des deux jumeaux mis au monde par Rebecca.
Isaac devenu vieux est facilement berné, et il donne sa bénédiction à Jacob, bien qu'ayant identifié sa voix, mais conduit à conclure, en le touchant, qu'il avait bien affaire à son fils Esaü. Et il considère cette bénédiction comme un acte objectif définitif, qui ne peut donc être révoqué lors de la découverte de la fraude de Jacob. C'est donc en Jacob et sa descendance que cette bénédiction fructifiera et l'accompagnera comme héritier et porteur à son tour des promesses de Dieu à Abraham.
Quelle que soit l'attitude des hommes qu'il appelle, même si, comme dans le cas présent, cette attitude est à réprouver, Dieu, qui veut que tous les hommes soient sauvés et partagent son Royaume offert gratuitement, se sert des hommes qui'il a choisis pour agir en son Nom comme ses prophètes et témoins. Et ce choix, qui n'appartient qu'à lui, il le réalise à sa façon, indépendamment de tous nos critères humains. Ce qui explique que, dans un monde de ruse et de tromperie, son dessein continue de se développer selon sa propre ligne.
3. Decouvertes
Nous ne lisons, une fois de plus, que de brefs extraits d'un très long récit, dont le contexte ne nous a pas davantage été présenté les jours précédents. Il est utile de se rappeler que, lors de la naissance des deux jumeaux Esaü et Jacob, leur mère Rebecca avait appris du Seigneur que l'aîné servirait le cadet, qu'ils se sépareraient, et que d'eux sortiraient deux peuples différents, Edom (Esaü) et Israël (Jacob) : 25, 23 - 24.
Esaü était chasseur et homme des champs tandis que Jacob menait une vie paisible sous la tente (25, 27 - 28). En échange d'un bouillon qu'il avait accepté de servir à son frère Esaü épuisé et affamé, Jacob lui avait fait jurer par serment de lui abandonner son droit d'aînesse, qu'Esaü vendit ainsi à Jacob (25, 29 - 34).
Le thème de ce récit est donc la tromperie de Jacob pour obtenir de son père la bénédiction réservée au fils aîné, ce qui lui vaudra la haine implacable d'Esaü, et l'obligera à quitter l'environnement parental pour s'en aller au loin.
Dans toute cette affaire Rebecca jour un rôle de meneur de jeu et de conspiratrice : comme elle préfère de beaucoup le "doux" Jacob au "rude" Esaü, elle n'hésite pas à courir le risque d'être maudite par son mari, Isaac. C'est donc Rebecca la première et grande responsable de cette fraude, mais Jacob, en acceptant la proposition de ruse de sa mère, en devient son complice et co-responsable de cette tromperie. La bénédiction une fois obtenue, Rebecca continuera de protéger son fils Jacob de la vengeance d'Esaü, elle en avertira Jacob et l'enverra à Haran, chez son oncle Laban (43 - 45).
Lorsqu'elle déclare craindre que son fils Jacob épouse une femme Hittite, elle se re-situe dans le cadre des promesses de Dieu à Abraham.
Si nous prenons le temps de relire entièrement ce chapitre 27 dans notre Bible, nous pouvons constater la grande habileté littéraire du narrateur de ce récit très vivant, dans lequel une série de scènes nous sont présentées distinctement et mettant en piste chaque fois seulement deux peronnages :
- Isaac et Esaü (1 - 4),
- Rebecca et Jacob (5 - 17),
- Jacob et Isaac (18 - 29),
- Esaü et Isaac (30 - 40),
- Esaü seul (41),
- Rebecca et Jacob (42 - 45),
- Rebecca et Isaac (46).
4. Prolongement
Que Dieu se serve des situations créées ou rencontrées par les hommes dans leur cheminement historique pour accomplir son dessein de salut dans les détours des ruses et conflits entre hommes, ne signifie pas pour autant q'il justifie et approuve des attitudes contraires à la vérité.
L'interprétation que donne de cet événement la Lettre aux Hébreux montre que le projet de Dieu se déroule au-delà des intentions ou des erreurs et manquements des hommes concernés. Dieu agit comme il veut, se servant de qui il veut, pour le salut de toute l'humanité. Isaac, innocent dans son erreur sur l'identité du fils qu'il a béni, n'en déduit pas moins que désormais c'est Jacob, son fils cadet, et non pas son aîné et préféré, Esaü (25, 28), qui sera après lui porteur des promesses de Dieu à Abraham : c'est bien ce que montre la suite du récit lorsque nous voyons Isaac envoyer Jacob prendre femme au pays de ses pères (28, 1 - 5) :
20 Par la foi encore, Isaac donna à Jacob et à Ésaü des bénédictions assurant l'avenir.
10 Mieux encore, Rébecca avait conçu d'un seul homme, Isaac notre père :
11 or, avant la naissance des enfants, quand ils n'avaient fait ni bien ni mal, pour que s'affirmât la liberté de l'élection divine,
12 qui dépend de celui qui appelle et non des œuvres, il lui fut dit : L'aîné servira le cadet,
13 selon qu'il est écrit : J'ai aimé Jacob et j'ai haï Ésaü.
14 Qu'est-ce à dire ? Dieu serait-il injuste ? Certes non !
15 Car il dit à Moïse : Je fais miséricorde à qui je fais miséricorde et j'ai pitié de qui j'ai pitié.
16 Il n'est donc pas question de l'homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde.
Prière
*Seigneur Jésus, comme l'écrit ton apôtre Paul, si nous avons tous été choisis d'avance, dès avant la création du monde, pour être fils adoptifs de Dieu dans l'Esprit Saint, certains, selon le mystère du projet de Dieu, ont été mis à part pour une mission bien précise au service de la réalisation de ce projet, en tant que serviteurs chargés de révéler l'action de Dieu qui nous sauve, mais n'en demeurant pas moins, en eux-mêmes, des serviteurs inutiles : donne-moi le sens de la grandeur de Dieu, de la gratuité de son appel et de sa grâce, et n'ôte jamais de mon coeur et de mes lèvres le chant d'action de grâces pour ce don magnifique qui nous est fait d'entrer dans le mystère du Royaume où il nous partage sa vie divine. AMEN.
05.07.2003.*